
mercredi 30 septembre 2009
Terrier

Ton terrier est trop tendre
les fondations s’affaissent
Tout s’écroule lentement
les murs sont en papier
C’est tout ton pauvre monde
qui te recouvre mollement
Ton terrier est ta tombe
tu y mourras bêtement
et toute ta pauvre vie
aura été aussi mince et fragile
que ta peau mal tannée
qui s’ouvre sur ta chair
à la moindre caresse
Ta peau est fine
ton souffle court
et chaque brin de lumière
est devenu brûlant
pour tes yeux fatigués
Pourtant
si tu ne sors pas
si tu ne souffres pas
tu seras condamné
mardi 29 septembre 2009
Comme dans un tableau de Hopper
Photo de Nan Goldin
Je vis comme
dans un tableau
de Edward Hopper
Seul Au milieu de
toute cette lumière
toute cette poussière
toutes ces couleurs
Je vis comme
dans un tableau
de Edward Hopper
Seul Au milieu de
toute cette lumière
toute cette poussière
toutes ces couleurs
*
Ils sont comme toi ces petits matins gorgés de rosée scintillante. Ils dansent dans les jaunes crus de septembre. Ils donnent des frissons. Des soupirs. Des sourires. Ce sont les lièvres qui lèchent les dernières gouttes froides de la nuit. Ce sont les mésanges qui se lavent dans le brouillard. Ce sont les couleurs. Ce sont les petits matins sans sommeil qui pétillent de ces promesses auxquelles on accepte encore de croire.
lundi 28 septembre 2009
La honte
Avant même de se réveiller, il avait ressenti cette sorte d’absence qui le remplissait par le vide.
Cette absence pourtant n’était pas désagréable, elle allait bien avec l’odeur du café et avec la couleur de ce drôle de matin. Elle allait bien avec le paysage, alors il mit son gros pull, s’enfonça dedans jusqu’à la base du nez en frottant son gros col sur les poils de son cou qui commençait à chauffer, il prit son tabac et son bol et il sorti. Pas pour aller bien loin, juste pour s’asseoir un peu sur le perron. Il ne pensait à rien, assis sur cette grosse marche en pierre, à regarder le ciel blême et la terre gelée, à souffler dans sa tasse pour réchauffer son nez. Il faisait jouer ses doigts sur la faïence chaude. Il faisait jouer son nez dans la buée brûlante, frottant contre le monde son visage vivant.La lande était silencieuse, glaciale, pâle. La lande le regardait et soudain il se demanda qui d’elle ou de lui-même semblait le plus vivant.
Il regarda l’horizon, les nuages, les champs qui s’étiraient devant lui. Il regarda les veines de la rivière boueuse, son chemin de castine, son jardin, sa maison. Il regarda la porte rouillée de son garage, puis une mésange en boule comme séchée par le froid qui était venue se poser près d’un vieil abreuvoir pour, comme lui, se décrasser les yeux. Puis il regarda cette drôle de masse immobile, à côté de l’abreuvoir, une masse brunâtre qu’il ne connaissait pas, une masse dont, maintenant qu’il regardait mieux, s’échappait de la buée, comme une respiration à peine perceptible. Il s’appliqua à voir, regardant encore, et tout en s’approchant, il comprit que c’était un chien, un drôle de chien, comme un vieux chien errant.
En voulant s’approcher, intrigué, il posa son pied dans une flaque gelée et le craquement de la glace fit sursauter la bête. Le chien s’était redressé comme un nerf qui se tendait, très vite et très sèchement, en reculant déjà. On pouvait voir dans ses yeux qu’il savait ce qu’était un homme, et on pouvait voir que c’est ce qui chez lui provoqua une peur immense, que l’homme était l’animal qu’il connaissait par sa crainte et qu’il craignait par excellence.
Les deux se regardèrent pendant un long moment, chacun redoutant un mouvement de l’autre. Ils se regardèrent, fixant le fond de leurs yeux pour y chercher un signe de reconnaissance qu’ils ne trouvaient pas, comme deux étrangers qui ne parviennent pas à évaluer ce qui chez l’autre peut être une menace. Un mouvement imperceptible de l’épaule, un mouvement involontaire, juste pour rester droit, et le chien déjà se redressa et commença à partir. C’est là qu’il aperçu pour la première fois le dos du chien, et tout ce dos n’était pas un dos mais une immense plaie, une immense cicatrice, comme un sillon dans la terre creusé par un volcan, comme une blessure béante, mais vieille, sèche, usée. Une blessure qui ricanait.
Le chien avait peur et il était laid de cette peur, et cette peur était plus laide que toutes les plaies béantes, et cette peur était sa plaie, comme sa cicatrice, comme la marque infamante de tout le mal que les hommes lui avaient fait.
Il n’avait plus bougé. Il était resté là, immobile, et la bête le regardait, et sa peur le regardait, sa frayeur et sa haine, et ce que l’homme distinguait au fond des yeux du chien ne lui faisait pas plaisir. Il vit la plaie rouge, la chair boursouflée, les bouts de peau manquant. Il vit le trou brûlant qui remplaçait les poils, la peau qui remplaçait la toison, et cette fourrure qui n’était plus qu’un papier déchiré. Il vit le dos courbé du poids de la douleur et les nerfs tendus de sa gueule en avant, ses crocs dégainés et ses yeux brûlants qui criaient qu’il n’était pas question que tout ça recommence.
L’homme resta là. Paralysé de honte. Paralysé de haine. Et tout le paysage ne fut plus que le décor absurde de cette sale mascarade. Immobile dans le froid de l’hiver, il ferma les yeux comme pour reprendre son souffle, comme pour chasser la honte et les larmes qui montaient et le nœud dans la gorge et tous les tremblements.
Le chien recula tout en montrant les dents. Il avait le dos voûté pour tenter de protéger l’endroit le plus fragile, avec des oreilles noires qui transperçaient le vent et dans les yeux une rage immense. Il s’éloigna prudemment, toujours en regardant au fond des yeux de l’homme. Son dos se dandina lorsqu’il se mit à trotter et toute la cicatrice fut comme une grosse bouche rouge qui s’ouvrait et se fermait lorsqu’il marchait et qui disait à cet homme à quel point il avait raison d’avoir honte puisqu’il était un homme.
Sa honte s’est figée dans le froid de l’hiver. Sa honte a durci comme la peau boursouflée d’une immense cicatrice et elle est restée là, solide, au fond de lui.
(cette nouvelle est parue dans Le Grognard n°7)
Cette absence pourtant n’était pas désagréable, elle allait bien avec l’odeur du café et avec la couleur de ce drôle de matin. Elle allait bien avec le paysage, alors il mit son gros pull, s’enfonça dedans jusqu’à la base du nez en frottant son gros col sur les poils de son cou qui commençait à chauffer, il prit son tabac et son bol et il sorti. Pas pour aller bien loin, juste pour s’asseoir un peu sur le perron. Il ne pensait à rien, assis sur cette grosse marche en pierre, à regarder le ciel blême et la terre gelée, à souffler dans sa tasse pour réchauffer son nez. Il faisait jouer ses doigts sur la faïence chaude. Il faisait jouer son nez dans la buée brûlante, frottant contre le monde son visage vivant.La lande était silencieuse, glaciale, pâle. La lande le regardait et soudain il se demanda qui d’elle ou de lui-même semblait le plus vivant.
Il regarda l’horizon, les nuages, les champs qui s’étiraient devant lui. Il regarda les veines de la rivière boueuse, son chemin de castine, son jardin, sa maison. Il regarda la porte rouillée de son garage, puis une mésange en boule comme séchée par le froid qui était venue se poser près d’un vieil abreuvoir pour, comme lui, se décrasser les yeux. Puis il regarda cette drôle de masse immobile, à côté de l’abreuvoir, une masse brunâtre qu’il ne connaissait pas, une masse dont, maintenant qu’il regardait mieux, s’échappait de la buée, comme une respiration à peine perceptible. Il s’appliqua à voir, regardant encore, et tout en s’approchant, il comprit que c’était un chien, un drôle de chien, comme un vieux chien errant.
En voulant s’approcher, intrigué, il posa son pied dans une flaque gelée et le craquement de la glace fit sursauter la bête. Le chien s’était redressé comme un nerf qui se tendait, très vite et très sèchement, en reculant déjà. On pouvait voir dans ses yeux qu’il savait ce qu’était un homme, et on pouvait voir que c’est ce qui chez lui provoqua une peur immense, que l’homme était l’animal qu’il connaissait par sa crainte et qu’il craignait par excellence.
Les deux se regardèrent pendant un long moment, chacun redoutant un mouvement de l’autre. Ils se regardèrent, fixant le fond de leurs yeux pour y chercher un signe de reconnaissance qu’ils ne trouvaient pas, comme deux étrangers qui ne parviennent pas à évaluer ce qui chez l’autre peut être une menace. Un mouvement imperceptible de l’épaule, un mouvement involontaire, juste pour rester droit, et le chien déjà se redressa et commença à partir. C’est là qu’il aperçu pour la première fois le dos du chien, et tout ce dos n’était pas un dos mais une immense plaie, une immense cicatrice, comme un sillon dans la terre creusé par un volcan, comme une blessure béante, mais vieille, sèche, usée. Une blessure qui ricanait.
Le chien avait peur et il était laid de cette peur, et cette peur était plus laide que toutes les plaies béantes, et cette peur était sa plaie, comme sa cicatrice, comme la marque infamante de tout le mal que les hommes lui avaient fait.
Il n’avait plus bougé. Il était resté là, immobile, et la bête le regardait, et sa peur le regardait, sa frayeur et sa haine, et ce que l’homme distinguait au fond des yeux du chien ne lui faisait pas plaisir. Il vit la plaie rouge, la chair boursouflée, les bouts de peau manquant. Il vit le trou brûlant qui remplaçait les poils, la peau qui remplaçait la toison, et cette fourrure qui n’était plus qu’un papier déchiré. Il vit le dos courbé du poids de la douleur et les nerfs tendus de sa gueule en avant, ses crocs dégainés et ses yeux brûlants qui criaient qu’il n’était pas question que tout ça recommence.
L’homme resta là. Paralysé de honte. Paralysé de haine. Et tout le paysage ne fut plus que le décor absurde de cette sale mascarade. Immobile dans le froid de l’hiver, il ferma les yeux comme pour reprendre son souffle, comme pour chasser la honte et les larmes qui montaient et le nœud dans la gorge et tous les tremblements.
Le chien recula tout en montrant les dents. Il avait le dos voûté pour tenter de protéger l’endroit le plus fragile, avec des oreilles noires qui transperçaient le vent et dans les yeux une rage immense. Il s’éloigna prudemment, toujours en regardant au fond des yeux de l’homme. Son dos se dandina lorsqu’il se mit à trotter et toute la cicatrice fut comme une grosse bouche rouge qui s’ouvrait et se fermait lorsqu’il marchait et qui disait à cet homme à quel point il avait raison d’avoir honte puisqu’il était un homme.
Sa honte s’est figée dans le froid de l’hiver. Sa honte a durci comme la peau boursouflée d’une immense cicatrice et elle est restée là, solide, au fond de lui.
(cette nouvelle est parue dans Le Grognard n°7)
dimanche 27 septembre 2009
La cadence
J'entends la cadence des pas. Le bruit des cailloux, des graviers, des gravats. La poussière qui monte de la route. Ils sont légion devant moi. Je vois leurs dos suants, leurs mollets, leurs sandales. Le balancement des armes accrochées aux ceintures. Les plaies noires de leurs pieds. C'est ainsi. Je suis la cadence des pas. J'ai de la terre plein la bouche. Ma peau est crasse de poussière. Ma nuque brûle. Je marche un pas derrière. J'ai pris la cadence mais je garde un pas derrière. Je ne peux me résoudre à être au niveau de leurs bouches, de leurs haleines, de leurs dents. En arrière, la poussière masque l'odeur de viande. De côté je vois les labours, les prairies et les champs. Parfois en levant la tête, j'aperçois deux corbeaux se disputant le ciel. Je sauve ce qu'il reste.
(Projet Autre chose)
(Projet Autre chose)
samedi 26 septembre 2009
Mise à sac
Les rues sont tièdes. Je traine les pieds en esquivant les déchets du marché. Un type m'éclabousse avec son jet d'eau. Une caisse de poissonnier est renversée sur le trottoir. Dans la glace sale, une unique crevette rose me fixe de ses deux globules sombres. A l'angle d'une petite place, le ventre blanc d'un pigeon mort hurle au soleil. Les voix criardes des moustachus du bar éclaboussent les murs et le ciel. Ça pue. Des enfants rient. Des hommes boivent. Une armée de pillard déchiquette le monde.
Si Omnes Ego Non (si tous moi non)

"Montrer son dos à la société, s'interrompre de croire, se détourner de tout ce qui est regard, préférer lire à surveiller, protéger ceux qui ont disparu des survivants qui les dénigrent, secourir ce qui n'est pas visible, voilà les vertus. Les rares qui ont l'unique courage de fuir surgissent au coeur de la forêt."
Pascal Quignard, la barque silencieuse, seuil, 2009
vendredi 25 septembre 2009
Le moindre mot
Il y a
cette drôle d'histoire
que le jour essai
de te raconter
mais tu n'écoutes pas
ou tu ne parviens pas
à écouter
et le jour ne cesse
de raconter
d'ombres en ombres
il passe
sans te laisser
dans la bouche
le goût du moindre
mot
cette drôle d'histoire
que le jour essai
de te raconter
mais tu n'écoutes pas
ou tu ne parviens pas
à écouter
et le jour ne cesse
de raconter
d'ombres en ombres
il passe
sans te laisser
dans la bouche
le goût du moindre
mot
Parution : Zoologies, d'émilie Alenda
Il y a bien des différences entre les humains et les animaux. Mais parfois, en certaines circonstances, on envisagera humblement la possibilité de quelques rapprochements...
Zoologies, Émilie Alenda, éditions L'initiale. 24 pages, 16 x 16 cm, septembre 2009, 11 euros.
The Montana Gang
(L-R) an unknown person, Jim Harrison, Richard Brautigan, Tom McGuane, Bill Roecker, Becky McGuane, and Dink Bruce.
Photograph by Erik Weber taken during Brautigan's first visit to Montana, in 1973.
(pêché sur l'excellent site de John F Barber consacré à Brautigan)
Photograph by Erik Weber taken during Brautigan's first visit to Montana, in 1973.
(pêché sur l'excellent site de John F Barber consacré à Brautigan)
jeudi 24 septembre 2009
Recraché
ça mange le lapin
avec les doigts
et ça suce les os
et un moment ça fait aïh
tout de suite après Ploc
et un plomb bien propre
vient rejoindre le petit tas
à côté de l'assiette
et les choses
continuent normalement
jusqu'à devenir
des souvenirs
et vingt ans après
tu ne sais plus vraiment
lequel du mangeur de lapin
ou du plomb recraché
tu es devenu
avec les doigts
et ça suce les os
et un moment ça fait aïh
tout de suite après Ploc
et un plomb bien propre
vient rejoindre le petit tas
à côté de l'assiette
et les choses
continuent normalement
jusqu'à devenir
des souvenirs
et vingt ans après
tu ne sais plus vraiment
lequel du mangeur de lapin
ou du plomb recraché
tu es devenu
Non-poème du jour
mercredi 23 septembre 2009
L'étranger
Sa tombe n'est pas loin de chez moi. J'y passe parfois. Elle est sobre. Sans dalle. Avec du gravier et des herbes de Provence. Le contraire du cirque snob et bourgeois qui règne autour. C'était le village de Char aussi, et de Bosco. Maintenant c'est un défilé de touristes et de riches proprio en porsches. Entre les quatre-quatre brillants il doit surement rester un cerisier ou quelques vieilles pierres contre lesquels ils ont pissé en se foutant de ce monde. Enfin j'espère.
Cabas de poireaux

- Eh mec
- Ouais
- Tu vois ce type qui se trimballe avec un cabas de poireaux ?
- Où ça ?
- Dans le parc de Cambridge là-bas
- Le chauve qui ramasse des trucs par terre ?
- Ouais
- Qui marche à côté de son vélo ?
- Ouais
- Et bin ?
- Et bin c'est Syd Barret
- Le mec des Pink Floyd ?
- Ouais
- C'est un grand peintre aussi
- Ah bon ?
- Ouais
- T'as vu des trucs de lui ?
- Non. Personne n'en a vu.
- Comment tu le sais alors ?
- Je le sais c'est tout.
- Il te reste des clopes ?...
Caligula
Bon ok, Caligula n'était pas le plus sympa sympa, mais il faut avouer que son idée de prostituer les femmes des sénateurs et de faire siéger son cheval au parlement romain ne manquait pas de poésie...
mardi 22 septembre 2009
La glace blanche
La glace blanche des champs lui ciselait les pieds. Son pantalon était trempé jusqu'aux genoux. Il avait froid, mais le rythme de la marche l'aidait à tenir. Comment faisait il pour se retrouver toujours dans des situations pareilles ? Avec quel talent parvenait-il à se laisser porter vers ces heures improbables, ces moments de galère quasi quotidiens. Il lui restait huit bons kilomètres à pied avant de pouvoir dormir. Un jour couleur métal commençait à pointer son nez. Il passait d'un pré gelé à un champs de patate labouré, sautait la glace des ruisseaux, trébuchait sur la terre aiguisée par le gel. Une épaisse buée blanche le suivait dans sa marche. Pourquoi avait il décidé de rentrer de cette soirée minable en plein milieu de la nuit ? Et cette salope qui l'avait laissé partir ! Heureusement qu'il avait embarqué une bouteille. Il s'arrête un moment à l'orée d'un petit sous bois. Le temps de remonter ses chaussettes et de souffler un peu. Le jour grimpe à coup de piolet dans le ciel. Quelque chose bouge là-bas, au fond, juste au bord de l'ombre froide. Il regarde, a le réflexe de se baisser, regarde encore. C'est blanc et vaporeux, tassé là bas, sous l'ombre. Il n'en croit pas ses yeux. Une femme diaphane aux longs cheveux bouclées couleur de cendre et en robe de chambre. Presque nue dans la glace. Presque transparente. Elle est accroupie et elle pisse. La dame blanche.
(projet Autre chose)
(projet Autre chose)
Je reste là haut
Du pont on peut voir
les cascades mortes
les trous d'eau boueux
et les pavots sauvages
Entre les pierres vertes
stagnent les miettes
du temps qui a fini
de passer
les cascades mortes
les trous d'eau boueux
et les pavots sauvages
Entre les pierres vertes
stagnent les miettes
du temps qui a fini
de passer
Capiteux
Le soleil n'entrait pas franchement par la vitre. Mais il était là tout de même. Il donnait quelque chose. Mise à part le froissement des pages de mon livre, il n'y avait pas un bruit dans la maison tiède. Je lisais Bernard Bretonnière couché en chaussettes sur le canapé. Tu dormais à côté, dans ton berceau.Elles étaient douces ces heures. Elles étaient belles. Et dans ce silence capiteux, trois petits pets de nourrisson finirent de parfaire mon bonheur.
dimanche 20 septembre 2009
Le chemin du retour
Notes de bois
*
Au fond de la cabane
une idée phosphorescente
s'est emmêlée
dans la toile d'araignée
*
Le soleil
donne des coups de sabot
sur ma peau
Volent en éclats
les ballots de poussière
qui encombrent mes rêves
*
Derrière les planches vermoulues
la botte de paille éventrée
sert de refuge
aux puces
aux insectes
et aux hérissons apeurés
de mes yeux
*
(extraits de Notes de bois)
Au fond de la cabane
une idée phosphorescente
s'est emmêlée
dans la toile d'araignée
*
Le soleil
donne des coups de sabot
sur ma peau
Volent en éclats
les ballots de poussière
qui encombrent mes rêves
*
Derrière les planches vermoulues
la botte de paille éventrée
sert de refuge
aux puces
aux insectes
et aux hérissons apeurés
de mes yeux
*
(extraits de Notes de bois)
samedi 19 septembre 2009
Moins qu'une bête
(...)
Vue d’ici, elle était une masse compacte, entière, un organisme que l’on contourne tout en l’observant prudemment. S’y introduire était comme entrer par effraction dans la maison d’un ours ou d’un fantôme, forcer la porte de la vieille bicoque abandonnée que l’on redoute depuis l’enfance. Il semblait impossible de s’enfoncer dans ses méandres, c’était comme se risquer lentement dans des marécages. La forêt s’étendait sur plusieurs collines, jusque derrière l’horizon. Elle était comme une sorte de solution végétale, une mousse épaisse et dégoulinante qui envahissait tout ce que ses yeux pouvaient voir. Il n’y avait qu’elle, lui et le ciel. Cela devait être un vraie délice de la survoler, de frôler ses volutes verts et sombres, de traverser comme un oiseau l’espace libre du ciel plutôt que de s’enfoncer dans ce gouffre d’épines. S’il avait été une buse ou un faucon, il aurait pu la survoler en larges cercles gracieux, jusqu’à apercevoir ce putain de chat coincé au fond d’une broussaille et piquer net, à toute vitesse, droit entre les branches pour le récupérer d’un unique coup de bec. Et s’il avait vraiment été une buse ou un faucon, il en aurait profité pour ensuite tranquillement se le bouffer dans les nuages. Mais il n’était qu’une lourde machine maladroite et désordonnée, sans grâce, sans agilité ni talent. Aucune finesse dans sa façon d’être vivant. Il était un de ces humains impotents, au dos tordu et aux mains écorchées. Un pauvre type. Moins qu'une bête. Le bas de son dos mouillé était devenu dur et froid comme la première pellicule de glace sur l’eau froide d’un glaçon, alors il se remit en route.
(...)
(extrait de La forêt, nouvelle en cours d'écriture)
Vue d’ici, elle était une masse compacte, entière, un organisme que l’on contourne tout en l’observant prudemment. S’y introduire était comme entrer par effraction dans la maison d’un ours ou d’un fantôme, forcer la porte de la vieille bicoque abandonnée que l’on redoute depuis l’enfance. Il semblait impossible de s’enfoncer dans ses méandres, c’était comme se risquer lentement dans des marécages. La forêt s’étendait sur plusieurs collines, jusque derrière l’horizon. Elle était comme une sorte de solution végétale, une mousse épaisse et dégoulinante qui envahissait tout ce que ses yeux pouvaient voir. Il n’y avait qu’elle, lui et le ciel. Cela devait être un vraie délice de la survoler, de frôler ses volutes verts et sombres, de traverser comme un oiseau l’espace libre du ciel plutôt que de s’enfoncer dans ce gouffre d’épines. S’il avait été une buse ou un faucon, il aurait pu la survoler en larges cercles gracieux, jusqu’à apercevoir ce putain de chat coincé au fond d’une broussaille et piquer net, à toute vitesse, droit entre les branches pour le récupérer d’un unique coup de bec. Et s’il avait vraiment été une buse ou un faucon, il en aurait profité pour ensuite tranquillement se le bouffer dans les nuages. Mais il n’était qu’une lourde machine maladroite et désordonnée, sans grâce, sans agilité ni talent. Aucune finesse dans sa façon d’être vivant. Il était un de ces humains impotents, au dos tordu et aux mains écorchées. Un pauvre type. Moins qu'une bête. Le bas de son dos mouillé était devenu dur et froid comme la première pellicule de glace sur l’eau froide d’un glaçon, alors il se remit en route.
(...)
(extrait de La forêt, nouvelle en cours d'écriture)
Journal de bord d'une précaire installation
Tous les samedis je tiendrai chez Tempête
mon Journal de bord d'une précaire installation
z'êtes bien évidement les bienvenus ...
vendredi 18 septembre 2009
jeudi 17 septembre 2009
Sur le sol
Le manche du râteau
posé contre la cabane
Le jour qui monte
Une sorte de certitude
de solidité
à s'oublier dans cette image
Soudain une pie un insecte
un mouvement de branches
Et la pensée à nouveau
qui se reprend
les deux pieds bien ancrés
sur le sol
(extrait de Note de bois)
posé contre la cabane
Le jour qui monte
Une sorte de certitude
de solidité
à s'oublier dans cette image
Soudain une pie un insecte
un mouvement de branches
Et la pensée à nouveau
qui se reprend
les deux pieds bien ancrés
sur le sol
(extrait de Note de bois)
mercredi 16 septembre 2009
*
L'immense ciel de pluie sur la ville
Le sable dans l'horizon bleu de Prusse
L'odeur rose de nuit et de tendre
Notre fatigue. L'épaisseur de ses cheveux noirs
Et dans le mince filet crème de sa respiration
Ces matins de peau qui nous agrandissent
Le sable dans l'horizon bleu de Prusse
L'odeur rose de nuit et de tendre
Notre fatigue. L'épaisseur de ses cheveux noirs
Et dans le mince filet crème de sa respiration
Ces matins de peau qui nous agrandissent
lundi 14 septembre 2009
*
Je regarde l'aube grimper à travers le store. Je pourrais m'endormir en une seconde ou piquer un cent mètres illico. Vous dormez à coté. Tous les deux. Je sors de la maternité manger un morceau. Les rues sont vides. La lumière est particulière. Vive. Jaune. Fraîche. L'aventure commence ...
samedi 12 septembre 2009
Ernest Hemingway
«Un homme, ça peut-être détruit, mais pas vaincu.»
Ernest Hemingway - Le Vieil Homme et la mer -
Anguille sous roche

Parfois je me dis
qu'il y a anguille sous roche
que tu ne peux pas être
si merveilleuse
que derrière tes éclats de rire
tes chansons ou tes clowneries
se cache un extraterrestre perdu
ou un fantôme machiavélique
qui me reprendra tout dés que
j'aurais oublié à quel point
les instants sont des rosées
qui s'évaporent
qu'il y a anguille sous roche
que tu ne peux pas être
si merveilleuse
que derrière tes éclats de rire
tes chansons ou tes clowneries
se cache un extraterrestre perdu
ou un fantôme machiavélique
qui me reprendra tout dés que
j'aurais oublié à quel point
les instants sont des rosées
qui s'évaporent
vendredi 11 septembre 2009
Les soirs sans
Il plante son couteau dans le noir
s’enfonce le noir dans la gorge
noue sa gorge aux pieds de son lit
jette son lit au fond d’un trou
jusqu’à ce qu’un matin sang
vienne le récupérer
s’enfonce le noir dans la gorge
noue sa gorge aux pieds de son lit
jette son lit au fond d’un trou
jusqu’à ce qu’un matin sang
vienne le récupérer
jeudi 10 septembre 2009
Mes Nuisibles
Renards, hiboux, fourmis, criquets
Gerboises, corbeaux, cafards, coyotes
Ragondins, musaraignes, hérissons, araignées,
Taupes, souris, scorpions, scolopendres,
Mes rôdeurs, mes rebuts,
Mes Gaspards, mes nuisibles
Je reste là, tapis dans l’ombre de leurs poubelles
Je tresse les poils de ma patience
Jusqu’à votre douce invasion
mercredi 9 septembre 2009
La belle maladresse de nos vies
Il y a cette formule qui tourne en rond dans ma cervelle depuis plusieurs heures sans que je sache par quel bout la prendre. Dehors il fait beau. Je ne sais pas quoi faire de cette lumière. Le chien devant la porte essaie d'attraper les mouches. Soudain je t'entends crier dans la cuisine. Tu as renversé de la sauce partout. Moi je suis là, avec tous ces matins, tous ces instants, tous ces poèmes qui me tombent sur les bras et cette formule qui tourne en rond dans ma cervelle. La belle maladresse de nos vies.
mardi 8 septembre 2009
lundi 7 septembre 2009
Tout contre
Tout cela Tout contre
Les frissons des premiers matins
les feuilles jaunes de lumière
le bruit des volets la poussière
accrochée aux fils d'araignées
et l'herbe qui a trop poussée
Tout cela Tout contre
je prends tout double dose
Le carrelage frais de la cuisine
et le silence d'avant le jour
et mes petits pas pour ne pas
réveiller la maison qui dort
Les miettes sur la table du salon
Les lundi qui vont vite par la vitre
Les mines de rien de chaque jour
Ta respiration dans le lit
la fenêtre les nuages la buée
et le berceau qui fait comme
l'ombre d'un géant étrange
Les frissons des premiers matins
les feuilles jaunes de lumière
le bruit des volets la poussière
accrochée aux fils d'araignées
et l'herbe qui a trop poussée
Tout cela Tout contre
je prends tout double dose
Le carrelage frais de la cuisine
et le silence d'avant le jour
et mes petits pas pour ne pas
réveiller la maison qui dort
Les miettes sur la table du salon
Les lundi qui vont vite par la vitre
Les mines de rien de chaque jour
Ta respiration dans le lit
la fenêtre les nuages la buée
et le berceau qui fait comme
l'ombre d'un géant étrange
Parution- la rentrée c'est :
VERSO . Numéro 138. La nuit qui est en toi. Septembre 2009 DECAPAGE. Volume 40, octobre 2009
J'ai besoin de sucre, collec 8pA6 n°30, illustré par bill terebenthine(Evocation phosphorescente de la vie d'edie Sedgwick)
édition de la Vachette Alternative, Septembre 2009.

MICROBE. Numéro 55. Concoction spéciale de Hozan Kebo. Septembre/octobre 2009
Tempête dans un encrier
Tempête dans un encrier c'est parti et qu'ça souffle ! Blog collectif, successeur des sept mains qui réunit six auteurs, un par jour, plus un invité chaque dimanche après la messe, oui madame ! Bertrand, Emanuelle, Stéphane, Aglaé, Manu et ma pomme, histoire de travailler ensemble mais séparement, sérieusement sans se prendre au sérieux, avec un crayon, mais surtout une gomme...ça commence lundi prochain et j'espère bien que vous viendrez nous rendre visite..Peinture: Tempête devant Nice, Aïvazovski
dimanche 6 septembre 2009
Quelque chose
Il faut
que tu racontes
des histoires
pour faire
quelque chose
des couleurs
que tu vois
de la peine
que tu ressens
de tous ces jours
qui sont comme
des couvertures
de survie
Au revoir

La maison de son oncle
sale et poussiéreuse
sentait le moisi
elle n'y était pas revenu
depuis l'enterrement
elle a jeté des planches
vidé la salle de bain
retrouvé des jouets
de leurs vacances
La cours était pleine
de crottes de pigeon
elle m'a donné
une boule de billard
numéro quinze
un échiquier un piolet
et des poupées russes
elle était toute pâle
pendant que nous
chargions le camion
assise devant la porte
elle caressait son ventre
et c'est comme si ses yeux
disaient au revoir à son enfance
sale et poussiéreuse
sentait le moisi
elle n'y était pas revenu
depuis l'enterrement
elle a jeté des planches
vidé la salle de bain
retrouvé des jouets
de leurs vacances
La cours était pleine
de crottes de pigeon
elle m'a donné
une boule de billard
numéro quinze
un échiquier un piolet
et des poupées russes
elle était toute pâle
pendant que nous
chargions le camion
assise devant la porte
elle caressait son ventre
et c'est comme si ses yeux
disaient au revoir à son enfance
vendredi 4 septembre 2009
Nique ta mère
Il y avait ce prof
très respecté à la fac
Qui nous parlait
De déréliction morale
De pisse-froids gauchistes
Et des enfants gâtés
De la génération « Nique-ta-mère »
Et toutes ces insultes
Etaient comme un étendard
Que j’étais fier de dresser
En haut de mon navire
De pirate d’eau douce
très respecté à la fac
Qui nous parlait
De déréliction morale
De pisse-froids gauchistes
Et des enfants gâtés
De la génération « Nique-ta-mère »
Et toutes ces insultes
Etaient comme un étendard
Que j’étais fier de dresser
En haut de mon navire
De pirate d’eau douce
jeudi 3 septembre 2009
Et quand tu reviendras la bave aura séché
La fastidieuse et délicate
progression d'un escargot
sur la dalle mouillée
Ce faux soir d'automne
à t'attendre après la pluie
mon poème n'a rien d'autre
mon poème n'est rien d'autre
que la fastidieuse et délicate
progression d'un escargot
sur la dalle mouillée
Matin
J'écarte les volets de bois
ils grincent
le sol est recouvert d'épines sèches
la lumière bariole le pin
devant la cabane
l'air frais entre grand
battement d'aile
Je marche
sur du papier
(extrait de Notes de bois)
mercredi 2 septembre 2009
Richard Brautigan à hawaii
Un jour Richard Brautigan
est allé à Hawaii
est allé à Hawaii
Il s'est coupé les cheveux
a acheté une chemise à fleur
a visité un cimetière de soldat
est passé à la bière
pour regarder les enfants
jouer sur la plage
s'est fait piquer par une bestiole
s'est mis en tête de pêcher un truc
a gravé un coeur sur un canon
a sauvé un coq du combat
a écrit à sa fille quelque chose comme
ici la mer est rose
et les tombes sont grasses
est repassé au whisky
a cherché une rivière dans la forêt
a marché dans la jungle
a caressé des yeux un drôle d'oiseau
a acheté un chapeau en paille
a gouté un plat vraiment trop épicé
a fait des rêves moites
a dansé avec une fille dans le hall de l'hôtel
a écrit un ou deux poèmes salés
et s'est décidé à rentrer
dans son hiver à Bolinas
mardi 1 septembre 2009
Faire le point
En attendant que quelque chose arrive
Je commence à débroussailler le jardin
à ramasser les feuilles et les déchets
le début de l'automne est un sacré bon moment
pour faire le point sur la quantité de choses mortes
pour faire le point sur la quantité de choses mortes
qui peuplent notre quotidien
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