vendredi 30 octobre 2009

Le troupeau

Et nos ombres
vinrent s'ajouter
à la grande bande sombre
des assoiffés

De la poudre mouillée

C'est comme si chaque jour
une équipe de démineurs
travaillait d'arrache-pied
à éteindre ses yeux
Un matin que je percutais
sa silhouette fine
à la sortie d'un parking
je compris qu'ils y étaient
finalement parvenus

Marc Twain & Nicolas Tesla


twain in tesla’s lab, via distantstations,
pour en savoir plus sur Tesla

Gris


Depuis combien de temps
ce type se trimballait-il
avec un petit nuage de pluie
entre les deux oreilles ?...

mercredi 28 octobre 2009

Qu'on se le dise

Pour les curieux, les repeupleurs de galaxie, les chercheurs de légions, les rebouteux d'espèces et autres énumérateurs de tous poils, un nouveau blog est né: Galerie de portraits en forme de patates

Vélocipéde

à petites gorgées

C'est comme
un tout petit sachet de peine
qui se dilue de temps en temps
dans mon bol tiède
Parfois je m'efforce de ne pas y penser
d'autres fois je me demande d'où ça vient
la plupart du temps je le bois
à petites gorgées

Cabaret du Néant

Les gargouilles

Il habite dans les matins. Dans les débuts. Dans les moitiés. Il marche mais ses yeux ne parviennent à mettre un mot devant l'autre. Il traverse le village. Ses grands murs jaunes de pierre et de terre. Longe la petite rue au pied de l'église. Ralentit sous l'ombre des gargouilles. Il lève la tête. Leurs bouches ouvertes. La sienne close. Il pense je suis une demi orange et une demi pomme. Il pense nos langues sont coupées et les flammes sont vives. Il repart.

mardi 27 octobre 2009

Considération sur la consistance



Le vide
au fond de ma caboche
pour y peser si lourd
n'est pas loin d'être plein
.

Pré-commande : Little Man



Bientot devrait paraître
aux toutes fraîches éditions Asphodèle
un nouvel opus de ma pomme regroupant une cinquantaine de poèmes

Little Man, édition Asphodèle, collec Minuscule, nov 2009, Format 10,5 x 14,8 cm, 52 pages, 7 €

Vous pouvez d'ors et déja le précommander par mail à l'éditeur

ci dessous un petit extrait :

Nous sommes des êtres minuscules dans des forêts en feu
Nous sommes des rêves sur le carreau
Nous sommes des danses d’aubes jaunies et nos chemises
trop grandes nous tombent sur les bras
Nous sommes des assassins
Nous sommes des orphelins
Des espoirs d’alcooliques....


(Little Man, p.51)


(100 abandonned houses, Kevin bauman)

lundi 26 octobre 2009

Chez soi

Un soir là à t'attendre
à garder le petit
à lui torcher le cul
dans les rougeurs d'automne
à souffler sur les braises
à consoler ses cris
à lui montrer les ombres
le chien qui court dehors
et le crépuscule jaune
qui dégouline des vitres
dans la nuit qui s'installe
la petite paix des choses
cette sensation étrange
d'habiter enfin à l'intérieur
de sa propre vie

(image péchée )

De la terre dans mon ventre


Matin d'automne trempé
Feuilles à terre
Herbe froide
Reste à dire
La beauté du ciel sale
La beauté de la boue
La beauté d'un orvet
Dans le fumier fumant

samedi 24 octobre 2009

Matchboox. Les carnets du corbeau


Une histoire bizarre
racontée avec des vieilles photos
dans une boîte d'allumettes


La nuit du chasseur

Mélancolie

Le problème

Le problème n'était pas
qu'il était seul dans la grande maison vide

Le problème n'était pas
qu'il était seul dans la grande maison vide
mugissant sous les accoups du vent

Le problème n'était pas
qu'il était seul dans la grande maison vide
mugissant sous les accoups du vent
qui la nuit faisait grincer les poutres

Le problème n'était pas
qu'il était seul dans la grande maison vide
mugissant sous les accoups du vent
qui la nuit faisait grincer les poutres
produisant comme des gémissements d'enfants effrayés

Le problème n'était pas
qu'il était seul dans la grande maison vide
mugissant sous les accoups du vent
qui la nuit faisait grincer les poutres
produisant comme des gémissements d'enfants effrayés
dont il écoutait les plaintes dans le grand noir sans fin

Le problème n'était pas
qu'il était seul dans la grande maison vide
mugissant sous les accoups du vent
qui la nuit faisait grincer les poutres
produisant comme des gémissements d'enfants effrayés
dont il écoutait les plaintes dans le grand noir sans fin
Non, le vrai problème, c'est qu'il commençait vraiment
à apprécier cette compagnie

vendredi 23 octobre 2009

Le début


(photo dégottée)

Blanc

*
Sursaut. j’ai soif. Je voudrais hurler mais aucun son ne sort. Comme dans ces cauchemars. J’écarquille les yeux. Paupière gonflées. Douloureuses. Je distingue à peine ce qui m’entoure. Demi obscurité. Il ne fait ni jour ni nuit. Les murs sont bleus. Diaphanes. Gros blocs translucides disposés en cercle. Au centre, un âtre, des braises, une casserole. De l’eau qui boue et qui fume. Une femme tient ma tête sur ses genoux. Je sens son odeur. Les poils de la fourrure dans laquelle elle est blottie. La peau de ses bras sous ma nuque. Elle me fait boire un jus amer et brûlant. Je tousse. Crache les feuilles bouillies. Elle sourit. Fait claquer sa langue. Recommence avec des gestes tendres. Elle me soigne. Je vois les deux flèches noires de ses yeux. je vois son épaule et le début de son sein sous l’entrebâillement de la peau de bête qui l’habille. Tout redevient noir. Et chaud. Et tendre.
*

(extrait de Blanc, projet en cour)

Un homme qui dort. George Perec

jeudi 22 octobre 2009

Un champ de bataille


(Atelier-de-mon-oncle-fossoyeur - ©Louis-WATT-OWEN - aout 2009)

Il s'est levé avec l'idée
de raboter un peu de nuit
Les arbres étaient
comme des loques
Le bois gorgé de froid
fumait dans la lumière
Une aube d'ambulance
sur un champs de bataille
Et le jour en copeaux
jonchant la terre humide
toute épuisée de pluie
donnait ce goût pourri
d'où peuvent naître les fleurs

mercredi 21 octobre 2009

Le départ

D'abord la toilette. Posée. Minutieuse. La barbe. La douche. Le savon. Les cheveux. Les oreilles. Les dents. Longtemps les dents. En frottant tout doucement à cause des gencives. Et puis le tricot de peau, repassé. La chemise. Pantalon et chaussettes. Ceinture. Le veston. Bouton du haut fermé. Un peu d'eau de Cologne. Il n'a jamais aimé mais elle aimait tant ça quand elle était encore là. Et puis l'habitude. Maintenant il manquerait quelque chose s'il n'en mettait pas. Ensuite passage à la cuisine. On ouvre les volets. On fait chauffer le thé. On allume la radio. Non pas la radio. Pas ce matin. On éteint. Deux toasts. A peine beurrés. Une mandarine. L'armada de pilules. Non, les pilules non plus. Pas ce matin. Les chaussures sont cirées. Un tour au cabinet, à relire ce vieil exemplaire de L'année Terrible de Hugo. J'ai l'obstination farouche d'être doux. Il relit la phrase à voix haute. Encore et encore. J'ai l'obstination farouche d'être doux. Quelle beauté ! ça suffira amplement. S'essuie. Se rhabille. Mains lavées. Vaisselle et balais. Puis il aère la maison. Sort le chat. Installe sa nourriture sur le perron. Pour plusieurs jours cette fois, pense t-il. Tout est prêt. Il se dirige au fond du jardin. Non, il revient sur ses pas. La poubelle à sortir. Après, ça empeste toute la maison. Sac dans la benne. A nouveau le fond du jardin. Il réajuste ses vêtements. Tout est ok. Il s'allonge de tout son long au milieu du tas de compost. Il ferme les yeux. Pense : On peut y aller maintenant.
(projet Autre chose)

mardi 20 octobre 2009

L'éloignement


Milles heures à fouiller des viandes et des merdes. Des baies. Des frondaisons. Mon ombre a rétréci dans les blancheurs sèches d'octobre. Je sais qu'il est temps. J'ai les toxines et j'ai la graisse. J'ai la fatigue. J'ai l'horizon. Bientôt dessous la glace, les vers comme des fleurs. Mon coeur qui prend le rythme de la terre. L'écho lointain de vos fureurs. L'éloignement.

(projet Autre Chose)

lundi 19 octobre 2009

Les chiens


Ce soir
mon coeur est un chien
qui va de pisse en pisse
pour fureter dans l'ombre
Et la lune là haut
qui me montre les dents
qu'elle brille si elle veut
les chiens restent des chiens
et l'ombre reste l'ombre

Loin

Serres toi contre moi, mon amour
si nous devons être si proche
c'est que nous avons été si loin
Il est si beau de se retrouver
Mais vois tu
ce qu'il y a de triste là dedans
c'est qu'aucun de nous deux
n'était parti

Laisse aboyer les chiens

dimanche 18 octobre 2009



Je ne me fais pas d'illusion
et je prends ce qu'il y a à prendre
Je sais bien que c'est la lumière
qui complote l'obscurité

La lectrice

La salle des fêtes est froide
un peu partout sont amassées
des caisses de livres poussiéreux
Elle se penche sur l'une d'elle
cherche hésite en pose un
pour en reprendre un autre
elle ne cesse de relever son foulard
qui la gêne pour lire il retombe
elle recommence pleine d'élégance
absorbée par l'histoire d'amour
d'une quatrième de couverture

Dimanche


(photo dégottée sur le net par l'ami jean louis millet)

Le dimanche
on attend
que les
cadavres
sèchent

Envol

Belle surprise aujourd'hui de me retrouver sur le blog de la revue Texture, grâce à un article de George Cathalo qui m'en rubiconde le pourtour...

Quant aux Carnets du corbeau, ils prennent leur envol




et


Et bordel de merde, c'est pas les premiers troncs venus !
Merci à vous camarades ...

samedi 17 octobre 2009

Ernest H



Sa bête
ses yeux vides
sa fatigue
sa bouteille
tout
ce jour là
était réunis
pour cracher
un sacré poème

J’écoute la musique des ailes qui me transpercent le dos

La princesse qui rote

Lumière d’avril sur sa petite culotte
Son cul est encore tiède et sa nuque sent le matin
Un grain de sucre collé sur sa lèvre fait briller sa peau
Elle porte du sucre comme on porte un bijou

vendredi 16 octobre 2009

John Ernest Steinbeck


(27 février 1902 à Salinas - 20 décembre 1968 à New York)

Le métier d'écrivain fait apparaître celui de jockey comme une situation stable.

Blanc

(...)
Je suis recroquevillé dehors. Des milliers de blancs me crachent dans les yeux. L'horizon est une brûlure. Je bois la même infusion aigre. A ma gauche, des chiens se disputent le jarret déchiré d'une bête. Je vois le rouge sur leurs gueules et les tâches de sang sur la glace. Un chien gris, énorme, reste en retrait de la grogne. Il semble blessé. A ma droite la femme en fourrure qui s'est occupée de moi vide des poissons. Les viscères fument sur la glace. Elle trie et pend entre deux piquets gelés: Flancs, têtes, boyaux, carcasses.
(...)

(extrait de Blanc, projet en cours)

Nos petits jeux



Paul Valéry a écrit un truc du genre
L'amour c'est être stupide ensemble
Bin tu veux que je te dise
je dois être sacrement débile
car il n'y a rien que je place au dessus
de nos petits jeux

mercredi 14 octobre 2009

Chacun son aube

Il faut que ça sorte. Il faut que tu sortes. La rue contre le tiède et ton pauvre visage qui frotte contre l'air frais. Il te faut la lumière de ces matins sans soleil et le trottoir mouillé et les feuilles et les restes qui traînent dans le vent. Il te faut les faces abîmées qui se croisent sans se voir. Il te faut les sourires qui ont froid et les chiens et les gueules et les mégots et les crachats. La boue des champs n'est pas loin. Chacun son aube et les poubelles seront bien gardées.

Pierrot le fou



Leurs voix

Leurs voix qui fait comme des perceuses
et ta pauvre cervelle qui sert de planche à bois

mardi 13 octobre 2009

Ta petite porte

Tu t'acharnes
à réduire le monde
pour le faire passer
par ta petite petite
toute petite porte
enfin tu te mets à hurler
Regardez ! J'avais raison
et le monde n'est plus
qu'une charogne
dépecée à tes pieds


la plupart du temps

Lorsqu'il se révolte
il sculpte des poèmes
d'oxygène
Parfois il tape
son front
au fond du verre
Menace d'arrêter
de respirer
Mais la plupart du temps
le poisson aime
son bocal

L'Empire des Lumières


L'Empire des Lumières, René Magritte,
(1954, Huile sur Toile, 146 x 114 cm, Bruxelles,
Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, © SABAM 2001)
.
Il s'est réveillé à genoux
le jour venait de se lever
la nuit pouvait commencer
...

lundi 12 octobre 2009

J'avais la force de tes bras


Pieds

Mes vieilles godasses
impriment leurs poèmes
sur la peau des sentiers
j'écris
probablement mieux
avec mes pieds

Nos cavernes


J'en ai ruminé des nuits à me frotter tout contre les fausses couleurs de nos cavernes. Finalement, comprendre n'est pas ce que je préfère. Les pourquoi et les comment, j'en fais des feux de bois pour atteindre demain et mâcher la lumière des petits matins blêmes.

Dupain- Les vivants

dimanche 11 octobre 2009

Ce dimanche là

A présent il est vieux, il est sans âge. Ses mains sentent le gasoil et le tabac froid et quand il se retrouve, comme aujourd’hui, à marcher dehors par hasard, dans la boue, en se demandant pourquoi, pourquoi il est vieux, pourquoi ses mains sentent le gasoil et le tabac froid et pourquoi il se retrouve ici dans la boue froide à se demander pourquoi, à marcher sur les mottes dures de la terre gelée, ici, n’importe où, au milieu de ce champ labouré qui l’attire comme l’eau la bête, au milieu de cette étendue qui ressemble à toute les étendues de boue et qui le ramène inéluctablement à ce dimanche froid, son unique dimanche, celui de son enfance, lorsqu’il est comme aujourd’hui : il se promène avec ses souvenirs comme dans le vieux cadavre de l’hiver.
Ce dimanche là, l’unique souvenir qu’il garde vraiment de son enfance, il avait joué comme tous les dimanches avec l’herbe glacée, la boue et le foin. Il était emmitouflé. Il se souvient parfaitement de ses moufles rouges. Il se souvient même du goût de ces moufles lorsqu’il mordillait le bout glacé du pouce qu’il trempait dans les flaques. Les seules moufles du seul dimanche du seul souvenir de son enfance. Il se souvient du bruit de l’eau gelée qui craque dans les flaques. Il se souvient de la buée qui sortait de sa bouche. A force de s’agiter il avait presque chaud. Il se souvient de son nez qui coulait, de ses mains rouges et froides qu’il écorchait en jouant avec les éclats de glace. Combien de centaines de détails avait-il oubliés? Son enfance n’avait-elle durée qu’un jour ? Comment peut-on n’avoir qu’un seul souvenir ? Comment peut-on se retrouver vieux, à sentir le gasoil et le tabac froid, dans le gras blanc de l’hiver, à peine rempli d’un peu de la boue du seul dimanche de son enfance ?
Il se souvient des éclats de l’eau glacée. Des minuscules bulles d’air emprisonnées dedans. De l’eau durcie et salie par la terre piétinée des hommes. Il se souvient de s’être lentement rapproché de la boue et de la flaque gelée de l’unique dimanche de l’unique souvenir de son enfance. Il se souvient s’être agenouillé et avoir calmement rapproché son visage du sol pour aller voir au fond de la boue et de la flaque du seul souvenir du seul dimanche de son enfance. Il se souvient avoir lentement rapproché son visage de la flaque gelée jusqu’à ce que la buée de sa respiration s’inscrive sur la glace. Il se souvient avoir distingué, au fond de ce dimanche d’hiver, le corps recroquevillé d’une souris mort-née. Il se souvient de ses yeux clos qui semblaient énormes et de ses pattes ramenées vers son ventre rouge et glacé. Il se souvient de la peau sans poil de ce fœtus de souris immobilisé dans la glace, figé par le froid de l’hiver avant même d’avoir fini de se recroqueviller. Aussi loin qu’il se souvienne, ce n’est qu’à cela que ressemblent pour lui les dimanches froids de l’hiver.

samedi 10 octobre 2009

Parution : Les carnets du corbeau, Matchboox


Dans les années trente aux Etats-Unis, un homme surveille la rue...

Les carnets du Corbeau, Thomas Vinau,
collection Matchboox, Voixéditions, 5€, Octobre 2009.

( Poème visuel, livre objet sous forme de boîte d'allumettes)


(cliquez sur les photos pour agrandir)

si le site n'est pas encore à jour, ça ne saurait tarder...

H.P basket

La place des choses

Un feu brûle
Ma femme rit
Mon fils dort
Et moi pendant
qu'un feu brûle
que ma femme rit
et que mon fils dort
Je pisse Heureux
sous la lune

Chelsea Hotel

vendredi 9 octobre 2009

Animallogic


Une fourmi

Du grand pin de l'allée
des gouttes de résine
tombent sur la cabane
Elles figent des poussières
des miettes des instants
en cailloux transparents
parfois une fourmi
y demeure immobile
en avançant dans la lumière
elle en est devenu un éclat

(extrait de Notes de bois)

jeudi 8 octobre 2009

Les remords sont des fantômes, des démons les regrets


Il y a ces filles
qui reviennent parfois
le hanter dans ses rêves
la peau blanche de leurs aisselles
leurs épaules leurs sourires
Elles sont une armée
de spectres sensuels
l'incarnation de ses échecs
Elles auraient toutes pu l'aimer
le trouver beau
s'il n'avait manqué de courage
maintenant que c'est trop tard
il le sait

mercredi 7 octobre 2009

La taille de nos crocs

maintenant je suis adulte

j’ai eu trois chats deux rats et treize cochons d’Inde
A dix ans j’ai tenté un élevage d’escargots
A treize ans j’ai fait naître des libellules
J’ai cultivé des champignons sur les carreaux de ma baignoire
3000 mouches vertes dans un bocal et des tomates en forme de poire
Des petites virgules aquatiques dans une bouteille abandonnée
Des oeufs, des têtards, des crapauds
Des phasmes, des pies, salamandres
si j’avais pu j’aurais fait pousser un nuage
J’étais curieux
maintenant je suis adulte
je récolte les ombres-portées
entre mes rêves et moi
la poussière des choses
qui reste collée
aux mots

L'inventaire d'un jour en ville

J’ai suivi deux adolescentes pour continuer à épier leur conversation sur l’amour.
J’ai été surpris par le bruit d’une canette de bière qui dévalait la route pavée et qu’un balayeur tentait de rattraper en courant derrière avec un balais.
J’ai vu les jambes maigres et blanches d’un clochard en short qui dormait devant moi.
J’ai pu constater avec surprise qu’un chien était parvenu à chier tout au sommet d’une borne en béton de soixante-dix centimètres de hauteur.
Je me suis entraîné à distinguer d’un rapide coup d’oeil si les femmes portaient sous leurs jeans serrés des strings ou des culottes.
Je me suis amusé à lire les gros titres en passant devant un kiosque à journaux pour n’en retenir qu’un seul “ la rentrée des garces”.
J’ai vu un apprenti-rappeur avec un casque jaune, un t-shirt jaune, un short jaune, un scooter jaune et... une casquette bleue.
J’ai croisé une tête de poisson dans une poubelle qui regardait les gens passer.
J’ai revu une très vieille dame que j’aperçois tous les jours en train de s’évertuer à faire briller la poignée en cuivre de la porte d’entrée de son immeuble.
J’ai nettement pu observer l’effet désastreux de l’alliance malheureuse entre la mode des tatouages et la peau des femmes quarantenaire, grâce à une dégoûtante tête de cheval sur l’épaule d’une autochtone pré-ménauposée.
J’ai aperçu le regard désespéré d’un homme dans la queue d’un supermarché coincé entre sa moustache et sa conscience.

mardi 6 octobre 2009


L'incompatible

En quelques secondes on peut haïr un inconnu. Une expression, un parfum, les décibels d'un éclat de rire. C'est une sorte d'instinct préhistorique qui nous fait capter et maintenir à distance les premiers signes de l'incompatible. J'aurais pu le tuer ce matin. Juste pour ne plus voir sa queue de cheval rousse et les poils de sa nuque. L'égorger d'un coup de sécateur rouillé pour m'extraire de la soupe morne de son regard. Les choses ont commencé à se compliquer lorsqu'il m'a dit: Bonjour, je suis votre nouvel auxiliaire de vie, on va faire caca ?...

Chealsea girls



Edie pleure
et ses larmes
sont des colliers de viandes
et de diamants

J'ai besoin de sucre

persevéreux

Je m'y reprends toujours à deux fois
pour bien me tromper

lundi 5 octobre 2009


Dimanche

On s'y attarde malgré tout dans le paisible simulacre du dimanche. Dans les voix fortes de fin de repas et les éclats disgracieux de ces rires. Dans cette tiédeur nauséeuse. Quelque chose nous révulse et pourtant on s'y attarde. Les yeux sommeillent. Les mains traînent sur les ventres. On écoute d'une demi oreille les ânes à deux roues qui font vrombir leur bêtise ou les cris des enfants derrière la balle qui n'en finit pas de rouler. On ne s'y épanouit pas dans cette douce aigreur qui nous fait marcher un petit pas à côté de nos vies mais on s'y attarde malgré tout. Pour le repos. pour le répit. Pour la surprise qui prend parfois d'une crapulerie amoureuse ou d'une envie de tuer qui libère un sourire. Et peut être aussi pour retarder l'échéance tonnante et trébuchante de l'épouvantable simulacre du lundi.

Une histoire de saleté et d'amour



Aujourd'hui une nouvelle
Le Don quichotte du Lavomatic
à consulter sur le site de la revue des ressources

samedi 3 octobre 2009

Il fait déjà bien assez de bruit



Je ne chante pas le monde
Je le murmure
Il fait déjà bien assez de bruit.

Le mercredi c'est ravioli


et le samedi c'est Tempête dans un encrier
on va pas vous le répéter toute la Saint Glinglin non plus
(mais les autres jours c'est bien aussi hein...)