lundi 30 novembre 2009

Veille à prendre bien soin...

Regarde par terre
Regarde en l'air
Couche toi dans l'herbe
Il y a des miettes
comme des bijoux
Des soupirs
au fond des poubelles
Et de drôles d'oiseaux
dans les arbres
Veille à prendre bien soin
de tous tes petits riens
La vie est un éclat
ridicule et sauvage
L'amour est minuscule
On est déjà demain

La terre n'a pas assez de force

Il avale le bouillon des jours devant le spectacle parfumé des petites débâcles. A force de traîner sa fatigue dans le jardin il se décide à brûler un immense tas de déchets jardiniers au milieu duquel quelques glands et noix pointent déjà leurs pousses orgueilleuses. Elles disent d'un affront verdâtre : Et pourquoi ne deviendrions-nous pas ? Il en sauve une et piétine les autres en répondant intérieurement : La terre n'a pas assez de force...

Parution- Décembre

Je participe à deux chouettes revues en Décembre :


Comme chaque trimestre, ne ratez pas la nouvelle livraison de Borborygmes.
En même temps, sort un "Grand coffret de Noël" réunissant les 16 numéros des quatre premieres années.
Pour vous donner envie d'aller dans votre librairie en décembre, voici déjà le sommaire de cette belle livraison.

BORBORYGMES – n° 16 – décembre 2009
Derek Munn. J’ai envie que tu manges des olives
Thomas Vinau. La forme des nuages
Martin Jeanjean. Rancœur
Robin Czarniak. 2 poèmes
Y. Lebarge. Oui-Oui au pays des Carensac®
Jean-Jacques Maredi. Vau-l’eau digne de poireau à la crème de châtaigne
Patrick Aveline. Un soir noir si bleu
Laurent Échégut. Repas au couteau
Axl Cendres. 2 poèmes
Copinages. Parfois la nuit, un spectacle de la Compagnie du 104 Bis
Appel à textes / France Musique.
Les illustrations (Encre de Chine sur papier) sont de Bruno Martin.


- Multiples n°75 :


(clic dessus pour lire le sommaire)

dimanche 29 novembre 2009

Import/Export

à Sète
sur le ferry Marocco
j’ai échangé un billet
contre un petit mensonge sec
mélangé à de la rouille.

The Boogi Man


Elle se déshabille sous mes yeux

Quand je pisse chaque soir dans la nuit transparente
que mes pieds font craquer le squelette des feuilles
qu'un frisson me canine dans tout le bas du dos
pendant que je balance ma clope dans la boue noire
que je siffle le chien que je tousse que je rentre
que les oiseaux s'endorment dans la paix des choses mortes
Je me sens comme un ver dans une nouvelle viande
Je me dis qu'elle est belle cette pourriture de vivre
et que Novembre est une femme dont je goûte chaque soir
les petits rituels sombres qui font briller les yeux

Chiffonné

Et les gris qui lui passent dessus
les ciels qui se succèdent
les saisons qui s'écroulent
les nuits froides
les matins de boue
les douceurs chiffonnées
cette raideur vers le bas
de sécheresse et de vent
cette façon de devenir
un bout du paysage
sans trop avoir le choix
comme un vieux tee-shirt
oublié sur une corde à linge

samedi 28 novembre 2009


Le sucre rose

Les vitres du salon
ressemblent à un Soulage
blanc
Le feu est froid
il reste une canette vide sur la table
le repas d'hier
de la poussière
six livres
un mouchoir
un biberon sale
Des vieilles baskets
qui trainent par terre
trois poils de chien
sur le coussin
un paquet de cacaouetes ouvert
et un rouleau de papier rose
au milieu des télécommandes
La lumière de l'aube
vient rafler tout ça
prendre mes yeux
dans ses bras
rassembler
les choses
c'est comme
de la guimauve
sur un champs de bataille

Instant


L'ambition

J'ai l'ambition dévorante
d'être la petite brûlure
au bout de ton doigt

ptit déj


vendredi 27 novembre 2009

Peu de choses notables

Peu de choses notables
si ce n'est le poème
qu'a laissé la nuit
sur tes joues
et cette envie d'écrire
Pousse de radis
sur les murs

mercredi 25 novembre 2009

Un pas de côté (28)

Je suis du côté
des maladroits des ahuris
des planches pourries
des bouteilles à la mer
des fonds de poches
des pingouins
des boîtes remplies de boutons

Un pas de côté (27)

Je suis du côté
des collectionneurs de nids d’oiseaux
des iconoclastes des salmigondis
des tourneboules
des traînes savates
des vaches des virgules
des peut être


Photos : Alicia Bock

Un pas de côté (26)

Je suis du côté
de la glace des flaques
des têtards
des crapauds
des café sans sucre
des petits soirs
de l'incertitude

Un pas de côté (25)

Je suis du côté
des ressacs des remugles
des regrets
des dessins à la craie
de la mousse sur les toits
de la nuit dans les parcs

Dodo

Les jupons

Il entre lentement dans le brouillard
avec cette impression dégueulasse
de se glisser sous les jupons
d'une vieille fille

The two path

(clik pour lire)

La vigie

Les échardes dans ses doigts. La brûlure du bois sur sa peau. La corne. Le sel et les gifles larges du vent. A main nues il quitte le ponton. La plante de ses pieds contre les fibres du chêne. Le chanvre des cordes. Les abdos. la force des bras. Il se hisse. Embruns et mouettes qui le frôle. Horizon froid. Grimpe le mat jusqu'au tonneau de la vigie. D'une aube à l'autre, centimètre par centimètre, il s'escalade. Jette un oeil derrière lui. Vertige. Jette un oeil au fond du ciel. Vertige. Il reste là. Ferme les yeux. Ne bouge plus. Tire la langue. Goutte un nuage.

(projet Autre chose).

dimanche 22 novembre 2009

Un pas de côté (24)

Je suis du côté
des mauvaises barbes
des siestes crapuleuses
des pluies fines de l'inutile
des coquilles de noix

Un poème

Tom waits

22 novembre 2009

Un matin de rien
l'étoffe des gris
sur la gamme infinie
des pourritures

We want beer

La nuit rouge

Des secondes comme des gouttes rouges sur son front. La douleur dans ses mâchoires. La complainte perpétuelle des moteurs au loin. Le moindre bruit. La chaleur sèche de la nuit. Les minutes rouges du réveil qui lui clignotent dans le crane. Une nuit qui rampe. Sans repos. Une nuit de noeuds qui n'en finit pas de coincer. Il a vu l'aube pisseuse se pointer pas à pas. Ses dents lui font mal à force de grincer et puis il s'est mordu la langue. La pâleur électrique du jour n'a rien arrangé. Impossible de fermer l'oeil au moindre brin de lumière. Il se lève fracassé. En miettes. Avec la marque bistre d'un rêve ignoble sur le front. La trace grise d'une nuit blanche au bord des pupilles. Il se lève et c'est la colère et l'amertume qui le tiennent droit. Cette impression que quelque chose cloche. Putain de jour ! Café pétrole. Fenêtre froide. Il jette ses yeux au loin comme on crache dehors. Le matin est sordide avec à l'horizon ce truc étrange qui accroche son regard. Il fixe le peu d'attention qu'il lui reste sur cette plaie bizarre au fond de l'azur délavé. Il distingue un trou noir. Des canines. des molaires. le ciel est une bouche immense pleine de dents.

(Projet Autre chose)

mercredi 18 novembre 2009

La métamorphose


Le problème dans la métamorphose
ce n'est pas que Gregor Samsa
se transforme en bousier
mais qu'il se demande
ainsi transformé
comment faire
pour aller
bosser

Dialogue d'un film qui n'existe pas (2)

Eh mec,
arrête de chialer
tu mouilles ta clope
et tes larmes sentent la bière !

Un pas de côté (23)

Je suis du côté
de la pourriture sucrée des fruits
des radeaux
des potos
des copeaux
du pain sec pour les canards

Lune froide


freine tonton, on n'est pas pressés d'arriver !

Sur la grande route aux peupliers
La rouille du Massey Ferguson
et l'élégance anachronique
d'un paysou au bonnet rouge
qui tient derrière lui en respect
une longue file belliqueuse
de travailleurs pressés

mardi 17 novembre 2009

Blanc

Je suis pauvre des autres. Je suis vide. Je suis blanc. Je n’ai plus d’histoire. Il me manque trois doigts et une vie. Il me manque une langue. Le vieux taille un os. J’observe la minutie de ses gestes. De ses doigts. Je regarde l’angle et la courbe des entailles. La pointe de la lame. Les copeaux blancs qui forment comme un petit tas de souvenirs à ses pieds. Le gris de ce blanc sur l’autre blanc. La crasse de certains blancs. Peut être mes mains se souviennent-elles de quelque chose. Peut être mes pieds ou mon ventre. Ma langue ne sert à rien ici. S’il le fallait pour survivre, nous pourrions la manger.

(extrait de Blanc, projet en cours, titre provisoire)

Le plein de super


Un pas de côté (22)

Je suis du côté
des éviers qui fuient
des jours qui filent
des éperviers
des crayons
des couillons

dimanche 15 novembre 2009

samedi 14 novembre 2009

Un pas de côté (20)

Je suis du côté
des squatteurs des larbins
des négros des bouseux
des bouilleurs de cru
des amandiers
des assoiffés

Avis de parution : Little Man


Little Man, édition Asphodèle, collec Minuscule, nov 2009, Format 10,5 x 14,8 cm, 52 pages, 7 €

(on peut le commander par mail à l'éditeur ou à l'auteur)

ci dessous un petit extrait :

Nous sommes des êtres minuscules dans des forêts en feu
Nous sommes des rêves sur le carreau
Nous sommes des danses d’aubes jaunies et nos chemises
trop grandes nous tombent sur les bras
Nous sommes des assassins
Nous sommes des orphelins
Des espoirs d’alcooliques....

(Little Man, p.51)

La présentation de l'éditeur :

Retrouver Thomas Vinau, dans la collection “minuscule” d’Asphodèle est de l’ordre de l’évidence. Son recueil nous propose sur 52 pages un tour de rien, avec rien d’autre que des mots, pour aller nulle part, en revenir, repartir, avec une puissance évocatrice qui peut néanmoins nous convaincre du fait que, mine de rien, on a fait quelque chose comme un tour dans les poussières des confins de l’univers.

Le ciel sur la tête

Les feuilles
tombent du ciel
comme des mouches
à moins qu'il ne s'agisse
d'oiseaux
de rêves
ou de secondes mortes

vendredi 13 novembre 2009

Un pov' connard dans une France de merde




Un pas de côté (19)

Je suis du côté
de la rouille sur les ponts
de la trouille dans les ventres
des mémés qui marchent en chaussons
des psychotropes
des voies ferrées

Un pas de côté (18)

Je suis du côté
des lettres ratées
des instants perdus
des grévistes
des abeilles

Un pas de côté (17)

Je suis du côté
des hamacs des havanes
des rats des hirondelles
des incongrus
des paysans
de ceux qui fabriquent des nuages dans leurs ciels

Mauvaise graine


Un pas de côté (16)

Je suis du côté
de l'odeur des bêtes
des sourires muets
des miettes des plumes
des kiwis

Une bouteille d'eau glacée

Il marche vite
croise les hommes qui travaillent
les soiffards du petit matin
les femmes prés de l'école
les pigeons les poubelles
les boîtes aux lettres
les chiens Il marche vite
ne veux pas vraiment remarquer
ne veux pas vraiment distinguer
ce qui se passe autour
Il n'a ni le temps ni la force
d'accorder leur place aux choses
de chercher le soleil
derrière la graisse grise du ciel
de dire bonjour
il reste bouché se précipite
piétine
dans la grande débâcle
du jour
le temps est une bouteille
d'eau glacée
qui fuit
dans sa cervelle

jeudi 12 novembre 2009

Un pas de côté (15)

Je suis du côté
des prénoms gravés sur les arbres
des insultes gravées sur les tables
des marques de lèvres sur les vitres des bus
de la fumée dans la buée

Un pas de côté (14)

Je suis du côté
des cabanes des cailloux
des casse-cou des bancales
de ceux qui glanent dans le ciel
des chaussettes mouillées de rosée

My life is poisoned

mercredi 11 novembre 2009

Un jour de trop

La route est gelée
bourrasques de feuilles
dans les fossés
ciel orange
un chien noir
traverse l'horizon
tête et queue vers le haut
une carcasse encore fumante
brille dans sa gueule

Un pas de côté (13)

Je suis du côté
des livres écornés
des rêves émaillés
des mains qui se frôlent
du rhum paille
de la lenteur

La canaille - L'usine

Un pas de côté (12)

Je suis du côté
des hurluberlus
des éboueurs
des petites récoltes
des vignes
des yeux derrière les vitres
des carnets de notes

lundi 9 novembre 2009

Cioran qui rit



"Beaucoup d'esprits ont découvert l'Absolu parce qu'ils avaient prés d'eux un canapé"
Emil Cioran, le crépuscule des pensées.

Ghosts X


Ghosts X, Sam Taylor-Wood (2008) via White Cube

Un pas de côté (10)

Je suis du côté
des gorilles mélancoliques
des trompettes des bernard-lermites
des questions d'enfants
des procrastineurs

Un pas de côté (9)

Je suis du côté
des rus des rivières
des herbes folles
des moineaux qui se font virer du nid
des petites culottes dans la salle de bain

La débacle


Untitled - Teuku Jody Zulkarnaen

Un pas de côté (8)

Je suis du côté
des couleurs délavées par le soleil
des trous de taupe dans la terre
des gouttes des ânes des zinzins

dimanche 8 novembre 2009

Un pas de côté (7)

je suis du côté
des secondes des séquelles
des sifflets en noyaux d'abricot
des mégots qui font des étoiles rouges sur le trottoir



Un pas de côté (6)

Je suis du côté des débâcles
des ailes d'insectes
des orties
des pieds mouillés
des chiens feraux

Un pas de côté (5)

Je suis du côté
des ombres sur le mur
des fourmis des crapauds
des reflets sur le lierre
des spaghettis maison

Harvest

Un pas de côté (4)

je suis du côté
du dernier verre
et du dernier sourire
des essuies-glace qui déraillent
des jouets cachés dans les poubelles
des renards des rêves et des mauvaises pensées

Un pas de côté (3)

Je suis du côté
des clins d'oeils
des doigts d'honneur
des questions
des lunes des larmes
des nuits canines
des feux de bois

l'aube peau

samedi 7 novembre 2009

Un pas de côté (2)

Je suis du côté
des cheveux en bataille
des coeurs gros
des branleurs

Your gonna learn about loss



Un pas de côté (1)

Je suis du côté
des ratures et des gros mots
des matins des cendres
des bourrasques
des couples de corbeaux

L'aube bleue


Le samedi c'est...


Nous sommes une arche de noyés
qui traverse gentiment la nuit.
(journal de bord d'une précaire installation sur tempête)

Les densités grises

La poisse du brouillard ne lâche pas sa peau. Son souffle. Il avance dans les densités grises et humides de sa solitude. Ses chaussures à semelles épaisses traînent leurs poids de feuilles mortes, de boue, de merde, d'automne. C'est un matin de novembre jusqu'au fond de ses os. Les rues sont presque vides. les parcs déserts. La zone industrielle aux perspectives troublées d'une pluie fine s'étale en aplats merdeux de tôles et de murs blancs. La colle des tableaux publicitaires délabrés dégouline sur les seins des vendeuses de téléphones et de parfums. Il quitte le bord de la route, traverse les canaux d'égouts tagués, les ponts, les terrains désaffectés, les parkings. Il crache et c'est comme du ciel sale qui sort de ses bronches. A son passage un rat détale. Son corps est du papier de verre. Le ciel un bout de fer. Le sol en mine de plomb. Il descend la pente d'un fossé. Vise la motte verte des collines à l'horizon. Dérape. Dévale dans la boue. Recommence. Retombe. Dans une cavité boueuse prés de sa main, il remarque un cercle tressé de paille et de fils de nylons. Il s'approche. jette un oeil. Découvre à l'intérieur trois colibris multicolores qui l'accueillent en piaillant.

(projet Autre Chose)

vendredi 6 novembre 2009

jeudi 5 novembre 2009

...

Aux buveurs de pluie grise
aux guerriers zinzolins
aux chiens qui pleurent la nuit
aux rafales perdues
à ceux qui n'iront pas loin
mais qui profiteront du voyage

mercredi 4 novembre 2009

Andrew Wyeth


Andrew Wyeth, Turkey Pond, 1944 tempera on panel.
Collection of the Farnsworth Art Museum.

Rose


Une heure avant la fin

Une heure avant la fin il faisait encore chaud et la terre avait comme une haleine de pierre. Les vipères s'enlaçaient dans les cratères fumants. Le petit monde semblait aux pieds des petits hommes. L'eau coulait vers le bas. Le vent tournait en rond. Une heure avant la fin la lumière faisait comme un insecte qui grille dans l'électricité. Le monde était un hurlement murmuré. Les bêtes sentaient monter des envies de tendresse et les yeux des enfants ressemblaient aux phalènes qui meurent contre les vitres. Une heure avant la fin les machines machinaient dans le vacarme blanc et les petits humains débroussaillaient leurs routes de petites blessures en petites chansons. Une heure avant la fin c'était déjà fini.

Tu sens ?

Photo by JTK.

La betterave


« L'humanité s'apprête à produire la civilisation de masse, comme la betterave. L'ordinaire ne comportera plus que ce plat... »
Claude Lévi-Srauss, 1955, rééd. Pocket, coll. « Terre humaine », 2001.