mercredi 1 juin 2011

L'héritage -2-

 (première partie là)
 (...)
C’est là que j’ai remarqué un truc bizarre. Dans cette grande salle de la cave, il y avait un renfoncement avec à l’intérieur un grand lit aux draps très sales, et à côté une cuisinière. Cela aurait pu être des vieux objets entreposés là, mais ils étaient agencés comme dans un appartement, avec pragmatisme. Peut être que parfois mon vieux fêlé de Pater descendait passer quelques nuits ici pour lutter contre ses démons ou un truc dans le genre. Il y avait également un congélo rempli de barbaque et de victuailles.  J’étais en train de constater tout ça lorsque le bruit de chaîne recommença, je bu une longue rasade et me précipitai sur la porte pour voir derrière. Un coup de pied sec la fit voler. La pièce était allumée. Au fond il avait un vieux type assit sur une cuvette, falsar sur les guibolles, bouquin à la main, en train de chier tranquillement dans ma cave. Le vieux était tout dégueulasse, fringues sales, visage de poivrot, tête rongée, mal rasé, et il se trimballait avec une énorme chaîne de bagnard aux pieds.

-“Qu’est ce tu fous là, je lui dit.
-“Et toi qu’est ce tu fous là?” i me répond.
-”Mais bordel T’es qui pour vivre enchaîné dans ma cave?”
-“C’est ma cave! qu’i m’répond, Et je m’appelle Buk! Je suis un putain de poète!”
-”...”

Sous la crasse comme ça, c’est vrai qu’il avait une tête d’amerloque, mais de là à faire penser au grand BUK, il restait une sacrée marge.

- “Ouaip mon cul! Et moi je m’appelle Victor et je suis misérable...”
- “Ecoute mec, je suis venu en France pour un putain d’éditeur qui m’a promis la lune, mais ce mec était encore plus siphonné que moi, et il m’a enfermé dans cette cave pour que je lui écrive un putain de chef d’oeuvre.”
- “Mon père a fait ça ?”
- “Yes ma couille. Et je peux te dire que ça fait quelques années que je n’ai pas vu la lune! Heureusement qu’il y a de la picole, et la musique. Mais ce type n’a jamais rien compris à ce qu’il me fallait pour écrire! J’espère qu’il crèvera seul ce connard!”
- “ Voeux exaucé mon pote.
Mais pourquoi tu lui as pas écrit son chef d’oeuvre pour qu’il te lâche la grappe ?”
- “Peux pas faire ça ici. Il manque l’essentiel!”
- “L’essentiel ?”
- “Yes gamin. L’essentiel. La quintessence. La base. La source!”
- “De la lumière ?”
- “Mais non abrutis... Une femme. Les culs de bouteilles ne suffisent pas gamin, il faut de l’instinct, de l’amour et du vice, bordel! Il me faut une femme.”
- “Si t’avais une femme ici tu pourrais écrire un chef d’oeuvre ?”
- “Absolument! Bon aller détache moi gamin, il est temps que le grand Buk remonte à la surface.”
- “Heu..., je crois que je vais essayer un truc avant...”

Je lui ai descendu la boulangère... Faut toujours faire mieux que son père.

2 commentaires:

Joachim a dit…

Bien joué ! Faire "lever la pâte" du grand Buk, une fois "pétri d'amour".

thoams a dit…

yep !