9/26/2012

Les chiens

C'est une cour d'école. Ou une cour de prison. Ou la terre grise d'un chenil. C'est un lundi matin. Jour de marché pour les esclaves de demain. À travers les losanges en métal de la grille, il y a des yeux qui brillent et des doigts qui se tendent vers quelqu'un qui n'est pas là. Il y a une certaine forme de lumière qui éclaire par son absence la terre du  parc recouverte d'un enduit antidérapant. Trois marronniers crachent leurs bogues. L'automne coule sur tout ça de son orange un peu trop cru. Le vent mâche et rabâche  sa pâtée de  feuilles pourries dans le visage pressé des gens. Ils sont là, touts les deux, tous les matins, à la même heure. Pour apprendre à être libre, il faut apprendre l'abandon. Il faut se résigner à perdre. On lui a dit tu verras, c'est comme ça, c'était pareil pour vous, après c'est bien, il faut passer par là. Pour apprendre à être libre, il faut apprendre à être esclave. Ils sont là tous les deux, comme deux enfants qui pleurent au milieu des chiens. Ils apprendrons que ce ne sont pas les chiens les plus dangereux. Même s'ils bavent et qu'ils hurlent. Même si leurs bouches sont rouges. Même s'ils se piétinent légèrement. Ils apprendrons à devenir des chiens parmi les chiens, et ce sera bon. Et leurs yeux ne pleurerons plus que dans des courses folles. Parce qu'il vaut mieux devenir un chien que rester un enfant. Parce qu'un chien c'est un esclave et qu'un enfant c'est un tyran. Et le premier vaut mieux que le second.

3 commentaires:

Cédric a dit…

- bien vrai -
(j'aime beaucoup)


reste les loups...


Bonne journée !

malaine a dit…

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ersatz a dit…

On y pense, très beau texte. plus facile d'être un loup. Iggy Pop - I wanna be your dog
http://youtu.be/2OqP1fXKOPE