7/12/2014

La part des nuages - extrait


"Certains matins sont conquérants. D’autres, gémissements d’esclaves. Ce qui au final ne change presque rien mais, c’est quand même mieux de se réveiller avec l’envie de bouffer quelque chose, du pain, du ciel, un livre, des kilomètres, un mur, une femme. Quelque chose. " Thomas Vinau - La part des nuages - Alma éditeur- à paraitre aout 2014

6 commentaires:

Vincent a dit…

Matinée conquérante,

J'ai très mal dormi. À 4 heures j'ai bien cru que j'allais craquer. Craquer ça veut dire me lever et prendre mon ipad pour écrire. Je m'astreint à ne pas me lever pendant mes insomnies sinon au bout de quelques jours la fatigue est-elle que je perds le contrôle et ça finit mal. J'ai bien fait de résister à l'appel de l'écriture puisque j'ai fini par me rendormir. J'ai rêvé que j'avais siroté sans m'en apercevoir un flacon de neuroleptiques, au début ça m'a affolé et puis ensuite je me suis dis que ça n'était pas plus mal, que ça allait m'aider pour dormir, que j'allais éprouver une sensation cotonneuse. Dans le rêve suivant j'ai repoussé des voleurs que j'avais surpris dans ma maison, je leur ai demandé leur carte d'identité et ils sont partis. A 6h40 je me suis donné l'autorisation de me lever et me voilà. À 4 heures, je me souviens avoir commencé des phrases dans ma tête. Ça tournait autour du mot "encore". Ça fait trois jour que je bute sur ce mot, ça devient obsédant. Ça fait trois jours que je commence des textes avec ce mot comme point de départ mais au bout de quelques lignes j'abandonne faute d'inspiration. Ils ne m'ont mené nul part alors je les abandonne dans mon bloc-note. Ça ne sont pas les premiers, mon bloc-note est rempli de texte inachevés, des avortons. Je les conserve ( pas besoin de formol...) et j'y retourne de temps en temps quand je n'ai vraiment rien à me mettre sous la dent. L'autre jour en le parcourant j'y ai retrouvé des poésies que j'avais écrites et j'ai été très agréablement surpris. J'ai même douté pour certaines d'entre elles qu'elles fussent de moi. A 4 heures du matin j'ai pensé m'en sortir avec "encore" par un poème mais rien n'est venu. J'ai pensé encore, en corps ... C'est peut-être cette frustration à ne pas avoir liquider "Encore" qui m'a empêché de dormir convenablement. J'y reviendrait bien maintenant mais je crains un nouvel échec. Dans ces trois embryons de textes, je faisais référence à un livre de Jacques Lacan, le Séminaire XX appelé "Encore". En page de couverture on voit une sainte en extase. Je sais que ce séminaire traite de la mystique. Je ne l'ai pas lu en entier, je l'ai surtout entendu commenté. J'aime bien Lacan. J'en ai parlé très récemment à la cantine avec un gars qui m'était inconnu jusqu'alors. C'est lui qui a abordé le sujet le premier. Il disait avoir des infos sur la vie sexuelle du psychanalyste et penseur et les distillaient entre le poisson meunière et le fromage. J'en ai absolument rien à battre de savoir comment Lacan se donnait du plaisir avec son cul. Le gars croyait pouvoir prouver à travers ces anecdotes sur sa vie privée qu'en fait Lacan était un beau parleur qui prétendait avoir tout compris du fonctionnement de l'être humain, qui prétendait même être capable de rendre heureux les désespères grâce à sa méthode psychothérapeutique mais qui était en fait lui-même incapable de l'être. C'est à partir de là, de ce moment ou j'évoquais Lacan, que mes textes sont tombés à l'eau. A partir du moment où j'essayais de dire ce que j'avais compris de Lacan et pourquoi je l'aimais bien. Ça ne m'étonne finalement pas que j'en sois resté là car la tâche me semble immense. Ça va faire bientôt 30 ans que je tourne autour des écrits de cet auteur. N'attendez pas de moi que je vous explique l'objet petit a, le grand Autre, la forclusion du nom du père... J'en serais incapable non pas parce que je serais un mauvais pédagogue mais parce que je n'y comprends rien. Mais alors pourquoi cet intérêt pour son œuvre si je n'y ai rien compris ?

Vincent a dit…

C'est faux en fait, j'y ai compris quelque chose, je crois même avoir compris l'essentiel de ce qu'il a voulu dire. Je dis ça avec prétention. Il faut de la prétention pour dire quoi que ce soit. Il faut prétendre à la vérité. Lacan prétendait dire la vérité et les gens sont venus l'écouter et l'on lu et le lisent encore pour ça, parce qu'ils ont soif d'elle. Ce que j'ai compris de Lacan c'est que la vérité se dérobe et que nous jouissions de sa dérobade. Il dit par exemple "Le savoir est un fantasme qui n'est fait que pour la jouissance." Ça n'est qu'un exemple, son œuvre un peu comme celle de Cioran, autre mystique contemporain, fourmille de ce genre de citations. La preuve en est que je viens de dénicher la citation précédente, que je ne connaissais pas (mais qui tombe forte à propos) en cherchant celle-là ; "Je dis toujours la vérité : pas toute, parce que toute la dire, on n’y arrive pas. La dire toute, c’est impossible, matériellement : les mots y manquent." que l'on trouve dans "Télévision".
"Lacan était un mystique.", c'est ce que j'ai dit à mon interlocuteur de la pause repas de midi. Il a été très surpris par cette affirmation et m'a soutenu qu'il ne pouvait en être ainsi puisque le philosophe (comment le qualifier ? Le penseur, le psychanalyste, l'écrivain, le poète...) ne vivait pas une vie austère en témoignait ses prétendues frasques sexuelles qu'ils venaient lui-même à l'instant de rapporter. Je lui ai rétorqué que ça n'avait rien à voir, que l'on pouvait être un mystique et s'envoyer en l'air avec une chèvre. Je ne lui ai pas donné cet exemple précisément mais l'idée était là. Ce qui caractérise le mystique c'est qu'il sait qu'il ne sait pas, ç´est ce que Saint Augustin appelait "la docte ignorance". On saurait qu'il n'y aurait pas d'encore, que nous ne connaîtrions pas le ravissement de la découverte de la vérité et nous n'aurions plus qu'à nous pendre. Le mystique sait qu'il jouit de la découverte de la vérité c'est la raison pour laquelle il vénère le mystère. Voilà, c'est fait, j'en suis venu à bout de ce texte, "encore" est derrière moi si je puis dire et cerise sur le gâteau j'ai une citation de Lacan qui conviendra très bien pour poursuivre l'échange avec mon nouveau collègue mardi midi à la cantine, j'ai trois jours pour l'apprendre par cœur ;

Etre psychanalyste, c'est simplement ouvrir les yeux sur cette évidence qu'il n'y a rien de plus cafouilleux que la réalité humaine.

Je l'aime décidément beaucoup Lacan, sûr que j'y reviendrais encore.

Bonne journée

Vincent a dit…

Je voudrais rajouter une virgule à une phrase, "On saurait, qu'il n'y aurait pas d'encore..."

Je suis même pas sur que c'est bon comme ça...
"La vérité ne nous échapperait pas, qu'il n'y aurait pas d'encore..."

Vincent a dit…

6h31, je ne me donne pas l'autorisation de me lever. Je retourne me coucher.

thoams a dit…

Vincent, au lit !

Vincent a dit…

Je l'aime décidément beaucoup Lacan, sûr que j'y reviendrais encore."

C'est moi qui ai écrit ça, dans le message précédent. Je ne m'étais pas trompé. "Devin, le Garçon !" Comme dirait l'amie avec qui j'ai passé la soirée d'hier. Hop, hop, hop, je m'arrête là à propos de ma vie privée. Déjà que j'utilise cet espace pour dire que je trouve qu'il est trop tôt pour se lever... D'ailleurs ça fait son chemin dans ma petite tête, il faudrait que je crée un blog pour écrire ce genre de choses. Désolé, j'étais mal réveillé. Un cheveux sur la soupe. Ça pourrait faire un bon nom de blog tiens...

J'en crée un de ce pas
Qui m'aime me suive ou pas

http://lacotevincent.wordpress.com/2014/07/13/un/

J'espère vous y retrouver.

Ps ; Le lit Thomas, j'y ai fait finalement fait un saut assez bref, le temps me dire qu'il était temps que je vole de mes propres ailes. J'ai publier le poème qui t'a fait connaître de moi dans mon premier et peut-être dernier article de mon blog "Un cheveu sur la soupe". Je suis content qu'il soit arrivé là pour ma première publication.

Amicalement
Vincent