11/29/2014

La légion invisible ou le vengeur démasqué (Pour Pierre Autin-Grenier)




La légion invisible ou le vengeur démasqué (Pour Pierre Autin-Grenier)
J'ai d'abord découvert Pierre par ses livres. Par ses mots (Il y a bien une forme de justice finalement). je ne sais plus vraiment où. Je crois que j'ai dû tomber sur Toute une vie bien ratée ou sur L'éternité est inutile chez Sauramps ou à la Fnac de Montpellier quand j'étais étudiant, à moins que ce ne soit dans une revue dénichée à la Comédie du livre peut être Salmigondis ou Décharges ... Les plus belles rencontres avec les livres se font comme cela, par hasard. Comme avec les hommes. C'était chaud et noir, c'était doux et ça creusait sec, avec l'air de ne pas y toucher. J'ai pensé à Brautigan, à Céline, à ces auteurs qui chantonnent en marchant tout au bord du gouffre. Je trouvais cela tout à la fois très réaliste, drôle et triste, quotidien, aux pieds du réel et en même temps qui nous projetait loin, qui nous portait large. Lucide mais où tout est encore possible. Pointu mais pas étroit. A partir de ce moment je suis devenu un lecteur de Pierre, et, comme avec Richard Brautigan ou Jean-Claude Pirotte, (ils ne sont pas si nombreux), le membre d'une nouvelle famille, l'initié d'une société secrète. Il y a quelques artistes comme ça dont on n'a jamais vu la bobine ou goûter l'haleine mais qui, dés qu'on rencontre leurs oeuvres se creusent une place définitive tout près du coeur, là où l'on mets les vrais gens que l'on aime pour de vrai. Et c'est comme si eux nous adoptaient.
Un jour j'ai eu le courage de lui écrire, c’était en 2008 je crois, une lettre ouverte qui l'a fait rire et petit à petit un échange simple, modeste s'est instauré. De livres en livres. De lettres en lettres. L'auteur écrivait à hauteur d'homme, j'ai découvert que le bonhomme était un humain au niveau de ses livres. Mon fils a reçu une lettre de lui, ornée de sa belle écriture à la plume noire, avant de naître. Nous ne parlions pas trop cuisine littéraire pourtant il reste une boussole pour moi. Son parcours honnête, réfractaire, lucide. Son rapport artisanal à l'écriture. Sa tendresse et son humour. Son élégance jusqu'auboutiste. La vie aura décidé que nous rations avec une certaine constance chaque occasion de nous rencontrer. Tant pis, peu importe. Ne pas se rencontrer ça n’empêche personne de s’aimer.
Pierre Autin-Grenier à la mine de rien et tout en traînant les savates, a monté une légion invisible, une fraternité de bras cassés, écrivains, lecteurs, peintres, libraires, piliers de bar, charcutiers et ramasseurs d'olives, quels qu'ils soient, une Caravane Pépère esseulée et déboussolée, adepte de sa récalcitrante élégance. Et toutes ces mauvaises herbes se sont senties moins seules, et moins bernées, crédités de quelques instants de plus, rassasiés de commune beauté. Consolés peut être.... Vengés aussi... un peu.

Thomas Vinau - 25 Novembre 2014



3 commentaires:

kwarkito a dit…

Je ne connais pas encore cet auteur que tu donnes très envie de lire. Merci beaucoup pour ce chaleureux et généreux témoignage

Jean Kidof a dit…

viens de découvrir votre excellent blog en cherchant PAG ... sur le dernier (postface de vous que je viens de finir, le deuxième texte me fait penser à un vieux poème (mien) que je me permet de vous soumettre...
Je n'ai rien vu du monde
de la beauté des Andes
aux jardins d'Alicante
je n'ai rien vu du monde

je n'ai pas vu l'Asie
les bleus d'Océanie
les verts d'Amazonie
et les glaces des pôles

je n'ai point vu les steppes
de la désolation
les savanes brûlées
les taïgas gelées

je n'ai connu ni Nil
ni Mékong ou Danube
seul le Mississippi
et son blues du delta

ni Finlande boisée
ni Sibérie transie
à peine ai-je essuyé
les grands froids du Jura

sur l'arête du monde
je ne suis point monté
les pics d'Himalaya
ne m'ont pas essoufflé

dédales de Pétra
de Grèce ou bien d'ailleurs
aucun n'a égaré
mes pas de promeneur

je n'ai pas sillonné
le puzzle africain
entrelacs de passions
de splendeurs et d'histoires

j'ai à peine goûté
au sable du désert
à son sel d'aventure
pour ma soif d'infini

je n'ai touché du doigt
aucun bouddha mythique
ni palais de roman
ou peuple de légende

j'ai effleuré la Chine
et la mer du Japon
en baladant ma main
sur une lampe-globe

je n'ai pas admiré
ces archipels d'éden
ces oasis bénies
ou le repos est roi

Salomon, Kerguelen
Lofoten ou Maldives
pas une île enchantée
n'a ravie ma paresse

je n'ai pas navigué
sur l'océan des flots
où la vague murmure
des langues inconnues

apprenti Magellan
mes vaisseaux n'ont vogué
que dans l'eau savonneuse
de ma salle de bain

je n'ai pas reniflé
l'humus des antipodes
ou les embruns cinglants
de la Patagonie

des tribus de sauvages
j'en ai point rencontré
ou alors les cols blancs
des rois de la finance

car bien des cannibales
se parent d'un costume
et leur seul exotisme
est dans leur compte en banque

je n'ai pas partagé
la soupe et le croûton
dans un estaminet
d'orient ou d'occident

avec des compagnons
affamés et affables
dont la vie est si rude
le sourire si doux

j'ai voyagé si peu
que sur la peau du monde
mes pérégrinations
sont un caca de mouche

j'ai juste découvert
au fond de mon jardin
un bouquet de morilles
un collier de rosés

j'ai seulement croqué
dans la tomate fraîche
et plongé mes narines
dans la sauge embaumée

le regard à l'affût
j'ai couru bien des bois
pour de belles récoltes
fort peu mycologiques

je n'ai fait qu'emprunter
les routes du hasard
et je l'ai ai rendues
à de curieux piétons

j'ai souvent trottiné
sur le sentier des fleurs
que le regard devine
dans les près sans limites

au détour d'un faubourg
mes pas se sont perdus
où était cette impasse
où barbotait le crime ?

Que n'ai-je retrouvé
ces phobies de l'enfance
le taillis tout là-bas
la grotte du défend

.... suite au prochain commentaire

Jean Kidof a dit…

...voici la suite, si vous la voulez...

j'ai su vagabonder
de visages en visages
siroter l'amitié
comme un vin de Hongrie

l'esprit hospitalier
j'ai fait couler les vins
pour les gorges asséchées
des amis de passage

j'ai fait fuser les rires
en mettant une plume
dans la partie charnue
de l'indien d'opérette

c'est bien ce que je suis
je ne m'interdis rien
pour que naisse le rire
et je m'abaisse à tout

aussi grand que l'on soit
nul ne cueille l'étoile
mais celui qui se baisse
a le joli caillou

je n'ai guère arpenté
les chemins de traverse
ou la raison se perd
et l'âme un peu avec

mes seules rêveries
m'ont emmenées plus loin
que les fusées factices
des faiseurs de miracles

bien qu'étant immobile
mon esprit bourlinguait
pareil au grand oiseau
dans son vol migratoire

qu'importe le trajet
la poussière des routes
seuls comptent les élans
que l'on a dans la tête

les rêves de voyage
ou les voyages en rêves
épuisent bien des jambes
et peuplent bien des nuits

que manque-t-il au juste
au voyageur sur place ?
l'odeur crue des lointains ?
la cuisine exotique ?

Un regard indigène ?
Le carillon d'un rire ?
rien de rien que n'oublie
la floraison sous crâne

quand l'imagination
sort ses ailes de soie
son vol est sans frontières
dans l'azur des possibles

je reste donc chez moi
aux yeux sont mes valises
car c'est eux qui m'emportent
aux belles latitudes

dans un songe léger
je baigne sans remous
un verre bien rempli
me sert de carburant

quel périple inédit
me transfigurerait
quand tout autour de moi
suffit à mon ivresse ?

de tous les paysages
le seul qui me retient
c'est celui de ton corps
où ma quille est ancrée

la vraie consolation
est dans ton nid d'amour
dans l'anse de tes bras
ou l'infini s'entrouvre

je n'ai rien vu du monde
j'avais la tête ailleurs
je n'ai fait que passer
je n'ai rien vu du monde

... désolé pour mes visites irrégulières, je suis actuellement en arrêt longue maladie (brûlures).
félicitations pour votre beau site.
j