4/12/2015

Craché là

Craché là
chacun tente
de saisir
la sublime
et infâme
confusion
de vivre
avec
le peu qu'il a
de mots
un peu comme
ce chiot
qui s'évertue
à mordre
le ciel
dans les reflets
d'une flaque d'eau

Craché là
sur la couche souillée
de la nuit
un noyau carapace
de sourire
quelque chose
est prêt
à naitre
du néant

Glavio
intergalactique
d'insecte
craché là
diamant de sang

Tu alignes les jours
en bâton d'allumettes
comme si une route était une route
comme si un arbre était un arbre
comme si une vie était une vie
et que chaque chose avait une place
et que chaque place avait un sens

Tu mets des boîtes
dans des boîtes
dans des boîtes
et pendant ce temps là
ta viande brûle
dans une délicate
bacchanale
de pourriture
et de chants d'oiseaux

Craché là
tu souffles
ta propre flamme
en sécrétant le jus puant
insignifiant
de la beauté

Tu tailles ta maison
dans un bout de charbon
tu te blotties
contre une idée
tu éjacules
dans toutes les tiédeurs
qui apaisent tes peurs
tu te charpentes
un escalier
dans la grande histoire
des larmes

Craché là
tu te colles
au cul
de celui qui te précède
tu rentres
dans la file
qui suis la direction
que personne ne connait

tu te caches
dans la file d'attente
tu supplie la pluie et le ciel
tu t'agenouilles devant tout ce que tu crains
écrases
tout ce qui te dépasse

Etincelle
tes parents
sont deux cailloux
qui se cognent

craché là
tu constitues
une famille
une horde
une troupe
une nation
de chacune
de tes erreurs

Tu pars à la conquête
du vide
tu amasses
des petits tas
de feuilles
sur la plaie

tu brûles
dans la projection
de ta disparition
et la terre est une bille d'argile
sur le dos d'une tortue
et la terre est une plume
qui tombe de la queue
d'un dragon qui s'enfuit
et la terre est  une braise
sur la langue d'un enfant
et tu ne sais jamais
de quelle coté la lame
s'enfonce le mieux dans la lumière
pour trancher la douleur

ton ventre t'apprends
qu'il ya quelque part
une peau qui sent
comme une réponse

et tu es prêts à dépecer
toutes les planètes
pour te sentir moins seul
moins perdu
moins craché là
et tu veux croire tous les mensonges
toutes les promesses
que les abeilles font aux fleurs
que les limaces font aux salades
que les monstres se font entre eux
entre nous

un rat qui se régale
du corps transparent
d'un foetus de moineaux
a t il faim d'amour ?

craché là
tu tisses des couvertures
avec tes entrailles
parce que le néant
redoute la douceur
et que dans un seul point de contact
entre deux mains
la mort meurt




8 commentaires:

kwarkito a dit…

C'est très beau ce texte, sombre et lucide avec du nerf et de l'énergie malgré l'accablant constat

misquette a dit…

La mort meurt.

André Malraux rapporté par Gilles Deleuze : « L'art c'est c'est la seule chose qui résiste à la mort. »

C'est superbe Thomas, j'éprouve de la joie à te lire et à te connaître.

misquette a dit…

"C'est bien craché" dixit ma douce.

thoams a dit…

merci amis glaviots

Stéphane Bernard a dit…

Bon ben je vais pas tenir le crachoir. Lucide, fort, inventif.

misquette a dit…

8h25 Lundi 13 Avril, 25 mn que j'attends mon pain quotidien, le four est en panne ?

misquette a dit…

"Pain" a entendre au sens d'une nourriture qui rassasie, à 8 heures du matin il est frais, c'est délicieux, mais "pain" aussi dans le sens d'un pain dans la gueule, un coup de poing résurrectionel. Je tends l'autre joue et je dis, amène.

misquette a dit…

Je viens de le mettre sur mon blog tellement que je l'aime. N'oublie pas de l'éditer si tu fais un recueil et par la même occasion de mettre un s à brûle !