11/04/2016

Fauconnier

Il est difficile n'est-ce-pas de parler la langue de quelqu'un. Chaque langue est étrangère. Chaque bouche est traduction. Le même mot tombe parfois dans l'espace infini qu'il reste entre deux bouches et disparait ainsi. Avant d'atteindre l'autre. Et inversement, il arrive que deux personnes d'idiome et de pays différents se remplissent le ventre du bon repas complet d'un unique petit mot chaud. Un petit mot de rien. Ordinaire comme un matin de semaine. Un mot à la con. Usé jusqu'à la corde. Un mot comme une corde. Jeté dans le grand vide immense qui sépare deux êtres. Deux montagnes qui s'attrapent. Deux montagnes qui s'écoutent. Deux efforts l'un vers l'autre. Un faucon qui voyage entre deux épaules. Parfois affamé. Parfois placide. Toujours dangereux même dans sa majesté habituelle qu'on ne remarque plus. Nous sommes des dresseurs. Des fauconniers de mot. C'est une question d'attention. De souplesse aussi. On peut faire du mal avec. Ou se les balancer comme deux charognes froides. Mais surtout on peut les perdre, dans le grand blanc du ciel, sans qu'ils n'atteignent jamais rien. Alors on se retrouve seul. Sans les mots. Et sans les autres.

2 commentaires:

misquette a dit…

"Au commencement était le verbe, et le verbe était Dieu" est-il écrit quelque part. Toujours cette sensibilité à fleur de mots chez toi. Il faut être un coeur qui saigne pour être poète. Magnifique.

jm husson a dit…

quel meilleur langage que le regard , quel meilleure parole que le geste , quel meilleur silence que celui de deux amants