2/18/2017

J'en ferai une ratatouille pour des chats sauvages - Paul Valet



Ma poésie n'est pas la votre et votre poésie n'est pas la mienne. Ecrire, ce n'est pas écrire. Hurler, ce n'est pas hurler. Avec ma tête couchée sur une feuille innocente, et les doigts tremblant d'alcool fou-mineur, je demeure un mutin intégral, nourri de tous les fléaux. Art ancien, art moderne, art futur, j'en ferai une ratatouille pour des chats sauvages. _ Car je suis trop puissant  pour vos entreprises somptueuses. D'autres paroxysmes me nourrissent. Ils ne sont pas de votre cru. J'aime l'art tordu aux embryons de poèmes. Toute votre superbe y sombrera."

Paul Valet, Soleil d'insoumission, éditions Jean-michel Place poésie

1 commentaire:

misquette a dit…

J'aime beaucoup. Il va bien avec le texte précédent qui donne à la poesie une représentation très large. André Laude aussi avait à coeur de défendre son iconoclacité. Cette iconoclacité on la retrouve chez les lecteurs. C'est pour cela que certain poète ont plus de lecteurs que d'autres, les goûts et les couleurs... Et puis les goûts changent avec les époques, un sonnetiste actuellement passe pour un ringard alors que pendant longtemps la poésie était en vers classiques ou n'était pas, si je ne me trompe. Aragon avait même mené une campagne de sauvetage du sonnet, Guillevic y avait participé. Selon mon goût ça avait l'effet inverse. Guillevic a même reconnu que ce qu'il avait produit n'était pas flamboyant. Que le thème soit imposé, la question des disparités sociales, le monde ouvrier, n'a sans doute pas arrangé les choses. La poesie de Guillevic comme la tienne est plutôt "intimiste" pour reprendre l'expression que tu as utilisé à Nantes récemment pour la qualifier et j'ajouterais minimaliste. Je n'ai aucune notoriété en tant que poète ou en tant que quoi que ce soit d'ailleurs. On pourrait me soupçonner de dire cela pour cette raison mais tant pis ; on n'écrit pas pour rencontrer les autres mais pour se rencontrer, pour rencontrer l'autre qui est en nous. Un besoin urgent, vital, car l'esprit ne supporte pas longtemps la scission, le chaos, le KO.