11/02/2017

50x70

Si je commence de bas en haut, la poussière sablée du sol. Les délavés de brique des carreaux de la terrasse. Le chêne clair d'une planche, le gris terne d'un parpaing et celui plus brillant des pierres. La rouille polychrome d'un vieux coffre, le beige des brins d'herbe brûlée. La peau presque mauve la chair presque rose des éclats d'écorces de pin et de mélèze. Le jaune pâle et le sang clair des dernières feuilles de vigne. Le marron et l'argile des pots. Le vert chocolat d'une menthe. Le bleu argenté d'un pieds de lavande en bataille. Plusieurs brun du tas de rondins trop secs. Le tableau est coupé sur sa droite par l'aplat ocre rosé du crépis du mur. Et puis la gamme des verts. Vert blanc du lierre. Céladon transparent des pourpiers. Celui plus vif et profond du thuya parsemé de cones  chaudrons et agité de temps en temps par ce dégradé de noir qui contient tous les reflets et dont sont fait les plumes d'une mésange. Le vert un peu passé aussi, usé et sale de la haie en arrière plan dont le soleil de ce premier matin de novembre dore doucement la partie supérieur. Le frémissement cendré des battements d'ailes d'étourneaux venus là se réchauffer. Enfin, l'aplat bleu-crème du ciel épais qui peerce à travers les branche et dégouline du sommet du cadre. Combien de couleurs, de matières, de formes et de sensations se tiennent ensemble à travers le simple espace d'une fenêtre dans un unique instant ? Le monde est impossible à épuiser.

2 commentaires:

misquette a dit…

Il y a une coquille à "perce" sinon c'est parfait (j'ai pensé en te lisant aux magnifiques lettres de Vincent Van Gogh (clochard celeste si il en est !) à son frère Théo dans lesquels il décrivait ses tableaux, mais également aux descriptions qu'en fait Antonin Artaud dans le suicidé de la société, « Nul autre peintre que Van Gogh n'aura su trouver comme lui, pour peindre ses corbeaux, ce noir de truffes, ce noir de gueuleton riche, et en même temps comme excrémentiel". Ca me surprend à chaque fois que tu arrives faire encore et encore du beau, quelque chose qui va m'étonner, qui va faire que je vais mettre tes poèmes sous les yeux de mes amis et que je vais leur dire "lit voir ça" et qu'il me répondent, comme la semaine dernière, "tout ce qu'il écrit est jolie", combien de fois j'ai lu tes poèmes en me disant que les suivant ne pourraient plus m'étonner, me ravir autant que celui que je venais de lire et pourtant si, encore aujourd'hui, ton monde est impossible à épuiser, qu'il en soit toujours ainsi, il faut sans cesse changer de monde pour qu'il devienne supportable.

misquette a dit…

J'éprouve une passion irrésistible pour les livres
et un besoin constant de cultiver mon esprit, d'étudier,
qui m'est aussi vital que le pain.

Cette voie, il faut que je continue à la suivre.
Si je m'arrêtais d'agir, d'étudier, de chercher, alors,
malheur à moi, je serais perdu.
C'est ainsi que je vois les choses, avancer, avancer toujours,
quoi qu'il advienne.

Je serais très heureux si tu ne me voyais point tout simplement
comme une sorte de fainéant.

Extrait des "lettres à Théo" de Vincent Van Gogh