mardi 31 mars 2009

Les étoiles et les trous du cul

- Maman, où il est Papa ?
- Il regarde les étoiles.
- Maman, toi aussi tu détestes Papa ?
- Oui, mon enfant. Moi aussi je le déteste.
- Maman, je t'aime. Tu sais pourquoi ?
- Pourquoi ?
- Parce que toi aussi tu détestes Papa. C'est amusant de détester Papa, tu ne trouves pas ?
- Oui, mon enfant.
- Maman, pourquoi Papa regarde-t-il tout le temps les étoiles ?
- Parce que c'est un trou du cul.
- Et les trous du cul, ils regardent tout le temps les étoiles, hein, Maman ?
- Ton père, oui, en tout cas.


(Mémoires sauvés du vent, poussière d'Amérique, Richard Brautigan, Bourgois, 1983)



RR032563 Standard RM © Roger Ressmeyer/CORBIS
© Roger Ressmeyer/CORBIS
Photographer:
Roger Ressmeyer
Date Photographed:
March 21, 1981

le filliou


Il casse des brindilles
nez rougi par le vent
il me tient la main
me parle de kung fu Panda
J'apprends
...

4 contes traditionnels de Palestine

Quatre contes traditionnels ramenés de Palestine, traduits en France et réunis ici sous la couverture des "contes pour grandir" des éditions du Petit Pavé.
A lire dès 8ans
La note de l'éditeur :Pascal Pratz nous livre ici 4 contes traditionnels de Palestine, de ceux qui ont bercé de nombreuses générations de Palestiniens. Des contes ancestraux qui transmettent jusqu'à nous, au delà du temps et de l'espace, ces décors orientaux, ces personnages fantastiques, ces valeurs fraternelles et humanistes. Superbement illustrés par Emilie Alenda, ces contes entraîneront grands et petits dans le monde des rêves en compagnie de l'Oiseau Vert, du petit Ness Nessisse et du sage Hassan…
En vente directe sur le site du Petit Pavé .... 14,50€

dimanche 29 mars 2009

C'est la dose qui fait le poison...

des jours de peu
des mots de peu
des musiques simples
la lumière de chaque jour
anodine et merveilleuse
écrire plus serait écrire faux
composer
pauser
pourquoi vouloir plus
le Rien
c'est tout ce qu'on a

en réponse à un billet sur le beau blog de KMS

samedi 28 mars 2009

Parution- Hopper City


Allez, soyons funky...
Pour les 20 ou 30 premières commandes
de mon livre Hopper City
un badge de cow boy fait maison offert
Trop top Suzette, ça pète sur ton cadis !
...

HOPPER CITY, de Thomas Vinau
édition Nuit Myrtide
80 pages, noir recto,
collection autographie
isbn: 2-913192-74-2
dépot légal: 26 mars 2009
prix unique: 10 euros

jeudi 26 mars 2009

La mise

On fait ce qu'on a à faire
on survit
on hésite
on rigole
on fatigue
la vie passe devant nous
gentiment
c'est plutôt drôle
de la regarder de dos
de loin
devant nous
avec le sentiment
de perdre sa mise
comme dans une course
de chevaux aux noms compliqués
et ridicules

mercredi 25 mars 2009

« hic occultus occulto occisus est »

En décembre 1833, Kaspar Hauser est attiré, la nuit, dans un parc d'Ansbach, en Franconie, par un mystérieux individu qui le poignarde.
Il meurt quelques heures plus tard ; à l'emplacement de l'attentat, une inscription indique aujourd'hui encore « hic occultus occulto occisus est » (ici, un inconnu fut assassiné par un inconnu).
(source wikipédia)
NOUS
TOUS
NOUS AVONS FAIM
DE QUELQUE CHOSE

Hunter S Thompson




via overthisway

Nous avons faim de quelque chose

Une femme nue dans une caravane
Un vieux monsieur pressé de mourir ses yeux jetés par la fenêtre
Un alpiniste qui serre ses lacets rouges sur une grosse pierre
Une petite fille qui se réveille à cause de la lumière à travers les volets
Un lycéen qui ne vas pas jusqu'à la porte du lycée
Le moustachu sur les marchés qui souffle sur ses doigts
Une mère en retard qui aperçoit l'écureuil au milieu du rond point
Un serveur après une longue nuit de travail qui trouve trois notes sur le piano de l'entrée
Une grand mère qui pouffe de rire devant l'accoutrement de son voisin de bus
Un camioneur qui s'arrête pisser et dérange un couple de hérons
Le vieux jardinier du parc municipal qui constate en souriant que les boutures ont pris
Un enfant à lunette qui regarde pousser un champignon dans un bocal
Un chauffeur de taxi fier de son coup, le numéros de téléphone de sa cliente entre deux billets
Une lycéenne qui vient de se faire tatouer la hanche
Un scientifique à lunette émerveillé par la dextérité d'un bousier du japon
Un jeune à casquette sur un banc qui cherche les mots de son texte
Un prédicateur psychédélique
Une fille trop grosse qui se met à danser
Un petit frere qui saute du plongeoir
Un barbu qui coupe à travers les bois
Un homme qui fume en travaillant tout en haut de sa grue
Une secrétaire qui a fait de son garage un refuge pour les pigeons blessés
Un vieux curé qui nettoie sa cloche
Une pute qui pleure au cinéma
Un paysan qui débrousaille
Un rockeur défoncé qui rentre chez lui en boitant
Un clochard qui dessine sur un papier de boucherie
Une femme assise sur un banc devant le Palais de justice
NOUS
TOUS
NOUS AVONS FAIM
DE QUELQUE CHOSE

lundi 23 mars 2009

Piqure de rappel

HOPPER CITY de Thomas Vinau

Le récit synecdotique, imagiste, de la création d'une ville au fin fond de l'ouest américain.

80 pages, noir recto,
collection autographie
isbn: 2-913192-74-2
dépot légal: 26 mars 2009
prix unique: 10 euros

Commande à l'éditeur
Nuit Myrtide édition
ou à l'auteur:
thomasvinau@yahoo.fr

ci dessous le début:

La ville s’est bâtie
sur les arbres brûlés
on a cassé les pierres
creusé les fosses septiques
construit un pont
une voie ferré

°°°
Les rues sont en terre
en poussière
la vie s’organise
autour du fleuve
les années durent
deux ans

Mon armée colorée grignotera vos cervelles

Con de poète

Il me parle
de la beauté du poireaux
je me dis aïe
ça va être long

Tout recommencer

Je ne sais pas
ce qui m'amène à penser
en ce lumineux matin de printemps
au chais sombre de ma grand mère
au sol humide et poussiéreux
aux portes closent des armoires
aux livres jaunes
aux conserves
aux puces
aux valises
qui sentent le moisi
et l'exil

vendredi 20 mars 2009


Pour écrire de beaux poèmes

moi ça va
j'écris moins
je plante des fleurs
je bois de la vodka
je travaille
je regarde les poissons faire l'amour à la lune
pendant que son ventre s'élargit
le soir on s'endort devant la télé
je ne me perds pas suffisament dans les bois
ou dans les rues la nuit
pour écrire de beaux poèmes
je me contente d'etre là
sur l'herbe
à regarder naître les choses
tant pis !

J'y repense parfois

J’y repense parfois
dans la voiture, sous la douche
n’importe où
C’est pas vraiment que j’y pense
plutôt ça me traverse et puis ça passe
comme du thé dans de l’eau
comme un frisson
C’était il y a combien d’années ?
La dernière fois que je l’ai vu ?
Comment vont sa femme, ses enfants, sans lui ?
Son image me traverse
Et puis ça passe
J’oublie

Michel Torga


















" L'universel c'est le local, moins les murs."
Michel Torga

J'ai mal au mic


oxmo Puccino / J'ai mal au mic /live
envoyé par oxmopuccino

(le texte du morceau est en intégrale dans les com)

A voir également, Trait portrait, rap slam graph et poésie enfin réuni, avec la sélection d'oxmo sur dailymotion ...

jeudi 19 mars 2009

Des traces

Sous mes ongles
la crasse sombre
du poème
Dans mes plaies
le cri bistre
du poème
Dans ma gorge
le noeud mouillé
du poème
Dans mon ventre
le trou brûlant
du poème
Dans mon dos
l'ombre perdue
du poème



( Carte à gratter: émilie Alenda)


mercredi 18 mars 2009


lettre au Professeur P

Cher Professeur P
j'ai été content d'avoir de vos nouvelles
vous aviez la voix de ceux qui se lèvent avec de l'appétit pour la lumière
c'est le printemps et ses faux airs
comme l'a dis un ami à moi
les fleurs poussent et les têtes tombent
nous grandissons puisqu'il le faut
mais ne renonçons pas
à chevaucher les grandes plaines
Notre seule chance
est d'ouvrir les bras
et de rêver plus haut
le reste
c'est une histoire d'épicier
qui compte ses breloques
c'est déja de la poussière
vous savez
oh oui vous savez
les choses changent
et c'est tant mieux
je fais des petits feux avec mes poèmes
pendant que le ventre de ma douce s'arrondit
comme une lune
et je n'ai plus peur d'avoir peur
à croire que je vais finir
par vivre

mardi 17 mars 2009




Jus de pomme

Assise sur le perron
ses longues jambes nues croisées
elle regarde la foule
en buvant un jus de pomme
et ses pensées sont comme
plus vertes et plus sucrées
Elle se dit tiens aujourd'hui
les gens sont bien souriant
Oh et puis c'est qui ce bonhomme
on dirait Charles Baudelaire
en chemise hawaïenne




Edward Hopper, Rooms by the sea, 1951

lundi 16 mars 2009

à nos nuits

Les troupeaux les plaines les chiens les volcans les mines les montagnes les fauves les torrents l'armée noire de mes mots nos blessures nos ruines les chansons des batailles les plantes carnivores les vautours les rêves les flammes la braise rouge des femmes les cris les cimetières les temples les révoltes le ciel qui n'en finit pas d'infini au fond des nuits bleues noires

(tentative vers le sur romantisme bleunuit de edzy)

dimanche 15 mars 2009

Plus rien ne s'oppose à la nuit.

John Martyn

La vie de Tokio

Tokio est un vieux clochard bridé qui était là avant moi et qui y sera après.
Tokio n’a pas d’âge, mais certains disent qu’il a fait la guerre d’Indochine et que c’est depuis ce moment là que quelque chose ne va plus. Quand j’ai vu comment, alors que l’alcool l’empêchait même de tenir debout, il continuait à planter son couteau en le lançant contre la porte en bois d’un vieux garage, je me suis dit que c’était possible.
Tokio parle à tout le monde et surtout à n’importe qui, mais personne ne le comprend. Avant ce n’était pas pareil, il était comme tout le monde, les gens le comprenaient mais il ne parlait pas.
Tokio vit dans une vieille usine de chaussures désaffectée. Il est le roi des moins que rien et des pas comme tout le monde. Il est le représentant ludique de la misère, l’incarnation de la folie douce contre la lucidité douloureuse.
Tokio connaît plein de rituels et de formules qui le font passer pour une espèce de sorcier aux yeux des autres clochards, à moins que ce ne soit le rat séché accroché à son cadi .
Tokio sait miauler.
Il a commencé par avoir une vie plus ou moins normale. Avant il avait une vie plus ou moins normale, c’est-à-dire aussi douloureuse mais moins excentrique, mais dans cette vie d’avant il n’était pas Tokio, il n’était qu’un pauvre type un peu trop gazé par la guerre et qui ne parle pas français... Mais maintenant Tokio sait miauler.
Une fois il y a quelques années, alors que je ne le connaissais pas encore, j’ai voulu lui donner une pièce en le croisant. A ce moment là, un type est arrivé avec un balai à la main et m’a ordonné de ne rien lui donner sous prétexte qu’il touchait déjà une pension de guerre et que, de toute façon, plus il obtenait d’argent et plus il buvait et plus il dérangeait les honnêtes riverains qui en avaient assez de son manège.
J’ai su, bien plus tard, que ce type était celui qui tenait le camion de frites et que Tokio, une nuit, avait essayé de faire brûler son camion pour récupérer la viande, une fois cuite, à l’intérieur.
Une autre fois, je l’ai vu faire un barbecue au beau milieu de la route, au pied d’un feu rouge. Il faisait cuire une de ces grosses saucisses oranges sur un feu de pneus qui commençait à déborder sur la chaussée.
Tokio est le voisin de tous les gens qui habitent cette ville, il est plus connu que le maire.
Parfois il disparaît pendant des semaines et puis on le retrouve un beau matin, assis en tailleur sur le trottoir, avec les cheveux coupés et un nouveau costume de Tokio.
Tokio est la petite musique stupide dans notre tête.
Il paraît qu’il a une femme et des enfants sur un autre continent.
Tokio est un loup-garou. Certains soirs de pleine lune et de bouteilles vides, dans un accès de lycanthropie naturelle, on peut l’entendre hurler des propositions indécentes à la nuit.
Tokio est l’incarnation de nos naufrages.
Il y a quelques années, j’étais avec une fille dans la rue et, en le croisant, elle s’arrêta pour lui donner une pièce ou une clope. C’était comme d’habitude, la musique en accéléré, les miaulements, le feu, sauf que là, lorsque Tokio reçut la pièce, il prononça la première et la dernière phrase distinctement audible et compréhensible de toutes ces années. D’un geste rapide et un peu effrayant, il attrapa la main de la fille et, sans la lâcher, il plongea ses yeux piquants dans nos deux regards et dit:
“- Les anges aussi seront jugés !”
J’ai longtemps cherché l’origine de cette phrase sans la trouver, et un jour j’ai reçu un mail de la fille en question qui me disait qu’il s’agissait d’une citation du nouveau testament... Les anges aussi seront jugés!... Elle n’avait rien ajouté d’autre dans le message et j’avais tout de suite compris de quoi elle parlait. Ce message nous avait marqués à jamais, tous les deux.
Je suppose que c’est à nous qu’il s’adressait...
En tout cas, je l’ai pris pour moi...
Je l’ai pris comme une espèce d’avertissement, une façon de dire: Que tu sois homme ou femme, bon ou mauvais, vivant ou mort, jeune ou vieux, de toute façon tu payeras ce que tu dois payer. Et ce n’est pas en donnant une pièce à un clochard qui t’amuse que tu sauveras ta peau ...

vendredi 13 mars 2009

La nuit elle ment

La nuit elle ment
elle tourne autour des cages
elle déchire ses chevilles
elle attend
ses lèvres près du métal
elle dit
je suis une chienne comme toi
et la peur je la bois toute crue
et mes rêves ont le goût du sang

photos Joe Bonomo

jeudi 12 mars 2009

J'aime pas le printemps

Les premières fleurs pullulent. Tout germe. Tout éclos. Il y a dans ce débordement soudain de couleurs et de vie quelque chose d'effrayant. L'obligation de renaitre peut être...

mercredi 11 mars 2009

Ailleurs ici


photo dénichée dans les trésors de Romain Verger,
allez y vite c'est bientot fini ...

mardi 10 mars 2009

Dormir dans les décombres - mi(ni)crobe

Le microbe n° 52 est dans les boîtes aux lettres.
Avec lui, le mi(ni)crobe # n°20, Dormir dans les décombres, de Thomas Vinau, 20 pages, format 10x15.
Tirés à 150 exemplaires numérotés réservés à l'auteur, à un service de presse ciblé et aux lecteurs de Microbe ayant souscrit un abonnement plus.
Si vous voulez en commander, pour 4 euros franco de port, envoyez moi un mail thomasvinau@yahoo.fr
Attention, nombre limité et pas de réédition prévue.

Allumettes

J'écris des poèmes allumettes
des petites flammes
qui ne réchauffent rien
et qui me brûlent
le bout des doigts

vendredi 6 mars 2009

La vie de Marie

Au début de la guerre d’Espagne, Marie est venue avec ses parents dans le sud de la France.
Son père était un gros con de l’ancien temps, qui la battait parfois comme on tape un cheval.
A douze ans, Marie s’est cassée les deux dents de devant, canine et incisive, en tombant d’un arbre. C’est un peu le gros José qui l’a poussée. En fait, il ne l’a pas vraiment poussée, mais plutôt touchée là où on ne touche pas, ce qui a beaucoup surpris Marie et l’a fait chuter. Une fois les dents cassées, ils continueront ce qu’ils n’ont pas fait exprès de commencer... Marie donnera l’enfant à l’assistance mais José lui, ne donnera rien à Marie.
Marie boit depuis que son père lui a appris à se désinfecter la bouche tous les soirs avec du vin. Elle a commencé avant même de savoir écrire. Elle ne sait toujours pas écrire. Sa grand-mère faisait pareil et elle a vécu quatre vingt seize ans.
En tout, dans sa vie terrestre, Marie aura sauvé d’une mort certaine treize chats, six chiens, quatre corbeaux, un geai, un martinet, un renard, deux furets et votre humble narrateur, mais elle aura nourri et entretenu un nombre beaucoup plus considérable d’êtres vivants.
Marie sait distiller l’alcool depuis 1948, elle aura donc alambiqué plusieurs milliers de litres dans sa vie.
Marie n’a pas d’âge.
Marie connaît tous les gitans de la région.
Il y a quelques années, elle a presque vécu avec l’un d’entre eux, qui ressemblait un peu trop à son père... Il était brave mais il lui manquait un bras et il ressemblait à Blaise Cendrars en plus méchant. Il était un brigand et il a fini comme tel. On dit que celui qui a fait ça n’aura plus jamais de descendance, en tout cas Marie s’est débrouillée avec les invisibles du coin et elle est sûre qu’il a maintenant des couilles comme des figues sèches.
Lorsqu’elle boit un coup, Marie en renverse toujours un petit peu sur le sol, volontairement, qu’elle soit dedans ou dehors. Elle dit que c’est un rite indien pour rendre à la terre un peu de ce qu’elle nous a donné.
Marie n’a jamais voté et n’est jamais allée plus loin que Bordeaux. Par contre, elle connaît tous les coins à écrevisses de la région.
C’est le gitan qui lui a donné son cheval.
Marie possède trois caravanes, un appentis, deux voitures et une remorque.
Marie possède un alambic, un camarguais à la retraite, un corniaud, un jardin et quelques amis bien placés.
Marie a eu ma vie entre ses vieilles mains rocailleuses.
Marie n’a peur de personne.
Marie se rase la tête depuis au moins trente ans et son crâne est buriné comme ses mains. Il n’y a que ses yeux qui soient clairs ce qui accentue le contraste avec sa bouche noire et sa peau basanée.
Après l’épisode des dents cassées, son père a voulu l’attraper pour lui foutre une raclée. Il jurait en hurlant qu’il ferait sortir du ventre à coups de poings ce qu’un sale espagnol (il n’était pas moins espagnol que le père de Marie mais il avait eu la malchance de faire partie de la seconde vague d’immigrés ce qui faisait de lui une saloperie d’étranger pour la première vague) lui avait fourré.
Marie a fui et s’est cachée dans une grotte pendant douze jours. Pendant douze jours elle a bu des flaques sans voir un seul humain. Pendant douze jours elle a traversé le royaume des insectes et des rongeurs en mâchant des racines de cresson et des pissenlits. C’est pendant ce temps là que Marie a commencé à devenir ce que je connais d’elle. En rampant dans la terre humide pendant douze jours, Marie est devenue Marie. Et une fois que son père l’a retrouvée et l’a battue à mort, une fois qu’elle eut donné le bébé à l’assistance, une fois que la peau de son visage - qui avait éclaté sous les coups comme si chaque pore avait été un de ces ballons remplis d’eau que les enfants jettent des balcons- ait cicatrisé, une fois cet épisode passé, il ne manquait plus qu’une dernière chose à faire pour que Marie devienne vraiment Marie.
Marie avait quatorze ans lorsqu’elle eut le courage de tuer son père. D’ailleurs elle ne l’a pas tué, elle l’a laissé mourir ce qui, m’expliqua-t-elle, n’était pas du tout pareil devant Dieu.
C’était un beau matin d’avril, tellement tôt que la terre était encore gelée. C’est le froid qui l’avait levée , elle, et le manque d’alcool qui l’avait levé, lui. Sans un mot, il avait bu à grandes goulées bruyantes puis était sorti en s’énervant contre le ciel, le temps, le chien et tout le reste de sa vie pourrie. Sachant ce qui l’attendait si elle le contredisait, elle n’avait rien dit, comme d’habitude et surveillait son départ du coin de l’oeil, à travers la fenêtre. Elle l’avait vu taper dans le seau au lieu de le prendre dans ses mains pour le transporter. Elle l’avait vu tout rouge, à s’énerver sur la corde gelée du puits tout en continuant à boire. Elle se souvient de la buée épaisse qui sortait de sa bouche et de tout son corps suant et fumant dans le froid. Elle a distinctement pu constater que le cheval était gêné par la corde, qu’il se sentait bloqué entre l’angle de la baraque, le puits et cette foutue corde gelée qui cisaillait les mains de son père. Elle a clairement vu son père, une fois de plus, enrager bêtement de sa propre bêtise et se défouler bêtement sur ce qui traînait à côté. Mais un cheval n’est jamais tout à fait vaincu, s’il a peur ou s’il a mal, s’il prend l’habitude de se méfier, alors il devient un ennemi.
Elle a vu le coup sec, puissant, des sabots contre le flanc de son père. Et l’autre de hurler comme pour l’effrayer un peu plus, et de s’empêtrer dans la corde tout en se faisant coincer contre le bord du puits.
En voulant éviter le deuxième coup, il a perdu l’équilibre et a disparu presque instantanément dans le fond du puits. Elle se souvient que, dès l’instant suivant, lorsqu’elle a regardé la buée qui sortait des naseaux du cheval dans le silence retrouvé, elle a ressenti en elle une paix profonde. Puis elle a repris ses corvées comme si de rien n’était, comme si rien ne s’était passé puisque la disparition d’un pas grand chose équivaut à presque rien.
Depuis ce jour là, Marie est devenu Marie. Depuis ce jour là, Marie aime les chevaux.

Fuck Forever

Le rendement



extrait de La poésie est un sale type, dessin émilie Alenda, édité à la Vachette Alternative, collec 8pA6 n°4, 2008.
à noter un second opus de ma pomme à la Vachette, Le gros sabot de mes yeux, collec 8pA6 n° 20, janvier 2009.

jeudi 5 mars 2009

Ainsi fut conçue l’ombre derrière nos épaules



Elle fut commise
un jour de flaque gelée
contre la boue des rives

Elle fut entérinée par le temps
dans les éclats d’une fuite sans fond
par le goulot vert de la nuit



Elle fut accueillie
dans l’indifférence violente de ses géniteurs
trop occupés à tordre leurs ventres
entre deux déserts

Elle fut annoncée par le piaillement
d’une portée de pigeons malades
qui nichaient au dessus du boui-boui



Elle fut immédiatement abandonnée
par l’entière engeance du pays

Elle fut laissée pour mort et oubliée
dans une de ces cagettes à poireaux
qui jonchaient la désolation


Elle ne poussa aucun cri

La lune était à l’exacte aplomb
de la première larme
qui ravina sa peau crasse

Aussi vrai que la terre
est une bille
sur la tête d’un boiteux
personne n’aurait misé le moindre copec
sur sa corolle défraîchie



Elle fut recueillie
par la mère misère
qui la baptisa au vin sale

Elle lui dit :
Je sauve ta vie qui ne vaut rien
pour que tu craches sur demain
Tu porteras le nom d’Outrage

mercredi 4 mars 2009

Nowhere


Par Jamie Reid, extrait d'un fanzine promotionnel des Sex Pistols en 77
Je suis une fourmi
sous la goutte
de chaque seconde perdue

Buk


" Il faut apporter sa lumière dans les ténèbres. Personne ne le fera pour vous."

Tout en haut des collines

Le ciel est une peau morte posée sur la lumière
La grue au loin reste immobile
Quelques voitures trouent le silence
pendant qu’il regarde par la fenêtre
ce chemin qui serpente tout en haut des collines
Son corps réclame mais il doit rester là
devant le téléphone il est payé pour ça
ses yeux se perdent il hésite et puis merde
Aujourd’hui rêver ne suffira pas
ce qu’il faut c’est marcher tout en haut des collines
On the road from Veblungsnaes to Romsdal, Romsdalen, Norway]
[between ca. 1890 and ca. 1900]
.1 photomechanical print : photochrom, color.

mardi 3 mars 2009

m'assoir à côté

Je connais un type
qui ne fait plus rien
en attendant
que la terre explose
Il reste assis là
à tirer la langue
aux passants pressés
Il dit qu’il s’en fout
qu’il a fait la guerre
ou qu’il la fera
alors tant qu’à faire
autant ne rien faire
et sans se presser
J’crois que je vais aller
m’acheter un truc à boire
et m’asseoir à côté

Anthropophagie

TRAVAIL

Lumière bleue des entrepôts
Ici la règle serait de perdre
Ou de croquer
Les dents qui saignent
Les bras qui pendent
Il faut du courage pour se vendre
Pour devenir
Dans l’haleine froide de leurs yeux
Puisque mon temps devient leurs ventres
Et leurs cigares
Gouttes de sueur par gouttes de sueur
Avec minutie
Ils nous mangent


FAMILLE

Si je te donne
Chaque soir
une petite goutte
De mes larmes
Tu grandiras
Mon fils
Comme une épine



PATRIE

Ce mot
Est une marmite
Pour qu’ils nous mijotent
A leur sauce

Le temps qu'il reste

Diction Directe

LES COMMANDOS D’« ECRITURE SUR PAYSAGE »
Pour prendre part à ce commando d’agitation poétique, rien de plus simple : inscrivez-vous au 03 20 95 08 82 et présentez-vous à la maison Folie à 19h, à la date choisie, entièrement vêtu de noir. Dimitri Vazemsky, le cerveau de Diction directe, vous recevra pour vous indiquer la marche à suivre. Les cagoules sont fournies. L’objectif ? Ecrire mots et phrases en divers endroits du quartier à l’aide de grandes lettres mobiles en bois rouge, et composer ainsi d’inoubliables installations éphémères.

lundi 2 mars 2009

Parution- Le Grognard n°9 est disponible !

img121.jpgLe 9ème Grognard est disponible et, avis aux frileux, il gronde, il griffe et il grogne encore plus fort que d’habitude.

L'exemplaire est à 7 € (frais de port inclus) La commande est à passer auprès des éditions du Petit Pavé : par mail : editions@petitpave.fr ou par courrier : Éditions du Petit Pavé - Boîte Postale 17 - 49320 Brissac-Quincé - FRANCE

LE SOMMAIRE :

- Marc Villemain : Écrire, dit-il
- Thomas Vinau : Des Brioches (poème)
- Mitchell Abidor : American rebels : Voltairine De Cleyre
- Chantal Baligand : Extase éphémère (poème)
- Goulven Le Brech : Entretien avec Olivier Salazar-Ferrer #2
- Benjamin Fondane (1898-1944) : Le Romantisme allemand
- Jean-Pierre Lesieur : Portrait du poète aujourd’hui
- Olivier Verdun : La Criminalisation de l’engagement politique
- Patrice Maltaverne : Vote utile (poème)
- Anthony Mouillon, duc de trèfle : Mordioussssssss !
- Mikaël Lugan : Fragments poéthiques
- Goulven Le Brech, Pascale Arguedas, François-Xavier d’Arbonneau, Stéphane Beau : Du côté des livres.

la couverture de ce numéros 9 est signée émilie Alenda

L’abonnement ? 30 € et vous recevez directement chez vous les 4 numéros de l’année ! C’est pas merveilleux, ça ?

l'ardoise recto.jpgEt en plus, cerise sur le gâteau, nous vous offrons gratuitement, avec le n°9, un exemplaire du tout nouveau livre de Stéphane Prat, L’Ardoise, tout juste sorti des presses des Editions Asphodèle (co-édition du Grognard) !Vous pouvez acquérir un exemplaire "Collector" numéroté (20 au total) au prix de 10€ frais de port compris

Alors n’hésitez pas plus longtemps. Préparez vos chèques, à l’ordre du Grognard et contactez-nous à l’adresse suivante : revue.le.grognard@gmail.com !

J'me tire



















Jerome Bosch , croquis d'étude sur les tentations de St Antoine,vers 1500, détail

dimanche 1 mars 2009

Corbeaux















Elle pissait
elle riait
et dans ses yeux
deux corbeaux bleus
qui se moquaient de ma pudeur

Copeaux

Je prends mes forces là où elles sont.
Dans l’amour, la lumière, les livres.
Chaque matin deux gouttes de rosée pour nettoyer mes yeux.
Chaque soir ses rêves dans ma main pour me chauffer la peau.
Chaque jour je taille un bout de temps.
Petits copeaux de moi qui tombent au bord de l’encre.


extrait de Tenir tête à l'orage.

Rachid Taha



Cette femme là ... Elle ressemble à la France, non ?...

Abécédaire etc-iste


Amour: odeur qui habite la nuque

Buée: Fumée de l'eau

Cendre: particule élémentaire

Déchet : collègue de bureau

Ecorce: gravure sur bois

Flaque: chagrin des chemins

Graine: armée de terre

Horizon: fil qui tient l'hameçon

Insecte: mot sur pattes

Jour: poule qui couve

Knut: ours blanc germanophone à tendance dépressive

Livre: cabane en paille noire

Matin: mensonge qui marche à tous les coups

Nuit: lorsque les hommes oublient et que les choses se souviennent

Oiseaux: chanson des branches

Poussière: riquiquitude de lumière

Quignon: petit vieux du blé

Rire: façon de montrer les dents

Solitude: nourriture qui vous mange

Trou: couffin du tout et du rien

Univers: question en expansion depuis quinze milliard d'années

Vitre: collectionneur de trace de doigt

Western: asile rouge

Xarbukx : insulte qui mériterait d'être inventée

Yeux: chiens renifleurs

Zzzz: citation dans le texte de Gaston Lagaffe