11/27/2014

Johnny Cash & Joe Strummer - Redemption Song


Il finit toujours par arriver ...

Il finit toujours par arriver ce moment où, assis au milieu d'inconnus à la place numérotée d'un wagon moquetté filant au flanc de l'horizon, on se retrouve, les yeux jetés au fond du paysage, de l'autre côté de la vitre à tenter, immobile, de retrouver le goût âcre et tendre d'une image passée aussi sûrement filante que l'eau entre les doigts cagneux d'un  assoiffé perdu dans le désert. Alors, très vite, en deux ou trois souvenirs, on sait si la vie valait le coup de se retrouver si souvent seul comme un chien.

( en rentrant de la Croix Rousse ce 26 Novembre 2014)

11/26/2014

La mouche et la mouche

(c)émilie Alenda 2007


Une mouche est montée gare de Lyon
Pour redescendre à Avignon

L'herbe plus verte des prairies ?
De la famille à visiter ?
Camée au sucre de café ?
Qui sait pourquoi elle est partie

N'est plus chez nous
Y'en a partout
fulmine dans le mistral
une mouche à merde locale

11/25/2014

La marche intrépide de l'homme

Il s'applique. Recommence un nombre infini de fois. Se corrige. S'interroge. Il taille sa roue.  Accroupi. Le jour la nuit. Entre deux faims. Entre deux fauves. Se blesse. Renonce. Recommence. Y parvient. Une belle roue. Qui roule bien. Il est fier. Demain il attaque le bâton.

11/24/2014

La part des nuages - Coup de coeur Gérard Collard - LCI - Novembre 2014



Je n'ai pas vu ce que ça donne mais La Part des nuages et Ici ça va semblent faire partie des Coups de coeur des libraires de Gérard Collard sur LCI. C'est doublement généreux de sa part et je l'en remercie vivement sachant à quel point son avis reste prescripteur. Double part de merci donc.

Les Rediffusions :
25/11/2014 à 16:40 sur LCI
26/11/2014 à 15:45 sur LCI
27/11/2014 à 16:10 sur LCI
29/11/2014 à 14:30 sur LCI
30/11/2014 à 16:30 sur LCI

De quoi tu t'mêles ?

Je m'occupe
de la beauté du givre
sur la peau des kakis

Alain Peters - La Rosée Si Feuilles Songes


11/23/2014

25/11/2014 : Hommage à Pierre Autin-Grenier - Librairie Passages à Lyon

25/11/2014 : Hommage à Pierre Autin-Grenier

Pierre Autin-Grenier, écrivain lyonnais : les « riens du tout » et l’éternité.

"Depuis son premier livre, publié en 1978, jusqu’à son tout récent dernier recueil Analyser la situation, hélas posthume, Pierre Autin-Grenier a enchanté ses lecteurs grâce à la finesse poétique et noire de son humour, l’élégance de son style, sa profonde tendresse empreinte d’une ironie mordante, et l’acuité d’un regard sur le monde tel qu’il ne va décidément pas bien.

Pierre Autin-Grenier est né à Lyon le 4 avril 1947 et mort dans cette même ville le 12 avril 2014. Il a été un grand ami de la librairie Passages et nous souhaitions lui rendre hommage à l’occasion de la publication de ce nouveau livre, ce dernier cadeau à ses lecteurs, qu’il avait préparé en sachant qu’il paraîtrait de manière posthume et qu’il avait voulu comme une sorte de bilan, l’ultime inventaire de la vie d’un écrivain.

Les éditions Finitude publient également à cette occasion un recueil de textes d’amis écrivains en hommage à Pierre Autin-Grenier : Franz Bartelt, Arno Bertina, Izabella Borges, Dominique Fabre, Christian Garcin, Brigitte Giraud, Eric Holder, Frédéric-Yves Jeannet, Martine Laval, Jean-Jacques Marimbert, Thomas Vinau, Antoine Volodine, Eric Vuillard & Pierre Autin-Grenier lui-même, illustré de photos et de reproductions d’œuvres.

Nous avons donc souhaité organiser, avec l’aide des éditions Finitude, une soirée de lecture, d’amitié et de reconnaissance autour de l’ami qui nous manque et qui déclarait en 1993 dans son livre « Je ne suis pas un héros » (Gallimard, l’Arpenteur), premier opus d’une trilogie joyeuse et désespérée, avec « Toute une vie bien ratée » (1997) et « L’éternité est inutile » (2003, prix Alexandre Vialatte) : « Je ne sais pas ce qui se passe dans le Montana mais jamais personne ne m'écrit de là-bas. Je ne demande pourtant pas à recevoir des lettres de plusieurs pages en provenance directe d'Helena, la capitale ; non, mes espérances sont plus modestes et un simple mot, même d'un type perdu dans les Rocheuses, ferait parfaitement l'affaire. Sur les 808 100 habitants de cet Etat qui compte quelque 381 000 km2, il devrait bien se trouver au moins un individu pour s'inquiéter de moi et me donner des nouvelles du Montana... »

Ses amis, libraires lyonnais et écrivains d’autour du monde, vous convient à participer à l'hommage que nous lui rendrons mardi 25 novembre à la librairie. Les écrivains Brigitte Giraud, Christian Garcin, Dominique Fabre, Martine Laval et Thomas Vinau se joindront à nous et à sa femme Aline pour fêter dignement notre ami Pierre, qui nous manque et qui manque à la littérature. "

Librairie Passages
Analyser La Situation - Pierre Autin-grenier - Finitude
Parution : 06 Novembre 2014
Prix indicatif : 13.50€

11/22/2014

Vouloir commencer

Il est 9h13 et je n'ai toujours pas allumé l'ampoule du séjour. Les volets sont ouverts. L'aura bleutée et froide de l'ordinateur se mêle à l'azur sombre de l'horizon d'un jour qui ne daigne pas se lever. Une légère pluie, molle et persistante accable placidement le monde. Au sol, Les feuilles pourrissent sans résistance. La terre sature d'eau. Le jour ne se lève pas. Café tiède à présent. Bruit des gouttes. Deux kaki sur la terrasse attendent dans une assiette fêlée que le givre leur donne la couleur du soleil. Les oiseaux se cachent. Des mots aux pieds lourds. Pleins de boue. Ce qui est trop tendre tente de s'enterrer un peu plus dans son refuge de fortune. La feuille d'un érable. Un oreiller. Un gâteau aux relents de fleur d'oranger. Les autres économisent la chaleur de leur souffle dans le col relevé de leur veste. Personne n'est vraiment certain de vouloir commencer.

11/21/2014

J'veux pas dire mais je crois que le soleil se fout de ta gueule

 Ne ramasse pas 
l'or à tes pieds
tu le souillerais


Revue Carré - éd Rhubarbe - Nov 2014


"Avouons-le, on n'y croyait plus. Et pourtant, le voilà, plus vert que jamais. le nouveau numéro de la revue carré vous emmènera au fin fond de la campagne, sous les lambris de l'Académie française, en Irlande ou sur Mars, et même sous les jupes des filles. Partout où le vert est de rigueur. Avec des contributons de Jean-Paul Rousseau, Marilyse Leroux, Marie Léger, Christine Balbo, Charles Cros, Federico Garcia-Lorca, Alain Moret, Thomas Vinau, Jacques Morin, Alain Kewes, Constantin Kaïtéris et bien d'autres."

11/19/2014

El dorado

Cette espèce de
conquête de l'Ouest
que c'est certain jour
d'atteindre le soir

Vendredi 21 Nov - Librairie Oblique à Auxerre


Je serai ce Vendredi 21 Novembre 2014 à 19h30
 chez les amis de la Librairie Oblique à Auxerre 
pour deviser joyeusement de petits moments et de grande littérature (ou l'inverse).

11/18/2014

Les osselets

La mésange à tête bleue
au midi scintillant
pose ses pattes propres
sur la corne d'une charogne
pousse trois trilles et puis repart
touffe de poils dans le bec
les pattes légèrement moins propres
On peut chanter dans les décombres
construire son nid d'osselets fins
chaque jour commence un nouveau jour
les oisillons ont besoin de chaleur
pendant qu'une drôle de musique
s'aiguise dans le ventre 
du chat du voisin

11/16/2014

Au froid de l'aube

Au froid de l'aube
un enfant chante
dans son lit
la glace ne fondra 
pas plus vite
et rien ne fera
disparaître la nuit
pourtant au froid de l'aube
un enfant chante
dans son lit
Nous sommes 
les mots perdus
de la minuscule chanson
qu'il invente

11/15/2014

La Route - Cormac Mccarthy (adapté au cinéma par John Hillcoat)

 "(...)
- Comment saurait-on qu'on est le dernier homme sur Terre ? dit-il.
- Je ne crois pas qu'on le saurait. On le serait, c'est tout.
- Personne ne le saurait.
- Ça ne ferait aucune différence. Quand on meurt c'est comme si tout le monde mourait aussi.
- Je suppose que Dieu le saurait. N'est-ce-pas ?
- Il n'y a pas de Dieu.
- Non ?
- Il n'y a pas de Dieu et nous sommes ses prophètes. 
(...)"


"(...)
- J’ai dit qu’on n’était pas en train de mourir. Je n’ai pas dit qu’on ne mourrait pas de faim.
- Mais on ne mangerait personne ?
- Non. Personne.
- Quoi qu’il arrive.
- Jamais. Oui quoi qu’il arrive.
- Parce qu’on est des gentils.
- Oui.
- Et qu’on porte le feu.
- Et qu’on porte le feu. Oui.
- D’accord 
(...)"


"(...)
- Je peux te demander quelque chose ?
- Oui. Évidemment.
- Tu ferais quoi si je mourrais ?
- Si tu mourrais je voudrais mourir aussi.
- Pour pouvoir être avec moi ?
- Oui. Pour pouvoir être avec toi.
- D’accord. 
(...)"

"(...) Puis ils repartirent, le long du macadam dans la lumière couleur métal de fusil, pataugeant dans la cendre, chacun tout l’univers de l’autre.(...)"

11/14/2014

La prière

Elle tourne discrètement les graines diaphanes d'un chapelet de perles entre ses doigts. Ses yeux se ferment, elle s'assoupit. Je ne sais pas quelle est la prière qu'elle cache derrière ses cheveux longs et son pull trop grand. Je sais qu'elle a ôté ses chaussures, qu'elle s'endort en chaussettes dans le train. Et je sais qu'une fille en chaussettes a toujours plus de chance d'être exaucée.

Little Willie John - Need Your Love So Bad (1955)


11/11/2014

Gigots


Gigots sous le soleil. 
Vos chairs flasques. Grises. Ternes. 
Vos yeux tristes. La douceur de vos yeux tristes. 
Vos poils. Vos germes. Vos cernes. 
La masse informe de vos fatigues. 
Vous êtes déjà morts. 
Des larmes de poussière sèche. 
Je vous aime.

11/10/2014

Paysage


Toute cette lumière à traverser

Traversé ballotté
brindille entre deux eaux
d'une lumière à l'autre
je flotte dans le jour
comme vache qui mâche
je me laisse faire
parfois une goutte de pluie
réveille ma peau
en un sourire
gelé

11/09/2014

Zara McFarlane - Police & Thieves (Official Video)


Fleur de sel - article de Marc Wetzel - Revue Souffles - Juste aprés la pluie




"FLEUR DE SEL

Thomas Vinau Juste après la pluie – Alma, éditeur, 2014


La fantaisie, la simplicité, la profondeur, la justesse, l'honnêteté. Voilà le monde apparent de Thomas Vinau. Et c'est de plus un monde sympathique (la franchise et le pittoresque y font bon et accueillant ménage) et neuf : on pense à de singuliers croisements entre Francis Jammes et Francis Ponge (« la vieille éponge de cuisine (…) toute recroquevillée de la crasse des choses », p. 185), Jacques Prévert et Samuel Beckett (« nous sommes de la confiture de poussière » , p. 181), ou même Cioran et Jean Follain (« L'argent, c'est du temps jeté par des fenêtres fermées », p. 184) ; mais l'auteur est déjà complètement formé et soi, et l'on s'en rend compte en se prenant à comparer très vite ses poèmes entre eux, et non plus à ceux d'autres.

Ce jeune auteur (que je découvre) me semble avoir une extraordinaire qualité : il sait mettre en images, directement, les mouvements généraux, abstraits, communs, de l'esprit, les attitudes proprement humaines. Par exemple la sublimation ; il ne dit rien des poncifs qu'on en sait (un désir qui vise à mieux, une élévation socio-spirituelle de l'entrée de gamme de la libido, une résilience de frustration etc.), mais il l'évoque ainsi :
« Celui qui peint/qui joue/ou qui écrit/est le pillard/de l'enfant dévasté/qu'il était » , Attila, p. 66),
ou « Toute la nuit/l'ours lui avait/collé des beignes/à l'aube/ sous les croûtes/de sang/il trouva/un poème », La Muse, p. 55)
ou : « En s'envolant/le papillon me dit/Je suis/le rêve/d'une larve » (J'écris parce que je suis sale, p.103)
ou : « Les trous d'obus les fosses/les tranchées et les tombes/sont les lieux de naissance privilégiés/du coquelicot/de même que les blessures les non-dits/les plaies et les silences/ sont les nurseries habituelles/du poème » (Ce noir qui remonte, p.173)
Et tout son recueil fait de même (on se réjouira de vérifier !) pour d'autres conduites fondamentales, qu'il illustre admirablement, comme la conversion,
« J'ai suivi/le chemin/le chemin/me mena/derrière moi » (p. 72),
la résolution : « Le matin/chaque matin/tu t'efforceras d'être/cet enfant qui enfonce sa main/au fond de la gueule d'un chien » (p. 73)
le recueillement : « J'écoute/le ciel/ouvrir/mes yeux » Plan large, p. 87),
ou la patience, « Le doc est en retard/d'une heure trente/tout se perd/mais la douleur/reste ponctuelle/(...)/quelques corps/poliment déchus/patientent là » (En attendant, p. 251).


Il y a autre chose, qui m'a beaucoup troublé et touché : c'est en T. Vinau une espèce de travail constant d'élucidation, par le poète, de son activité imaginative même. Sa puissance d'évocation, de mise en « correspondances » est certes magnifique et libre,
« Demain est une mouche/qui se lèche les pieds » (p. 56), « Je me sers/d'un toboggan d'enfant/comme chaise longue/je me sers/de l'herbe haute/comme déodorant/je me sers/du ciel foutraque/comme cahier de brouillon » (p. 147), « D'un bruit de ventouse/qui se colle au tonnerre/il faisait passer/le caillou noir de la nuit/d'un bord à l'autre/de sa bouche/dans sa dent creuse/un soleil/endormi » (Dieu a l'haleine chargée, p. 133) …,
mais c'est quelqu'un qui ne veut pas être dupe de sa fantaisie, qui ne quitte pas de l'oeil le besoin réel (même s'il est trivial) toujours juché sur sa monture irréelle (même si elle est sublime). Thomas Vinau cherche, comme avec scrupule et distance, l'invariant vrai de ses rêveries . Dans le superbe texte « Nous avons faim de quelque chose » (p. 90-1), c'est comme si la « folle du logis » s'examinait elle-même à mesure, méditait son vrai loyer, semblant aller jusqu'à s'exproprier si son grabuge était faux, son voisinage inhumain, son délire mesquin. C'est ce que je sens dans ce convoi de faits magiques, ce pudique tortillard de saynètes arrimées là, comme « Une femme nue dans une caravane », « Une mère en retard qui aperçoit l'écureuil au milieu du rond point », « un camionneur qui s'arrête pisser et dérange un couple de hérons », « un barbu qui coupe à travers bois », « un enfant à lunette qui regarde pousser un champignon dans un bocal », et « un clochard qui dessine sur un papier de boucherie ». Ce serment fait par une étincelante fantaisie de ne se montrer jamais indigne, cette moralité supérieure dans la fabulation, est chose très rare. Cet auteur semble constamment veiller à ce que sa conquérante irréalité ne déloge rien ni personne de leurs ingrates et dûes conditions de réalité ! C'est cette « élégance » interhumaine dans la démiurgie propre que j'entends dans des passages comme :
« D'abord apprendre/à faire ce qu'on peut/avec ce qu'on a/ensuite apprendre/à faire ce qu'on peut/avec ce qui nous manque » (Faire ce qu'on peut, p. 85),
ou « Nous sommes la poussière/dans l'oeil/d'un aveugle/as-tu déjà vu quelqu'un dépecer un lapin/le retourner comme un gant/et bien il s'agit de faire la même chose/avec sa peur/jaillir/comme le jus/d'une cerise/un beau bouquet/dans chaque plaie » (Le gant, p. 249),
« On ne se refait pas/c'est bête/vu tout le temps/passé/à se défaire » (On ne se refait pas, p. 198),
« Nous sommes/ des chiens qui parlent/truffes plantées/dans le cul des étoiles/éperdument perdus/de n'avoir pas de maître » (La marque du collier, p. 164),
et, tout particulièrement, cette géniale et pure confidence :
« Où vont les rêves/dont on ne se souvient jamais//au même endroit/que les mains/que l'on a lâchées » (Où vont les rêves, p. 156)

Cette fraternelle (et ironique) humilité est d'ailleurs explicite,
« Je n'ai rien contre l'horizon/mais je ne suis pas sûr/que soit très saine/cette prétention à/toujours vouloir/être devant » (J'dis ça j'dis rien, p. 97).

Et puis ce magnifique poète n'a pas seulement une morale ( = un souci de ne pas se désolidariser du pire, et de restituer le meilleur à ses co-méritants), il a une métaphysique : il a la tête cosmophile, psychogène et théophone. Car de sa seule imagination ne pourrait venir cette sagesse, qu'on lui devine, et qu'on lui envierait si sans cesse il ne la partageait. Cet amateur de « bombes tendres » (ainsi nomme-t-il les livres), qui « chuchote » le monde , pour lequel « le poème est ce pain qui se coupe à la main lorsqu'on a très faim » (p. 272), est un homme au sourire aigu, au discernement jubilatoire, à la finesse communicative. Et pour le dire franchement : cet auteur, au lyrisme malicieux, fait admirablement comprendre ce qu'il chante de vie. Ainsi applaudit-on à sa conviviale Genèse :
« Du soleil/des protéines/et quelques litres de larmes/le barman du coin/vient d'inventer/un nouveau cocktail/la Terre » (Cocktail, p. 68),
frémit-on à sa monocolore apocalypse, « Silencieux/polis/indifférents/dans ce grand wagon blanc/qui nous mène au néant » (Dans ce grand wagon blanc, p. 67),
se secoue-t-on à sa salubre remontrance, « Nous savons tous théoriquement/ce qu'est la Vérité puisque/nous avons tous déjà menti » (Juste avant, p. 257)
et se berce-on des bras de son double verdict, « Hier le dernier/rhinocéros/du Mozambique/s'est fait zigouiller/par ceux qui devaient/le protéger/il faut noter/ que l'homme/est une crapule/qui sait/jusqu'à la perfection/se tailler/les ongles des pieds/pensa Topor/en achevant son verre/quelle élégance/quelle élégance » (p. 233),
et « Aucun esclave/ne lève les rideaux de l'aube/les enfants qui ont faim/peuvent manger leurs mains » (Croire au père Noël, p. 203).

« Classique » est un auteur qu'on sait d'emblée pouvoir toujours relire, parce qu'on fut par lui accueilli comme avec des notations éternelles. Celles exactement comme : «Une /petite/montagne/qui saute sur les genoux/d'une rivière » (Enfance, p. 139), et « C'est juste/que pour aimer/il faut avoir/quelque chose/à perdre ... »(Nourrir les bêtes, p. 104). Un écrivain classique est comme un invité improbable qui restera dormir. Comment laisser, en effet, repartir, le facétieux et clairvoyant convive que voici,
« Aux soirées de l'ambassadeur/je suis ce genre de type/qui essuie discrètement/le toast de caviar de saumon/et de cèleri rave/écrasé/sur le carrelage blanc/aux pieds de l'ambassadeur » (Les orteils de l'ambassadeur, p. 153).

Cet encore jeune homme (né en 1978) est, je crois, un très grand auteur. Le génie poétique consiste à redemander à la parole de quoi mieux vivre, en l'obtenant presque à tout coup. Et nous, pareil génie, sagace et léger, on en redemande .
« Marcher dans l'herbe/juste après la pluie/rentrer/mettre des chaussettes sèches/recommencer », p. 268)
"
m.w.

Merci à Marc Wetzel pour ce dithyrambique article qui paraitra dans la revue Souffles !