6/17/2019

21 cm de + : «C'est un beau jour pour ne pas mourir» de Thomas Vinau - Canal+ -Samedi 29 juin à 12h43

21 cm de + : «C'est un beau jour pour ne pas mourir» de Thomas Vinau

21 cm de + : «C'est un beau jour pour ne pas mourir» de Thomas Vinau
Retour du supplément hebdomadaire porté par Augustin Trapenard et qui permet de piocher quelques conseils de lecture. Toute l'actualité du livre est passée au crible de manière à dénicher de petites pépites, qu'il s'agisse de romans, français ou étrangers, d'essais, de recueils de poésie, voire de beaux livres ou de bandes dessinées ainsi que d'ouvrages jeunesse.
Samedi 29 juin à 12h43

6/16/2019

Le chasseur déchiré

 



A l'aube, les yeux gonflés d'erreurs, il remonte la piste des déjections de prédateurs qui ont tourné autour de son cadavre. Il écarte les ailes de libellules, enfonce son index dans l'humidité des feuilles, renifle la face cachée de la lune, mordille un fil de brume. Il connait tous les alphabets de la chasse, les ablutions du jour levant,, ses comptines d'enfant sorcier. Il connait les règles, les repères d'urine chaude, le musc  des souvenirs. Il a l'appétit de la perte, la soif des territoires perdus, la boussole de son sexe, l'horloge de son ventre, la lame de ses yeux, la besace de son coeur, les chausses de ses questions. Il chante sa chanson de poisons et de remèdes. Devant lui, le chemin danse dans les ronces.

6/14/2019

Aretha One Step Ahead

Les culs pelés de la tendresse


Nous sommes les monstres de l'amour, les culs pelés de la tendresse. Ce que nous rongeons nous réchauffe, ce qui nous réchauffe nous ronge. D'un seul coup de doigt tu peux transpercer la petite peau douce de nos ventres ou briser chacun de nos os. Nous valons moins qu'un coup de botte. Nous sommes les dents de la nuit. La grouillance derrière le rideau. L'ombre portée de votre règne. L'avant et l'après de vos scènes. Vos minuscules terreurs terrées. Capables dans un même élan de chérir et de dévorer. Nous sommes l'écho. L'inverse. L'infime. Un chicotement dans l'infini.

6/13/2019

69 année poétique

Tu saurais
nettoyer mon désir
avec ta bouche


Tu saurais
nettoyer ma bouche
avec ton désir

"Je crois en l’homme, cette ordure ..." - Lucien Jacques



« Je crois en l’homme, cette ordure,
je crois en l’homme, ce fumier,
ce sable mouvant, cette eau morte ;
je crois en l’homme, ce tordu,
cette vessie de vanité ;
je crois en l’homme, cette pommade,
ce grelot, cette plume au vent,
ce boutefeu, ce fouille-merde ;
je crois en l’homme, ce lèche-sang.

Malgré tout ce qu’il a pu faire
de mortel et d’irréparable,
je crois en lui,
pour la sûreté de sa main,
pour son goût de la liberté,
pour le jeu de sa fantaisie,
pour son vertige devant l’étoile,
je crois en lui
pour le sel de son amitié,
pour l’eau de ses yeux, pour son rire,
pour son élan et ses faiblesses.
Je crois à tout jamais en lui
pour une main qui s’est tendue.
Pour un regard qui s’est offert.
Et puis surtout et avant tout
pour le simple accueil d’un berger. »
***
Lucien Jacques (1898-1961) – Carnets de moleskine (Gallimard, 1939) – Préface de Jean Giono.

Merci Beauty will save the world pour la découverte

6/04/2019

Etonnants voyageurs - 7/8/9/10 Juin - St Malo

Programme


Samedi

10h30
Ecrits de nature
La Grande Passerelle - Médiathèque

17h00
Le temps du roman, le temps du poème, le même temps ?
Salle Sainte Anne

18h05
Signatures
 

Dimanche

14h30
Un monde de plus en plus noir
Maison du Québec

15h50
Signatures
 

Lundi

10h30
Signatures
 
On se retrouve à St Malo... Tout est là

6/02/2019

la fortune


Les rêves c'est le pays des filles que tu n'as jamais osé embrasser. C'est une enquête du p'tit quinquin dans ton enfance. C'est le seul endroit où tu peux te sucer toi même et te faire poursuivre par toi même. C'est la gorge qui ne peux pas crier. La maison où tes morts viennent te serrer la main. Un chemin que tu n'as pas besoin de connaître pour le retrouver. Une sensation de fleur et un goût de froid. Une cabane en souvenirs. Ce trou dans lequel on ne tombe jamais. Du vide avec des fraises autour. Une fortune de cadavres et de questions. Ton aventure sans début sans milieu et sans fin.

5/31/2019

It's a beautiful morning



Le vendredi 
mon dealer va chez mon psy
les ragondins sortent en famille
les pivoines ont fleuri
c'est le jour du marché
entre les casquettes et les radis
le paradis sent l'huile d'olive
les panisses et le citron confis 
en plus j'ai une friteuse toute neuve
y'a un truc à faire avec aujourd'hui

5/29/2019

BUDDY HOLLY That Makes It Tough (Apartment Tapes)

Des saletés qui brillent et qui dansent

La peur a écrit quelque chose dans mon regard
quelque chose que je ne parviens
ni à effacer ni à déchiffrer
pas plus à comprendre ou à oublier
ce qui est sûr c'est que je vous aime
et en ce moment je regarde ce que la pluie trace sur la vitre du train
des saletés qui brillent et qui dansent
coincées entre le froid et la lumière
la chaleur et la grisaille
Des phrases perdues que je ne parviens
ni à effacer ni à déchiffrer
qui brillent et qui dansent
qui salissent à peine
qui dessinent à peine
la distance
entre vous
et moi

5/24/2019

La barchetta dell'ammuri

Sa mère la peur !

Bitter Victory (1957)
Directed by Nicholas Ray

Ma peur met du gel
elle est so 2010 
la naze 

Le matin 
ma peur fait sa toilette
elle est coquette
comme un oiseau qui se nettoie les ailes
ou un vieux chat qui se lèche la rondelle

Ma peur 
fait de ma vie 
un régime sans sel

Elle fait du zèle
toujours là pour balancer 
dans la cour de récré
voisin vigilant
collabo bienveillant

Ma peur articule mal
parle dans sa barbe
marmonne sa glose
dans ses glaires
elle est pas claire
cette pute

Ma peur a des douleurs articulaires
le vertige
la goutte au nez 
la crotte au cul

Elle a fait son solfège
sait composer 
et orchestrer
des symphonies
de faiblesse

Ma peur a une capacité 
d'adaptation
à toutes épreuves
Mac Gyver  casse-bonbon
elle est l'incarnation
du darwinisme
des emmerdements 

Ma peur se parfume
mais elle sent pas bon
c'est pire que tout
ça se mélange
comme le pq
à la lavande 

Ma peur est une fleur au bourbon
que je butine
comme un gros bourdon

Ma peur est un fromage
qui a faim
un vin 
qui a soif
un joint 
qui me fume
et un vagin
avec des dents

Ma peur se la pète un peu quand même
de temps en temps

Le soir
ma peur consciencieuse
se brosse les canines

Le ph de mes larmes
lui fait la peau douce
mes cauchemars
lui tonifie le cul
et mes insomnies
délassent ses synapses

Ma peur aime bien
que chaque chose soit à sa place
comme ma main dans ta gueule
ou la police partout et la justice nulle part

Ma peur est un peu grivoise
un peu volage
un peu carnage

Ma peur prend des selfies
de son nombril 
de son mauvais profil 

Ma peur est avide 
et impavide
elle aime ce qui se finit en vide

Ma peur te rentre dedans
comme papa dans maman

elle fait des bons mots
et du mauvais sang

elle ne change pas
mais elle se change tout le temps
elle en fait trop
et pas assez
elle a besoin d'un gros câlin
et d'un bon dermato
Ma peur elle a beau faire
enchainer pastilles de menthe
et soins bucco-dentaire
elle a le dedans
qui sent le derrière
elle chante juste
mais elle dit faux

Ma peur elle a pas peur
de marcher dans la boue
et de mettre les mains dans le cambouis

elle aime bien ça même

C'est un killer
un winner
ascendant surfer

C'est un plan épargne logement
une réunion de copropriétaires
et une Rolex a cinquante ans

c'est une grosse brêle
une vieille maquerelle
 un petit kiki

Elle chausse large
comme Adidas
et pense étroit
comme un soldat

elle fait de la gym
dans mes complexes
et du kravmaga
dans mes choix

c'est le poisson dans l'eau
de mon incapacité
à croire en moi

elle est le silure
de mon ruisseau
le crapaud de ma flaque
le germe
de mon verre d'eau
(toujours à moitié vide)

Ma peur
se fait payer grassement
ne rembourse jamais
tape dans le frigo
squatte l'escalier

Ma vie ça lui fait des vacances
et des souvenirs

Ma vie 
ça lui réussit

Bitter Victory (1957)
Directed by Nicholas Ray

5/22/2019

Game of clown

j'ai vu 
de mes yeux vu
un petit escargot
chevaucher la destruction
d'une tondeuse à gazon
tel une souris
sur le dos d'un dragon
 

5/19/2019

Thanatojolie


Tout le monde sait bien
que pour conserver 
un beau cadavre de beauté
il suffit d'enfoncer
avec fermeté
la pointe rougie d'une idée
entre ses ailes

5/18/2019

Bastien Lallemant - Danser les Filles [live aux Studios Ferber]

Feel good chiotte life


Cette grisaille merdeuse et humide
qui débarque en plein milieu
du soleil juteux c'est pratique
ça nous fait une pause-crépuscule
un espace déprime à la manière 
de ces espaces-détente à la con
pour s'étirer la plainte comme un chat gras
se faire masser la ralouze entre les tempes
méditer ses bourrelets de petit blanc

5/16/2019

Poésie et musique Thomas Vinau /Bastien Lallemant - Dimanche19 Mai à 18 H - La Fabrique - Maison de la poésie de Paris


LA FABRIQUE #20 APPROCHE
Elle se tiendra le dimanche 19 mai
/// à 18 heures ///
à la Maison de la Poésie de Paris.
Elle réunira
Thomas Vinau, poète
... assis « au bord du temps ». Il regarde le même monde que nous, celui qui dans son quotidien nous déverse sa violence, mais en y opposant une folie douce, en en restituant les possibles petits miracles, saisis juste avant leur dissolution.
&
Bastien Lallemant, chanteur
... à l'élégance pudique et la voix majestueuse. Dans son dernier album, il fait « danser les filles » (très tranquillement) en tentant, par des récits secrets, imprévisibles, tendres, de dessiner l'intime à l'horizon,
et de ralentir le cours des choses, en nous envoûtant.
Je vous y espère.
Infos et réservation (vivement recommandée) ici :
https://www.maisondelapoesieparis.com/…/la-fabrique-20-tho…/

5/13/2019

Il fallait que la vérité soit dite

Il y a un moment
au début de la journée
et un autre
à la fin
où tu pourrais
égorger un de tes enfants
avec la mâchoire arrachée de l'autre
entre les deux 
ça va beaucoup mieux
tu donnerais tes bras pour eux
en particulier
quand ils sont à l'école

5/12/2019

björk: tabula rasa

Épines

Joe Freeman Collection of Trade Cards. United States, [ca. 1874 - ca. 1910] 


Il suffit d'un fil de banane
accroché à la joue
pour rendre la peine ridicule

L'enfant n'a pas peur 
des épines plantées
dans sa tête

la terre tourne
puisque les oiseaux 
jouent à chat

Je regarde l'ombre 
qui respire 
du vent

Demain 
c'est
 là

Oncle Sam



5/10/2019

Louis Armstrong - What a wonderful world ( 1967 )

A l'abordage, tête de nuage !



Il a de la gueule le jour
sa gueule d'infini
d'insignifiant infini
sa gueule d'absolu
d'absolu de rien du tout
sa gueule de relou
de relou qu'on aime bien
sa gueule de maintenant
qui se redresse et se tape 
dans les mains en disant
c'est parti mon quiqui

5/08/2019

Comme un mélange de la Blble, l'Odyssée et le dernier Avenger

En gros c'est le soir et le gars est un peu sur les nerfs. Il enfile son costume de dingo et il se lâche. Il fait conneries sur conneries, emmerde les autres et n'écoute pas ça mère. C'est le soir il est véner, comme tout le monde, on va pas lui jeter la pierre. bref il se fait punir, normal, et se retrouve en cabane dans sa chambre. Et là tu vois il s'échappe. Iil s'échappe par la tête, par la forêt de sa tête, par l'océan de sa tête, par la jungle sauvage et lointaine de sa tête. Après un long voyage il arrive chez des chelous. Des gros machins dégénérés qui ressemblent à rien. Qui veulent le défoncer bien sûr et le bouffer. C'est des monstres quoi. Mais là le gars, tu vois, il les met à l'amende. Direct. Pas parce qu'il est plus fort qu'eux, ou plus gros qu'eux ou plus laid qu'eux ou plus méchant qu'eux. Juste parce qu'il a pas peur. Et là c'est beau tu vois. Du coup les monstres l'adoptent, il devient leur chef et ils font une teuf d'enfer. Ils dansent, ils jouent, ils font n'importe nawak. Ils mettent la nuit à terre. Ils foutent le dawa. Jusqu'au moment où le gars en a marre. Il a le mal du pays comme Pnl ou E.T, il a envie de rentrer à la maison. Parce qu'on est tous d'un seul pays tu vois. Même s'il a peur nulle part il est chez lui que chez lui. Alors il repart à l'aventure. Il ne craint pas plus d'arriver que de partir, ça c'est beau aussi. Et finalement, après un long voyage dans le bordel sauvage de sa tête il retrouve sa mif. Les odeurs et la chaleur de sa mif. Et voilà.

5/07/2019

La tronçonneuse de nos silences



Bien sûr qu'on est seul
bien sûr que c'est pour toujours
mais ce que je ne supporte pas
c'est de me sentir seul
tout prés de toi

5/04/2019

En passant

Par dessus le mur du cimetière
j aperçois en passant
une vieille dame
en train de nettoyer
une jeune tombe
dans le silence tranquille
d'un début d'après midi
la pluie est passée
et le soleil
perce le gris
il fait presque bon
la mort sent
le lilas

5/02/2019

Parution Le noir dedans - mai 2019


Après une belle et brève première vie chez les copains de Cousu main, ce texte datant de 2008 et qui me tient particulièrement à coeur reparait dans la collection Chaos? de super SUN/SUN. J'en dit Youpi, j'en dis Merci j'en dis Let's go !



ISBN 979-10-95233-11-4
10,5 x 19 cm
24 pages, reliure deux points métal
couverture curious metallics black, encre cuivrée
1ère édition
L’auteur / Thomas Vinau
Graphisme / Céline Pévrier
paru en mai 2019
Langue / français

 SUN/SUN

(...)
C’est pour ça que des hommes parlent fort.
Hurlent. Courent.
Et travaillent.
S’épuisent chaque soir.
C’est parce que c’est vide et c’est noir dedans.
C’est pour ça qu’on a appris à lire.
À écrire et à compter.
À souder et à conduire.
C’est pour remplir le noir dedans.
C’est pour ça qu’on court après un ballon.
Qu’on escalade une montagne.
Qu’on répertorie les papillons.
C’est pour ça que des hommes ont inventé dieu
et les ampoules électriques.
Ont construit des églises et des appartements.
C’est parce que c’est noir dedans. 
(...)

4/27/2019

J'étais là


 (Le merveilleux voyage d'Hermés - Moebus)

J'étais là, ce matin, dans le lit, encore confit, toujours confus, à tenter d'attraper le monde par un bout, n'importe lequel, à me frayer un chemin dans mes perceptions comme un explorateur fiévreux au fin fond d'une jungle lointaine. J'étais là, un peu groggy, parfaitement myope, méchamment déshydraté, joliment ensuqué, clairement rouillé, tranquillement courbaturé, plaisamment disséminé dans le petit bordel sacré et ordinaire de mes rouages épars, de mes sensation confuses, entre des tronçons de mots, des éclats d'images, des nappes de lumière floue, des vagues de besoins physiologiques. Une pression à la vessie, une douleur dans les psoas, la scène d'un rêve qui s'éloigne en flottant, la douceur laineuse de l'aube qui traverse l'épaisseur sombre du rideau. Une question sur ce qu'il y aurait à faire aujourd'hui, une pensée à propos des enfants hier soir, une résolution sur le nombre de verres de vin, un chant d'oiseau mouillé. Une idée à creuser pour le roman, le mugissement d'une machine au loin, une échéance qui approche, un muscle à étirer. Mais surtout, surtout, le plus longtemps possible, l'attention minutieuse et concentrée à faire le moins de geste ou de bruit possible pour ne pas interrompre ton ronflement de caramel écrasé digne d'une bulle de bd de Franquin. J'étais là ce matin, à débarquer dans la conscience de ce qui fait ma vie exactement comme un naufragé sur une plage déserte, une plage immense et calme où la sable doux accueillerait les vestiges épars de son navire. Une plage inconnue et familière au dessus de laquelle de grands oiseaux océaniques striduleraient  dans le grand ciel orange leurs chansons nasales et préhistoriques. Une plage où l'horizon se relèverait chaque matin, le sourire dépeigné, en disant j'étais là.