11/15/2018

Histoire de l'art



Un jour quelqu'un brûle
on dit c'est magnifique
on dit mais quel poète !
sa cendre baise la terre
et des fleurs s'y répandent
de vieilles maquerelles vertes
y montent leurs clôtures
branlent leurs allumettes
vendent la tête maigre
factures refactures
et même manufactures
c'est comme pour la révolution 
dans les films de Sergio Leone
alors les gens qui savent
s'assoient à une table
et ils parlent
et ils mangent
et ils parlent
et ils mangent
et ils parlent 
et ils mangent
pendant que les autres
 se consument
mais les ronces et les orages 
finissent toujours
par tirer un trait
sur nos insignifiantes
architectures
jusqu'à ce qu'un jour
lorsque beaucoup de vent 
a dispersé les cendres
de l'homme qui brûlait
et des souillures fossiles
de chaque gardien du temple
quelqu'un d'autre arrive
et il est différent
c'est une femme qui se bat
ou un voleur amoureux
ou un enfant qui sent le saucisson
et il est semblable
il brûle
on dit c'est magnifique
on dit mais quel poète !
...

11/14/2018

The Sharks - How Could I Live

Carnage tendre

Carnage tendre
quasi immobile
avec cette saveur mielleuse
aux derniers souffles de saison
où toute matelassée
des couleurs de la mort
dans une illusion soyeuse
et confortable
la terre braise son feu
ce feu qui vient des arbres
qui couve sous les forêts
qui court sur les collines
pour brûler le ciel noir

11/12/2018

Calamity

(Working girl outside of a traveling Peepshow c.1924)


Elle est belle
comme la terrasse d'une piscine de grand hôtel en hiver
comme ces tombes mexicaines recouvertes de confettis
comme un écureuil qui traverse la départementale mouillée un dimanche matin
comme la lumière d'une veilleuse oubliée dans la nuit d'un enfant
elle est belle crois-moi
comme le parfum de la vie qui te marche sur les pieds

Doliprane


Une nuit de fièvre pendant laquelle tournait en boucle ce rêve étrange ou je tentais sans jamais y parvenir de répartir un coquillage en douze parts égales. Et ce type ce matin dans la salle du petit déjeuner de l'hôtel qui semblait sculpter des fleurs de papier dans son kiwi. Juste à côté d'une famille entière de commerciaux en stage, une famille entière est ce possible? Un papa commercial une maman commerciale et un enfant commercial. Et la douceur triste infiniment triste de la lumière mouillée de pluie d'un dimanche matin de novembre dans la Drôme. Comme d'habiter soudain dans un vieux poème de Jean Claude Pirotte. Avec cette impression d'être un voyageur intergalactique qui ne reviendra jamais chez lui et qui n'a plus de doliprane.

11/09/2018

Lecture/Rencontre - Crest - Librairie La Balançoire et Médiathèque Vallée de la Drôme - 9/10 Novembre 2018

Je me sens comme qui dirait bien attendu ...


"Nous vous proposons deux moments pour partir à la rencontre de Thomas Vinau :"


- Vendredi 9 novembre à 18h30 : une lecture à plusieurs voix de textes de Thomas Vinau à la librairie La Balançoire, en présence de l'auteur.

- Samedi 10 novembre à 15h : une rencontre avec Thomas Vinau à la Médiathèque.
(En partenariat avec la librairie La Balançoire)"


11/08/2018

Ce poème ordinaire

j'aime les mélanges
de la buée et du café
sur la terrasse froide des bistrots
lorsque l'arabe du harki derrière moi
et le parfum de cette femme trop apprêtée
se mêlent au gris du ciel
lorsque le vent emporte
d'un même coup de balais
une poignée de feuilles mortes
et le sourire raté
de la policière municipale
J'aime écrire vite
le bout des doigts gelé
entre le cuir et le stylo
sur les matins ordinaires
qui tiennent vaille que vaille
ce poème ordinaire
ce poème de fleurs mouillées

11/06/2018

Ma bataille de paille

La pluie fait pousser les couleurs comme des champignons. Je suis déjà trempé, mouillé doux et froid, sans trop savoir de quel liquide il s'agit. L'urine des draps trempés par les pipis de nuit ou le crachin boueux de la course vers l'école après la panne de réveil, ou les larmes du petit qui s'accroche à l'épaule comme un forcené pour ne pas retourner en classe. Même pas 9 h et je suis déjà imbibé-frissonné, rincé-dégueulassé d'un petit matin de rentrée de Novembre. On connait la chanson, la mort est dorée sur les arbres et le café va bien avec l'amertume en bouche d'aube froide. Le feu va brûler, la platine tourner et je vais vous mitonner des ritournelles aux petits oignons vinaigrés. Ça cassera pas des murs mais ça fera du bien par où ça passe. Que les haches rouillent et que les lits soient propres et chauffés. Ma bataille de paille.  That's all right with me. 


11/03/2018

Journal de Martinique



 Anse d'Arlet  - Octobre 2018
 à Lili sorbet coco
 *

Combien de verts dans une seule feuille ?

*

 Aube sur Anse d'Arlet. Bout des mornes dévoilés d'ombres, poitrine dorée. Grappe orange de noix de coco. Citronnier grand comme le jour. Mère fendue veille sur les songes suants des endormis. Colibris sonnent leurs cloches. Toute la nuit les grenouilles ont battue leurs tambours. Un lézard nage de faim verte. Nous le nourrirons à la curiosité.

 *

Toué co ou mem

*

Terre sent le sucre chaud. Amandes vertes de mes 8 ans. Pointillés de barques et bateaux. Chanson de vagues et d'oiseaux. Cris de pêcheur. Chien aboie. Coupe-coupe  coco.  Yole trace dernier horizon argenté.

 *

 La carafe d'eau fraiche siffle comme un zozio.

*

Moqueur grivotte, malfini, amazone aoura, coulicou manier, phaéton à bec rouge, siffleur des montagnes, saltator gros bec, sporophile, pipirit, sucrié fol jaune, chevalier grivelé, colibri tête bleue, tourterelle queue carrée, organiste louis d'or, cohé engoulevent, fou brun, frégate superbe, oriole de martinique, moqueur gorge blanche, colibri madère, merle, colibri huppé, palurine jaune didine, pik' boeuf, colibri fall vert, poule sultan ...

 *

Vue sur la baie. Le temps a ralenti, il semble presque immobile. La mer et la lumière jouent leur petit jeu calme. Une irisation perpétuelle. Un frétillement serein. Les bateaux dessinent des lignes, chansons argentées qui naissent et s'effacent sans qu'aucun mot ne viennent les troubler

*

Quel souvenir goûterons les enfants aujourd'hui ?

*

 Le soleil brûle
le vent s'en moque

*

Myope je ne vois que trop mal, malgré le masque de plongée, la beauté des fonds marins caribéens. Le seul lambi que je ramène est blanc et sali, cassé et momifié. Derrière moi passe une tortue, je la regarde disparaître dans l'infini du bleu troublé. Comme à mon habitude je frôle les merveilles, leur parfum déjà disparu. C'est ma façon d'y goûter.

*

Tchimbé rèd pa moli

*
Anse Cafard, Rivière Citron, La tête de Singe, Vapeur, Morne Clochette, Anse à l'âne, Cul de sac marin, Rivière Caleçon, Pointe Pimentée, Cour boule, Sans Pareil, Pointe d'Enfer, Créve Coeur,  Médecin, Malgré Tout, Pointe Cailloux, Fond zombi, Rabat Joie, Anse Madame, Rivière Sèche, Grosse Goutière, Gaschette, Deux Choux, Pointe Melon, Mornes Chapeau Nègre, Propreté, Cocotte, Rivière Moquette, Morne Etoile, Anse Couleuvre, Pointe Banane, Lunette Bouillé, Ravine Vilaine, Cap Enragé, Bouteille, Morne Rose ...

*

Près de chez Cléments
palmiers trop bien peignés
 du coin beké

*
 
Ici les gars ont un sound-system dans leurs coffres 

*

L'esclave qui goûtait à la canne qu'il ramassait devait travailler le reste de la journée avec un masque en fer appelé la muselière. L'enfant écoute l'histoire avec ses grands yeux noirs. J'y repense ce matin en regardant une yole de pêcheur  traverser l'aube entre les yachts des vacanciers.  Le lézard veille sur le rhum. Là-bas le Brésil, l'Italie. Les canots de sauvetage en méditerranée. Les pavillons baissés. Un demi citron vert se moque de moi. Ni sans peur ni sans reproche mais coeur ouvert et tête dressée. Nous goûterons les cannes qu' ils le veuillent ou non. Nous goûterons le goût des autres avec ou sans autorisation. Les oiseaux chipeurs se partagent les miettes du gâteau. Ils me volent le dernier mot. C'est cadeau.

*

Sufjan Stevens - Fourth Of July

10/28/2018

Rock Fictions - Carole Epinette and co - Novembre 2018 - Le Cherche Midi editeur

Merci Carole Epinette de m'avoir invité à participer à ce projet avec toute une flopée de chouettes auteurs. Le principe est simple : une superbe photo de rockeur, un texte à inventer. J'y écris un texte sur Arthur H. Yeah ! Parution en Novembre au Cherche-Midi.
 

10/18/2018

Pas bête la bête

Une émeraude, deux rubis et trois diamants. On les cache dans les entrailles ouvertes d'une charogne. Les animaux viennent manger la charogne et ils meurent, éventrés de l'intérieur par les pierres précieuses. Ensuite il nous suffit de récolter les bêtes mortes et de les vendre. Pas bête la bête ! Ce serait la fortune assurée. Il suffirait d'avoir une émeraude, deux rubis et trois diamants.

Chilly Gonzales - SOLO PIANO III - Pretenderness

10/16/2018

Walou



Il fait gris, pas un pet de lumière, matin immobile, feuilles trempées, à terre. Un jour à avoir les chaussettes toujours mouillées et à boire le café toujours trop froid. Depuis mardi dernier, soit une semaine tout rond, Walou, ma chienne, digne reine des bâtards de plus de quatorze printemps partait méchamment en sucette. Je l'ai retrouvée couchée dans son vomi de lasagnes faîtes maison, effrayée comme jamais, incapable de se lever, d'aligner trois pas sans tomber, avec les yeux qui jouaient sans cesse au ping-pong d'un côté et de l'autre de son vieux crâne blanchi et adouci par les ans. Le lendemain pas mieux, donc véto, verdict un truc dans la cervelle genre avc du chien, trop vieille pour chercher plus loin de toute façon, on teste la piqure mais bon... Les trois jours suivant ont pué lentement. ça aller un peu mieux niveau cervelle, mais impossible de se lever, à tanguer comme sur un radeau perdu, sans manger, sans boire et en se pissant dessus. Une poisse de tristesse dégueulasse envahissant peu à peu la maison. Chacun pleurant à son tour, moi si possible en cachette, à essayer d'être là pour rassurer la femme et les enfants. Avec ma douce, elle nous accompagne depuis le tout début de notre installation ici. Trouvée à deux mois dans un fossé plein de neige, croisement improbable avec des oreilles de fennec, un corps de renard une allure de loup cagneux, des chaussettes blanches de border collie. Un chien qui a peur du vent au pays du mistral. Cocktail improbable de folie et de douceur, de crainte et de tendresse. Mes enfants n'ont pas connu de monde sans Walou. Son dos rond de bête peureuse, ses immenses oreilles dressées et sa gueule pointue prête à sauver un bébé du fleuve de la pointe des dents avec la plus grande délicatesse de l'univers comme le loup du livre de la jungle, ses poils partout, ses remugles dans la salle de bain, sa vieille gueule de fennec des bois, toujours à venir cacher sa tendresse sur tes cuisses ou te lécher le coude dés qu'elle peut. Retour chez le vétérinaire, re-piqure, puisqu'elle ne bouffe rien et donc pas son traitement ; croquettes dures, croquettes molles, jambon crue, steak haché, poisson, un vrai trois étoiles de clébard, mais rien. On essaye encore mais je vous cache pas que si elle ne mange toujours pas en début de semaine prochaine, il va falloir vraiment penser à ... Et voilà, du mardi au mardi, une semaine merdeuse et glacée, à chialer en silence, à voir la peur dans ses yeux et la peine dans ceux des miens, à essuyer sa pisse et sa merde, à se demander si on l'empêche de se remettre en la piquant trop tôt ou si on l'oblige à souffrir en attendant encore. Une semaine à flotter dans cette eau croupie mentale qui sent la mort. Hier lundi, on décide ensemble, jour du verdict, prendre rendez-vous mardi, tant que les enfants sont à l'école. Je m'étais fait le plan dans ma sale nuit sans sommeil, appeler lundi après-midi, prendre rendez-vous mardi matin, puis passer la journée à jeter tout ce qui la concernait avant que tout le monde rentre, avoir le mercredi tous les quatre, ensembles, pour se retaper en préparant les vacances etc. Après avoir lu et tenté de bricoler une serre d'hiver (bricoler ! c'est dire si je suis perdu), l'heure est là, je prend mon téléphone et puis je me dis aller je vais tenter un dernier truc, j'appelle la chienne elle arrive devant sa gamelle et s'enfile goulument le jambon d'iorc coupé en morceau. La connasse ! Deux heures après idem, avec les cachets dedans. Hier soir idem. On appelle pas le véto. Ma douce achète trois tonnes de jambon cuit en rentrant du boulot. S'il le faut on la nourrira tout l'hiver avec du putain de herta cuit à la broche. Ce matin elle s'est boulotté un charal. On tiendra ce qu'on tiendra. Il fait gris, pas un pet de lumière, matin immobile, feuilles trempées à terre. Un jour à avoir les chaussettes toujours mouillées et à boire le café toujours trop froid. Ma serre s'est écroulée cette nuit. C'est une journée magnifique, je ne vais pas tuer ma chienne.

10/13/2018

Braise




J'étais là à me débattre entre les poubelles, les idées sombres et les steaks hachés crus. Mes pieds déjà bien enfoncés jusqu'aux chevilles dans cette drôle de matinée gadouillée de mort et de lumière. Et je le vois sur la terrasse. Posé là, sans bouger. Je passe, repasse, il ne bouge pas. Un coup sur la vitre, il ne bouge pas. Je me dis ola merde il est mort ou quoi ? Non il est debout sur ses deux minuscules pattes, beau comme une braise prête à s'envoler.  Je me dis bon, il doit être mal en point. j'ouvre la porte fenêtre, terrasse froide par les pieds, suis en chaussettes, l'automne commence à chauffer. Je m'approche, m'accroupis, il ne bouge pas. Il est là bien, vivant. Rouge gorge immobile, impassible, impavide. Beau comme une braise prête à s'envoler. Je tend le bras, la main, le doigt. Je le caresse tête, dos, ailes. Il ne bouge pas. Je caresse une braise. Sa petite tête d'une douceur sans nom qui pourrait être broyée d'un claquement de doigt.  Ses yeux, deux points noirs, d'un noir du fond de l'espace, parfaitement rond, total, brillant. Un bec en aiguille qui pourrait denteler la nuit. La flamme sur son ventre. Je n'en reviens pas, pense à prendre un photo mais ça ferait trop de gestes, l'instant s'écroulerait. Je me dis le pauvre, il doit être mal en point. Malade, pas loin d'y passer. Je vais chercher une boite, de la paille, de l'eau, du pain. J'y vais. Une fois tout rassemblé je reviens, il est là. Je distingue une fiente sur le carrelage de la terrasse derrière ses pattes brindilles. J'ouvre la porte et il s'envole d'un coup, comme une flèche, une flèche souple, une flèche qui aurait appris à danser. Et voilà, je reste là, avec la fiente, le froid du carrelage par les chaussettes, le soleil qui monte sur le mur, la mort embourbée. J'ai caressé une braise et elle s'est envolée

10/12/2018

10/11/2018

A la folie, passionnément, à l'amoniaque ...


Je n'ai jamais pensé qu'il fallait économiser les Je t'aime pour leur garder de la valeur. Je le dis tous les jours, plusieurs fois par jours, et il faudra que la vie m'empêche de force de continuer. Maintenant que j'y ai eu droit, si on veut me le reprendre, va falloir s'accrocher. Je te préviens le destin de mes deux, je tape pas très fort mais j'ai la mâchoire solide et je suis endurant. Pour le foot et la guitare, mes enfants, je ne peux pas faire grand chose, mais ça, comptez sur moi, je vous l'apprendrai. Ce truc du : Ne le dites pas trop sinon ça ne vaut plus rien, ce serait un peu comme de dire  : Oh l'eau à force d'en boire, on s'en lasse. C'est autant méchamment faux que complétement con. Et puis penser qu'il n'y ait que la rareté qui fasse la valeur, c'est vraiment une putain de philosophie d'épicier. Moi je suis un paysan, pas un épicier. Je sème, je récolte, et entre les deux je prends soin de ce que j'ai planté.

10/10/2018

Parution - Les Artistes ont-ils vraiment besoin de manger - Ouvrage collectif - Monstrograph


Le Monstrograph vient de faire paraître un magnifique ouvrage collectif : Les artistes ont-ils besoin de manger ? derrière les questions douces et pertinentes de Coline Pierré et Martin page, toute une tripotée de créateurs, dont votre serviteur, s'interroge en souriant sur leurs positions et les conditions actuelles de la création. C'est drôle et pas pompeux pour un sous. C'est beau et ça fait du bien ! Merci Coline et Martin.


Ici une vidéo de François Bon qui explore et partage cette merveille

10/09/2018

Sucre bleu

Par la vitre du train
l'impression de traverser
le ciel immense
je croque une pomme
le ciel a un goût de pomme
une pomme immense
jus sucré sur les doigts
bleu comme une pomme
j'ai du ciel dans la barbe


10/08/2018

Ann Peebles - The Handwriting Is On The wall

Shaolin Soul



Aujourd'hui c'est lundi. ça pleut dru dans le gris. Mèches rabattues et pompes mouillées avant même d'avoir commencé. Je reste ici. J'énumère les cadeaux reçues. Je goûte à chacun d'eux. Des mercis silencieux. Je penses à ceux dehors. Dans les cours d'école. Les bouchons. Les cours de prisons. Quand vous sortirez, quand vous rentrerez, le feu sera prêt et la table mise. Shaolin Soul. C'est la moindre des choses. J'ai des mercis silencieux à rattraper.

10/03/2018

Les cafés littéraires de Montélimar - du jeudi 4 au dimanche 7 octobre 2018


23e édition des Cafés Littéraires /// du jeudi 4 au dimanche 7 octobre 2018

 J'y serai pendant les trois jours

avec toute une tripotée d'auteurs et d'animateurs formidables  

Notamment lors de ces trois moments de partage :

 
- Jeudi 4 octobre à 20h30
Brasserie Le Duff, Le Teil
Rencontre / médiation Marion Merchat

- Samedi 6 octobre à 10h
Old School Café, Montélimar
Rencontre croisée avec Eric PLAMONDON (ado/adulte)
Médiation Club Ado des Cafés Littéraires

- Samedi 6 octobre à 15h
Couleurs Café, Montélimar
Rencontre / Méditation Thierry Caquais

Commence par faire du café

 

J'ai besoin d'un ours et d'une montgolfière. D'un igloo rempli de fraises des bois. D'une lampe frontale, d'une boîte de pandore, d'une montagne à manger avec les doigts. J'ai besoin d'une chanson d'extraterrestre, d'une fougère scolopendre, de branchies bleus tendres, d'un condor avec une selle en cuir sur le dos. J'ai besoin d'une sorcière toute nue, d'une ville en verre, d'un royaume d'insecte, d'une vague endormie. J'ai besoin de parler à un volcan, de dévorer une forêt, d'inventer un nouveau silence, de faire la course avec le soleil pour aller baiser la pluie. J'ai besoin de caresser le ventre d'un orang-outang, d'aller chercher des poux dans la tignasse de l'univers, de faire sourire une tristesse, de caresser la main d'une promesse endormie. J'ai besoin de dompter une fourmi et de rouler une pelle à un feu d'artifice. De faire rougir l'aube en lui murmurant des cochonneries. Qu'une langue inconnue vienne me lécher le ventre. D'arracher avec les dents les aiguilles sauvages d'un cactus géant et de recoudre sans anesthésie la grosse plaie dégueulasse du temps.


L'art de la barricade

10/02/2018

Tarte aux pommes

Le train traverse une forêt du Berry. La lumière du soleil donne aux couleurs de l'automne des rondeurs chaudes et croustillantes. Une tarte aux pommes partagée par une vieille paysanne et un enfant des rues ou un mafé sur une galette du feu qu' on sauce avec les doigts. Le matin te dit  :Goûte. Tout le monde a le droit.

Pour écrire un poème - Jim Harrison


10/01/2018

Les paysages abîmés



Je ne sais pas pourquoi j'aime les vieilles ruelles des villes et l'ocre de leurs crépis qui s'écroulent. Les murs tapissés d'affiches déchirées, les arbustes esseulés des petits parcs sans gloire. J'aime les soupirails taiseux et la rouille des statues. J'aime tout au bout du bout de la dernière voie de la gare, la peinture effacée sur le banc de métal et les mauvaises herbes qui poussent entre les rails. Tout ce qui est neuf me semble faux. J'aime les westerns un peu salis qui se jouent derrière les tôles oxydées des hangars de campagne. Les dessins des vieux clous et de l'eau, les livres aux couvertures cornées et l'ombre du tanin sur les faïences qui ont vu grandir les enfants. Et le verre brouillardeux des anciennes cabines. Et les ciels en petite forme. Et la mousse des gouttières. Et les pelures du cuir. Et les trous des trottoirs. J'aime les couleurs délavées par trop de pluie et de soleil. Les mains qui ont servi. Les yeux qui ont pleuré. Les bêtes fatiguées. J'aime les paysages abîmés, usés, comme adoucis, qui tiennent sans gloriole leurs parts du temps passé.