8/19/2017

L' héritage

Impossible d'ouvrir ce putain de pot de confiture. Il est là sur la table. La fenêtre est ouverte au matin nouveau et les courants d'air encore frais transportent déjà les chants d'oiseaux. Le café est chaud et le monde n'est pas encore trop bruyant. Bref ça ne va pas trop mal. Sauf que. Impossible d'ouvir ce putain de pot de confiture. Je veux bien croire qu'il y ait des choses plus graves mais là tout de suite je n'en suis pas sûr. C'est un peu trop souvent comme ça la vie. Il y a toujours des choses plus graves, des matins à peu près frais et du café à peu près chaud. Alors on ne va pas commencer à se plaindre. Admettons. Bien que le fait d'y penser m'amène à penser que voilà justement une bonne raison de se plaindre. Mais autant ravaler tout ça avec la dernière gorgée amère du petit noir que le présent nous accorde. En pensant à léguer, peut être, ce putain de pot de confiture, et les promesses de tendinite qui vont avec, à notre chanceuse descendance. Comme un trésor de frustation.

8/18/2017

8/17/2017

Le sac à dos d'Edgar Morin

Une nuit Edgar Morin
a oublié son sac à dos
sur le cuir d'un taxi
à l'aube le chauffeur l'a ouvert
sans se souvenir d'où il le tenait
Il y a trouvé un petit carnet
une photo orange des années soixante
d'une fille sur une plage de la Méditerrannée
un journal du jour
une boîte de cigarillos vanillés
un livre des poèmes de Melville
une banane tuméfiée
un foulard un tube
de sensodine
et presque un siècle
de pensée complexe
et d'amour du prochain
tout enmêlés

Mr. and Mrs. Albert Thornton

(Mr. and Mrs. Albert Thornton. Mobile, AL, 1956 Gordon Parks)

8/16/2017

Ce seize aout 2017

Ce seize aout 2017, entre sept et huit heures du matin, lorsque le soleil qui montait tranquillement commençait à nous beurrer la peau mais avant de nous rendre compte que nous étions les tartines de son petit déjeuner et qu'il avait la dalle, j'ai vu à l'horizontale de ses rayons, les lourdes vignes qui étiraient leurs longs bras verts. Alors trente deux corbeaux se sont envolés ensembles pour écrire l'instant dans le ciel.

Barbara "Une petite cantate" | Archive INA

8/15/2017

Dans les ravins infimes

Ecraser
parmi les minuscules
étoiles piquantes
et les épines noires
en forme de planêtes
là pas plus haut
que les cités en ruines
de l'herbe brûlée
par une lumière trop vraie
dans les ravins infimes 
de la terre sèche
Ecraser
encore une fois
l'insecte prétencieux
qui me dévore le ventre

King Krule - Easy Easy (Official Video)


8/13/2017

enfin je ne suis pas sûr ...

kansassire:
“The Scarecrow, 1920, Buster Keaton
”

Il faut être gentiment
con-con tout de même
pour ne croire
que ce que l'on voit
mais pour ce qui me concerne
je ne crois pas plus
en ce que je ne vois pas
autrement dit je ne crois pas
en grand chose
en ce que je ressens parfois
pas toujours
je crois que l'homme
est un animal
qui a besoin de croire
mais qui a aussi besoin
de ne pas trop croire
en ce qu'il croit



8/10/2017

J'ai de l'infini dans les chaussettes


Il pleut 
et ça fait comme une couverture
avec l'envie de se blottir
dans des grosses laines 
de souvenirs à carreaux

8/09/2017

Le dernier qui va se coucher pensera à éteindre la nuit - Condat - aout 2017

Des solitudes en soliflore
en bouquet en cocktails
en parties
en cendrier
et en patates sculptées
des solitudes qui se tiennent la main
qui se croisent
et à qui il arrive encore
de se rater
on se touchent
comme des gouttes de pluie
des silences partagés
valant largement
leur pesant de mots
des frôlements en câlins
acrobaties de mouches
et des sourires sans preuve
une guirlande d'orage
des histoires parfois crachées
parfois offertes
des parenthèses en forme d'assiette
et de brin d'herbe
et de rivière
la nuit toute crue au fond d'un verre
des solitudes bien sûr
 toujours
mais comme  clairsemées
d'éclaircies
parfum melon
éparpillées de partages
comme des souvenirs
de glace à l'eau
sur les mains sales

A nos coloriages
de vieux enfants

(Aout 2017 - Condat)

Là tout au fond

à l'ombre oblongue
où s'achève
le dernier souffle
là tout au fond
bien au fond
de mon ventre
somnole
un lion las
il arrive encore
qu'une mauvaise
vague de rêve
lui fasse doucement
montrer les dents

8/07/2017

"T'es toute nue sous ton poul...l"

(California, 1960s. Photograph by LeRoy Grannis)


Du style et de l'envie
jusqu'au fond de l'ennuie
nous avons nos idées
pour habiller l'été

8/03/2017

J'ai connu un jardin blanc

parfois le vent
fait tourner le parasol
et c'est comme une baleine
qui traverse le ciel
ensuite plus rien ne bouge
tout redevient comme avant
et chacun réinvente
sa façon de perdre son temps

7/31/2017

Fela Kuti - Zombie


à pattes

Quand tout est bleu encore
dans les grands battements d'ailes
de l'ombre et du silence
le coq incante
une drôle d'aube
aux pieds mouillés
qui n'est là pour personne
à cet instant
un bourdon
sent la lavande
le monde a l'air libre
et la douleur
est une poule
qui danse

7/30/2017

Le régime du chien qui fume



En ce moment
Je mange je bois 
et je dors beaucoup
un peu à la manière
d'un chien crépusculaire
qui pourrait lire Moby Dick


7/26/2017

Un extrait par ci par là - La part des nuages - Poche 10/18 - Avril 2017

En attendant la rentrée, un extrait par ci par là de mes parutions de l'année :




La part des nuages
Thomas Vinau 

Domaine Français
120 pages
Format : POCHE 10/18
Avril 2017
ISBN : 9782264069436
(parution originale en 2013 chez Alma éditeur)  


7/25/2017

Aujourd'hui est un autre jour (comme toujours)

Les villes sont des drôles de fleurs et les yeux de drôles d'insectes. J'écris au feutre d'enfant sur une feuille d'aube écrasée. Matin maquillé de café. Sous la pluie du lundi les chats partent au boulot. Les voitures ronronnent devant le tas de poubelles endormies. Cette nuit j'ai rêvé de fin du monde et de bisous esquimaux.

Tea time


7/24/2017

Aucune importance



La lumière était là
pour arracher 
les dents du silence
tout le monde savait 
que c'était un mensonge
aucune importance

7/22/2017

Un extrait par ci par là - Il y a des monstres qui sont très bons - Le Castor Astral éditeur - Mars 2017

En attendant la rentrée, un extrait par ci par là de mes parutions de l'année :




 Il y a des monstres qui sont très bons
Thomas Vinau
Le Castor Astral, éditeur
 Parution : 2 mars 2017
Genre : « Poésie »
Format : 14 x 20,5 / 128 p.
ISBN : 979-10-278-0104-6
PRIX TTC : 13 €

Le castor Astral