9/25/2020

Les pensées de Tony

 
 Demain j'ai quarante deux ans
aujourd'hui j'ai passé l'aspirateur sur la terrasse
et j'ai aimé ça

COEUR EN MIETTES

Le style et le néant


 Chaque jour 
je pense à la mort
plus souvent 
qu'à me brosser la barbe
ou à la compatibilité
de la couleur de mon t-shirt
avec celle de mon pantalon
Dieu sait pourtant
(l'enfoiré)
la grande importance 
que j'accorde
à mon élégance
de ragondin des villes


ça me prend n'importe quand
en regardant le ciel
ou la télé
ou les gens que j'aime
ou le siphon de l'évier


et je me dis 
quand 
comment
bientôt 
comme ça
pour rien 
tout de suite
demain 
jamais
longtemps
vite fait


et vous
quand 
comment
bientôt 
comme ça
pour rien 
tout de suite
demain 
jamais
longtemps
vite fait


et eux
quand 
comment
bientôt 
comme ça
pour rien 
tout de suite
demain 
jamais
longtemps
vite fait

Puis je me brosse la barbe
et je vais changer de t-shirt
parce que celui là 
me boudine
la disparition
 

 

 

 



9/20/2020

On peut vivre comme ça

Je ne vais nulle part
ne cherche plus
m'assoie là
devant
pas loin
sans rien penser
un vent léger
balance les cheveux crus
des citronnelles
on dit qu'avec des grains de sucres
les fourmis bâtissent
des châteaux-forts
dans le ventre des choses
pendant que les serpents s'enlacent
comme des nœuds d'hiver
moi je ne vais nulle part
pieds nus dans les épines
je range
les jouets cassés de la veille
en attendant l'orage
on peut vivre comme ça
toute une vie
à ranger les jouets cassés de la veille
en attendant l'orage
le lierre vibre d'abeilles
l'ombre est jonchée de joie
le monde n'attend personne
pour courir à sa perte
contrairement à moi
je me cherche
vous êtes là
alors on rentre ensemble
sous les premières gouttes
argentées et grasses
de l'automne

Tom Waits - Eggs and Sausage 1976 - sous-titres français

9/15/2020

Dick Annegarn : Comme Saint Thomas (vidéo officielle)

ça sent quoi ?

 L'ombre de la maison garde les parfums d'un feu éteint. Je m'y sens bien. Dehors il y a les bruits du jour un peu de vent et les gens qui font ce qu'ils ont à faire pour atteindre le soir. Les trimards font les trimards et les flics font les flics et les crevards font les crevards et les enfants font les enfants. Tant bien que mal, masqués craintifs, agressés agressifs, les hommes tournent en faisant tourner leurs mondes.  Tout à l'heure j'irai chercher les petits à l'école avec ma panoplie de masqué-craintif-agressé-agressif, mais pour l'instant c'est facile, mon boulot c'est d'être présent au monde. Je traverse des murs de rêves et de livres, creuse des galeries, trouve des refuges entre le réel et moi. J'alterne chaque jour entre fuir et être là, c'est mon boogie-woogie perso. Fuir ou être là, mais deux fois plus pour chaque pas.  Fuir loin et profond dans des broussailles de songes, des musiques d'histoires fabuleuses, à travers l'espace et le temps. Puis être là où je suis, ici et maintenant, pour regarder avec mes deux yeux, écouter avec mes deux oreilles et  ressentir avec mes deux cœurs (comme Jules Mougin) pour ceux que j'aime et ceux qui ne peuvent pas. En ce moment ma stratégie de survie vacille légèrement pourtant. J'ai le boogie-woogie chancelant. Le réel et la fiction se touchent d'un petit peu trop près. Il y a comme des fuites et des infiltrations. J'arrose les plantes et voilà qu'il est question à la radio de méta-incendie.  Le chien se lèche et on attend les nouvelles annonces alarmantes pour le nouveau virus. Les rappeurs sortent leurs blases sur des masques de protection.  Les figues pourrissantes sentent un peu l'alcool, l'herbe commence à repousser. Il paraît  que des nuées de moustiques affamés de l'autre côté de l'Atlantique tuent des vaches et des cerfs. Je suis là où je suis et je regarde. Les odeurs se mélangent. Des déchets traînent sur le trottoir, des jeunes rigolent. Le chocolat fond dans ma main et la trottinette est prête pour la sortie des classes. Le monde est encore beau. Malgré tout. Malgré nous ou grâce à nous je ne sais plus trop. Mais je suis là où je suis et je regarde. J'ai un peu peur oui. Pas de ce qui est perdu mais de ce qu'il restera. Apprends moi un tour de magie fiston, le soir sent toujours bon.

9/10/2020

Brûler quelque chose

                                                            (Samuel Beckett qui brûle quelque chose)

 Parfois il faut brûler quelque chose
même rien 
surtout rien

♫ Smile - Charlie Chaplin

9/09/2020

Mission impassible


 Mission : être là où l'on est  
après le naufrage des rêves 
dans le nœud de la nuque
deux pieds plantés dans le froid
prêts à pousser
il y a du rose sous le gris

Mission : être là où l'on est
debout éparpillé
entre le sucre des figues 
et la douleur du chien
les feuilles mortes
et les dessins d'enfants

 Mission : être là où l'on est 
plié du poids de ton cartable
plus tard des peines et des peurs
plus tard de l'âge
pierre roulée dans la farine
prête à germer
ou à transpercer les vitrines


Mission : être là où l'on est
le temps regarde son reflet 
s'effacer dans l'eau
terre transpercée
par les fleurs et les larmes
est ce bien mon visage ?

Toma Tranströmer


 

9/06/2020

Grappilles


Je viens pour grappiller septembre
comme un merle dans la vigne

Pourtant des nèfles
c'est pas rien

Aller jusqu'aux mûres
tourner au figuier
traverser les vignes
jusqu'aux amandiers
le secret
c'est d'avancer sucré

Ça fait comme
un goutte-à-goutte
de lumière

Sur la départementale
le cafard vient de dépasser la lune

8/29/2020

La terre mouillée


 
 
Les gouttes font des ronds
dans l'eau de la piscine
et la terre mouillée
sent la fin de l'été
le vieux chien a vieilli
les enfants ont les yeux
de ceux qui ont trop dormi
je veux être les ronds
dans l'eau de la piscine
et l'odeur de l'herbe
dans l'été qui termine
les abeilles sous le lierre
et les cheveux défaits
les mûres toutes noires
les tomates abimées
il va falloir ranger
et faire des machines
il va falloir reprendre
ce que l'on a lâché
je sais mais pour l'instant
les gouttes font des ronds 
dans l'eau de la piscine 
et la terre mouillée
sent la fin de l'été
le vent remue doucement
le ciel et ses possibles
nous gardons nos pieds sales
et nos yeux délassés



8/27/2020

La nuit et les verbes d'action

  Le jour se lève et me voilà
je ne sais pas trop quoi en penser
cueillir des mûres 
ou acheter des livres
en tout cas avancer
rater encore et rater mieux
c'est mieux 
le problème 
c'est de rater moins bien
je ne sais pas trop quoi en penser
hier soir j'ai vu Pierre Michon à la télé
parler de la nuit
 et des verbes d'action
quand il souriait le crâne d'Hamlet
répondait ÊTRE 
avec la douceur d'un bébé
je ne sais pas trop quoi en penser
et puis dans quelques jours
mon fils va entrer au collège
avec des baskets neuves
et la moitié du visage masqué
la vie est belle et drôle
immonde et sans pitié
comme le jeux de deux lionceaux blancs
dégringolant dans le ventre
d'un volcan affamé
je ne sais pas trop quoi en penser
que j'écrive ou que je marche
que je détruise ou que je sème
que je pleure ou que je joue
avec les gens que j'aime
c'est toujours la même chose
faire durer 
ce qui ne durera pas
je ne sais pas trop quoi en penser
ce que je sais 
c'est que je ne me sens pas prisonnier

8/23/2020

Le vent

 
 Le vent souffle 
fort et doux
sur nos petits désastres
je veux être comme le vent
fort et doux
sur nos petits désastres

8/19/2020

Au camping de la bonne humeur

 Au camping de la bonne humeur
Le soleil se lève sur les latrines
On entend le chant des bassines
Les roucoulements de claquette
Et le rut du rouleau sauvage

Au camping de la bonne humeur
Les pinces à linge sont rangées par couleur
Il y a huit bols huit assiettes huit fourchettes
Et huit casse-couilles chez les voisins

Des coquillages sont imprimés
Sur les rideaux du mobil-home
Et des faux volets collés
sur les murs en plastique
Les oiseaux sont vrais je crois
Et les saules pleureurs compatissent

Au camping de la bonne humeur
Je mange des sardines en boite
Dans ma boîte
Et la vin blanc a un goût de crevette
Parce que la vie est parfaitement parfaite

Déjeuner sur l'herbe

 Le Jacques Prévert
Des sanitaires
Le Baudelaire
Des mobil homes
Le Guillevic
Des paquets de chips
Le Pessoa
Des parasols

8/14/2020

Charles Aznavour - Et Bailler Et Dormir

Le petit truc

 

Tu vois ce petit truc
là bas au loin
qui flotte et qui dérive
qui pirouette qui esquive
cet esquif de rien
prêt à couler 
ou à s'envoler
à apparaitre
puis disparaitre
comme ça pour rien
je suis content que tu le vois
ce petit truc
là bas au loin
parce que c'est moi
comme ça pour rien
 
 
 

8/12/2020

Entre une pelleteuse et une pie


“half of the time we’re gone and we don’t know where”
chelsea, nyc.
(Fuji X-T2)
 
Entre une pelleteuse
et une pie
j'ai retrouvé ma vie
je la perd souvent 
pour la retrouver finalement
là où j'avais oublié de chercher
entre une larme
et une étoile
une crotte de lapin
et un jeu d'enfant
entre une carotte sauvage
et une mauvaise nuit
un cloporte et un piment
un pamplemousse et une question
parfois je ne la reconnais pas
elle est toute abîmée
ne sent pas très bon
parfois je ne sais plus quoi en faire
je voudrais la poser à l'abri
et partir en courant
c'est un beau privilège
de ne pas savoir quoi faire de sa vie
de la perdre et de tomber dessus par hasard
je le sais bien
la mouche à merde dans la charogne
n'a pas le temps de se poser ce genre de question
ceci dit on a tous nos problèmes
moi j'ai pas des papilles gustatives sur les pieds
et du vert émeraude entre les ailes
pour me reproduire en volant
comme dit Tonton David
à chacun sa galère
moi j'ai appris à perdre ma vie
et à la retrouver parfois
entre une pelleteuse et une pie

8/11/2020

David Walters - Manyè (Official audio)

La pisse ou la vie

Je pisse dans une boite transparente à couvercle bleu
je suis les instructions
je regarde ma pisse en face
je regarde ma vie en face
j'interroge ma pisse
je me vois dedans
je me noie dedans
peut on lire dans sa pisse
combien de fois peut on mettre le mot pisse dans un poème