
Il accéléra le pas pour dévaler la pente poussiéreuse. Il avait soif, avec un goût de fer chaud dans la bouche. La terre sèche et l’herbe brûlée formaient un nuage orange s’accrochant à ses jambes. Bientôt trois heures qu’il marchait, s’enfonçant dans les mâchoires calcaires du cirque. Au sommet d’une corniche, il pu constater l’ampleur du vide à l’horizon. Pas âme qui vive. Il suçait une brindille de pin pleine de résine qui rafraîchissait sa respiration. Le soleil à l’aplomb des roches générait une lumière métallique de plus en plus dense qui l’obligeait à plisser ses yeux pour voir à plus de dix mètres devant lui. Voilà presque une heure qu’il n’avait plus trouvé une seule trace fraîche. Il avait suivi la piste de ce lynx depuis l’aube et s’était enfoncé progressivement dans les cercles les plus sauvages et les plus reculés de la région. A présent, il commençait à être affaibli par la chaleur et la soif, par la fatigue aussi, mais ce n’était pas le problème. Cela faisait partie des règles et il avait l’habitude. Non, son véritable problème c’est que la piste du lynx avait disparu. Il décida de grimper au sommet d’une roche pour observer le cercle des rapaces dans le ciel. Il y a toujours un moment où les rapaces se mêlent à la chasse. Au bout de quelques heures ils choisissent de tourner autour de la proie affaiblie par la traque. C’est un bon repaire. Lorsqu’il parvint à atteindre le sommet escarpé de la falaise, il s’aperçu que c’est autour de lui que les rapaces tournaient. Soudain sur sa gauche, à moins de vingt mètres de lui, il entendit un bruit dans les taillis épineux. En tournant la tête, il aperçu le lynx et n’eut aucun mal à comprendre que de chasseur, il était devenu proie.








