5/19/2019

Thanatojolie


Tout le monde sait bien
que pour conserver 
un beau cadavre de beauté
il suffit d'enfoncer
avec fermeté
la pointe rougie d'une idée
entre ses ailes

5/18/2019

Bastien Lallemant - Danser les Filles [live aux Studios Ferber]

Feel good chiotte life


Cette grisaille merdeuse et humide
qui débarque en plein milieu
du soleil juteux c'est pratique
ça nous fait une pause-crépuscule
un espace déprime à la manière 
de ces espaces-détente à la con
pour s'étirer la plainte comme un chat gras
se faire masser la ralouze entre les tempes
méditer ses bourrelets de petit blanc

5/16/2019

Poésie et musique Thomas Vinau /Bastien Lallemant - Dimanche19 Mai à 18 H - La Fabrique - Maison de la poésie de Paris


LA FABRIQUE #20 APPROCHE
Elle se tiendra le dimanche 19 mai
/// à 18 heures ///
à la Maison de la Poésie de Paris.
Elle réunira
Thomas Vinau, poète
... assis « au bord du temps ». Il regarde le même monde que nous, celui qui dans son quotidien nous déverse sa violence, mais en y opposant une folie douce, en en restituant les possibles petits miracles, saisis juste avant leur dissolution.
&
Bastien Lallemant, chanteur
... à l'élégance pudique et la voix majestueuse. Dans son dernier album, il fait « danser les filles » (très tranquillement) en tentant, par des récits secrets, imprévisibles, tendres, de dessiner l'intime à l'horizon,
et de ralentir le cours des choses, en nous envoûtant.
Je vous y espère.
Infos et réservation (vivement recommandée) ici :
https://www.maisondelapoesieparis.com/…/la-fabrique-20-tho…/

5/13/2019

Il fallait que la vérité soit dite

Il y a un moment
au début de la journée
et un autre
à la fin
où tu pourrais
égorger un de tes enfants
avec la mâchoire arrachée de l'autre
entre les deux 
ça va beaucoup mieux
tu donnerais tes bras pour eux
en particulier
quand ils sont à l'école

5/12/2019

björk: tabula rasa

Épines

Joe Freeman Collection of Trade Cards. United States, [ca. 1874 - ca. 1910] 


Il suffit d'un fil de banane
accroché à la joue
pour rendre la peine ridicule

L'enfant n'a pas peur 
des épines plantées
dans sa tête

la terre tourne
puisque les oiseaux 
jouent à chat

Je regarde l'ombre 
qui respire 
du vent

Demain 
c'est
 là

Oncle Sam



5/10/2019

Louis Armstrong - What a wonderful world ( 1967 )

A l'abordage, tête de nuage !



Il a de la gueule le jour
sa gueule d'infini
d'insignifiant infini
sa gueule d'absolu
d'absolu de rien du tout
sa gueule de relou
de relou qu'on aime bien
sa gueule de maintenant
qui se redresse et se tape 
dans les mains en disant
c'est parti mon quiqui

5/08/2019

Comme un mélange de la Blble, l'Odyssée et le dernier Avenger

En gros c'est le soir et le gars est un peu sur les nerfs. Il enfile son costume de dingo et il se lâche. Il fait conneries sur conneries, emmerde les autres et n'écoute pas ça mère. C'est le soir il est véner, comme tout le monde, on va pas lui jeter la pierre. bref il se fait punir, normal, et se retrouve en cabane dans sa chambre. Et là tu vois il s'échappe. Iil s'échappe par la tête, par la forêt de sa tête, par l'océan de sa tête, par la jungle sauvage et lointaine de sa tête. Après un long voyage il arrive chez des chelous. Des gros machins dégénérés qui ressemblent à rien. Qui veulent le défoncer bien sûr et le bouffer. C'est des monstres quoi. Mais là le gars, tu vois, il les met à l'amende. Direct. Pas parce qu'il est plus fort qu'eux, ou plus gros qu'eux ou plus laid qu'eux ou plus méchant qu'eux. Juste parce qu'il a pas peur. Et là c'est beau tu vois. Du coup les monstres l'adoptent, il devient leur chef et ils font une teuf d'enfer. Ils dansent, ils jouent, ils font n'importe nawak. Ils mettent la nuit à terre. Ils foutent le dawa. Jusqu'au moment où le gars en a marre. Il a le mal du pays comme Pnl ou E.T, il a envie de rentrer à la maison. Parce qu'on est tous d'un seul pays tu vois. Même s'il a peur nulle part il est chez lui que chez lui. Alors il repart à l'aventure. Il ne craint pas plus d'arriver que de partir, ça c'est beau aussi. Et finalement, après un long voyage dans le bordel sauvage de sa tête il retrouve sa mif. Les odeurs et la chaleur de sa mif. Et voilà.

5/07/2019

La tronçonneuse de nos silences



Bien sûr qu'on est seul
bien sûr que c'est pour toujours
mais ce que je ne supporte pas
c'est de me sentir seul
tout prés de toi

5/04/2019

En passant

Par dessus le mur du cimetière
j aperçois en passant
une vieille dame
en train de nettoyer
une jeune tombe
dans le silence tranquille
d'un début d'après midi
la pluie est passée
et le soleil
perce le gris
il fait presque bon
la mort sent
le lilas

5/02/2019

Parution Le noir dedans - mai 2019


Après une belle et brève première vie chez les copains de Cousu main, ce texte datant de 2008 et qui me tient particulièrement à coeur reparait dans la collection Chaos? de super SUN/SUN. J'en dit Youpi, j'en dis Merci j'en dis Let's go !



ISBN 979-10-95233-11-4
10,5 x 19 cm
24 pages, reliure deux points métal
couverture curious metallics black, encre cuivrée
1ère édition
L’auteur / Thomas Vinau
Graphisme / Céline Pévrier
paru en mai 2019
Langue / français

 SUN/SUN

(...)
C’est pour ça que des hommes parlent fort.
Hurlent. Courent.
Et travaillent.
S’épuisent chaque soir.
C’est parce que c’est vide et c’est noir dedans.
C’est pour ça qu’on a appris à lire.
À écrire et à compter.
À souder et à conduire.
C’est pour remplir le noir dedans.
C’est pour ça qu’on court après un ballon.
Qu’on escalade une montagne.
Qu’on répertorie les papillons.
C’est pour ça que des hommes ont inventé dieu
et les ampoules électriques.
Ont construit des églises et des appartements.
C’est parce que c’est noir dedans. 
(...)

4/27/2019

J'étais là


 (Le merveilleux voyage d'Hermés - Moebus)

J'étais là, ce matin, dans le lit, encore confit, toujours confus, à tenter d'attraper le monde par un bout, n'importe lequel, à me frayer un chemin dans mes perceptions comme un explorateur fiévreux au fin fond d'une jungle lointaine. J'étais là, un peu groggy, parfaitement myope, méchamment déshydraté, joliment ensuqué, clairement rouillé, tranquillement courbaturé, plaisamment disséminé dans le petit bordel sacré et ordinaire de mes rouages épars, de mes sensation confuses, entre des tronçons de mots, des éclats d'images, des nappes de lumière floue, des vagues de besoins physiologiques. Une pression à la vessie, une douleur dans les psoas, la scène d'un rêve qui s'éloigne en flottant, la douceur laineuse de l'aube qui traverse l'épaisseur sombre du rideau. Une question sur ce qu'il y aurait à faire aujourd'hui, une pensée à propos des enfants hier soir, une résolution sur le nombre de verres de vin, un chant d'oiseau mouillé. Une idée à creuser pour le roman, le mugissement d'une machine au loin, une échéance qui approche, un muscle à étirer. Mais surtout, surtout, le plus longtemps possible, l'attention minutieuse et concentrée à faire le moins de geste ou de bruit possible pour ne pas interrompre ton ronflement de caramel écrasé digne d'une bulle de bd de Franquin. J'étais là ce matin, à débarquer dans la conscience de ce qui fait ma vie exactement comme un naufragé sur une plage déserte, une plage immense et calme où la sable doux accueillerait les vestiges épars de son navire. Une plage inconnue et familière au dessus de laquelle de grands oiseaux océaniques striduleraient  dans le grand ciel orange leurs chansons nasales et préhistoriques. Une plage où l'horizon se relèverait chaque matin, le sourire dépeigné, en disant j'étais là.

4/25/2019

En prenant notre temps - Jean Pierre Marielle



"Kenny Clarke :
J'adorais le batteur, jazzman formidable, et l'homme aussi, ce qui arrive souvent, j'ai tendance à mêler mon admiration aux sentiments.
En 1989, trois ans après sa mort, nous étions au club Saint-Germain avec René Urtreger, qui l'avait accompagné au piano ; je passe ma main machinalement sur une poutre, et il y avait là un joint, desséché, presque un papyrus, que j'ai reconnu sur le champs d'après la technique de roulage comme étant l'oeuvre de Kenny. Nous l'avons fumé, en prenant notre temps, à sa mémoire."

Jean-Pierre Marielle, Le grand n'importe quoi, Calman-Lévy

4/24/2019

Karen O & Danger Mouse - MINISTRY

Lisières - Extrait d'un travail en cours autour des peintures de Don jacques CICCOLINI


Il y a dans le jeu argenté du soir des histoires d'amour que personne ne raconte. C'est la brune. L'heure où l'on pense avec la fatigue de la viande. L'heure où la route refroidie lentement. Les platanes ont craché l'ocre de leurs étoiles dans la poussière et un léger vent du sud gifle gentiment nos mémoires.

Des hommes restent là, assis, quelques souffles et puis s'en vont. Leurs silences font de grands gestes. Ils boivent et ils rient pour ne pas penser à la guerre, à la peau rose du haut des cuisses, à la porcelaine écaillée de l'enfance. Il n'ont pas le courage des femmes qui restent debout à épeler la perte, à consoler le crépuscule, à caresser le bois ou la flanelle des linges comme pour une prière.

(...)

SOON SOON CHEZ SUN/SUN ...

4/23/2019

La routine

- "T'as bien dormi ?"
- "J'ai rêvé que je perdais mon frère pendant que les nazis nous traquaient avec des chiens, je me cachais dans la faille d'un mur. Et puis que je t'accompagnais dans le métro jusqu'à ce que tu me quittes. Et puis que pendant une fête ennuyeuse de copains et de drogues où toutes les filles me laissaient tomber je trouvais ce petit rapace, aux ailes bleues et vertes, à l'agonie en train de se tordre de douleur. Il était vivant mais des insectes sortaient de sa tête et couraient se cacher dans les draps. Et puis sa tête est tombée en morceau. J'ai récupéré une aile et le bas du bec, mais j'avais peur que mes enfants jouent avec et attrapent des saloperies..."
- "T'as vu il fait beau."

Comme un lundi

Pierre de Hangest, Les Omelies Saint Grégoire pape, Bruges c. 1470.
Animated by Obarski / @nicesausages

4/22/2019

Déjà vue

Je me réveille
en premier
il fait à peine jour
mais le temps
de mettre mes lunettes
pour voir l'heure
je suis déjà levé
alors je me lève
besoin d'eau
beaucoup d'eau
mal au crâne
et au ventre
vraiment cette fois
j'arrête de boire
je l'ai déjà dit ça non ?
ou pensé
ou vécu
ou les deux
ce sentiment
de déja vue
déjà vieux
déjà viu
(prononcé par
une belle grosse bouche
 rouge
avec l'accent anglais)
la maison est calme
c'est bien
j'ai le temps
de me remettre droit
entre les cafés chauds
et les poèmes
de Roger Lahu ou
de François de Cornière
cette tristesse pas triste
entre le lapin
et la confiture de fraise
la lumière
est verte
et tendre
comme les premières feuilles
sur le tilleuil
c'est le dernier jour
des vacances
et puis leurs petits pieds
nus
débarquent
sur le tapis
leurs pyjamas
devant le feu
tout le monde pue
et tout le monde s'aime
émilie s'installe
devant les dessins animés
il y a le feu
leurs petits pieds
et les bourgeons
et les tartines aux légos
et à la confiture de fraise
ce sentiment
de déjà vue
déjà viu
déjà vie
(prononcé par
une belle grosse bouche
rouge
avec l'accent anglais)
cette tristesse pas triste 
les pingouins
font du surf
Conan le barbare
a le seum
 tout est
déjà beau
comme dans un souvenir
je l'ai déjà dit ça non ?
ou pensé
ou vécu
ou les deux
pour toujours
et tant mieux

4/20/2019

Mouna



Elle se relève harassée, rincée, essorée, après cette interminable traversée de rêves absurdes, de toux fiévreuse et de courbatures qui recommence chaque soir. Sa nuit sans fin. Elle s'assoie, bouffie et vaincue à la table encore encombrée de la cuisine. C'est un royaume de miettes, de restes, de déchets. Elle lance ses yeux au hasard, regarde sans regarder, cherche sans chercher, lutte sans bouger. Elle restera en robe de chambre jusqu'au passage de l'infirmière. Dehors il y a déjà les lignes parfaites du ciel, la couleur qui monte le long des arbres, les oiseaux vivaces, leurs ombres espiègles qui se déploient. Dehors  il y a les hommes debout. Ce n'est pas là qu'il faut chercher pour l'instant. Elle ne veut pas s'agrandir mais se rapprocher et s'accrocher. Son regard s'attarde sur les coquilles d’œuf cassées, la motte de beurre affaissée, les croutes de fromage, le miroir brisé des biscottes, la serviette tachée, la carafe vide, la vaisselle sale. Hier les enfants sont passés et, tous ensembles, ils ont fait une mouna. Dans les oranges pressées et décapitées on pourrait croire que le soleil se lève.  Pour l'instant elle reste là, dans ce paysage anodin et froissé, ce pays insignifiant, usé, souillé. Des souvenirs s'y cachent comme les ultimes effluves de fleurs d'oranger. C'est de là qu'elle part pour escalader le temps et affronter un jour de plus. C'est de là qu'elle part parce que c'est chez elle.

4/15/2019

Quatre minuscules abeilles


Ma douce m'a fait passer
une info du site Au feminin
où on apprend qu'à Taïwan
une fille de 29 ans
vivait avec quatre
minuscules abeilles
sous sa paupière gauche
il est écrit ensuite
 que ces abeilles
de type Halictidae
vivent habituellement
près des montagnes
et des tombes
et qu'elles ont survécu
en se nourrissant
de ses larmes
et voilà
encore un poème
qui ne m'a pas attendu

4/13/2019

Des souvenirs dont plus personne ne se souvient


Je trouve parfois dans les 33 tours chinés à l'occasion ces petites phrases de dédicace que les gens laissent dans un cadeau. Des mots comme De St Anne - Cadeau de Lucien - 1962 ou Pour toi, mon lapin chéri -16 juin 74. Des noms, des dates, des lieux, des prénoms, des bon anniversaire. Il arrive que la pochette soit un peu arrachée, ou moisie, ou collée, et qu'il ne reste que quelques lettres à distinguer. La trace d'un partage à l'encre diluée. D'un amour de mère, de frère, d'amant. A peine. Des souvenirs dont plus personne ne se souvient. Alors j'écoute le disque. Et je me souviens pour eux.

4/12/2019

La gris est belle

Tout est gris
immensément gris
harmonieusement gris
parfaitement gris
tout est gris de mille gris
nuancé de gris
argenté de gris
émaillé de gris
éclairé de gris
ailé de gris
cielé de gris
feuillé de gris
venté de gris
tout est gris
gris sonnant
tonnant
et trébuchant
gris feulant
miaulant
et rugissant
vert de gris
bleu de gris
jaune de gris
arc en gris
gris qui se mouche
gris qui se douche
gris qui bosse
gris qui traîne
et gris qu'a pas que ça à foutre
gris qui bronze
gris qui ronfle
gris musclé
gris déjà bourré
Tout est gris
immensément gris
harmonieusement gris
parfaitement gris
même le trou noir est gris
même ton falzar est gris
ton compte en banque
la jupe de la voie lactée
le pyjama du président
le sang des dieux
le mur du son
le gris
c'est Derrick sous trip
c'est comme un repas complet
un relookage extrême
une grille de lecture bourdieusienne
ou des lunettes de super héros
pareil
en plus
gris
le gris c'est la vie
voté pour le gris
vous serez jamais déçu

4/11/2019

21 cm - C'est un beau jour pour ne pas mourir -


Dans 21 cm sur Canal +, Augustin Trapenard a causé avec beaucoup de bienveillance et de douceur de mon recueil C'est un beau jour pour ne pas mourir et il a même lu des poèmes en chaussettes. Autrement dit la classe ! Un immense merci à lui. Vous pouvez retrouver l'émission là.

4/09/2019

C'est un beau jour pour ne pas mourir - par Jérôme Leroy


Le poète Thomas Vinau, dans C’est un beau jour pour ne pas mourir, donne 365 poèmes. De quoi tenir encore un an, si on s’y prend bien.



Thomas Vinau, l’air de rien, avec une discrétion qui fait souvent penser à une de ses lectures favorites, Raymond Carver, devient un de ces poètes familiers, un de ces amis dans le paysage, qui peuvent nous accompagner le temps d’un trajet en bus, d’un café bu sur le zinc, d’un moment pris sur un banc de jardin public parce que soudain, la lumière est vraiment trop belle pour ne pas s’attarder un instant, reprendre son souffle, se retrouver quelques instants avec soi-même.

Son dernier recueil,  C’est un beau jour pour ne pas mourir  a déjà un titre qui est tout un programme. En détournant la citation attribuée à Sitting Bull le jour de la bataille de Little Big Horn, il fait le choix de la vie. Il y a finalement, semble-t-il nous dire, autant d’héroïsme dans une traversée des jours qui se succèdent que dans une charge de cavalerie, fût-elle pour la bonne cause.

C’est un beau jour pour ne pas mourir compte trois cent soixante cinq poèmes, c’est à dire de quoi tenir un an. Il présente son livre comme une rivière. Libre à vous d’y tremper les pieds chaque matin ou de vous y baigner plus longuement. De les lire dans leur ordre d’apparition ou d’ouvrir le recueil au hasard. Thomas Vinau nous laisse toute latitude, il ne se prend pas pour un oracle, juste un compagnon de route.

Ses poèmes qui dépassent rarement la page, qui se réduisent parfois à quelques vers, jouent sur toute une gamme de genres qu’il énumère avec humour dans son introduction : « Narratifs, contemplatifs, quotidiennistes, descriptifs, moralistes, lyriques, imagistes, etc-istes, mettez les istes que vous voulez. » Il est vrai que l’important ici, n’est pas de prendre la pose mais plutôt la pause :

Acheter quinze euros
Un Moleskine
Pour se la jouer
Hemingway
C’est le contraire
De la poésie

Vinau décide de faire avec ce que le monde nous donne, ce qui ne veut pas dire que le monde soit forcément aimable. Mais même ce qui n’est pas aimable peut se transformer en poème. C’est surtout dans ces moments-là, d’ailleurs, que le besoin de poésie se fait sentir:

Une nuée d’oiseaux gris
Sort de la bouche terreuse
De l’aube
C’est tout ce que tu auras aujourd’hui
Il faudra en faire
De la lumière.

Thomas Vinau y arrive très bien. Il ne monte jamais le ton, il module, joue sur les nuances, il ruse pour faire renaître le  bonheur d’être au monde. « Les braisent brisent la noirceur » comme le dit l’un des titres de ses textes, dans une belle allitération. On peut trouver du plaisir à regarder un tableau de Hopper ou un bébé qui mange sa bouillie. On  peut envisager avec la même désinvolture le poids d’un cœur dans une autopsie, 465 grammes, et régler la question de la poésie, au moins provisoirement quand on se retrouve face à un stère de bois avec une bonne tronçonneuse. L’humour, l’inquiétude, le lyrisme se succèdent dans une manière de cyclothymie qui pourrait bien donner une image des plus justes de notre humaine condition.

Trois cent soixante-cinq poèmes, trois cent soixante-cinq jours, encore une année de passée.
Mais avec Thomas Vinau, elle n’est pas passée pour rien.

Thomas Vinau, C’est un beau jour pour ne pas mourir (Le Castor Astral)

Jérôme Leroy - 07 Avril -