11/22/2014

Vouloir commencer

Il est 9h13 et je n'ai toujours pas allumé l'ampoule du séjour. Les volets sont ouverts. L'aura bleutée et froide de l'ordinateur se mêle à l'azur sombre de l'horizon d'un jour qui ne daigne pas se lever. Une légère pluie, molle et persistante accable placidement le monde. Au sol, Les feuilles pourrissent sans résistance. La terre sature d'eau. Le jour ne se lève pas. Café tiède à présent. Bruit des gouttes. Deux kaki sur la terrasse attendent dans une assiette fêlée que le givre leur donne la couleur du soleil. Les oiseaux se cachent. Des mots aux pieds lourds. Pleins de boue. Ce qui est trop tendre tente de s'enterrer un peu plus dans son refuge de fortune. La feuille d'un érable. Un oreiller. Un gâteau aux relents de fleur d'oranger. Les autres économisent la chaleur de leur souffle dans le col relevé de leur veste. Personne n'est vraiment certain de vouloir commencer.

11/21/2014

J'veux pas dire mais je crois que le soleil se fout de ta gueule

 Ne ramasse pas 
l'or à tes pieds
tu le souillerais


Revue Carré - éd Rhubarbe - Nov 2014


"Avouons-le, on n'y croyait plus. Et pourtant, le voilà, plus vert que jamais. le nouveau numéro de la revue carré vous emmènera au fin fond de la campagne, sous les lambris de l'Académie française, en Irlande ou sur Mars, et même sous les jupes des filles. Partout où le vert est de rigueur. Avec des contributons de Jean-Paul Rousseau, Marilyse Leroux, Marie Léger, Christine Balbo, Charles Cros, Federico Garcia-Lorca, Alain Moret, Thomas Vinau, Jacques Morin, Alain Kewes, Constantin Kaïtéris et bien d'autres."

11/19/2014

El dorado

Cette espèce de
conquête de l'Ouest
que c'est certain jour
d'atteindre le soir

Vendredi 21 Nov - Librairie Oblique à Auxerre


Je serai ce Vendredi 21 Novembre 2014 à 19h30
 chez les amis de la Librairie Oblique à Auxerre 
pour deviser joyeusement de petits moments et de grande littérature (ou l'inverse).

11/18/2014

Les osselets

La mésange à tête bleue
au midi scintillant
pose ses pattes propres
sur la corne d'une charogne
pousse trois trilles et puis repart
touffe de poils dans le bec
les pattes légèrement moins propres
On peut chanter dans les décombres
construire son nid d'osselets fins
chaque jour commence un nouveau jour
les oisillons ont besoin de chaleur
pendant qu'une drôle de musique
s'aiguise dans le ventre 
du chat du voisin

11/16/2014

Au froid de l'aube

Au froid de l'aube
un enfant chante
dans son lit
la glace ne fondra 
pas plus vite
et rien ne fera
disparaître la nuit
pourtant au froid de l'aube
un enfant chante
dans son lit
Nous sommes 
les mots perdus
de la minuscule chanson
qu'il invente

11/15/2014

La Route - Cormac Mccarthy (adapté au cinéma par John Hillcoat)

 "(...)
- Comment saurait-on qu'on est le dernier homme sur Terre ? dit-il.
- Je ne crois pas qu'on le saurait. On le serait, c'est tout.
- Personne ne le saurait.
- Ça ne ferait aucune différence. Quand on meurt c'est comme si tout le monde mourait aussi.
- Je suppose que Dieu le saurait. N'est-ce-pas ?
- Il n'y a pas de Dieu.
- Non ?
- Il n'y a pas de Dieu et nous sommes ses prophètes. 
(...)"


"(...)
- J’ai dit qu’on n’était pas en train de mourir. Je n’ai pas dit qu’on ne mourrait pas de faim.
- Mais on ne mangerait personne ?
- Non. Personne.
- Quoi qu’il arrive.
- Jamais. Oui quoi qu’il arrive.
- Parce qu’on est des gentils.
- Oui.
- Et qu’on porte le feu.
- Et qu’on porte le feu. Oui.
- D’accord 
(...)"


"(...)
- Je peux te demander quelque chose ?
- Oui. Évidemment.
- Tu ferais quoi si je mourrais ?
- Si tu mourrais je voudrais mourir aussi.
- Pour pouvoir être avec moi ?
- Oui. Pour pouvoir être avec toi.
- D’accord. 
(...)"

"(...) Puis ils repartirent, le long du macadam dans la lumière couleur métal de fusil, pataugeant dans la cendre, chacun tout l’univers de l’autre.(...)"

11/14/2014

La prière

Elle tourne discrètement les graines diaphanes d'un chapelet de perles entre ses doigts. Ses yeux se ferment, elle s'assoupit. Je ne sais pas quelle est la prière qu'elle cache derrière ses cheveux longs et son pull trop grand. Je sais qu'elle a ôté ses chaussures, qu'elle s'endort en chaussettes dans le train. Et je sais qu'une fille en chaussettes a toujours plus de chance d'être exaucée.

Little Willie John - Need Your Love So Bad (1955)


11/11/2014

Gigots


Gigots sous le soleil. 
Vos chairs flasques. Grises. Ternes. 
Vos yeux tristes. La douceur de vos yeux tristes. 
Vos poils. Vos germes. Vos cernes. 
La masse informe de vos fatigues. 
Vous êtes déjà morts. 
Des larmes de poussière sèche. 
Je vous aime.

11/10/2014

Paysage


Toute cette lumière à traverser

Traversé ballotté
brindille entre deux eaux
d'une lumière à l'autre
je flotte dans le jour
comme vache qui mâche
je me laisse faire
parfois une goutte de pluie
réveille ma peau
en un sourire
gelé

11/09/2014

Zara McFarlane - Police & Thieves (Official Video)


Fleur de sel - article de Marc Wetzel - Revue Souffles - Juste aprés la pluie




"FLEUR DE SEL

Thomas Vinau Juste après la pluie – Alma, éditeur, 2014


La fantaisie, la simplicité, la profondeur, la justesse, l'honnêteté. Voilà le monde apparent de Thomas Vinau. Et c'est de plus un monde sympathique (la franchise et le pittoresque y font bon et accueillant ménage) et neuf : on pense à de singuliers croisements entre Francis Jammes et Francis Ponge (« la vieille éponge de cuisine (…) toute recroquevillée de la crasse des choses », p. 185), Jacques Prévert et Samuel Beckett (« nous sommes de la confiture de poussière » , p. 181), ou même Cioran et Jean Follain (« L'argent, c'est du temps jeté par des fenêtres fermées », p. 184) ; mais l'auteur est déjà complètement formé et soi, et l'on s'en rend compte en se prenant à comparer très vite ses poèmes entre eux, et non plus à ceux d'autres.

Ce jeune auteur (que je découvre) me semble avoir une extraordinaire qualité : il sait mettre en images, directement, les mouvements généraux, abstraits, communs, de l'esprit, les attitudes proprement humaines. Par exemple la sublimation ; il ne dit rien des poncifs qu'on en sait (un désir qui vise à mieux, une élévation socio-spirituelle de l'entrée de gamme de la libido, une résilience de frustration etc.), mais il l'évoque ainsi :
« Celui qui peint/qui joue/ou qui écrit/est le pillard/de l'enfant dévasté/qu'il était » , Attila, p. 66),
ou « Toute la nuit/l'ours lui avait/collé des beignes/à l'aube/ sous les croûtes/de sang/il trouva/un poème », La Muse, p. 55)
ou : « En s'envolant/le papillon me dit/Je suis/le rêve/d'une larve » (J'écris parce que je suis sale, p.103)
ou : « Les trous d'obus les fosses/les tranchées et les tombes/sont les lieux de naissance privilégiés/du coquelicot/de même que les blessures les non-dits/les plaies et les silences/ sont les nurseries habituelles/du poème » (Ce noir qui remonte, p.173)
Et tout son recueil fait de même (on se réjouira de vérifier !) pour d'autres conduites fondamentales, qu'il illustre admirablement, comme la conversion,
« J'ai suivi/le chemin/le chemin/me mena/derrière moi » (p. 72),
la résolution : « Le matin/chaque matin/tu t'efforceras d'être/cet enfant qui enfonce sa main/au fond de la gueule d'un chien » (p. 73)
le recueillement : « J'écoute/le ciel/ouvrir/mes yeux » Plan large, p. 87),
ou la patience, « Le doc est en retard/d'une heure trente/tout se perd/mais la douleur/reste ponctuelle/(...)/quelques corps/poliment déchus/patientent là » (En attendant, p. 251).


Il y a autre chose, qui m'a beaucoup troublé et touché : c'est en T. Vinau une espèce de travail constant d'élucidation, par le poète, de son activité imaginative même. Sa puissance d'évocation, de mise en « correspondances » est certes magnifique et libre,
« Demain est une mouche/qui se lèche les pieds » (p. 56), « Je me sers/d'un toboggan d'enfant/comme chaise longue/je me sers/de l'herbe haute/comme déodorant/je me sers/du ciel foutraque/comme cahier de brouillon » (p. 147), « D'un bruit de ventouse/qui se colle au tonnerre/il faisait passer/le caillou noir de la nuit/d'un bord à l'autre/de sa bouche/dans sa dent creuse/un soleil/endormi » (Dieu a l'haleine chargée, p. 133) …,
mais c'est quelqu'un qui ne veut pas être dupe de sa fantaisie, qui ne quitte pas de l'oeil le besoin réel (même s'il est trivial) toujours juché sur sa monture irréelle (même si elle est sublime). Thomas Vinau cherche, comme avec scrupule et distance, l'invariant vrai de ses rêveries . Dans le superbe texte « Nous avons faim de quelque chose » (p. 90-1), c'est comme si la « folle du logis » s'examinait elle-même à mesure, méditait son vrai loyer, semblant aller jusqu'à s'exproprier si son grabuge était faux, son voisinage inhumain, son délire mesquin. C'est ce que je sens dans ce convoi de faits magiques, ce pudique tortillard de saynètes arrimées là, comme « Une femme nue dans une caravane », « Une mère en retard qui aperçoit l'écureuil au milieu du rond point », « un camionneur qui s'arrête pisser et dérange un couple de hérons », « un barbu qui coupe à travers bois », « un enfant à lunette qui regarde pousser un champignon dans un bocal », et « un clochard qui dessine sur un papier de boucherie ». Ce serment fait par une étincelante fantaisie de ne se montrer jamais indigne, cette moralité supérieure dans la fabulation, est chose très rare. Cet auteur semble constamment veiller à ce que sa conquérante irréalité ne déloge rien ni personne de leurs ingrates et dûes conditions de réalité ! C'est cette « élégance » interhumaine dans la démiurgie propre que j'entends dans des passages comme :
« D'abord apprendre/à faire ce qu'on peut/avec ce qu'on a/ensuite apprendre/à faire ce qu'on peut/avec ce qui nous manque » (Faire ce qu'on peut, p. 85),
ou « Nous sommes la poussière/dans l'oeil/d'un aveugle/as-tu déjà vu quelqu'un dépecer un lapin/le retourner comme un gant/et bien il s'agit de faire la même chose/avec sa peur/jaillir/comme le jus/d'une cerise/un beau bouquet/dans chaque plaie » (Le gant, p. 249),
« On ne se refait pas/c'est bête/vu tout le temps/passé/à se défaire » (On ne se refait pas, p. 198),
« Nous sommes/ des chiens qui parlent/truffes plantées/dans le cul des étoiles/éperdument perdus/de n'avoir pas de maître » (La marque du collier, p. 164),
et, tout particulièrement, cette géniale et pure confidence :
« Où vont les rêves/dont on ne se souvient jamais//au même endroit/que les mains/que l'on a lâchées » (Où vont les rêves, p. 156)

Cette fraternelle (et ironique) humilité est d'ailleurs explicite,
« Je n'ai rien contre l'horizon/mais je ne suis pas sûr/que soit très saine/cette prétention à/toujours vouloir/être devant » (J'dis ça j'dis rien, p. 97).

Et puis ce magnifique poète n'a pas seulement une morale ( = un souci de ne pas se désolidariser du pire, et de restituer le meilleur à ses co-méritants), il a une métaphysique : il a la tête cosmophile, psychogène et théophone. Car de sa seule imagination ne pourrait venir cette sagesse, qu'on lui devine, et qu'on lui envierait si sans cesse il ne la partageait. Cet amateur de « bombes tendres » (ainsi nomme-t-il les livres), qui « chuchote » le monde , pour lequel « le poème est ce pain qui se coupe à la main lorsqu'on a très faim » (p. 272), est un homme au sourire aigu, au discernement jubilatoire, à la finesse communicative. Et pour le dire franchement : cet auteur, au lyrisme malicieux, fait admirablement comprendre ce qu'il chante de vie. Ainsi applaudit-on à sa conviviale Genèse :
« Du soleil/des protéines/et quelques litres de larmes/le barman du coin/vient d'inventer/un nouveau cocktail/la Terre » (Cocktail, p. 68),
frémit-on à sa monocolore apocalypse, « Silencieux/polis/indifférents/dans ce grand wagon blanc/qui nous mène au néant » (Dans ce grand wagon blanc, p. 67),
se secoue-t-on à sa salubre remontrance, « Nous savons tous théoriquement/ce qu'est la Vérité puisque/nous avons tous déjà menti » (Juste avant, p. 257)
et se berce-on des bras de son double verdict, « Hier le dernier/rhinocéros/du Mozambique/s'est fait zigouiller/par ceux qui devaient/le protéger/il faut noter/ que l'homme/est une crapule/qui sait/jusqu'à la perfection/se tailler/les ongles des pieds/pensa Topor/en achevant son verre/quelle élégance/quelle élégance » (p. 233),
et « Aucun esclave/ne lève les rideaux de l'aube/les enfants qui ont faim/peuvent manger leurs mains » (Croire au père Noël, p. 203).

« Classique » est un auteur qu'on sait d'emblée pouvoir toujours relire, parce qu'on fut par lui accueilli comme avec des notations éternelles. Celles exactement comme : «Une /petite/montagne/qui saute sur les genoux/d'une rivière » (Enfance, p. 139), et « C'est juste/que pour aimer/il faut avoir/quelque chose/à perdre ... »(Nourrir les bêtes, p. 104). Un écrivain classique est comme un invité improbable qui restera dormir. Comment laisser, en effet, repartir, le facétieux et clairvoyant convive que voici,
« Aux soirées de l'ambassadeur/je suis ce genre de type/qui essuie discrètement/le toast de caviar de saumon/et de cèleri rave/écrasé/sur le carrelage blanc/aux pieds de l'ambassadeur » (Les orteils de l'ambassadeur, p. 153).

Cet encore jeune homme (né en 1978) est, je crois, un très grand auteur. Le génie poétique consiste à redemander à la parole de quoi mieux vivre, en l'obtenant presque à tout coup. Et nous, pareil génie, sagace et léger, on en redemande .
« Marcher dans l'herbe/juste après la pluie/rentrer/mettre des chaussettes sèches/recommencer », p. 268)
"
m.w.

Merci à Marc Wetzel pour ce dithyrambique article qui paraitra dans la revue Souffles !

11/08/2014

Non pétition de soutien à Anthelme Bonnard

 

 

Non pétition de soutien à Anthelme Bonnard

 

Mon très cher Anthelme,
Dieu ne vous garde pas, je dirais même plus, qu'il vous rende. Qu'il vous rende aux humains, aux zinzins, aux fantômes et aux raton-laveurs, car c'est bien nous, de la Confrérie des Persifleurs Alambiqués, qui signons par signaux de fumée et signifions par la présente notre indécrottable volonté de remplir les rangs de la légion que vous aurez l'élégance de ne jamais former.
Mon très cher Anthelme,
Le monde est une brute. Cette fourmilière pleine de lâches qui se surveillent et de fats qui se marchandent, si vous ne la remettiez à sa place d’un revers d'urine chaude, tangue sur la tête de façon tellement surréaliste qu'elle pourrait presque finir par atteindre notre réalité.
Mon très cher Anthelme,
Nous sommes des Sisyphe et les Sisyphe sont des bousiers.
Tenez bon.
Bien à vous,


Gaspard Espadrille

11/07/2014

Rencontre La part des Nuages - Librairie Honoré - Vend 07 Nov


Rendez vous Vendredi 07 Novembre 
à la Librairie Honoré de Champigny-sur-Marne 
pour une nouvelle rencontre autour de ma Part des nuages. Merci à eux.

11/04/2014

Interlude



L'ambition

Il avait l'ambition
de devenir un banc
sur le quai de la gare
possible suspendu
entre deux grilles horaires
sur lequel viendrait s'assoir
de temps en temps lorsqu'il fait beau
une fille qui fume en lisant

11/03/2014

Bukowski, l'existence et l'étagère de la cuisine



"...C’est seulement quand la vie gâchée devient nôtre que nous réalisons que les suicidés, les ivrognes, les fous, les détenus, les drogués et cætera et cætera font partie de l’existence au même titre que les glaïeuls, les arcs-en-ciel les ouragans et qu’il ne reste rien sur l’étagère de la cuisine"

Charles Bukowski




poème glanée entre Gombrowicz et Léautaud dans l'excellent foutraque de la main de singe)

11/02/2014

Duel

(Duel, Photo Credit Patzi Temples)

Ce matin j'ai vu le soleil défier un radiateur en duel.