4/22/2019

Déjà vue

Je me réveille
en premier
il fait à peine jour
mais le temps
de mettre mes lunettes
pour voir l'heure
je suis déjà levé
alors je me lève
besoin d'eau
beaucoup d'eau
mal au crâne
et au ventre
vraiment cette fois
j'arrête de boire
je l'ai déjà dit ça non ?
ou pensé
ou vécu
ou les deux
ce sentiment
de déja vue
déjà vieux
déjà viu
(prononcé par
une belle grosse bouche
 rouge
avec l'accent anglais)
la maison est calme
c'est bien
j'ai le temps
de me remettre droit
entre les cafés chauds
et les poèmes
de Roger Lahu ou
de François de Cornière
cette tristesse pas triste
entre le lapin
et la confiture de fraise
la lumière
est verte
et tendre
comme les premières feuilles
sur le tilleuil
c'est le dernier jour
des vacances
et puis leurs petits pieds
nus
débarquent
sur le tapis
leurs pyjamas
devant le feu
tout le monde pue
et tout le monde s'aime
émilie s'installe
devant les dessins animés
il y a le feu
leurs petits pieds
et les bourgeons
et les tartines aux légos
et à la confiture de fraise
ce sentiment
de déjà vue
déjà viu
déjà vie
(prononcé par
une belle grosse bouche
rouge
avec l'accent anglais)
cette tristesse pas triste 
les pingouins
font du surf
Conan le barbare
a le seum
 tout est
déjà beau
comme dans un souvenir
je l'ai déjà dit ça non ?
ou pensé
ou vécu
ou les deux
pour toujours
et tant mieux

Comme un lundi

Pierre de Hangest, Les Omelies Saint Grégoire pape, Bruges c. 1470.
Animated by Obarski / @nicesausages

4/20/2019

Mouna



Elle se relève harassée, rincée, essorée, après cette interminable traversée de rêves absurdes, de toux fiévreuse et de courbatures qui recommence chaque soir. Sa nuit sans fin. Elle s'assoie, bouffie et vaincue à la table encore encombrée de la cuisine. C'est un royaume de miettes, de restes, de déchets. Elle lance ses yeux au hasard, regarde sans regarder, cherche sans chercher, lutte sans bouger. Elle restera en robe de chambre jusqu'au passage de l'infirmière. Dehors il y a déjà les lignes parfaites du ciel, la couleur qui monte le long des arbres, les oiseaux vivaces, leurs ombres espiègles qui se déploient. Dehors  il y a les hommes debout. Ce n'est pas là qu'il faut chercher pour l'instant. Elle ne veut pas s'agrandir mais se rapprocher et s'accrocher. Son regard s'attarde sur les coquilles d’œuf cassées, la motte de beurre affaissée, les croutes de fromage, le miroir brisé des biscottes, la serviette tachée, la carafe vide, la vaisselle sale. Hier les enfants sont passés et, tous ensembles, ils ont fait une mouna. Dans les oranges pressées et décapitées on pourrait croire que le soleil se lève.  Pour l'instant elle reste là, dans ce paysage anodin et froissé, ce pays insignifiant, usé, souillé. Des souvenirs s'y cachent comme les ultimes effluves de fleurs d'oranger. C'est de là qu'elle part pour escalader le temps et affronter un jour de plus. C'est de là qu'elle part parce que c'est chez elle.

4/15/2019

Quatre minuscules abeilles


Ma douce m'a fait passer
une info du site Au feminin
où on apprend qu'à Taïwan
une fille de 29 ans
vivait avec quatre
minuscules abeilles
sous sa paupière gauche
il est écrit ensuite
 que ces abeilles
de type Halictidae
vivent habituellement
près des montagnes
et des tombes
et qu'elles ont survécu
en se nourrissant
de ses larmes
et voilà
encore un poème
qui ne m'a pas attendu

4/13/2019

Des souvenirs dont plus personne ne se souvient


Je trouve parfois dans les 33 tours chinés à l'occasion ces petites phrases de dédicace que les gens laissent dans un cadeau. Des mots comme De St Anne - Cadeau de Lucien - 1962 ou Pour toi, mon lapin chéri -16 juin 74. Des noms, des dates, des lieux, des prénoms, des bon anniversaire. Il arrive que la pochette soit un peu arrachée, ou moisie, ou collée, et qu'il ne reste que quelques lettres à distinguer. La trace d'un partage à l'encre diluée. D'un amour de mère, de frère, d'amant. A peine. Des souvenirs dont plus personne ne se souvient. Alors j'écoute le disque. Et je me souviens pour eux.

4/12/2019

La gris est belle

Tout est gris
immensément gris
harmonieusement gris
parfaitement gris
tout est gris de mille gris
nuancé de gris
argenté de gris
émaillé de gris
éclairé de gris
ailé de gris
cielé de gris
feuillé de gris
venté de gris
tout est gris
gris sonnant
tonnant
et trébuchant
gris feulant
miaulant
et rugissant
vert de gris
bleu de gris
jaune de gris
arc en gris
gris qui se mouche
gris qui se douche
gris qui bosse
gris qui traîne
et gris qu'a pas que ça à foutre
gris qui bronze
gris qui ronfle
gris musclé
gris déjà bourré
Tout est gris
immensément gris
harmonieusement gris
parfaitement gris
même le trou noir est gris
même ton falzar est gris
ton compte en banque
la jupe de la voie lactée
le pyjama du président
le sang des dieux
le mur du son
le gris
c'est Derrick sous trip
c'est comme un repas complet
un relookage extrême
une grille de lecture bourdieusienne
ou des lunettes de super héros
pareil
en plus
gris
le gris c'est la vie
voté pour le gris
vous serez jamais déçu

4/11/2019

21 cm - C'est un beau jour pour ne pas mourir -


Dans 21 cm sur Canal +, Augustin Trapenard a causé avec beaucoup de bienveillance et de douceur de mon recueil C'est un beau jour pour ne pas mourir et il a même lu des poèmes en chaussettes. Autrement dit la classe ! Un immense merci à lui. Vous pouvez retrouver l'émission là.

4/09/2019

C'est un beau jour pour ne pas mourir - par Jérôme Leroy


Le poète Thomas Vinau, dans C’est un beau jour pour ne pas mourir, donne 365 poèmes. De quoi tenir encore un an, si on s’y prend bien.



Thomas Vinau, l’air de rien, avec une discrétion qui fait souvent penser à une de ses lectures favorites, Raymond Carver, devient un de ces poètes familiers, un de ces amis dans le paysage, qui peuvent nous accompagner le temps d’un trajet en bus, d’un café bu sur le zinc, d’un moment pris sur un banc de jardin public parce que soudain, la lumière est vraiment trop belle pour ne pas s’attarder un instant, reprendre son souffle, se retrouver quelques instants avec soi-même.

Son dernier recueil,  C’est un beau jour pour ne pas mourir  a déjà un titre qui est tout un programme. En détournant la citation attribuée à Sitting Bull le jour de la bataille de Little Big Horn, il fait le choix de la vie. Il y a finalement, semble-t-il nous dire, autant d’héroïsme dans une traversée des jours qui se succèdent que dans une charge de cavalerie, fût-elle pour la bonne cause.

C’est un beau jour pour ne pas mourir compte trois cent soixante cinq poèmes, c’est à dire de quoi tenir un an. Il présente son livre comme une rivière. Libre à vous d’y tremper les pieds chaque matin ou de vous y baigner plus longuement. De les lire dans leur ordre d’apparition ou d’ouvrir le recueil au hasard. Thomas Vinau nous laisse toute latitude, il ne se prend pas pour un oracle, juste un compagnon de route.

Ses poèmes qui dépassent rarement la page, qui se réduisent parfois à quelques vers, jouent sur toute une gamme de genres qu’il énumère avec humour dans son introduction : « Narratifs, contemplatifs, quotidiennistes, descriptifs, moralistes, lyriques, imagistes, etc-istes, mettez les istes que vous voulez. » Il est vrai que l’important ici, n’est pas de prendre la pose mais plutôt la pause :

Acheter quinze euros
Un Moleskine
Pour se la jouer
Hemingway
C’est le contraire
De la poésie

Vinau décide de faire avec ce que le monde nous donne, ce qui ne veut pas dire que le monde soit forcément aimable. Mais même ce qui n’est pas aimable peut se transformer en poème. C’est surtout dans ces moments-là, d’ailleurs, que le besoin de poésie se fait sentir:

Une nuée d’oiseaux gris
Sort de la bouche terreuse
De l’aube
C’est tout ce que tu auras aujourd’hui
Il faudra en faire
De la lumière.

Thomas Vinau y arrive très bien. Il ne monte jamais le ton, il module, joue sur les nuances, il ruse pour faire renaître le  bonheur d’être au monde. « Les braisent brisent la noirceur » comme le dit l’un des titres de ses textes, dans une belle allitération. On peut trouver du plaisir à regarder un tableau de Hopper ou un bébé qui mange sa bouillie. On  peut envisager avec la même désinvolture le poids d’un cœur dans une autopsie, 465 grammes, et régler la question de la poésie, au moins provisoirement quand on se retrouve face à un stère de bois avec une bonne tronçonneuse. L’humour, l’inquiétude, le lyrisme se succèdent dans une manière de cyclothymie qui pourrait bien donner une image des plus justes de notre humaine condition.

Trois cent soixante-cinq poèmes, trois cent soixante-cinq jours, encore une année de passée.
Mais avec Thomas Vinau, elle n’est pas passée pour rien.

Thomas Vinau, C’est un beau jour pour ne pas mourir (Le Castor Astral)

Jérôme Leroy - 07 Avril -

Chantier

Bagworm Moth caterpillars (photos: Melvyn Yeo, Nick Bay)


On va pas se mentir 
ça a de la gueule 
mais ça pète le dos 
d'être un caterpillar des mots

4/04/2019

O4 Avril


La camarde ricanantes
a les ratiches pourries
on lui voit des caries
bleues 
comme un trou de ciel 
en  forme de radis

4/02/2019

Continuer



Il fallait commencer
juste avant que ça commence
entre la poubelle et la lumière
réveiller les oiseaux
déplier les ravines
trier les épis des épines
tâcher de gratter
le ventre tiède du mensonge
sans le réveiller
une goutte de sang
dans les yeux de l'aube
pour continuer
à ne jamais conclure

3/30/2019

Etude de ciel


 (Edgar Degas - Etude de ciel, ca 1869)

le ciel est mal fait
le vent le défait
les oiseaux pinceaux
 reprennent à zéro
on verra demain 
l'ampleur du Degas

3/28/2019

Andrew Bird - "Sisyphus" (Official Music Video)

Héritage

Parfois je regarde mes enfants
en me demandant
s'il vont hériter
de mon incroyable capacité
à me plaindre
à ranger
ou à râler
Parfois je me vois
avec cette façon si particulière
d'être de mauvaise humeur
ou de mauvaise foi
et je me dis
putain, on dirait ma mère
mais je ne décèle jamais en moi
les défauts
ou les mimiques
de mon père
pour la bonne raison
que je ne les connais pas
c'est dommage
mais c'est ainsi
ça me manque
de ne pas connaître
les défauts
de mon père
c'est un peu comme une fleur
qui ne sait pas
de quelle couleur elle vient
ou plutôt comme une  mouche
incapable de retrouver
dans quelle charogne
elle a commencé à danser

3/27/2019

Prochains rendez vous : Vendredi 29 Mars à Lourmarin et Vendredi 04 Avril à Bar le Duc

On se retrouve

- Vendredi 29 mars 2019, 18h30
à la médiathèque de Lourmarin 
pour une pause poétique









et puis

à la Libraire La Fabrique 
de Bar le Duc
pour une toute aussi joyeuse rencontre littéraire























Viendez !

Entretien Le nouveau magazine littéraire - Mars 2019


Je réponds joyeusement aux questions de Thomas Deslogis 
dans Le Nouveau Magazine littéraire
où je cause de chiottes de chaussettes sales et donc poésie

3/26/2019

Dans le sens du poil


La café a un vrai goût de café
le matin un vrai goût de matin
et la douleur un vrai goût de douleur
tout m'a l'air d'être à sa bonne putain de place

3/25/2019

L'âne beauté

 

J'ai envie de fumer, beaucoup, en regardant passer la vie. Les jambes du jour. Le jeu du vent et des choses, de la lumière avec les toiles d'araignées brisées. J'ai envie de mâcher les couleurs des oiseaux comme un dieu drogué. J'ai envie de bander par hasard et de croire que ce qui ne nous tue pas nous rend plus beau.

3/24/2019

PNL - Au DD


à côté

La tortue est sortie
des entrailles froides de la terre
elle reste immobile au soleil
présente et discrète
solide
comme le temps qui revient de très loin
je croise une sourit
elle me regarde
je la regarde
elle fuit
il y a dans le jardin
le bruit de cette énorme sauterelle
qui atterrie dans l'herbe grasse
ce bruit
c'est le poème
que je suis incapable
d'écrire
chaque jour je répertorie mes douleurs
jette mes yeux contre le monde
jouis en gémissant d'être vivant
je passe à côté
toujours
tout près
parfois
mais à côté

3/23/2019

Faux témoignage

 

La branche souple et solide de l'olivier. Le jeu du vent avec les papillons d'argent. Une ombre d'oiseau qui s'envole, sauvage. Libre. Entière. Les ailes diamantées des insectes qui cheminent dans la fourrure douce et épaisse de la lumière. Je regarde le monde se déplier, se déployer dans un poème. A moins que ce ne soit le poème qui se déplie et se déploie dans le monde. Jusqu'à prendre toute la place de mes yeux. Jusqu'à remplir le temps. Je regarde le monde se déplier, se déployer dans un poème. A moins que ce ne soit le poème qui se déplie et se déploie dans le monde. Peu importe. Je suis là. Témoin. Debout. Vivant. Si près du vivant que je pourrais presque le toucher comme l'eau d'une petite rivière sans fin. Si près de croire que la vie n'a pas besoin de la mort. Que rien ne se perd. Que la souffrance n'existe pas puisqu'elle n'est pas nécessaire. Si près de croire encore une fois, à ce mensonge.

3/17/2019

Quelques articles de presse par ci par là après cette semaine d'absence


Merci à Antoine Bertot pour sa note de lecture attentive de Comme un lundi sur Poezibao
à Consulter Ici


à La Montagne pour son article autour de ces chaleureuses rencontres du Prix Lycéen Auvergne Rhône-Alpes
Ici

Un grand merci également à Thomas Deslogis pour son article new génération dans Les Inrocks entouré de jolies filles talentueuses.
Here

et enfin un chaleureux merci à François Bon de parler si joliment de C'est un beau jour pour ne pas mourir ( à partir de 16 min) dans sa revue de presse web et à George Cathalo pour la revue Traversées