12/12/2019

Salut copain

 

La nuit parfois
nous retrouvons nos morts
et puis en nous réveillant
nous reprenons doucement conscience
de l'espace et du temps
ce n'était qu'un rêve
le passé reste le passé
on est un peu triste
mais quand même
ça fait plaisir 
de les avoir 
un tout petit peu
retrouvé


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12/11/2019

Roseaux Ft. Blick Bassy - Mè Ni Wè [official video]

Sorcière, sorcière, prend garde à ton derrière


Cuivre abricot
cumin sel d'argent
langue de bœuf glacée
profondeur d'eau vive
craie cendre gratte cul
flamme derrière les yeux
épine dorsale
petite peau d'orteil enfant
ambre feuille morte
mycélium céladon
nombril d'azur
duvet de moineau
je ne veux pas savoir ce qui se joue
je veux le jouer
le jour se lève

12/07/2019

Une histoire



C'est l'histoire d'un être informe qui s'extirpe de son gouffre en se sciant les mains sur une corde de mots. C'est l'histoire du premier oiseau de chaque jour qui passe d'une étoile à l'autre pour éteindre la nuit. C'est l'histoire de l'esclave qui tire le rideau. C'est l'histoire d'un homme qui ne savait jamais quoi répondre si on lui demandait Alors quoi de neuf ? parce qu'il n'y avait jamais rien de neuf dans une vie sur terre. C'est l'histoire de quelqu'un qui aimait les objets comme des amis immobiles. C'est l'histoire d'une tapette à souris qui soudain prend conscience de sa condition et décide de devenir une tapette à sourires. C'est l'histoire d'un enfant affamé qui ramasse du cacao pour faire les friandises des autres. C'est l'histoire de celui qui n'a jamais vu l'ours. C'est l'histoire d'une gigantesque ruche dans laquelle l'ultime et unique abeille pleure doucement dans le miel. C'est l'histoire d'un vieillard qui rencontre une licorne devant le container jaune du tri sélectif. C'est l'histoire d'un assassin qui sauve un escargot et puis celle d'un escargot qui sauve un assassin. C'est l'histoire d'un petit garçon qui s'assoie devant la nuit étoilée de Van Gogh et qui regarde qui regarde qui regarde. C'est l'histoire d'une bougie, sa vie son oeuvre. C'est l'histoire d'une graine qui chante en germant dans le noir. C'est l'histoire d'un grand magicien qui inventait chaque soir un nouveau tour de magie et l'oubliait à nouveau chaque matin. C'est l'histoire d'un lapin qui grignote la foudre. C'est l'histoire d'un lion qui aime une rivière. C'est une histoire sans lendemain mais pas sans tout de suite. C'est une histoire prise dans le givre et qui fond doucement sous la langue des bêtes.

12/05/2019

j'ai envie de casser le jour

Je tourne mal
je tourne court
je tourne en rond
je tourne comme du petit lait mauvais

J'ai envie de tout gâcher
j'ai envie de prendre n'importe quoi
j'ai envie d'orgueil et de bêtise

Ce petit jus d'Allez tous vous faire enculer
ce petit jus de J'en ai rien à branler
ce petit jus de Nique sa mère aujourd'hui

Plein le cul de voir avec mes yeux
plein le cul d'être coincé dans ma tête
plein le cul de gémir tiède

Ma conscience je lui chie dans les bottes
ma santé je lui chie dans les bottes
ma responsabilité je lui chie dans les bottes

je vais me défoncer
je vais te défoncer
je vais les défoncer

j'ai envie de casser un truc
j'ai envie de casser le jour
j'ai envie de casser l'amour

je vais faire un tour

12/02/2019

Les cailloux blancs

Il tape ses bottes
pleines de terre
un feu d’artifice de boue
qui fait s'envoler
 les corbeaux
mon premier poème est né
*
De là où je suis
sur la moquette épaisse
et rouge du tapis
poussière crème
vapeur du fer à repasser
m'offrent l'odeur
de l'après midi qui passe
c'est mon second poème
*
Pour arriver
à la ferme du vendredi soir
il faut chanter dans la voiture
Il y a ma mère mon frère
et George Brassens
le troisième poème
*
En Guadeloupe
sur la balançoire
un enfant mâchouille
la maison verte du Monopoly
ses quatre sœurs rient
 je voudrais lécher
 leurs rires
voilà le quatrième
*
Nous jouons
En haut des chênes
il y a toujours
un voleur
un costaud
une rebelle
un lanceur de couteau
mon cinquième poème
ne veut pas descendre
*
Dans un lit
de soleil jaune
une pierre rouge
sur la mousse verte
je bande un sixième poème
*
Au collège
nous découvrons
une pièce secrète
derrière le mur des toilettes
chaque après-midi
nous creusons à plusieurs
un trou dans la paroi
pour nous enfuir
sans jamais y parvenir
là-bas se cache encore
le septième poème
*
Le monde est un hurlement
qui sent la charogne
je décide de me taire
cette fille
lit la biographie de Baudelaire
fleur noire
du huitième poème
*
Le neuvième poème
s'enfuit dans les livres
la fumée le silence
la fenêtre
rejoindre les complices de la nuit
*
A la fin
de la manif
une rousse pose
le dixième poème
sur ma bouche
*
Il y a de vraies clartés
toutes les faims toutes les forces
en notes de musiques
en films
en pertes en gaspillages
en rires volées au chronomètre
par l'insolence du onzième poème
*
Le douzième poème
a tenue tête
à la mort
d'un enfant
d'un amour
d'un ami
*
Treizième poème
est l'amoureux
savamment
gentiment
méticuleusement
perpétuellement
éconduit
*
Mon quatorzième poème
a peur
*
Mon quinzième poème
s'en moque
*
Le seizième poème dit merde
et merci
(pour toujours)
*
La fille me donne
un autre livre
une autre vie
un autre poème
le dix-septième
*
Le dix-huitième poème
creuse un trou
pour en boucher un autre
*
Je suis né à la naissance
du dix-neuvième poème 
*
puis je suis né à nouveau
à la naissance du vingtième
*
Le vingt et unième poème
est un petit feu
qu'il faut rallumer
chaque jour
*
Tandis que
le vingt deuxième
sait bien qu'aucun feu
jamais ne dure
 *
Le vingt troisième poème
tresse l'usure de vivre
en nid d'oiseaux
 *
Parfois un enfant
se cache dans le corps d'un vieillard
qui se cache dans le sourire d'un adulte
qui se cache dans le ventre d'un chien
qui se cache dans le murmure du vent
qui se cache dans la nuit
qui se cache dans le vingt quatrième poème
 *
Le vingt cinquième poème est resté au pays 
des graines qui ne germent jamais
des moineaux qui ne savent pas voler
des bébés incapables de naître
et des mots imprononçables
 *
Demain peut être
tu inventeras le vingt sixième
*
Une vie ça fait combien
de cailloux de naissances
de pertes de mensonges
de poèmes 
***

11/27/2019

L'enfant de Pessoa


Dehors il fait doux mais j'ai froid
vous êtes là et pourtant je suis tellement loin de vous
 Il faut rire de pleurer si bêtement n'est ce pas
J'habite dans les yeux d'un chien
qui regarde le ciel
J’abrite l'enfant de Pessoa
celui qui dit J'ai envie de larme
je le connais bien cet enfant
c'est un monstre qui me sauve et me condamne
d'un même éclat morne et pointu
il me dévore 
et m'accompagne
je sais qu'il sera toujours là pour moi
et je sais aussi que je dois écraser son visage
dans votre cou

11/26/2019

Gogol second

J'ai vérifié sur Google Map
je suis chez moi
j'ai vérifié sur Google Actu
tout va bien
je ne fais rien
j'ai vérifié sur Google Earth
on dirait bien
que je suis terrien
je vais aller faire un tour sur Google Trad
histoire d'être sûr
de comprendre

11/24/2019

#3Haikus caramel beurre salé

J ai chopé la crève 
Tu me manques
Et il pleut

On est dimanche
Deux chevaux dansent
Et il pleut 

La poésie dans la valise
Expresso voluto ristretto
Et il pleut

11/22/2019

Dans ma poche

Dans la poche
J ai un briquet 
Un canif
Un silence
Un sourire 
Suivant la personne
Je dégaine

Gold days

Entre la voie ferrée
Et le fleuve
Sur une bande d'herbe encore mouillée 
Sous les platanes
Il y a trois ruches
Les abeilles reposent là
Dans les derniers rayons dorés  
D un soleil d'automne 
Plus loin il y a des trains qui partent
Des voyageurs fatigués
Et des rouleaux rouillés 
De fil barbelé 
Mais ça ne les concerne pas
Les trains qui partent 
Les voyageurs fatigués
Et les rouleaux rouillés 
De fil barbelé 
Ce n'est pas une affaire d'abeille

( en écoutant Gold days de Sparklehorse)

11/21/2019

Nous ne voulons servir à rien. Jean-Jacques Pauvert - 1947.

"Nous voulons vivre. Est-ce si difficile ? Le monde sera bientôt aux mains des polices secrètes et des directeurs de conscience. Tout sera engagé. Tout servira. Mais nous ? Nous ne voulons servir à rien. Nous ne voulons pas qu'on nous utilise. Une pluie de cendres enfouit doucement la terre sous l'ennui et la contrainte. Les hommes, un à un, rejoignent leur affectation dans les troupeaux. Nous, nous sommes les innocents du village. Nous jouons avec les filles, le soleil ou la littérature. Avec notre vie aussi, à l'occasion. Nous en ferons n'importe quoi plutôt que de la porter aux grandes machines à tout utiliser. Il est dangereux d'enlever leur part de soleil aux innocents.
Vous avez cru que les hommes n'étaient plus bons qu'à choisir leur côté de la barricade, et encore. Cherchez bien. Ne sentez-vous pas qu'il y a encore des êtres dont le bonheur n'est pas dans la servitude ? Pour qui la poésie n'est pas encore une arme ? Pour qui le merveilleux n'a pas quitté la terre ? Les jours de notre vie, nous les sentons qui passent. Heure par heure. Pour toujours. Les jours de notre vie ne vous serviront pas. Avez-vous cru vraiment que tout était réglé ? Avez-vous cru vraiment pouvoir compter sur tout ?
Cette vie menacée, cette vie sans issue, nous sommes encore quelques-uns à en sentir le prix. La vie est trop précieuse pour être utilisée."

Jean-Jacques Pauvert - 1947.

11/19/2019

Coeur bleu 💙

(c)ThoamsVinau
Tu pars dans la nuit et tu reviens dans la nuit. La tristesse ne te mérite pas. Tu n'as jamais le temps de finir ton thé. Je le bois pour toi. Je te bois avec lui. Les cœurs sont des parenthèses qui tiennent chaud. Il existe une multitude de tristesse. Un habit pour chaque jour. Nuancier de couleurs. Gamme infinie des pourritures. Richesse qui ne vaut rien. Cette écharpe qui vous étrangle ou vous réchauffe gentiment. Il y a la tristesse contemporaine et la tristesse archaïque. La tristesse pavillonnaire et la tristesse des grands buildings. Celle, stroboscopique, du samedi soir et celle, paquet de chips vide, du dimanche après midi. La tristesse mondaine et la tristesse sauvage. Celle qui serre les dents et celle mains dans les poches. La tristesse vitre de bus et la tristesse des bancs publics. Celle salle d'attente. Celle jour de solde. Celle genou saignant. Celle chien malade.  Celle du fauteuil en velours et celle du bord du canal. La tristesse à la peau chaude salée et celle aux lèvres gercées. Celle qui tape dans les murs et celle qui s'assoie par terre. Celle des souvenirs qu'on aime et celle des souvenirs qu'on n'aime pas. Celle qui s'use vite et celle qui tient doucettement le temps. Nos cœurs ne sont pas rouges, ils sont bleus. Tout te va mais rien ne te mérite. Je voudrais que tu ne sois jamais triste. Quoi que. Un petit peu. De temps en temps. Juste assez pour avoir encore cette impression magique, ce pouvoir, de te libérer d'une geôle immonde, rien qu'en te faisant sourire.

11/18/2019

festival Moi les mots - du 20 au 24 Novembre 2019 - Landivisiau


Rendez vous du 20 au 24 Novembre à Landivisiau
pour le festival Moi les mots
au programme 4 rencontres
une table ronde
et une sieste acoustique avec Bastien Lallemant 

 

11/15/2019

Il était une fois, rien qu'une fois

Il est des poèmes qui s'écrivent le soir
à côté d'un cendrier vide
que l'on s'apprête à remplir de cendre

prêts à naitre
accroupi
devant un feu éteint
sous les courbatures du silence

ils émergent
dans la maison endormie
lorsque tout le monde est parti
et qu'on reste là
aiguisé
de néant

ils surgissent
parce que les histoires ne suffisent plus
à rassembler  les souvenirs
les rêves
et les regrets éparpillés

se tracent
vite et mal
sur un cahier froissé

habités de coupures
de regards de bêtes
et de beaucoup de pluie

des poèmes sans début
ni fin
qui sont fait pour se perdre
simplement
à nos côtés

flotter
au clapotis familier
de nos défaites

au brouhaha insignifiant
de nos conquêtes

parmi nos ruines précieuses
si minutieusement
agencées

des poèmes
qui nous rendent
un instant dans la nuit
la saveur
sacrée
de tout
ce qui est voué
à disparaître

Arm - Cap Gris feat. Vîrus (Official Video)


Un petit quelque chose

 

Écrire des histoires
pour attraper
agripper
accueillir
retenir
un petit quelque chose
du monde
en soi
écrire des poèmes
pour attraper
agripper
accueillir
retenir
un petit quelque chose
de soi
dans le monde

11/12/2019

Soukouss fréro la mort

Je suis seul à mon bureau
je regarde par la fenêtre
le vent brouillon
remuer l'ombre désordonnée
des dernières feuilles d'automne
sur le vieux mur plein de soleil
la mort
pétille
dans l'or
une main fraîche
espiègle et fraternelle
frictionne
ma vie


Thoams Vinau

11/10/2019

Faim - Arthur Rimbaud

"Si j’ai du goût, ce n’est guère
Que pour la terre et les pierres.
Je déjeune toujours d’air,
De roc, de charbons, de fer.

Mes faims, tournez. Paissez, faims,
Le pré des sons.
Attirez le gai venin
Des liserons.

Mangez les cailloux qu’on brise,
Les vieilles pierres d’églises ;
Les galets des vieux déluges,
Pains semés dans les vallées grises."

Délicats et sauvages


Marcher dans les rues trempées
des petits dimanches sales
saluer la tête lourde 
de la dernière rose de novembre
qui ploie dans la rosée glacée
en chuchotant le temps passe
soyons délicats et sauvages
tout est perdu 
mais rien n'est grave
avec cette drôle de façon
de faire comme si la peine
n'était pas de la peine
longer l'abime 
et cracher dans la brume 
ravivé de froid
d'insignifiance
d'amour