9/22/2014

Lève toi et tombe



Difficile à dire s'il bruine s'il pleut ou si les cendres froides et collantes de la nuit dégringolent sur nos lumières. En tout les cas le jour est là et il nous prend dans ses mains grises.


9/21/2014

Le matin effondré est le plus beau pays que j'ai pu rencontrer

 

Dans le jardin écrasé de nuit
une cabane en coussins
s'est affaissée sous le poids
de la rosée

Parution septembre - Revue métèque -


 Revue métèque n°1 vient de paraitre
Du style, de la gueule et du fond
Merci Jean François Dalle
Advienne que pourrave !
Ravie d'en être


9/20/2014

Il n'oublie pas il perd

Le vent souffle dehors, remue sa carcasse maigre, la froisse la déplie. Il avance encore et c'est comme un petit nid de gris qui marche avec ses souvenirs. Le monde a changé. La terre a changé. Le village a changé. La rivière a changé. Et la couleur du ciel. Et le goût des plaisirs. Il est seul même au milieu des autres comme dans une file chez le poissonnier, trop près des autres, trop loin des autres. Seul avec sa peinture, seul avec sa vieillesse, chaque jour il perd un peu plus. Il n'oublie rien, il perd. Tout avale les forces qu'il n'a déjà plus. Même l'amour de sa femme qui se transforme en peur, la peur de le perdre. Même la bonté qui pousse avec puissance dans le ventre de son fils et que le monde viendra bientôt piétiner sans vergogne assoiffé qu'il est de la farce du sang. Il n'oublie pas il perd. La vieillesse n'a rien simplifié, elle a simplement rajouté de la distance entre son coeur qui brûle et le monde qui dégringole. C'était pas mieux avant, mais ce sera pire après. Il marche et il pleure. Cajole la terre blessée. Partage avec son fils. Ce n'est pas de la paix qui se déploie dans son ventre. C'est de la colère. Je voudrais lui ramasser un long bouquet de mauvaises herbes pour lui montrer que tout est toujours possible. Que la terre est encore prête à nous jouer des tours. Que les bêtes se moquent de nous. Que l'amour et la colère sont des fleurs qui poussent dans l'enfance pourrie. Que les couleurs résistent dans nos douleurs. Que demain se cache dans le sexe des femmes. Que même si la mort a le dernier mot, c'est la vie qui garde le dernier sourire.

9/19/2014

Christophe - Les Paradis Perdus - Live Deezer Session


Réfugié

Je vous cache dans ma main, dans l'encre qui chahute ma petite brasse de mots. Je vous cache dans les empreintes digitales de ma chaleur, dans mes doigts serrés, mes poings serrés, mon bras tendu et les dessins plantés dans ma peau. Je vous cache là où l'air s'enroule en tourbillon pour courir dans mes veines quand je ferme les yeux. Je vous cache dans la minuscule galaxie du fond de ma poitrine, dans les noeuds creux de mon ventre, dans le petit radeau de peau douce du bout de mon index que je frotte contre le stylo en tâtonnant les mots qui nous rapprocherons. Je vous cache dans ma bouche close, bouteille d'oxygène du voyage. Je vous cache partout où mon regard débusque la tendresse, dans la raie de lumière à travers la vitre du train, la tiédeur des rayons sur le siège, le freluquet nuages là bas tout au fond du ciel trop grand, la bardée d'oies sauvages, la foule sur le quai, les orteils serrés, un carnet abimé, un enfant et son sucre, une chanson à la con. Je vous garde bien au chaud, je vous cache dedans puis je m'y réfugie.

9/18/2014

Tenir bon


Il avait accroché un tableau au mur de son bureau. Trois fenêtres et un tableau ça ira se dit-il, je tiendrai bon. Lorsqu'il avait froid, le tableau était la couvade rouge d'un feu de bois. Lorsqu'il avait chaud, il représentait la lumière qui traverse l'épaisseur des feuillages au coeur d'une forêt. Lorsqu'on parlait trop, c'était une grotte où il pouvait se réfugier. Quand il s'ennuyait, une plage noire de la Baltique à arpenter, ou le point de jonction de la lave en fusion avec la mer froide. Ainsi, il avait toujours une nuit et une aube à laquelle se raccrocher.

( à Jean-Marie Zazzi)

9/16/2014

La fête est finie - Le Feu follet







"- Tu as l'air d'un cadavre.
- Tu n'as pas un teint de jeune fille.
- Tu as les beaux yeux... Tu choisis tes relations. Tu fais dans les gens sains. Tu revois Dubourg, ce cafard de Dubourg.
- Poli, poli...
- Et ton Américaine de cauchemar?
- Benm
-New York ?
- Oui.
- Nos amis sont extraordinaires. Ils s'imaginent que le temps les change. Ils s'agitent bêtement. Ils font n'importe quoi. Des enfants, des affaires, des bouquins... Ou ils se tuent. Ou ils deviennent mystiques comme Dubourg.
- La fête est finie.
- Ils parlent de sincérité, les salauds ! Et ils se jettent dans leurs basses besognes.
- Et toi ?
- Moi?
- Abandonnée, ruinée... Entièrement ravagée, inaltérable... Je ne bouge pas. Je ne cherche pas à comprendre. Je ne crois plus qu'au sommeil.
- Tu as changé. Tu travailles.
- La peinture est ma seule faiblesse.
- La seule ?
- Et Carla ? Où est-elle ?
- Elle s'est tuée. L'année dernière, en voiture. Avec un imbécile.
- C'est absurde.
- Si tu veux, tu peux rester ici.
- Merci, je pars. Je suis venu te dire au revoir.
- Toi aussi ?"

- Le feu follet -

9/15/2014

Code couleur



Les résistances
des circuits imprimés
ont un code couleur
les musées également
les programmations informatiques
les mines crafts
et même les dentifrices
ont un code couleur
en fait nous n'en savons rien
mais tout a un code couleur
 le ciel la peine la mort les frites
les ailes de chouettes
les nuques des filles
même la nuit
surtout la nuit

Une noix - Charles Trenet (1969)

9/14/2014

Et vie danse

Chaque jour passé
est un jour perdu
c'est d'une banale évidence
et pourtant lorsqu'on y pense
nous pourrions encore y perdre
quelques jours de plus

La Part des nuages - Chronique - Le salon Littéraire


"Troisième roman de Thomas Vinau (après le très remarqué Ici ça va ), mais cinquième livre chez Alma (sans parler des recueils de poésie), cette part des nuages est tout aussi aérée que les précédentes fusées scintillantes que notre héraut des temps (dé)passés laisse exploser en plein ciel pour nous réveiller, pauvres lecteurs assommés par le consensus culturel qui régit cette morne plaine ici-bas, rentrée totalement cinglée aux plus de six cents romans, non mais vous vous rendez compte ? Tenez vous bien (tenez vous mieux, je vous prie !), on bat des records de production quand en même temps on nous bassine avec la crise, le pouvoir d’achat, le ceci et le cela qui manque, ces fameux trois sous pour faire un franc, pardon, un euro, alors six cent romans, non mais pour qui nous prend-on ?! Aussi bien le chroniqueur que le lecteur ? Des enfants de Panurge ? Moutons bêlants de stupide paresse (intellectuelle, entre autre chose) qui iront bailler leur ennui sur les feuilles noircies par la diarrhée nothombesque ou le nombrilisme angotien, que sais-je encore comme niaiseries quand, à-côté, mais pas loin du tout, juste là, tout près de vous, sur un coin de table d’un libraire kamikaze qui aura préféré un éditeur indépendant à une multinationale qui vend aussi des canons, pour déposer sur son étal des livres, des vrais, réalisés avec soin, et votre main, de suite, sentira la différence, cette couverture rainée, votre nez saisira au vol l’odeur de la colle, vos yeux s’illumineront de la police taquine, du logo animal et votre esprit se nourrira goulument d’un texte décalé, surprenant, enjoué, délirant, humaniste, candide et placébo : il a l’allure d’un médicament de l’âme mais c’est plus qu’un baume qui cautérise les bobos nerveux, les angoisses matutinales, les crises de désespoir, les yeux rouges et le ventre qui pique ; c’est un petit bijou, ouvrez-le, asseyez-vous dans un coin, oubliez les autres. Lisez.

Le grand paon de nuit reste sur son pied de chaise. Au ralenti. Comme Joseph sur la sienne. Au ralenti. Pas d’ouverture à l’horizon. Pas de respiration de secours. Attendre d’atteindre le printemps. Il faudrait entailler le printemps. Il faudrait entailler les nuages. Tailler une brèche dans le ciel. Une issue de secours. Un endroit par où filer en douce.

Joseph, 37 printemps, tente de ne pas chavirer quand la mère de l’enfant s’en va puis l’enfant à son tour. Grandes vacances en solitaire, que faire ? Farniente, bilan du temps passé, projection de ses rêves ou mieux encore, regarder autour de soi ? Les autres, ces fameux Autres dont d’infimes détails peuvent nous les rendre sympathiques, attachants… Il y a Robin, il y a Odile, il y a tout le monde, et chacun leur tour, un rôle leur sera attribué dans cette grande farandole de la vie…
Un roman à décapsuler pour libérer cette oxygène qui nous fait tant défaut : la complicité. Ce petit lien invisible qui se tisse dans un regard, un geste anodin, une seconde d’entente parfaite qui peut alors illuminer toute une journée. Trois fois rien pour autant de plaisir… pourquoi s’en priver ?"

François Xavier
 Le Salon Littéraire

Thomas Vinau, La part des nuages, Alma éditeur, septembre 2014, 15 p. – 16,00 €

Un grand merci à François Xavier pour cette charmante chronique !

9/13/2014

La vie entrebâillée

Au revoir docteur et merci
en deux temps trois mouvements
nous retournons dans le couloir
ta main dans la mienne
et la blouse blanche s'éloigne
Dans le bureau vide
à travers la porte entrebâillée
reste tout là bas sur l'écran
un haricot avec des mains
premier portrait d'enfant

Un poète pense, un ange passe

9/12/2014

Se laisser berner

Début septembre
têtes rentrées
épaules baissées
les tournesols
font moins les malins
chaque années
la même chose
amoureux éconduit
courtisant le soleil
donne graines de chagrin
( avec oligo-éléments)

9/11/2014

Smile Room


Un mot pour chaque chant, un chant pour chaque mot


L'aigle glapit, trompette.
L'alouette grisolle, tire-lire, turlutte.
La bécasse croûle.
La buse piaule.
Le butor butit.
La caille carcaille, courcaille, margotte.
Le canard cancane, canquette, nasille.
La chouette chuinte, hioque, hole, hue,(h)ulule.
La cigogne craquette, glottore.
La colombe roucoule.
Le coq chante, coqueline, coquerique.
Le coq de bruyère dodeldire.
Le corbeau coraille, croaille, croasse, graille.
La corneille babille, corbine, craille, criaille, graille.
Le coucou coucoue, coucoule.
Le cygne drense, drensite, siffle, trompette.
Le dindon glouglotte, glougloutte.
L'épervier glapit, piale, tiraille.
L'étourneau pisote.
Le faisan criaille, glapit, piaille.
Le faucon huit, réclame.
La fauvette zinzinule.
Le geai cageole, cajacte, cajole, cocarde, frigulote, fringote, gajole.
La gélinotte glousse.
Le goéland pleure, raille.
La grue craque, glapit, trompette.
Le hibou bouboule, bubule, hue, (h)ulule, miaule, tutube.
L'hirondelle gazouille.
La huppe pupule, pupute.
Le jars cagnarde, jargonne.
Le manchot brait.
Le merle appelle, babille, flûte, siffle.
La mésange zinzinule.
Le milan huit.
Le moineau chuchete, chuchote, pépie.
L'œdicnème crie.
L'oie cacarde, crialle, siffle.
Le paon braille, criaille.
La perdrix brourit, cacabe, glousse, pirouitte, rappelle.
Le perroquet cause, jase, parle, piaille, siffle.
La perruche jacasse, siffle.
Le pic jacasse, pleupleute.
La pie agasse, bavarde, jacasse, jase.
Le pigeon caracoule, jabotte, roucoule.
Le pinson fringote, ramage, siffle.
La pintade criaille.
La poule caquette, cocaille, coclore, codeque, coucasse, crettelle, glousse.
Le poussin piaille, piaule.
Le rossignol chante, gringotte, quiritte, trille.
La sarcelle truffle.
Le serin ramage, trille.
La tourterelle gémit...

9/10/2014

Et je froisse la viande de ce qui me sépare de toi

Tout ce temps
perdu
posé devant soit
comme un cafard
dans une boîte en bois
Tout ce temps
perdu
Quel age j'ai déjà ?
tableau excel
et prévisionnel
sur six mois
Aujourd'hui n'existera
plus jamais
Nous aurions pû
en faire quelque chose
je suppose
Nous aurions pû
aller au fond
de la rivière
briller
avec les pierres
Le courant continu
sans nous
Penses-tu que l'eau
finira de couler ?

9/09/2014

Commentaires

Chers lecteurs, ce blog a quelques problèmes avec les commentaires assaillies de spam. C'est pour cela que je les modère et refuse les anonymes pour le moment... à suivre, mais que ça n'empêche pas le partage...

Lecture préhistorique à Gravière


Dimanche 07 Septembre, invité par Sébastien Joanniez, j'ai essayé au merveilleux festival Essayage, entre la pierre, la forêt et la rivière, ma première lecture préhistorique. Que tous les intervenants de ce bel évènement vivant et littéraire ainsi que tout le public attentif et bienveillant soient ici remerciés ! (et merci à Marina P pour les photos et le voyage)


9/08/2014

Les lueurs

 

Nous serons les lueurs 
de notre propre nuit
Le monde brûlera
en laissant dans nos bouches
son drôle de goût
de supernova

9/06/2014

Une bouteille à la mer

Au bord d'une plage grise
une bouteille coquillée
et sans âge
va et vient dans l'écume
quelqu'un la ramasse
qui ne cherchait rien
et trouve à l'intérieur
 sur un vieux parchemin
un message
TOUT VA BIEN.

9/05/2014

Je suis un suscitateur. Francis Ponge



"Je suis un suscitateur
Je m’aperçois d’une chose : au fond ce que j’aime, ce qui me touche, c’est la beauté non reconnue, c’est la faiblesse d’arguments, c’est la modestie.
Ceux qui n’ont pas la parole, c’est à ceux-là que je veux la donner.
Voilà où ma position politique et ma position esthétique se rejoignent.
Rabaisser les puissants m’intéresse moins que glorifier les humbles.
Les humbles : le galet, l’ouvrier, la crevette, le tronc d’arbre et tout le monde inanimé, tout ce qui ne parle pas…
Je suis un suscitateur."

Francis Ponge

9/03/2014

Ce que j'en sais

J'aurais voulu cueillir
un poème
comme une mûre trop chaude
Glaner renifler un mot
du bout de mon trop gros museau
qui traine ses pieds dans le jour
Mais la poésie
n'est pas qu'un fruit mûre
à récolter dans le ciel bleu
d'une main distraite
ni la fleur de croute
qui tombe de la plaie
ni le rire du vide
ni la pirouette des Dieu
Je ne sais pas trop ce qu'elle est
d'ailleurs
la poésie
Heureusement pour moi
Par contre je sais
qu'il suffit d'essayer
de ressentir
la quantité infinie
de douleur
contenue dans un seul instant
en un seul point
de l'univers
pour devenir fou à pleurer
et triste à en hurler de rire