4/04/2020

Christophe - Succès fou (Clip Officiel) ft. Nusky & Vaati


Les oiseaux - Carnet de semis

Oiseaux à l'assaut du jour
la lumière ricoche là dessus
et tout l'espace se remplit
de l'éclat de leurs cris
à tel point que 
couchés dans l'obscurité
on pourrait croire
que ce sont eux 
qui organisent le monde
ramassent les poubelles
nettoient la rue
ouvrent les rideaux des magasins
font la circulation
vont à l'école et au turbin 
aux rendez-vous 
aux réunions
s'embrassent
s'engueulent
 rigolent
et vivent

4/01/2020

Carnet de semis

Pour l'instant
(30 Mars 2020)
nous avons planté
radis
persil
origan
basilic
menthe
pépins de pomme
pépins de melon
pépins de citron
patates
céleri
fraises
roses trémières
points de suspension
*
(...)

3/31/2020

Carnet de semis

Il faut planter
tout ce qu'il y a à planter
nettoyer
arroser
cajoler
patienter
tout ce qu'il y a à
nettoyer
arroser
cajoler
patienter
il faut apprendre
tout ce qu'il y a à apprendre
pour comprendre
comment les choses
parviennent à naître
à grandir
à exister
et à survivre
*
(...)

3/30/2020

Mac Miller - Good News


Carnet de semis

Dehors le monde pousse
dedans aussi
*
Chaque soir
à vingt heures
dire merci
devient un jeu
dont on est fier
c'est assez rare
que dire merci
devienne un jeu
dont on est fier

*
(...)





3/29/2020

Carnet de semis

 

Deux pies se chicanent le ciel
On a retrouvé des graines
vieilles de huit cent ans
dans une jarre enterrée
on les a planté et elles ont poussé
pour donner des courges géantes
l'aube a une peau de pêche grise
je refuse le changement d'heure
je refuse vos défis facebook à la con
je refuse Laurent Ruquier
j'ai le nez bouché
alors j'ai rêvé que j'étouffais du coronavirus
les renards ou les coyotes qui sautent
les deux pattes en l'air serrées sur leurs proies
on dit qu'ils mulotent
la nuit m'a muloté la gueule
le jour me chicane le ciel
je refuse le décompte
je refuse de ne plus avoir de café
je refuse les informations yahoo mail
je vais me moucher et ça va chier
je vais lui muloter la gueule à aujourd'hui
je vais lui chicaner le ciel
je vais le gober comme une pêche au sirop
une pêche grise
au nez bouché
une pêche grise de courge géante
vieille de huit cent ans
qu'on a déterré
et qui va pousser
qui va boire du picon sur son balcon
qui va débroussailler sa mère
qui va courir en rond
et acheter trois tonnes de patates
y'a plus de dimanche
y'a plus de lundi
y'a plus que des semis
des picons des pollens
et des dessins d'enfants
et des rêves obsédants
et des rêves obsédants
et des rêves obsédants



3/26/2020

Fin de saison - Thomas Vinau


"Qu'est ce qu'un catakit ? Quelle est la différence entre un bon vivant et un bon survivant ? Qu'est ce qui nous tient quand tout s'écroule ? Comment se tenir debout alors qu'on est déjà à moitié couché ? Quelle est la différence entre une cave et une tombe ? Peut-on s'hydrater avec de l'eau de vie ? Quelle est la valeur nutritionnelle d'un rêve ? Peut-on se sauver en se sauvant ? C'est quoi cette sale odeur ? Les lapins sentent-ils venir la mort ? De quelle couleur est la fin du monde ? Victor ne s'est jamais posé ces questions et de toute façon, il n'a jamais trop aimé les réponses..."


Il devait paraître en mai... Je ne sais pas quand il paraîtra, mai sil paraîtra

3/23/2020

Carnet de semis

(...)

Parfois on se sourit en silence
avec ce sourire qui veut dire pardon
avec ce sourire qui veut dire peut être
avec ce sourire qui veut dire tant pis
avec ce sourire qui veut dire je sais
moi aussi
(...)

3/22/2020

Le monde d'après - Radio Nova - extrait Fin de saison

"Depuis sa ville de Pertuis (Vaucluse), il nous offre aujourd’hui lecture d’un passage de son livre à paraître, Fin de saison, annoncé pour mai chez Gallimard, pour lequel ce disciple de Richard Brautigan remercie Science et Vie Junior, Kafka, Bukowski et Pink Floyd, et que son attachée de presse situe quelque part entre le roman post-apocalyptique de Robert Merle, Malevil, et le beau drame rural et familial mis en scène par Jeff Nichols, Take Shelter. Hâte."

Épisode 2 - Thomas Vinau : « Demain, on empale les gourous »

"Ils disent que l’oiseau fou, qui du bec contre la vitre cogne par-delà les saisons, jamais ne reviendra.


Mardi 22 mars
Sainte Léa
Ils disent que l’oiseau fou, qui du bec contre la vitre cogne par-delà les saisons, jamais ne reviendra. Ils parlent comme d’une chose passée des charrettes nous conduisant aux fiançailles des moissons. Enfin d’un haussement d’épaules ils effacent des pans entiers d’un paysage qui tremble. Vrai, il en faudrait peu pour que la fragilité du jour soudain cède sous l’arrogance de leur langage.
Cependant vient un soir où se retrouvent devant l’âtre une poignée d’hommes calmes au regard décidé. L’un d’entre eux porte à la ceinture les clefs de la patience ; un autre, du courage connaît les moindres contours aussi la fureur qu’il faut au busard pour tenir tête au ciel. Tous s’entendent sur la manière la plus juste de rendre à l’aube sa part de rêve. Dehors déjà des chevaux s’ébrouent, clabaude la meute des chiens, une compagnie de perdrix rouges quitte le gîte.
Ainsi bientôt suffira-t-il de tourner légèrement la tête et nous n’apercevrons plus rien de ceux-là même qui niaient l’oiseau, les moissons et tout ce qui, partout alentour, espère et tremble. Un jour nouveau, plus solide que l’airain, aura usé jusqu’à leur image.

Pierre Autin-Grenier, Les Radis bleus, © éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2018.
Illustration de couverture par Georges Rubel
https://www.dessertdelune.be/pierre-autin-grenier.html

Zoufris Maracas - Mon ami mon frère (Live au Théâtre de la Mer)

Carnet de semis

(...)
J'ai fait soixante fois le tour de la maison
en courant le plus vite possible
pendant ce temps
les moineaux se lavent
dans la poussière
(...)

carnet de semis

3/20/2020

Une salle d'attente avec des chants d'oiseaux

Il y a ce moment
dans la salle d'attente
du médecin ou de l'hôpital
lorsque le temps reste suspendu
que chacun est à la même enseigne
quelque soit âge classe sexe couleur
ce moment de silence un peu moite
à la fois confortable et insupportable
où l'on tente d'occuper l'enfant
de tenir la bête dans notre tête
de patienter avec posé sur un genou
l'irréductible angoisse de la mort
et sur l'autre un magazine d'actualités futiles
et bien voilà nous y sommes
le monde est devenu ce moment

Thomas Vinau "Dans la plaine grise"

3/18/2020

Thomas Vinau, "C'est un beau jour pour ne pas mourir"

Lee Hazlewood - If It's Monday Morning

Carnet de semis

Ruine-de-Rome (c)Vinau

(...)

Les tortues sortent d'hibernation
au moment où nous commençons la nôtre
*
Grandes tartines de beurre de miel et de chants d'oiseaux
*
Il faut planter des radis
planter des radis
planter des radis
*
J'ai décidé de ne plus utiliser le mot que tout le monde utilise
je l'aimais bien ce mot
son jeu 
son paradoxe
son confort
tant pis
tandis que d'autres l'élèvent en batterie
 je lui rends sa liberté
*
Y'aura t-il assez de Ruine-de-Rome 
pour recouvrir le monde ?
*
Ne pas compter les jours
les peurs 
les pertes
les pâtes
 ne pas compter
*
Prendre soin
c'est étrange comme expression prendre soin
parce que prendre soin c'est plutôt donner soin
donner soin
*
Le temps se déplie dans la lumière
*
Qui veut un jus de citron?
*
Avant les jardiniers et les paysans
tenaient un carnet de semis
pour se souvenir d'une année l'autre
les germinations les plantations les semis les récoltes
les pluies les lunes
les bonnes surprises et les mauvaises années
qu'il en soit ainsi

(...)

3/13/2020

Post - it

Ma chérie
je pense qu'on est pas mal pour les courses
j'ai juste oublié une ou deux choses
si tu peux avant de récupérer les enfants
pense à prendre des mouchoirs en papier
du thé Earl grey quelques boîtes pour le chien
et des balles de 9 millimètres à tête creuse
bisous bisous


Thoams

3/05/2020

J'ai marché dans Lille


J'ai marché dans Lille
dans Lille sous la pluie
dans les rues de la ville
la ville sous la pluie
sur les pavés qui brillent
qui brillent sous la pluie

j'ai pensé à Pirotte
et à Jérôme Leroy
les gens parlaient des langues
que je ne connais pas
les parapluies dansaient
et les clochards riaient
sous les vitrines obèses
et les statues dorées
sur les pavés qui brillent
qui brillent sous la pluie

tout à l'heure je lirai
des poèmes à des prisonniers
et puis j'irais chercher des cadeaux 
sans jamais les trouver
ce qui revient un peu au même
je boirai du vin blanc
et la nuit tombera
comme tombe la pluie
sur les pavés qui brillent
qui brillent sous la pluie
dans les rues de la ville
la ville sous la pluie

Prelude and Fugue: No. 8 in E-Flat Minor, BWV 853

La vie m'a traversé

Soleil se lève sur la Durance. Des saumons roses bleus oranges remontent l'horizon. Ce matin tu t'es levée pour m'embrasser avant mon départ (et me proposer un masque anti virus) je t'ai vu surgir de la maison endormie, les cheveux défaits, encore sculptée par le sommeil, fatiguée mais apaisée, et la vie m'a traversée. La vie m'a traversé comme dans les histoires que l'on raconte sur les derniers instants avant de mourir lorsque repasse le film de son existence. Ou comme quand le meilleur copain dans les mariages vous a préparé un montage photos de derrière les fagots avec le minot aux dents cassés, l'ado grassouillet, le fêtard aux cheveux sales, la rencontre, les vacances à deux et tutti quanti. La vie m'a traversé et je nous ai vu successivement jeunes, beaux, souples, inconscients ou inquiets, usés ou heureux, effrayés ou confiants, les yeux gonflés d excès ou de la peinture sur le front, à la maternité ou à un enterrement. Oui la vie m'a traversé, nos vies, notre vie en un éclair, en un éclat, sans mots et en milles mots, sans images et dans une fresque fabuleuse, en me tapant sur l'épaule ou en me prenant dans ses bras et puis en me laissant finalement la seconde suivante comme un astronaute abandonné dans l'obscurité infinie de la galaxie. La vie m'a traversé elle a dit regardes tu mourras aujourd'hui ou dans cent ans peu importe, tu perdras tout ça, tu auras eu tout ça. La vie m'a traversé, j'ai aimé ça. J'ai fini mon café et puis je suis parti, le jour était là.