samedi 28 janvier 2012

La toilette

L'eau est coupée depuis deux jours. Bidons. Bassines. Bouteilles. En février c'est un peu chiant le gant sous les bras. Le seau dans les toilettes. Et puis ce matin, les yeux gonflés de sommeil, j'ai marché dans un tableau de Watteau ou de Bonnard. Casserole d'eau chaude. Buée de l'eau brûlante dans le jour qui se lève. La toilette d'un chat devant Toulouse-Lautrec. Tu étais belle.

jeudi 26 janvier 2012

Polaroid - Missives - France Culture


















"Écouter voir... Et si l'image pouvait lentement sortir du poste, comme développée par une description sonore. Tous à vos révélateurs." Diffusé au cours de l'émission Pas la peine de crier, de France Culture c'est le Polaroid de la dame qui connait le langage de l'eau. Marie Richeux me fait à nouveau le plaisir de lire une de mes missives . Et c'est doux.

mardi 24 janvier 2012

Guillevic ou l'épaisseur des choses

                                                           

La plage noire

La plage est noire. Le sable ravaudé par l'eau ressemble à des miettes de fer. La lune brille par dessus tout ça. Ce qui produit à perte de vue une impression étrange de moires étincelantes. C'est sombre mais les yeux plissent. La peau aussi se rétracte, comme les paupières, à cause du vent et du sel. De la lame du sable qui s'aiguise. Les gens viennent en procession sur la plage. Ils viennent de tout le pays voir de leurs propres yeux l'horreur du présage. Ils viennent avec des sauts, des pelles, des couvertures. Ils viennent lutter mais ça ne sert à rien. Chaque année c'est la même chose. Personne ne sait pourquoi. Chacun sait qu'ils le payeront. Les remugles de viandes mortes dominent à présent le sel et l'iode. Aux reflets du sable sombre, viennent se rajouter les éclairs métalliques que les rayons du soleil tambourinent sur les mètres cube de peaux argentées des bêtes agonisantes. Ici des centaines de baleines viennent s'échouer tous les ans sans qu'on sache pourquoi. Tintamarre de reflets éclatants et d'odeurs de mort.

lundi 23 janvier 2012

Penser à son avenir
















Photo de Ivan TERESTCHENKO, New York dans les années 90
(merci Ivan)

Réorientation

D'accord, je te l'accorde, il m'en aura fallu du temps. Trente ans. Et tant, presque autant, de tentatives. Des coups dans l'eau. Des coups du sort. Des coups sûrs. Des coussins aussi. Heureusement des coussins. Je n'y ai certes pas mis tout mon coeur. Au début j'ai traîné des pieds. J'ai fais des détours. Et encore heureux ma foi, vue ce à quoi on me destinait. Et puis j'ai nié. Et puis j'ai ramé. Pour m'y remettre. Et puis Pôle emploi. Stages de formation. Contrats de réinsertion. Deux trois autres trucs en on. Et puis chômage. Rmi. Deux trois autres trucs en I. Mais maintenant j'ai trouvé ! Plus d'inquiétude maman-mamie. Fini les Qu'est ce qu'on va faire de toi. Fini les Pense à ton avenir. J'ai trouvé mon métier. J'ai trouvé un moyen de devenir. Je suis inventeur de fautes d'orthographe.

samedi 21 janvier 2012

Le moyen Duc


















(Cliquez dessus pour lire)
extrait de Oiseaux, Atlas Illustré, Grund, 1972

Au coeur de la cible

Les oiseaux
sont des lanceurs
de couteaux
Leurs lames
de verre
se plantent
dans la lumière

vendredi 20 janvier 2012

Doe a dear


















Doe a dear, Laura Makabresku

De ce qui est puissant et de ce qui n'est rien

Dans ma main
humide et sale
une poignée
grouillante
de lombrics
épais
se tortille
je me sens
puissant
solide
face à eux
je pourrais
les broyer
les jeter
les ignorer
les planter
au bout d'une ligne
ou m'en servir
pour faire peur
aux femmes
et faire rire
les enfants
ou les laisser
à leur travail
qui est tout de même
de rendre
la pourriture
fertile
C'est pas rien
et je me sens
puissant
solide
avec ces vers
plein de terre
dans ma main
Nous sommes
comme eux
Nous sommes
plus qu'eux
Nous sommes
ensembles
et Dieu
est un corbeau
qui a faim

jeudi 19 janvier 2012

L'effacement saisissant

















 Dans BOUMBANG, Monsieur Flash rapproche mes poèmes des peintures de Carole Brémaud. L'occasion de découvrir ce magazine en ligne, de profiter du beau travail de cette peintre et du plaisir des rencontres fortuites.

Laisser fondre

Fendre trois bûches. Lire Une vie ordinaire. Partager ton marbré avec les moineaux. Traverser la ville les mains dans les poches. Appeler mon frère. Faire craquer les flaques gelées. Laisser fondre la glace. Ne pas se recoiffer. Enfoncer son doigt dans la manche trouée du pull. Boire un café très chaud et un verre d'eau très froide. Penser que la lumière du jour est un hamac tendu entre hier et demain. L'essayer.

The cold song

mercredi 18 janvier 2012

Point de vue



















"C'est le point de vue qui fait l'objet. "
Max Weber

L'explosion

Il prend un malin plaisir à casser, jeter, exploser ses nouveaux jouets. Ses cadeaux de Noël. D'abord ça m'énerve. Je le gronde un peu. Fait chier c'est tout neuf. Et puis je voudrais arriver à finir de construire la ferme des animaux avant qu'il massacre l'écurie. Au final je joue avec sérieux. Au premier degré. Alors que lui s'amuse sans jouet. Dans leur destruction. Bien évidement c'est lui qui a raison. C'est lui qui s'amuse. En transformant. En détruisant. Et moi, rigide, qui achève de mettre les fausses carottes dans le faux panier. C'est bien lui le plus près du petit désordre coloré qu'est la vie. Quelques jours plus tard, j'achève dans le jardin une chaise en bois qui vient de casser. Je la finis de toutes mes forces. Je l'explose dans la nuit. C'est bon.

Jacques Higelin. Parc Montsouris

mardi 17 janvier 2012

Correspondance horizontale

À la télé, Laurence Parisot parle de gagnant gagnant. Je vais faire une crotte pleine de conviction.

La délicatesse

Chaque Matin - Chroniques

 "On n'est jamais déçu avec les publications de ce jeune poète prolifique désormais bien connu après des dizaines de parutions en revues et une bonne vingtaine de plaquettes en 5 ans. Son nouveau livre est magnifiquement édité par Vincent Rougier dans sa célèbre collection Ficelle, avec des illustrations de Dominique Mac Avoy. Le contenu déroule des poèmes en prose dont le fil conducteur est la référence permanente à la lumière, lumière matinale surtout, peinant à dissiper les moments troubles du petit matin. « L'ombre et la lumière avaient commencé leur petit jeu depuis longtemps », à la fois dans l'espace intime et dans la ville engourdie. « La lumière murmure un nouveau jour à travers les vitres », ce jour qui peine à se lever alors que « Le soleil tient son carnet de bord dans les ombres des arbres ». La fine observation des gens de la rue et l'attention permanente aux menues choses du quotidien font penser à l'univers de François de Cornière, mais surtout à Jean-Claude Martin dans l'expression nerveuse et saccadée. Les poèmes de Thomas Vinau se découvrent comme des instantanés photographiques dans lesquels l'émotion est toujours aux aguets." George Cathalo
Revue Texture 
(Merci à George Cathalo pour cette belle lecture)
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Un livre au couteau, Sur le blog de MARTIN PAGE 
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dimanche 15 janvier 2012

Le chant de notre ignorance

"La poésie est dans la rue, dans le ruisseau, elle est tout à fait dénuée de hiérarchie, elle ne sait pas. Elle ne sait rien. Elle est le chant de notre ignorance. Elle ne connaît pas son homme, ni ses amours, ni ses idées politiques, ni ses ambitions sociales. Elle est ce qui est toujours là, dans nos jours et nos nuits difficiles ..."
Georges Perros, Papiers collés II, Gallimard.