Des secondes comme des gouttes rouges sur son front. La douleur dans ses mâchoires. La complainte perpétuelle des moteurs au loin. Le moindre bruit. La chaleur sèche de la nuit. Les minutes rouges du réveil qui lui clignotent dans le crane. Une nuit qui rampe. Sans repos. Une nuit de noeuds qui n'en finit pas de coincer. Il a vu l'aube pisseuse se pointer pas à pas. Ses dents lui font mal à force de grincer et puis il s'est mordu la langue. La pâleur électrique du jour n'a rien arrangé. Impossible de fermer l'oeil au moindre brin de lumière. Il se lève fracassé. En miettes. Avec la marque bistre d'un rêve ignoble sur le front. La trace grise d'une nuit blanche au bord des pupilles. Il se lève et c'est la colère et l'amertume qui le tiennent droit. Cette impression que quelque chose cloche. Putain de jour ! Café pétrole. Fenêtre froide. Il jette ses yeux au loin comme on crache dehors. Le matin est sordide avec à l'horizon ce truc étrange qui accroche son regard. Il fixe le peu d'attention qu'il lui reste sur cette plaie bizarre au fond de l'azur délavé. Il distingue un trou noir. Des canines. des molaires. le ciel est une bouche immense pleine de dents.
Le problème dans la métamorphose ce n'est pas que GregorSamsa se transforme en bousier mais qu'il se demande ainsi transformé comment faire pour aller bosser
Sur la grande route aux peupliers La rouille du Massey Ferguson et l'élégance anachronique d'un paysou au bonnet rouge qui tient derrière lui en respect une longue file belliqueuse de travailleurs pressés
Je suis pauvre des autres. Je suis vide. Je suis blanc. Je n’ai plus d’histoire. Il me manque trois doigts et une vie. Il me manque une langue. Le vieux taille un os. J’observe la minutie de ses gestes. De ses doigts. Je regarde l’angle et la courbe des entailles. La pointe de la lame. Les copeaux blancs qui forment comme un petit tas de souvenirs à ses pieds. Le gris de ce blanc sur l’autre blanc. La crasse de certains blancs. Peut être mes mains se souviennent-elles de quelque chose. Peut être mes pieds ou mon ventre. Ma langue ne sert à rien ici. S’il le fallait pour survivre, nous pourrions la manger.
(extrait de Blanc, projet en cours, titre provisoire)