12/18/2014

Quelque chose brûle

Dans la blancheur informe
de la brume
les arbres sont comme
des bouffées de fumée
grises
et lourdes
soufflées par les naseaux
de la terre couchée

Quelque chose brûle
sans chaleur ni lumière

Nous avançons coriaces
mutiques
le pas lourd
de noirceur trempée
en jetant des mots secs
pour nourrir les corbeaux

Nous sommes nos propres lueurs
Nous sommes nos astres
et nos désastres

Nous n'allons nulle part
nous mettrons le temps qu'il faut

12/15/2014

La part des nuages - Le Temps des libraires - France culture

Ce lundi 15 Déc à 10h50 dans le Temps des libraires sur France culture Philippe Honoré de la Librairie Honoré à Champigny-sur-Marne me fait la gentillesse de présenter La Part des nuages. Un grand merci complice !

12/14/2014

Pousse dans la nuit trop longue

Pousse dans la nuit trop longue
de sales histoires
de loup et  de neige
Pousse dans la nuit trop longue
ta brouette
de plumes ensanglantées
de merde
Pousse dans la nuit trop longue
 la distance
entre nos deux yeux
éloignement des continents
Pousse dans la nuit trop longue
le désert
d'une chambre vide
Pousse dans la nuit trop longue
les noeuds qui poussent comme des cheveux
serpents intimes
Pousse dans la nuit trop longue
le prénom des absents
est un arbre qui grandit dans la nuit

Pousse dans la nuit trop longue
la respiration des enfants
et des bêtes
Pousse ta boule pousse bousier
ta boule bouse de nuit trop longue
ton nid dedans


Pour mes Bluesmen Picards du Moulin des Loups

12/13/2014

parution - La moitié du fourbi - en février 2015


De l'air frais en février. Une belle nouvelle revue arrive. Exploration, souscription, et description ici : La moitié du fourbi

Gant de toilette

le vent qui joue tout doux
avec le feu du jour
fait danser l'ombre
des feuilles de platane
sur le mur immobile
chevilles nues
 nuisette transparente
longs battements de cils blancs
la lumière en petite tenue
débarbouille ma peine


12/12/2014

Ce qu'il reste

Ce qu'il reste
de la vie
sur une photo
c'est la lumière
qui le laisse
n'est ce pas ?

comme la couleur
des souvenirs
dans l'album
qu'on garde
au fond de soi

(à Philippe, Claire et leurs enfants ce 12 décembre 2014)
avec tendresse et peine

Charité bien ordonnée

Aujourd'hui nous avons donné
charité bien ordonnée
une part de chaleur
aux souris
elles ont étés dures en affaire
crottes sèches
contre galettes de riz
ce ne sera pas
tous les jours aussi doux
mais je n'aime pas tuer au réveil
et l'hiver est toujours plus long
à accueillir qu'à achever

12/11/2014

Ultime turbine

Engourdi frissonnant
tout englué
dans les cendres
froides du ciel
étourdi vacillant
son cri d'oiseau paumé
plumes glaires
sang au cul
dans l'indifférence figée
de l'hiver
un cri
c'est parfois
tout ce qu'il reste
pour se réchauffer


12/10/2014

Tout le monde est Stig Dagerman


Pauvre glandu perdu
qui cherche à se réfugier
dans le sexe d'une femme
comme un enfant trop seul
au fond de sa cabane

12/08/2014

Il reste une graine dans ta croûte

Ce gros dur qui dans le train raconte et mime comment il a broyé la tête d'un type à coups de portière en faisant les même bruitages que tous les petits garçons du monde ....

André Dhôtel



12/07/2014

le nid

À coups de bec contre l'hiver
le nid d'amour et de mort
tissé par la mère

Remplisseurs de latrines



 "Vois, nombreux sont ceux qui pourraient s'intituler de simples tubes digestifs, des producteurs de fumier, des remplisseurs de latrines, car ils n'ont point d'autre emploi en ce monde ; ils ne mettent en pratique aucunes vertus, rien ne reste d'eux que des latrines pleines."
Léonard de Vinci, les carnets

12/05/2014

Je suis du pays d'où je ne viens pas

Des bêtes et du ciel
se disputaient les traits
de son visage
Ses mains appartenaient aux pierres
sa voix aux arbres
son regard par contre
ne tenait de personne
et surtout
de nulle part

12/04/2014

Annulation rencontre 6 décembre - Librairie Préambules - Cassis

Pour des raisons personnelles je me trouve dans l'obligation d'annuler ma rencontre en librairie du  6 décembre prochain à la librairie Préambules de Cassis. Je le déplore, vous prie et les prie de m'excuser pour cette partie remise ...

Sur la route


 Chaque nuit la nuit nous passe dessus
Chaque jour le jour à toute allure
Rouleau compresseur de lumière
ça occupe toute une vie
de se faire aplatir comme un hérisson
sur la route entre deux étoiles

12/02/2014

Tu sens la feuille morte



Tu sens la feuille morte
pis t'as le sourire froissé
couleur ankylosée
le starter défectueux
le givre envahissant
la récalcitrance mal taillée
Tu te laisse pousser l'automne
t'es beau comme un matin
qui ne veut pas se lever

11/30/2014

11/29/2014

La légion invisible ou le vengeur démasqué (Pour Pierre Autin-Grenier)




La légion invisible ou le vengeur démasqué (Pour Pierre Autin-Grenier)
J'ai d'abord découvert Pierre par ses livres. Par ses mots (Il y a bien une forme de justice finalement). je ne sais plus vraiment où. Je crois que j'ai dû tomber sur Toute une vie bien ratée ou sur L'éternité est inutile chez Sauramps ou à la Fnac de Montpellier quand j'étais étudiant, à moins que ce ne soit dans une revue dénichée à la Comédie du livre peut être Salmigondis ou Décharges ... Les plus belles rencontres avec les livres se font comme cela, par hasard. Comme avec les hommes. C'était chaud et noir, c'était doux et ça creusait sec, avec l'air de ne pas y toucher. J'ai pensé à Brautigan, à Céline, à ces auteurs qui chantonnent en marchant tout au bord du gouffre. Je trouvais cela tout à la fois très réaliste, drôle et triste, quotidien, aux pieds du réel et en même temps qui nous projetait loin, qui nous portait large. Lucide mais où tout est encore possible. Pointu mais pas étroit. A partir de ce moment je suis devenu un lecteur de Pierre, et, comme avec Richard Brautigan ou Jean-Claude Pirotte, (ils ne sont pas si nombreux), le membre d'une nouvelle famille, l'initié d'une société secrète. Il y a quelques artistes comme ça dont on n'a jamais vu la bobine ou goûter l'haleine mais qui, dés qu'on rencontre leurs oeuvres se creusent une place définitive tout près du coeur, là où l'on mets les vrais gens que l'on aime pour de vrai. Et c'est comme si eux nous adoptaient.
Un jour j'ai eu le courage de lui écrire, c’était en 2008 je crois, une lettre ouverte qui l'a fait rire et petit à petit un échange simple, modeste s'est instauré. De livres en livres. De lettres en lettres. L'auteur écrivait à hauteur d'homme, j'ai découvert que le bonhomme était un humain au niveau de ses livres. Mon fils a reçu une lettre de lui, ornée de sa belle écriture à la plume noire, avant de naître. Nous ne parlions pas trop cuisine littéraire pourtant il reste une boussole pour moi. Son parcours honnête, réfractaire, lucide. Son rapport artisanal à l'écriture. Sa tendresse et son humour. Son élégance jusqu'auboutiste. La vie aura décidé que nous rations avec une certaine constance chaque occasion de nous rencontrer. Tant pis, peu importe. Ne pas se rencontrer ça n’empêche personne de s’aimer.
Pierre Autin-Grenier à la mine de rien et tout en traînant les savates, a monté une légion invisible, une fraternité de bras cassés, écrivains, lecteurs, peintres, libraires, piliers de bar, charcutiers et ramasseurs d'olives, quels qu'ils soient, une Caravane Pépère esseulée et déboussolée, adepte de sa récalcitrante élégance. Et toutes ces mauvaises herbes se sont senties moins seules, et moins bernées, crédités de quelques instants de plus, rassasiés de commune beauté. Consolés peut être.... Vengés aussi... un peu.

Thomas Vinau - 25 Novembre 2014