mercredi 23 juillet 2008

La traque


Il accéléra le pas pour dévaler la pente poussiéreuse. Il avait soif, avec un goût de fer chaud dans la bouche. La terre sèche et l’herbe brûlée formaient un nuage orange s’accrochant à ses jambes. Bientôt trois heures qu’il marchait, s’enfonçant dans les mâchoires calcaires du cirque. Au sommet d’une corniche, il pu constater l’ampleur du vide à l’horizon. Pas âme qui vive. Il suçait une brindille de pin pleine de résine qui rafraîchissait sa respiration. Le soleil à l’aplomb des roches générait une lumière métallique de plus en plus dense qui l’obligeait à plisser ses yeux pour voir à plus de dix mètres devant lui. Voilà presque une heure qu’il n’avait plus trouvé une seule trace fraîche. Il avait suivi la piste de ce lynx depuis l’aube et s’était enfoncé progressivement dans les cercles les plus sauvages et les plus reculés de la région. A présent, il commençait à être affaibli par la chaleur et la soif, par la fatigue aussi, mais ce n’était pas le problème. Cela faisait partie des règles et il avait l’habitude. Non, son véritable problème c’est que la piste du lynx avait disparu. Il décida de grimper au sommet d’une roche pour observer le cercle des rapaces dans le ciel. Il y a toujours un moment où les rapaces se mêlent à la chasse. Au bout de quelques heures ils choisissent de tourner autour de la proie affaiblie par la traque. C’est un bon repaire. Lorsqu’il parvint à atteindre le sommet escarpé de la falaise, il s’aperçu que c’est autour de lui que les rapaces tournaient. Soudain sur sa gauche, à moins de vingt mètres de lui, il entendit un bruit dans les taillis épineux. En tournant la tête, il aperçu le lynx et n’eut aucun mal à comprendre que de chasseur, il était devenu proie.

mardi 22 juillet 2008

Merde aux salles d'attente


En roue libre
Messieurs-dames
et en chapeau de paille

Bander c’est comme vivre
c’est mieux debout !



lundi 21 juillet 2008

Optimisme

dimanche 20 juillet 2008

Flash Info

Hier
est devenu
aujourd'hui
aux dernières nouvelles
l'opération serait
concluante
...

samedi 19 juillet 2008

La piscine

Son maillot ne tient qu'a un fil
Le carrelage brûlant garde l'empreinte
de ses pieds nus pendant que 3 gouttes
dévalent l'intérieur de ses cuisses
Ici il n'y a pas d'ombre
Il la regarde et dit
la poésie est une goutte d'eau
qui tombe dans la poussière
Elle sourit et ses yeux lui répondent
Je ne marche pas dans ton petit jeu

L'armée grise

Je croise légion de perdants
chaque jour
sur le bas côté de leurs rêves

jeudi 17 juillet 2008

Dans l'air

Elle est assise sur le perron, ses longues jambes dans la lumière. Les voitures qui filent sur la route font comme un bruit de vagues. Elle regarde les mouches bourdonner sous la glycine, hésite à allumer sa première cigarette, la repousse à plus tard. Elle ne pense rien. Le bar n'ouvrira pas avant 16h aujourd'hui. Elle devrait dormir à l'heure qu'il est ou prendre un peu d'avance pour ce soir. Elle reste immobile. Le soleil grimpe lentement sur sa peau. Elle allume sa cigarette. Son image flotte dans l'air comme un petit mouchoir pendu à une corde à linge.

...

La lumière dit oui...

mercredi 16 juillet 2008

Et le monde a disparu derrière toi

Il y a ce geste que tu avais le matin quand tout était calme et froid. Je ne me souviens presque plus de rien. Mon esprit est une vitre recouverte de cendre. Mais ce geste me revient en plein visage. Je le détestais malgré sa banalité. Chaque matin, je le détestais sans m'en rendre vraiment compte. Ce geste. Ton geste. Comme il me manque à présent !

Aimer ce que nous sommes

10h27 sent bon

Au carrefour d'ici
et de maintenant
immobile

Une odeur de savon de Marseille
une odeur de melon
une odeur d'herbe coupée
une odeur de feu

ma disparition parfumée

mardi 15 juillet 2008

Sacré samedi soir

(extrait)
(...)
Mes pieds s’enfoncent jusqu’aux mollets dans le sol imbibé d’huiles de vidanges et d’eau de mer. J’ai tenté d’atteindre un endroit un peu plus praticable mais les tapis de mousses et de plantes grasses n’étant pas plus solides, je me suis écrasé plusieurs fois au milieu des sangsues et des araignées d’eau. Au bout d’un moment, je suis finalement parvenu à atteindre un petit chemin de vraie terre qui zigzaguait au milieu des marais jusqu’à une petite cabane et son vieux cheval qui traînait à côté.
Si mes calculs sont bons, je me trouve à une quinzaine de kilomètres de chez moi. Aussi loin que j’aille chercher au fond de ma vieille tête suante, je n’arrive pas à comprendre ce que je fais ici. Je n’arrive pas à comprendre comment je suis arrivé là, abasourdi, avec cette couleur bleue, cette tête de chien en plastique et cette paire de chaussures de fille trop petite pour moi. Je n’arrive pas à comprendre quel jour nous sommes, mais ce dont je me souviens, c’est de m’être couché samedi soir, vers une heure du matin, avec ma femme. Il devait être une heure puisque l’émission d’Ardisson était presque terminée, nous avons fait l’amour avant le blindtest puis nous nous sommes endormis, tranquillement, repus de nos chaleurs fécondes. Tout allait très bien et je me souviens nettement avoir pensé au milieu des effluves douillettes du sommeil que j’avais la chance grandiose de connaître l’amour, d’avoir connu l’amour, le vrai, la simplicité d’une existence qui n’avait plus rien d’absurde puisqu’elle était partagée. Je me suis endormi sur ce constat, avec sa respiration chaude sur ma poitrine, et maintenant me voilà, le torse bleu et les pieds défoncés, le ventre tordu et le crâne brûlant, à me demander ce que je fais entre les sangsues et le fumier de cheval.
(...)

Let's get lost

vendredi 11 juillet 2008

L'ane de Richard Brautigan


(extraits)

Et de ses longs doigts sales
Il attrape une brindille
se la colle au bout du bec
et la mâchouille tranquille

°°°
Son ombre longiligne
a quelque chose
de doux

°°°
Marcher c’est comme écrire
lâche t-il en souriant
les ânes et les corbeaux le savent
les pies aussi
je crois

°°°

Je l’ai reconnu illico
derrière son chapeau mou
et ses petits yeux tristes
mais sur cette terre
tout le monde finit ainsi
avec un chapeau mou
et des petits yeux tristes

°°°
Je ne lui ai pas demandé
pour Ianthe
ni si la légende dit vrai
si l’on boit tout ce que l’on pleure
et que l’on pleure tout ce que l’on boit

°°°
Il cueillait les touffes de laine
que les moutons abandonnent
sur les barbelés des clôtures

°°°

(...)

mercredi 9 juillet 2008

Le corniaud

Rob marche sans gloire aux abords de la ville.
Ses yeux fouillent la terre à la recherche d’anciens mots.
Un drôle de gémissement l'attire vers les buissons.
Le corniaud est attaché là, depuis plusieurs jours.
Il pue la peur, la pisse et le sang.
Une fois détaché, il se recroqueville tout contre lui.

(linogravure d'émilie Alenda)

mardi 8 juillet 2008

Il n'y a qu'un métre ou deux entre l'enfer et le paradis

tu sais bébé
lorsque je rentre du boulot
je me sens sale, hypocrite
plus énervé que jamais
et quand tu choisis ce moment
pour me dire doucement vient
en enlevant ton tee-shirt
j’ai l’impression d’entrer au paradis
sur la pointe des pieds

lundi 7 juillet 2008

Le rire rouge

Francis Bacon chanta comme un loup cette nuit. Un loup rouge prêt à tordre la lune. Francis Bacon mâche la nuit dans ses dents. Il traverse Londres à pied, chaque nuit que le sang blanchi. Il traverse Londres, et Paris et Dublin et Bruxelles et Berlin. Chaque nuit la vrille de son cri rouge se trimballe comme une lune rouge dans le verre d’acier de nos ventres.

Francis bacon a bu tout notre brouillard. Le pauvre. Un loup rouge prêt à tordre la lune. Il a mâché et léché et mâché et léché et mâché et léché toutes les nuits de la terre depuis que Lilith la pute nous a abandonné dans des lambeaux de limbes mécaniques à mourir. Lilith la pute nous a abandonné mais Francis Bacon a bu tout le brouillard. Le pauvre.

Francis Bacon explique: Vois tu mon petit chat, il y a la douleur et il y a la couleur, Vois tu mon petit chat, c’est doux et c’est simple comme la vie est horrible. Il faut crier. Il faut crier et rire un rire rouge comme la Lune. Un rire de couleur et de douleur. Un rire tordu qui cri comme nos dents que Lilith la douce est partie, la pute notre mère est partie. C’est pourquoi il faut boire à grandes gorgées de cris rouges, à grandes gorgées de rires, il faut boire le brouillard.

Oh le joyeux accident de chair qui boit tout le brouillard dans le coeur rouge de la nuit!
Oh le loup qui boit le lait horrible de nos questions inutiles!
Oh Francis Bacon le rire criard et tordu des orphelins de la lune!
Tous orphelins de Lilith la pute!
Oh Francis Bacon chanta comme un loup cette nuit!

(le texte ci dessous est un hommage à Francis Bacon et à Charles edzyreh Desquesnes (voir lien edzyh et la revue passages) qui écris comme Francis Bacon peignait...)

dimanche 6 juillet 2008

Les fenêtres

Si mes yeux étaient des langues
les fenêtres seraient toujours propres
...

poéme express 8

samedi 5 juillet 2008

Une figue

Le lait blanc d’une figue dégouline sur ma main.
Son jus collant s’agglutine dans l’interstice de mes doigts .

Aujourd’hui, en ouvrant le ventre rond d’un fruit
j’ai eu une relation sexuelle avec le monde.

C’était très bon...
Puis,
désir fugitif de bagnard,
le plaisir est passé.

J’ai regardé l’intérieur du fruit comme dans des organes.
Voyeurisme indécent
Frêle sensation de gêne

Ballot comme un enfant honteux, j’ai quitté le lait blanc de la figue en essuyant, d’un bref revers de main, mes doigts collés entre eux qui attiraient les mouches.