2/09/2016

Quelque chose a percé

Il a plu dans la nuit
il a plu dans mes rêves
il a plu dans ma bouche
la lumière est venue
je ne l'attendais pas
dans la boue de ma langue
quelque chose a percé
un silence de gangue
ce n'était pas encore
 des mots

2/08/2016

Première page de mon prochain roman



Le givre fait gueuler la lumière. Lorsqu'il a voulu ouvrir les yeux, sa paupière gauche était encore collée par le sang. Il passe plusieurs minutes, mains en coupe autour du visage, à tenter de réchauffer lentement par son haleine la peau tuméfiée de ses joues, les croûtes sur ses arcades fendues, l'arc en ciel de coups sur sa petite gueule d'ange écrasé. Blotti sous un buisson d'acacias, la buée s'échappait de son corps recroquevillé. Il reprenait ses esprits lentement après le jeu de massacre de cette nuit et la longue course effrénée dans les noeuds noirs de la forêt. On avait dû retrouver le corps à présent, bleu et glacé, à se taire enfin la gueule pleine de fumier, immergée dans l'auge des porcs. Cette fois il était bon pour prendre la route et puis tant mieux ce serait toujours mieux et puis merde à la merde qui lui servait de nid. Le froid réveille la douleur. Il s'extirpe de son cocon d'épine, renfroque ses loques et crache un bon coup l'île de glaire, de fer et de sang qui flottait au fond de sa gorge. Petit à petit, du plat de la main, il explore laborieusement son corps endolori. Sous l'épaule contre la côte la douleur lui coupe le souffle. Il frotte sa tête dans les plaques gelées de feuilles mortes et serre les dents en pleurant jusqu'à ce que la souffrance se calme. C'est à ce moment qu'il entend le gémissement. Alors il retourne en rampant dans son refuge de ronces.
(...)

(cet extrait est la première page de mon prochain roman, secret pour l'instant, en espérant que ...)

2/07/2016

Je n'ai rien contre la réalité

Langue de terre mouillée
et ciel d'argent sale
les arbres grelottent
derrière la lumière
j'ai quoi un mètre
ou deux de perspective
avant la prochaine
barrière de grisaille
j'ai quoi un rêve
ou deux de retard
dans le vent tiède
des entrailles
je n'ai rien
contre la réalité
tant qu'elle me laisse
me reposer
dans ses fissures
en ce moment
je sais qu'un enfant
hurle de joie
dans l'accélération
glacée et l'haleine
brûlante d'un convoi
de chiens de traineaux
Je sais d'autres choses aussi
concernant d'autres enfants
mais aujourd'hui
je vais me concentrer
sur le hurlement
de joie









Wailing Wailers - Wages Of Love


2/04/2016

Parution : Ferme ta gueule s'il te plait ...- Les Venterniers - Février 2016






Ferme ta gueule s'il te plait

je suis en train de t'écrire

un beau poème d'amour

Thomas Vinau


"Où la tendresse, l’humour, la séduction et la provocation se sont donnés rendez-vous et se bousculent comme des enfants dans la cour de récré.
Des billets doux parsemés au quotidien à l’attention de  l’être aimé.
Dans toutes les pièces de maison, à tout moment de la journée. Le moindre geste de la main, la moindre expression bizarre, donnant lieu à la joie.
(...)
Le poète Thomas Vinau apprécie le minimalisme ; touche à touche il nous donne pourtant l’impression d’un vaste panorama de l’amour. Touche à touche, rayonne comme une boule à facettes la joie de l’autre (non pas sa joie à lui, mais la nôtre, la joie de connaître, de reconnaître), la joie vive d’être en présence de l’autre."


L'édition :
Un moulin à pages, à lire dans le désordre, sous le dit du hasard cher aux cocottes en papier. Un faux-livre à poser, à accrocher, à laisser ouvert à l’attention de qui passera par là. Le motif qui orne la couverture est un morceau de kimono brodé japonais du XVIIIe siècle.



2/03/2016

On les cherche ensemble ...

un ami écrit : « je cherche mes mots »
c’est son poème du jour
& je le trouve très chouette ce poème

ses poèmes il les écrit au jour le jour
sur un blog
on peut poster un « commentaire »
alors je lui ai répondu :
« et quelque part des mots te cherchent . 
eternelle partie de cache cache »
 
& j’ai « posté » ce « commentaire »
sans trop réfléchir
sans chercher mes mots en quelque sorte
  qu’ai-je voulu dire au juste ?
 
qu’un poème est la rencontre aléatoire
d’un besoin pressant – une  « gros besoin »
 de dire  « quelque chose »
et de mots qui par hasard
trainaient « dans le coin » ?
 
ce coin clair-obscur
où ils trainent les mots
et nos gros besoins :
 
un soir d’hiver où  les lumignons
du village voisin
percent à peine
la nuit
la brume ?
 
faute de mieux
on va dire « comme ça »
 
02/02/2016 18:52

(un poème de Roger fréro Lahu en réponse à mon poème d'hier )

1/31/2016

Je lui montre les deux

Nous faisons un tour du jardin le nourrisson et moi. Je lui montre les violettes blanches qui poussent en hiver. Je lui montre les crottes de chien poilues de moisi qui poussent entre les violettes blanches. Je lui montre les deux. Il s'émerveille des deux.

Stranded Horse - Monde


1/30/2016

Attendre quelque chose

Quand je me suis levé
La nuit était encore couchée
sur l'éclat mouillées des pierres
du seuil de la maison
mes yeux sont allés
s'assoir contre elle
comme un chien 
fatigué de ses douleurs
puis les oiseaux perdus de l'aube
nous ont rejoint
et nous sommes resté là
pour attendre que quelque chose
advienne

Il y a des monstres qui sont très bons


"Il y a des monstres qui sont très bons
Qui s'assoient contre vous les yeux clos de tendresse
Et sur votre poignet
Posent leurs pattes de velours
Un soir
Où tout sera pourpre dans l'univers
Où les roches reprendront leur trajectoire de folles
Ils se réveilleront."

Eugène Guillevic. Terraqué.

1/28/2016

On longe le volcan

Lire le carnet de bord
d'un type à l'agonie
ou bien manger
les dernières couleurs
d'un sacrifié oreille coupée
nos rires sont des râles
qui chatouillent le vide
on longe le volcan
et puis on va acheter des poireaux
et vider les poubelles
avec une telle force de vie

1/26/2016

fukushima coccinelle

mes yeux se couchent
dans les tiens
chien de misère
poussière blottie
ma vieille fourrure tiède
a accueillie la nuit
tu la prends dans tes mains
lui souffle sur les ailes
une aurore s'envole
fukushima coccinelle

Lloyd Charmers - "Darker Than Blue" (1975)


1/25/2016

La meute

J'ai vu s'enfuir un songe
dans l'herbe bleue de l'aube
apeuré dératé
les genoux bien saignants
les jambes lacérées
à ses trousses l'haleine
toute chaude de viande
de la réalité

Benjamin Biolay - Palermo Hollywood


1/24/2016

La trève

On se battra demain
aujourd'hui des enfants
font leurs premiers pas
dans nos ruines

"La grande fédération des douleurs"

Aux morts de 1871

à tous ceux
qui, victimes de l’injustice sociale,
prirent les armes contre un monde mal fait
et formèrent,
sous le drapeau de la Commune,
la grande fédération des douleurs
,

Je dédie ce livre.
JULES VALLÈS.
(Incipit de L'insurgé)
                       (jules Vallès par Courbet)

1/23/2016

Une seule nuit

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Une nuit 
une seule nuit
l'océan noir d'une nuit
c'est tellement long à traverser
l'océan noir d'une seule nuit
qui me tient si loin
de l'autre côté de ta main