7/29/2015

Mordre les flammes

Toute sa vie
ce chien aura tenté
de mordre les flammes
ceux qui veulent écrire
devraient monter un culte
à ses moustaches cramées

7/26/2015

Il y a des rivières qui ne vont nulle part


 

Remonte le cours de son enfance. Pieds nus dans le limon. Les petites traces dans la boue tiède. Lumières et ombres font des noeuds d'eau. Morceaux de mues. Miettes d'insectes. Parfums sucrés et étouffants. Le temps cette histoire de vestiges. Arracher les ailes des mots.

7/20/2015

D'une rentrée l'autre ...




Extrait : 
 
"J'ai eu peur. J'avais peur de grandir. Peur de devenir comme tout le monde. Peur d'accepter cette drôle de farce. Peur de passer à côté. Peur de la médiocrité. Et puis j'ai un peu voyagé. J'ai eu deux trois amis. J'ai lu deux trois livres. J'ai rencontré deux trois femmes. Je me suis dis que ça valait la peine. De jouer le jeu. D'accepter la farce. Alors je m'y suis mis. J'ai trouvé une place. J'y ai fait mon trou. J'ai aimé quelqu'un. J'ai eu un fils. Alors j'ai eu peur pour lui. Peur de demain. Peur de la mort. (...) Maintenant j'ai peur de ce que je ne deviens pas. Et puis j'en ai marre d'avoir peur. Ça ne marche plus d'ailleurs. Je n'ai plus peur. J'en ai juste marre." 




Notes de Bois, Illustrations Valentine Leboucq, COUSU MAIN 
Extrait : 
Je n'ai pas quatre dromadaires
ni de galion ni de vaisseau
ni d'ailes au beau milieu du dos

Le monde est grand par la fenêtre
une galaxie dans un verre d'eau
On a les sirènes qu'on mérite

Au petit large 
une planche me souffle sa musique
Des notes dans les nœuds du bois.




 p(H)ommes de terre, avec René LovéLa Boucherie littéraire




Extrait : 

Nous sommes debout
même recroquevillés nous sommes debout
Nous hurlons
bouches fermées nous hurlons

Nous sommes 
ce qui de l'homme
fronce
 

Des Salades, avec des dessins de Matt MAHLEN, Donner à Voir 

Extrait : 
 
Une fois dépliée
la vie ne se replie pas
comment ferait-on
pour ranger toutes les branches
toutes les feuilles
toutes les fleurs
et toutes les racines
dans un noyau d'abricot



Autre choseLes Carnets du Dessert de Lune,

Extrait :

Chaque minuit de mai, il attendait le cri double tranchant, couleur jaune et rouge, de la Dame Blanche. Son père et son grand-père, avant lui, avaient attendu. Un jour, bientôt, il réveillera son enfant et lui dira : « Écoute, les pas dans le grenier. Elle est là. N’aie pas peur. C’est la reine des chouettes qui a choisi son antre. Nos rêves sont une forteresse dans laquelle elle se couche pour nourrir ses petits. Ses plumes blanches sont parsemées de sang. Tu l’entendras toutes les nuits, et puis dans quelques mois tu n’entendras plus rien. La lune sera rouge. Les petits seront grands. Tu auras fait ta part et pour te remercier elle reviendra un jour, à son tour, pour protéger ta nuit et veiller sur ce qui en toi refusera de rompre. »

Rendez vous en aout pour le prochain ...

7/19/2015

Programme d'été


 Maçonner la lumière avec des mots


 Garder bonne allure


Bercer le nuisible


 Veiller sur leur sommeil


 Se faire pardonner quelque chose


 Demander à la nuit


 Tailler dans le gras


Passer le cap


Décoller

7/18/2015

Sans toutes ses peaux

Elle me dit qu'elle est déchirée
par la fatigue et la séparation
d'avec la vieille maison
d'abord la maladie
et puis la mort de Pierre
et puis les affaires
les livres
la maison
un peu comme
si elle avait dû elle-même
arracher chacune
de ses peaux
à présent elle se repose
seule avec son chat
j'imagine qu'elle a froid
même en pleine canicule
 elle a froid
sans toutes ses peaux
je suppose que c'est cela
vieillir
qu'il s'agit de ça
de s'éloigner
comme l'éléphant
d'être de plus en plus loin
de ce qui nous a tenu chaud
elle nous appelle
prend des nouvelles
des enfants
du chien
de nos petits lampes
je voudrais
lui dire les rires
comme un voile
sur ses épaules abîmées
je voudrais
frotter les mots
comme deux cailloux
et rallumer une braise
une toute petite braise
pour la poser
entre ses mains





(à Aline)

Merci Timothée de Fombelle


Que lisent les écrivains ? (5/11) Timothée de... par telerama

7/17/2015

Roger Rudigoz


"13 juillet
J’ai acheté une toile de tente. Ça peut toujours servir. Un
écrivain est un homme de guerre.
Dressé la tente dans la salle à manger. Nous nous sommes
tous glissés dessous avec le Chat Civet. On pourra y tenir."
 


 
Roger Rudigoz, A tout prix, Journal 1961-1962, Finitude

7/15/2015

la course est perdue depuis longtemps



Le chant lourd des cigales
commente notre disparition
la course est perdue depuis longtemps
tout le monde s'en fout
un moineau boit dans les liserons

7/14/2015

ça laisse comme des traces d'un chemin qui n'existe pas


De petits volatiles
insignifiants et gris
creusent à l'ombre du figuier
des bassins de sable et de poussière
dans lesquels ils nettoient leur ailes
avec nos vies
de sable et de poussière

7/13/2015

Les chemins sauvages


Dans la nuit trop chaude
le temps pose une poussière grise
sur tes tempes nues
à l'aube je débusque sur ta peau
les chemins sauvages
des bêtes qui ont bu


7/10/2015

À chaque fois c'est pareil

À chaque fois c'est pareil
un esclave se lève
prend sa viande entre ses bras
la soulève et se met en route
pour aller planter des plumes
dans les yeux du ciel

“The Dancing Pig”


Sleep tight!

“The Dancing Pig” is a French black and white silent film from 1907 
Sleep tight!

7/09/2015

La mort est bien faîte

Viens voir, lève tes fesses, va les aérer dans le noir. Regarde, lorsque le jour renonce et que les nuances sombres ont tout recouvert, l'étrange ballet des chauves-souris. Elles sont six ou huit à danser dans le jour qui s'enfuit. Au bord de notre monde les loopings de leurs ventres dessinent une drôle de nuit. Écoute la petite musique de leurs ventre et constate comme la mort est bien faîte. Elles dansent au dessus de nos crânes pour se régaler de moustiques et nous on en profite pour goûter la chorégraphie de l'ombre. Alors devine pendant ce temps de qui profitent les moustiques.

7/06/2015

Des papillons

 

Promenons-nous d'un pas léger
comme si l'orage
n'allait jamais vraiment tomber
ou plutôt non 
promenons-nous d'un pas léger 
sous l'orage 
qui charge ses cartouches
promenons-nous levons le pied
puisque la légèreté du jour
ne rendra pas demain moins lourd

Des papillons dans un carnage



7/05/2015

7/03/2015

Héritage




à 5 ans il me dit
je suis triste sans savoir pourquoi
T'ai-je déjà transmis cela
un coeur en pluie sur la vitre ?

7/02/2015

Posé là


Le jeu des ombres sur les carreaux
te laisse une nouvelle fois tout esseulé
posé là ébouriffé de vide 
dans le ventre des possibles
sans comprendre pourquoi
sans savoir si tu es sur le point
d'apparaitre ou de disparaitre
entre le grand rien qui a faim
et le grand tout qui se fout de toi

6/30/2015

Question de volonté mon petit


Hier sans ne rien faire de spécial
je suis parvenu à me retordre la cheville
à tomber dans l'escalier
à m'écorcher les côtes avec une branche basse
et à me faire piquer le pied par une abeille 
que je venais de sauver de la noyade
elle frise parfois le sublime
mon inextinguible capacité d'inadaptation
mais il ne faut jamais rester sur ses acquis
toujours viser plus haut et aujourd'hui
je vais tenter de me blesser encore plus 
en en faisant encore moins