4/14/2021

Tarzan

 

Comme Tarzan 
de liane 
en liane
je passe 
d'un chant d'oiseau 
à l'autre
jusqu'au petit grand rien 
du bleu 
au loin
 
 

4/13/2021

Romantisme

Tu me parles d'après. Tu me dis : Il faut se le dire. Tu me demandes : Tu voudras une cérémonie à l'église ? Sûrement pas ! Je te dis : Dans la terre ça ira. Je voudrais devenir un arbre, mais ailleurs que dans un cimetière on n'a pas le droit. Tu me dis : Moi je veux brûler. Pas devenir une charogne. Je rétorque : Moi charogne ça me va. Tout d'un coup tu t'inquiètes : Mais alors on sera séparés ?! Puis tout de suite après : Je veux bien mettre mes cendres sur ta charogne. 

4/07/2021

Le seul moyen

 

Sur l'étagère poussiéreuse
recouverte d'une couche 
toute grise de silence
les fioles séditieuses
les vieux bocaux maisons
aux saveurs inconnues
reposent dans le noir
impossible de lire
quel goût d'enfance
de volcan endormi
de peau de fille
de peur salée
de rêve perdu
macère 
dans le sucre
le seul moyen 
est de leur taper sur le cul
d'en forcer le couvercle
et d'y goûter
pieds nus 
sur le carrelage
sans savoir
quels parfums aigres
réminiscences fruitées
ou secrets madérisés
nous y retrouverons

 


4/05/2021

Cannibale


 

même si l'abricotier 
a pris un coup de froid
chaque fruitier a fleuri
comme un léopard rose
 
la terre tremble
et se déchire
dans un séisme 
de glycine
 
pendant que les poules 
mangent des pâtes chinoises
les feuilles nouvelles
chantent toutes nues 
dans la salle de bain 
 
repose tranquillement
tout au fond du jardin
une petite tombe
sertie de pierres riantes
et d'escargots qui dansent
 

4/03/2021

36 000 chiens sans maître


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 36 000 chiens sans maître
Le ciel comme une viande
et 36 000 chiens sans maître
qui en déchirent le ventre
La tête oblique
L’œil de travers
L’aube en ligne de mire
Je me dresse et je marche
vers la meute assoiffée
du petit jour
balles en plomb
de ma cervelle
L’odeur de la chasse
minutes boueuses
L’odeur des heures
qui s’arrachent
dans le gras moue
de la douleur
La grande épopée
minable
de nos débroussailles
Et dans le sumac
de la nuit qui saigne
36 000 chiens sans maîtres 
hurlent à la mort
Demain est une bête
gémissement de brouillard
Mon âme carnivore
à grands coups de couteaux
J’avance avec des lames
J’avance avec des larmes
Le sang dans la lumière
trace ses sentiers
Le ciel comme une viande
36 000 chiens sans maître
qui en déchirent le ventre

4/01/2021

MON ROI

Le temps d'apprendre à vivre...


 Il y a 
quelques jours
mon fils 
a tracé
avec une vieille
 craie bleue
un parcours 
de flèches 
et de croix
qui ne mène 
nulle part
aujourd'hui
alors que lui
vole déjà 
vers d'autres
 aventures
je suis prêt
 à le suivre

3/31/2021

L'écume

(Painting : Ogata Kōrin 尾形光琳 (1658-1716) - Waves at Matsushima 松島図屏風 - Japan)
 
 
Tout ça commence 
dans une tempête
et se termine 
par un naufrage
entre les deux 
le sang 
dessine 
des fleurs 
dans l'eau
petit goût de sel sur la peau

3/30/2021

La conquête


 
 Un drôle d'oiseau
déplie les noeuds de la nuit
au creux de mon ventre

abimé et usé
rond comme la vieille lune 
je garde la fierté
de ne rien conquérir d'autre
qu'une journée de plus sur terre
 
cette conquête spatiale
demeure à la portée 
d'un rire
d'un œuf à la coque
ou d'une chaussette sale
 
il faut garder toujours
 un peu de terre
sous les ongles
et un peu d'amour 
dans le cœur

3/24/2021

Fin de saison - La Depêche du 22 Mars 2021


 Merci à Jean-marc Le Scouarnec pour cette chouette discussion

La Depêche du 22 Mars 2021

La cause

 Aujourd'hui je suis allé 
ramasser du fumier
après avoir chaussé 
mes baskets les moins blanches
j'ai pris sous l'évier 
un sac plastique Total Fashion rose 
et j'ai marché sept ou huit kilomètres
pour aller ramasser du fumier
entre nous
pour ce qui est
de notre place dans l'univers
de l'état de la planète terre
des crises ceci cela
ou de la cause
de l'art
et de la poésie
je pense sincèrement
que ce que j'avais 
de mieux à faire
était bien d'aller 
ramasser du fumier
 


3/23/2021

The Doors - People are Strange

Un drôle de rêve...


Cette nuit j’ai rêvé que j’avais un sexe de femme. Je n’étais pas devenu une femme, j’étais moi, je crois même que j’avais encore un sexe d’homme, mais je possédais également un sexe de femme, un vrai petit minou, une fente magique ! Alors je me suis mis à l’essayer, tout seul, tranquillement dans le lit d’une chambre qui me disait vaguement quelque chose. J’ai commencé à me branler, doucement, maladroitement, sans trop savoir comment faire, et petit à petit, je découvrais mon plaisir, à me frotter contre le petit bouton, à rentrer et sortir de moi de plus en plus rapidement, de plus en plus profondément, et sous l’emprise de mes doigts de plus en plus habiles, je sentais mon nouveau vagin en train de s’ouvrir, et je me sentais devenir un trou immense dont les parois étaient douces et savoureuses, organiques et chaleureuses, et ce trou noir était comme un soleil noir qui embrasait tout mon corps de l’intérieur et dont l’intensité augmentait avec les mouvements. Alors dans la chambre se mettait à défiler tout un tas de personnes que je connaissais, et ils passaient et ils repassaient en me donnant leur avis, et ma mère me disait que ce n’était pas raisonnable, et mon frère me disait que ce n’était pas comme cela qu’il fallait faire, et ma femme ne me disait rien mais riait en gardant sur les lèvres un certain air de dégoût, mais moi je m’en foutais, et ma femme me regardait et je continuait à me branler de toutes mes forces, tenant avec acharnement chacun de mes deux sexes dans chacune de mes deux mains, et j’étais prêt à atteindre un orgasme méta-humain, un orgasme de divinité, lorsque je me suis réveillé.

3/19/2021

Sen Morimoto - Cannonball (Official Music Video)

Le coeur pure du barbare - Libération / La croix



 

 
 
 
Après la pluie
chat noir dans l'herbe verte
La mort se rafraichît les coussinets



Le désir de la lettre - Anthologie

 

Dominique Sampiero est à l'origine de l'anthologie alphabétique Le désir de la lettre, en lien avec l’exposition Lettres de Verre de Jean-Baptiste Sibertin-Blanc.

Avec Dominique Sampiero ; Laurine Roux ; Franck Médioni ; Yvon Le Men ; Pierre Dhainaut ; Samira Negrouche ; Sophie Nauleau ; Jacques Bonnaffé ; David Foenkinos ; Jennifer Grousselas ; Hélène Dorion ; Jacques Fournier ; Jean-Luc Catoir ; Joël Leick ; Jean Orizet ; Alain Borer ; Kent ; Zéno Bianu ; Laurence Vielle ; Jean-Pierre Nicol ; Carole Fives ; Jean D’Amérique ; Thomas Vinau ; Pierre Maubé ; Katia Bouchoueva ; Samantha Barendson ; Denise Desautels ; Emanuel Campo ; Jean-Pierre Siméon ; Carole Carcillo Mesrobian ; André Velter ; Jean-Baptiste Para ; Elise Tourte ; Vénus Khoury-Ghata.

Livre-objet à paraître le 25 mars 2021

Suivez la page MusVerre - un musée du Département du Nord  et retrouvez des lectures du projet mises en voix par Dominique Sampiero, Laurence Vielle et Emanuel Campo.

  • 2 mars - A de Dominique SampieroDesir lettre
  • 4 mars -  B de Laurine Roux
  • 6 mars - C d’Yvon Le Men
  • 9 mars - D de Pierre Dhainaut
  • 11 mars - D de Samira Negrouche 
  • 13 mars - E de Sophie Nauleau 
  • 16 mars - E dans l’O de Jacques Bonnaffé 
  • 18 mars - G de Jennifer Grousselas 
  • 20 mars - H de Hélène Dorion 
  • 23 mars - H de Jacques Fournier 
  • 25 mars - I de Joël Leick 
  • 27 mars - J de Alain Borer 
  • 30 mars - L de Zeno Bianu 
  • 1 avril - M de Laurence Vielle 
  • 3 avril - N de Jean-Pierre Nicol 
  • 6 avril - P de Jean D’Amérique 
  • 8 avril - Q de Pierre Maubé 
  • 10 avril - Q de Thomas Vinau 
  • 13 avril - R de Katia Bouchoueva 
  • 15 avril - S de Samantha Barendson 
  • 17 avril - U de Emanuel Campo 
  • 20 avril - V de Jean-Pierre Siméon 
  • 22 avril - W de Carole Carcillo Mesrobian 
  • 24 avril - Z de Vénus Khoury-Ghata 
MusVerre 76, rue du Général de Gaulle, 59216 Sars-Poteries France

Ontologie

 

Une blague

une petite blague

mais une bonne blague

que se racontent deux crépuscules





3/15/2021

 


Une chanson douce
De pluie sur les toits
Je pourrais m'endormir comme ça
Sans avoir à connaître le prix des choses
Sans comprendre à quel siècle j'appartiens
Sans résoudre quoi que ce soit
Frileusement repu
Perdu
Blottie comme une bête
À écouter les langues intraduisibles
Des pierres et des bois

3/06/2021

N'oubliez pas



L'alcool
la mort
et l'amour
sont des bonbons
à la violette
 
La pureté 
n'est pas pure
 
Dans chaque flocon de neige
 des ours 
dégringolent
 
n'oubliez pas 
d'oublier

Blundetto - From The Floor (Official Video)

La légion



 
Tristesse aux aguets
farce froissée
Et sourcils froncés
Nous sommes la légions
des petits bras cassés
le pourcentage de perte
du mensonge
Nous parlons peu
Nous n'en pensons 
pas 
moins

3/02/2021

Captain Luke and Cool John "Rainy Night in Georgia"

Le réveil cassé

 

Tour du jardin. Tour du matin. J'arpente l'herbe gelée, les mottes boueuses, l'aube qui brille. Les pâquerettes sont en boutons. La buée sort de la bouche des oiseaux. Le printemps gagne. Pourtant, toujours, quelqu'un, quelque part, gémit. Je me tiens prêt au jour. Chevalier avec peur et avec reproche. Debout. Abimé. Désarmé. Il y a dans mon bureau un vieux réveil de voyage Acora dans sa boite rouge. Les rouages et les ressorts doivent être fatigués, il s'arrête au bout d'une minute. Je dois sans cesse revenir tapoter dessus avec mon ongle pour que la minute suivante s'écoule. Cela me va, me ressemble. C'est à peu près ce que je fais avec ma cervelle.  Tapoter dessus avec l'ongle des mots pour relancer les rouages des secondes. Quand je suis là haut pour écrire, avec le jour qui monte par la fenêtre, nous jouons un peu à ce jeu là lui et moi. Mon cher réveil cassé. Chaque minute un coup d'ongle. Jusqu'à ce que je me lasse. Alors j'abandonne et le laisse renoncer à la marche des heures. Son défaut d'usure lui offre ce pouvoir considérable que je n'ai pas. Arrêter le temps. Que vais-je rater aujourd'hui, à part de belles occasions d'écouter les secondes battre la mesure de la vie ? Ici les enfants paument leurs dents, l'abricotier est en fleur et les poules chient sur la mort. Je suis prêt à perdre la bataille. L'ongle solide et les yeux ouverts.

2/26/2021

Les violettes

Un jour 
un beau jour
les violettes 
envahiront le monde
leurs racines leurs tiges 
leurs feuilles leurs pétales 
s'étendront délicatement 
en noeuds inéluctables
sur l'entière surface 
du monde
dans la terre sur les pierres
sur la mer et les arbres
les volcans les montagnes
les glaciers les ruisseaux
sur les murs et les routes
les immeubles les maisons 
sur les chiens les oiseaux 
les poissons les questions
sur nos rêves nos cauchemars
sur les monstres et les anges
les mères et les putains
les prisonniers et les enfants 
partout sur la planète
et puis dans le ciel 
les nuages l'espace la galaxie
la lune et le soleil
la poussière de mars
partout dans l'univers 
les violettes
s'étendront délicatement
en noeuds inéluctables
jusqu'à tout recouvrir
et la terre les pierres
la mer les arbres
les volcans les montagnes
les glaciers les ruisseaux
 les murs les routes
les immeubles les maisons 
les chiens les oiseaux 
les poissons les questions
nos rêves nos cauchemars
les monstres les anges
les mères les putains
les prisonniers les enfants 
la planète et puis le ciel 
les nuages l'espace la galaxie
la lune et le soleil
la poussière de mars
tout  l'univers 
étouffera 
paisiblement
dans les parfums capiteux
de leurs couleurs

2/25/2021

Marque-page

 Une feuille rose
de papier toilette
tient lieu
de marque-page 
elle va bien 
avec ces poèmes
pas parce qu'elle sert
à s'essuyer le cul 
non
mais parce qu'elle est 
douce
et rose
qu'elle joue 
avec la densité de l'air
détachée de tout
et qu'elle ne se prend
 pas
pour ce qu'elle n'est
 pas


2/24/2021

#TICTACTICTACTICTAC

 Il est 8h12 du matin
nous sommes le 24 Février 2021
Lawrence Ferlinghetti vient de mourir à 101 ans
tout comme Georges Bonnet
chaque jour nous comptons
les victimes les bourreaux
les pas les places qu'il reste
pendant qu'une machine enregistre le son du vent sur Mars
un comptable
masqué
en slip
super héros grotesque
traverse l'horizon



2/22/2021

Georges Bonnet - Je tente parfois d'écrire ...

Je tente parfois d'écrire ce qui ne peut
s'écrire en laissant pleuvoir mon enfance sur
des blés à la tête roussie ou les ocres blessés
de mes vieux octobres

Je sors les mots que j'aime  de leur orphelinat
les sans royaume les cousus de lierre les peu
sûrs de leur orthographe les plus terreux
porteurs d'outils

Je les laisse comme les pierres déverser
leur trop-plein de silence
puis comme le pain se donner jusqu'aux miettes

Georges Bonnet - un ciel à hauteur d'homme- L'escampette éditions