3/17/2019

Quelques articles de presse par ci par là après cette semaine d'absence


Merci à Antoine Bertot pour sa note de lecture attentive de Comme un lundi sur Poezibao
à Consulter Ici


à La Montagne pour son article autour de ces chaleureuses rencontres du Prix Lycéen Auvergne Rhône-Alpes
Ici

Un grand merci également à Thomas Deslogis pour son article new génération dans Les Inrocks entouré de jolies filles talentueuses.
Here

et enfin un chaleureux merci à François Bon de parler si joliment de C'est un beau jour pour ne pas mourir ( à partir de 16 min) dans sa revue de presse web et à George Cathalo pour la revue Traversées



3/09/2019

Tentative de classement toxico-logique

le vent est une bonne défonce
les mouches est une mauvaise défonce
les pieds sur le carrelage froid est une bonne défonce
le dos dans le sable est une mauvaise défonce
l'oreiller d'une fille est une bonne défonce
le matelas d'un homme est une mauvaise défonce
le dessous des fougères est une bonne défonce
le dessus des lauriers est une mauvaise défonce
le pépin de pomme est une bonne défonce
le pépin de fraise est une mauvaise défonce
les cailloux dans les chaussures est une bonne défonce
les boules de fleurs de carottes accrochées aux chaussettes est une mauvaise défonce
les rebords sales de fenêtres du rez-de-chaussés dans les ruelles sombres est une bonne défonce
la peinture neuve des bancs publiques est une mauvaise défonce
le ventre des chauve-souris est une bonne défonce
les pattes rouges des pigeons est une mauvaise défonce
les quais de gares est une bonne défonce
les halls de gare est une mauvaise défonce
le pollen jaune des pissenlits est une bonne défonce
la poudre d'ailes de papillons sur les doigts est une mauvaise défonce
la peau de serpent au soleil est une bonne défonce
la peau de poisson au soleil est une mauvaise défonce
les reflets colorés des papiers argentés de bonbons est une bonne défonce
les reflets argentées de la pellicule plastique des paquets de cigarettes est une mauvaise défonce
les croassements de grenouilles dans les fossés d'irrigation est une bonne défonce
le roulis des roulettes des valises à roulettes sur les trottoir est une mauvaise défonce
la brûlure du plastique des toboggans est une bonne défonce
les bras qui collent au formica des tables de bar fraîchement épongées est une mauvaise défonce
ouvrir les yeux dans l'eau est une bonne défonce
ouvrir la bouche en mobylette est une mauvaise défonce
le ventre chaud d'une tomate qui mûrie est une bonne défonce
la sueur dans les sandales est une mauvaise défonce
la puanteur d'un poulailler est une bonne défonce
la puanteur d'une baraque à glace de plage est une mauvaise défonce
arrêter de respirer est une bonne défonce
recommencer à respirer est une bonne défonce
(dans les deux cas garder les yeux ouverts)
le parfum de sa grand-mère est une bonne défonce
le parfum des autres grands-mères est une mauvaise défonce
les traces d'eau sale sur les vitres est une bonne défonce
les moisissures des joints de la salle de bain est une mauvaise défonce
le vertige dans le ventre est une bonne défonce
le vertige dans la tête est une mauvaise défonce
la régression  est une bonne défonce
le goût de vaincre est une mauvaise défonce
l'amertume est une bonne défonce
la méchanceté est une mauvaise défonce
la nostalgie est une bonne défonce
l'orgueil est une mauvaise défonce
le fromage coulant est une bonne défonce
le soda tiède est une mauvaise défonce
mordiller une oreille est une bonne défonce
mâchouiller un ongle est une mauvaise défonce 
la bave d'enfant est une bonne défonce
la bave de chien est une mauvaise défonce
la glace au chocolat est une bonne défonce
le shampoing à la vanille est une mauvaise défonce
l'herbe coupée est une bonne défonce
le cheveu coupé est une mauvaise défonce
tituber trébucher longer escalader est une bonne défonce
ramper racler charrier arracher est une mauvaise défonce
rogner et rôder est une bonne défonce
compter et crouter est une mauvaise défonce
La nuit blanche est une bonne défonce
le jour noir est une mauvaise défonce
passer l'aspirateur est une bonne défonce
rincer la salade est une mauvaise défonce
pour tout le reste
c'est comme les fruits de mer
 ou la mayonnaise
ça dépend du contexte







3/07/2019

Le manège

Sous le ciel gris on construit les auto-tamponneuses. Les cheveux de la petite fille sentent le chocolat et le tabac froid. Le temps se rafraîchit. Pas comme la vie. Tous les hommes trop seuls ont besoin de parler ce matin. Comme d'habitude. mais un petit peu plus que d'habitude. La peinture s'écaille. On ne sait plus si c'est le cheval en plastique sale ou le cirque de la lumière qui s'évapore en regrets vaguement fluorescents. Lentement le manège reprend.

3/05/2019

Que faut il écrire


Que faut il écrire
lorsqu'un grand poète meurt
faut il écrire

Est ce que la poésie meurt
 avec lui

Elle est mortelle
oui
la poésie
heureusement

elle est fragile
évanescente
perdue d'avance

heureusement
oui

ni dogme
ni éternité

elle meurt
à chaque instant

pour peu
pour rien

comme les hommes

 et à chaque instant

pour peu
pour rien

elle renait


(écrit maigrement ce mardi trop Gras O5 mars 2019 à 09H09 en souvenir d'Antoine Emaz)

La cuillère qui creuse la nuit - Antoine Emaz par Thomas Vinau *


(sur le site de Marie Alloy je trouve cet autoportrait)

Pas de grandiloquence, ni de superlatif dans les mots d'Antoine Emaz. Ça n'irait pas avec l'objet. Il travaille le peu avec peu. Taille au couteau. Écope. Rabote. Petits copeaux de mots qui glissent aux pieds du monstre. Il dit l'essence et l'essentiel, le mur de vivre, avec l'arme de chacun, de tous les prisonniers que nous sommes. Il creuse le tunnel, jour après jour, à la cuillère. Il est la cuillère, usée, affutée et coupante. Il est le lierre, le lichen, l'épine. La force des fissures. Il est l'écharde et le chardon.

" Ce monde est sale de bêtise, d'injustice et de violence ; à mon avis, le poète ne doit pas répondre par une salve de rêves ou un enchantement de langue; il n'y a pas à oublier, fuir ou se divertir. Il faut être avec ceux qui se taisent ou qui sont réduits au silence. J'écris donc à partir de ce qui reste vivant dans la défaite et le futur comme fermé. S'il n'est pas facile d'écrire sans illusion, il serait encore moins simple de cesser et supporter en silence. Donc... J'aime à penser la poésie comme un lichen ou un lierre, avec le mince espoir que le lierre aura raison du mur."
Antoine Emaz , in Esprits Nomades, février 2007

Il y a dans chacun de ses mots, de ses vers, de ses livres, l'infime qui résiste. Ce n'est pas un combat, parce que ce serait mentir, il en ainsi c'est toujours le rien qui gagne, la mort et le vide qui l'emporte. Mais ce n'est pas une défaite non plus, il n'y a pas de vaincu, parce que le poème est le mot de celui qui ne se rend pas. Par le beau, par le vrai, par le lucide, par la tendresse sincère des yeux sans illusion, le poème est cette toute petite chose, insignifiante, qui résiste.
«D'une certaine façon, ma critique du clinquant de l'image rejoint celle de l'abstraction formelle. C'est privilégier la langue, la faire ronfler pour elle même alors qu'à mon avis, elle devrait toujours être subordonnée à vivre, à la tension de vivre. Il n'y a pas plus d'au-delà de langue que d'au-delà religieux que d'au-delà imaginaire. On est en deçà, point barre.»
Antoine Emaz, Cuisine, éd Publipapier

Comme une main sur l'épaule, un moineau du béton, une adventice, une ironie, un sourire revêche, une clope, le poème est ce malgré tout qui nous sauve tout entier pour un instant de plus. Une bouffée d'oxygène. Un minuscule radeau. Une gorgée de vin. Une lettre d'ami. Modeste et indispensable.

«J'en reviens toujours à ce constat simple : si un poème ne m'aide pas à vivre, à respirer mieux, alors il vaut moins pour moi qu'une clope ou un verre de vin rouge.»Antoine Emaz, Flaques, éd Centrifuges

Au fur et à mesure du temps ses poèmes ont maigris comme un homme éprouvé, jusqu'à ne plus garder que cette braise minuscule, ce grêlon, ce petit rien qui pèse des tonnes, ce rien qui persiste, qui tient tête au rien, cet oiseaux qui refuse de se noyer. Il dégraisse le mensonge. Sans grand geste, surtout sans grand geste. Sans discours, surtout sans discours. Il est ce frère qui refuse de ne pas prendre sa part. Qui ne lâche pas.

«ne pas laisser les choses ainsi
on voudrait
on ne lâche pas
ce sont les mains qui abandonnent
on n'a pas lâché
quand on a fini
on est lâché
et bien forcer de laisser
au bout»
Peu importe, éd Le Dé bleu

Il y a le poids du vide, en quelques mots à peine, en quelques mots de peine, la pluie dans une flaque grise, le soir qui persiste, le matin des fatigues. Il peut tout dire, l'ennuie, la mort, la maladie, la belle vanité du monde, toutes nos zones grises, mais il les dit avec la douceur et la légèreté d'un colibri qui vient soulager nos épaules. Avec la persévérance tranquille et discrète de l'ouvrier qui se lève chaque matin pour faire sa part de trime, sa toute petite merveille.

"Parvenir à être dense avec rien.
Quand on utilise peu de mots, il faut que chacun pèse une tonne."
Antoine Emaz, Cuisine, Publipapier



Il dit et il dira, jusqu'au bout. Il écrira jusqu'au bout. L'ordinaire, le pas facile, le pas grand chose, l'indispensable. Le petit vrai glacé. La flamme de la bougie. Le pauvre poème pour la pauvre bête que nous sommes dans le ventre jaillissant des trésors du monde.
«Être là, dans le jardin, sous les grands arbres.

Le feuillage, vu d’en dessous, dans la lumière.
Transparence, mouvement berçant des feuilles.

Beaucoup de choses et d’événements importants
auxquels on ne fait pas attention.

Dans le jardin entouré de hauts murs.»
Sauf, éd Tarabuste

Il dit et il dira, jusqu'au bout. Il écrira jusqu'au bout. Tout contre l'incendie. Les limites. Jusqu'à l'ultime de sa propre limite. Et on voudrait le consoler comme chacun de ses mots nous console.

"alors pourquoi encore écrire

si tout doit retourner à une terre battue
un petit feu de langue

au moins pouvoir marcher
et se chauffer
un peu "


III. Limite, Antoine Emaz, éd Tarabuste


(* j'ai écris cet article il y a deux ans pour le site Bookwitty qui n'existe plus à présent)

3/01/2019

Dans la paume de ma main

Je marche
entre la route et les champs
pour rien
il fait juste assez chaud
et juste assez froid
pour être bien
les amandiers commencent à fleurir
pendant que le soleil
achève Février
je marche
pour n'aller nulle part
juste
pour marcher
et je tient
tout entier
dans la paume
de ma main
cette jolie
petite
chose
qu'on appelle la vie

2/27/2019

Le seum de Saint Antoine (petit projet)



Lorsqu'il poussa la porte lourde de son atelier, ce matin là, Jheronimus Bosch avait mal un peu partout. Lentement le gris virait au bleu. Des paysages argentés fleurissaient sur les murailles. La buée qui sortait de sa bouche était presque rose. Les corbeaux avaient leurs yeux d'enfants sages. Trop sage. Quelque chose du temps était resté salé, qui se mêlait lorsqu'il leva le bras au goût légèrement âpre et miellé d'une pomme pourrie soufflée entre la chaleur de sa peau et la raideur de son habit. Enfin charbon et parchemin démêlèrent dans ses yeux leurs suaves diableries. Il plissa ses yeux engourdis et se courba sur son ouvrage. (...)

Poèmes volants - C'est un beau jour pour ne pas mourir - Castor Astral


Grâce à Elise Bétremieux et à toute l'équipe du Castor Astral une escadrille de poèmes volants s'apprête à déferler sur le printemps

2/22/2019

Ils n'ont jamais été vainqueurs

Ils n'ont jamais été vainqueurs
pourtant
ils n'ont jamais été vaincus
C'est tout au fond
de leurs yeux
qu'on peut trouver
si l'on prend la peine
de regarder
-et c'est bien la moindre
des peines-
cette minuscule fleur
qu'on appelle le courage

2/18/2019

Donnant plus de blé qu'un meilleur avril

Elle a des principes dans la vie
comme de ne jamais
 finir son thé
ou que ce qui est en tas
est rangé
ou encore
que la nuit appartient
aux soupes en briques
et aux desserts
trop sucrés
elle a des principes dans la vie
magiques
et tordus
comme une fleur inconnue
au quotidien
c'est beau
mais c'est chiant
je ne sais pas
à quel moment
j'ai commencé
à changer doucement
de point de vue
par rapport à tout ça
avec le temps
je suis passé
de l'explorateur 
émerveillé
à la concierge
acariâtre
vieillir à deux
c'est un peu comme
de faire cramer
pour que ça repousse mieux
de la culture
sur brûlis
en somme
le risque étant
bien entendu
de finir tout seul
et bien calciné du sourcil


2/14/2019

Don quichotte devait aimer les kiwis


 (Pierre Autin-Grenier par Shahda)

La carriole est à l'abandon, les côtes toutes vermoulues par le rire du temps. Le chien a ses absences et puis les reins nous lancent à se lever sans force avant d'avoir faibli. Dans le jardin gelé le gros tas de branchages taillés de l'olivier fait comme un tas d'argent. Aucun enfant n'a peur, la viande est au frigo et j'aime croire qu'il reste de la salade de fruits. Pas de guerre au programme du jour on a rendez-vous chez le coiffeur. Dehors il y a ce trait d'avion parfait dans le bleu du ciel d'hiver et puis l'orange crème du soleil sur le crépis placide des maisons qui s'éveillent et puis l'herbe givrée qui joue comme un bijou au poignet d'une fille. Pas d'agonie pour le moment mais un nouveau tableau le long des vitres sales. Je viens de voir Pierre Autin-Grenier enfoncé jusqu'au nez dans une écharpe d'ambre traverser l'oubli pour me saluer du sourcil. Sa silhouette s'éloigne pendant que le trait d'avion dans le ciel se transforme en dentelle de fumée. Le matin encore nous épargne.

2/11/2019

A quoi bon ?

 

A traverser l'hiver à pieds
A garder la nuit contre la peau tiède de son ventre
A consoler les absents
A éteindre le jeu
A grands coups de pieds dans le cul
A regarder droit dans le vide
A réparer le feu
A prendre soin du jour ce bibelot d'enfance
A se souvenir d'après 
A gratter jusqu'au sang
A soigner en léchant
A consolider un sourire
A s'immiscer dans les ramages
A bricoler des caresses
A relever la bouche
A lâcher prise 
A tenir bon



2/08/2019

Parution : Un Pas de côté - Les Venterniers - Février 2019


Ho qu'il est beau, je le ramène du Nord avec la chaleur des sourires traversés. La nouvelle merveille cousue main des Venterniers qui rallume ce petit chant tordu et décalé d'hommages advanticés jadis parut chez les amis de la Pointe Sarène. Youpi. Merci. Olé !

  • Un pas de côté
  • Thomas Vinau
  • collection : "Stylicide"
  • genre : poèmes
  • date de parution : février 2019
  • nombre de pages : 32 pages
  • format : 12,5 x 10,5 cm
  • isbn : 979 10 92752 46 5
  • prix de vente : 14 euros
  • LES VENTERNIERS   

2/02/2019

Marseille / Ville Fantôme - Cédric Torne/ Thomas Vinau - Fireboox - Février 2019

 


Cédric Torne, Thomas Vinau

Fireboox

5,00€ 

Cédric Torne
Marseille
Thomas Vinau
Ville fantôme
 
Un poème en écho aux magnifiques dessins de Cedric Torne sur Marseille.
C'est dans la collection de Sophie Lucie Meier et Richard Meier.
Joie que cette 4 ieme collaboration avec Fireboox soit le 251 iem Livre-boîte d'allumette


Penser à son avenir

(Photo de Ivan TERESTCHENKO, New York dans les années 90 (merci Ivan)