9/23/2021

Au nom du père

 


Je crois
que tu ne te rends pas bien compte
de la chance que tu as
essaies de réfléchir à ça
chaque fois que tu recroiseras
tout au long de ton existence
quelqu'un qui répète la même phrase
jusqu'à te rendre fou
sous prétexte de comique de répétition
ou alors quelqu'un qui râle sans cesse
gueule pour rien
et deux minutes après
veut te faire un câlin
ou peut être un type
qui a bien du mal à faire
ce qu'il exige que tu fasses
à chaque fois que tu rencontreras
tout au long de ton existence
un maladroit inadapté
un insolent attendrissant
un misanthrope ouvert aux autres
un gentil con
tu repenseras à ton vieux père
c'est à dire que je t'offre
avec chacun
de mes défauts
 ni plus ni moins
qu'un vaisseau spatial
vers ton enfance
tu me remercieras plus tard
petit con


9/21/2021

Tullius Detritus

 J'avais enlevé ce passage, cauchemar de Victor, de mon roman Fin de saison pour des raisons de construction narrative. Je le retrouve aujourd'hui, était il prémonitoire ? deux personnages s'y articulent, l'une dont on ne parle pas assez souvent et l'autre dont on parle trop :

"Une masse qui s'agite dans l'obscurité. Une masse grouillante et désordonnée. Une ombre. Deux. Deux ombres désarticulées. Je n'ose ni m'approcher ni bouger. Surtout aucun mouvement. Fermer les yeux. Arrêter de respirer. C'est intenable. J'ose un clignement de paupière. En profite pour reprendre mon souffle. La chose remue toujours. Comme une grosse flaque de noir. Elle ne m'a pas remarqué. Peut être qu'elle ne me voit pas. Ne me sent pas. Ou alors je lui suis complètement indifférent. Mes yeux s'habituent à l'obscurité. Je ne peux pas m'enfuir de toute façon. Je ne comprends toujours pas ce que c'est. J'avance doucement les épaules et le cou. Je me penche un peu en avant. Elle grouille toujours. Elle m'ignore toujours. Je ne sais pas pourquoi je ne ressens plus de menace. Plutôt de la curiosité. De la curiosité mal placée. Je veux voir. Un pas. Encore un. La chose grouille. Grogne. Mouvements saccadés. Les choses. Combien sont-ils là dedans. Je vois un dos à présent. Un dos clair et maigre. Gris clair. Des cheveux filasses. Un corps noué. Des os saillants. Je commence à avoir une idée. Une idée mal placée. Le truc s'agite. Halète. Des mouvements saccadés. Le truc est de profil maintenant. Debout. Je vois un cul. Un cul d'humain. Plat et flasque. Gris. Des morceaux de peaux et de poils qui tombent. Plus il s'agite et plus des morceaux tombent. Des morceaux de chair et de muscle. Il grogne. Il tient quelque chose. Quelqu'un. Quelqu'un qui est allongé devant lui. Jambe en l'air. Il tient ses jambes. Des jambes fines et belles. Longues. Fermes. La peau de la seconde chose n'est pas grises et morne. Elle est d'une blancheur sophistiquée, galbée. Au bout des jambes il y a deux petites fesses. Un beau petit cul blanc et ferme. Une pomme d'amour. Un cul qui me dit quelque chose. Il la tient par la taille. S'acharne. S'échine à l'intérieur. Elle respire fort, gémit. Je vois son nombril, sa paire de seins mignons. Couverts de long cheveux noir. Je sais qui c'est. C'est Sasha Grey. Ma reine du porno. La plus belle et la plus salope de toutes. La plus intelligente et la plus dégueulasse. J'avais un faible pour elle. Je sais qu'elle me voit. Elle me regarde dans les yeux maintenant. Je suis paralysé. Le truc s'échine toujours sur elle. Il perd de plus en plus de bouts de viande, qui s'écrasent en suintant sur son corps magnifique. Des asticots aussi. Plus ils s'agitent plus ça grouille. Le truc ouvre grand la bouche et ricane. Alors, toutes ses dents tombent sur la ventre de Sasha. Et elle hurle. Je ne sais pas si c'est de plaisir ou d'horreur. C'est à ce moment là que le zombi me regarde. Je reconnais sa tête baveuse, verte et jaune. Son air de ressemblance avec Tullius Detritus le méchant qui sème la zizanie dans Astérix. Ce côté petit cafard crispé. C'est Eric Zemmour."



Gambiller

Bientôt
retrouvez moi nulle part
pour ne parler de rien
j'irai par les chemins
j'irai par les sentiers
cueillir des champignons
gratter le potager
il fait beau et froid
c'est un jour à lire Charlotte Delbo
ou à apprendre le mot Gambiller
dans un livre de Pierre Bergounioux
c'est un jour à ne pas faire ce qui est prévu
à ne pas être ce qu'on devrait
à regarder le temps qui passe
et le soleil prendre toute la place
avant de disparaitre

 

9/17/2021

J'écris

 J'écris par dépit ou par défaut. J'écris parce que je ne sais ni raconter ni exprimer, ni me souvenir  ni comprendre. J'écris parce que je ne sais pas dessiner ou peindre ou composer. J'écris parce que je ne sais ni danser ni bricoler. Parce que je ne suis ni manuel ni intellectuel. Parce que je ne sais pas parler ni me taire. J'écris parce que je suis fondamentalement inadapté et foncièrement impotent. J'écris parce que je n'ai pas d'instinct ni de tempo. Parce que je n 'ai aucun cinquième sens, aucun feeling. Pas d'harmonie. Ni d'équilibre. J'écris parce que je ne sais rien faire d'autre et parce que je ne sais pas écrire. J'écris parce que je brave ma lâcheté et que je lâche ma bravoure. J'écris parce que je suis aussi indissoluble qu'inconsistant, profondément complexe et particulièrement simple. Parce que rien n'a d'importance et parce que tout compte. Parce que j'ai que ça à faire et parce que je n'ai pas que ça à faire. J'écris parce que je doute. J'écris parce que je suis sûr. J'écris parce que je ne sais ni gagner ni perdre. Ni me remémorer ni oublier. Ni fuir ni me battre. Ni espérer ni désespérer.

9/15/2021

La petite rose de septembre

 


Le jour se lève sans conviction
sur la petite rose de septembre
celle qui arrive la dernière
celle qui ne croit pas en elle
négligée par les uns
oubliée par les autres
ignorante d'elle-même
prête
à sauver l'univers

9/12/2021

Il était une fois ...

 
Dans la forêt qui bruisse
les sangliers
enfoncent leurs groins
bien profond
dans la vérité 
quand ils se gavent on dirait
qu'ils ricanent
c'est un tel boucan
de bouche qui mâchent soudain 
dans le silence tendre du monde
que personne ne remarque
les étincelles
du bâton de dynamite
 dans le bec
des fauvettes
 


 

9/11/2021

Comme une chanson de Guy Marchand

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Nul n'est maître 
de son destin
rarement
de ses actes
pourtant
ta vie tient 
au creux de ta main
c'est pourquoi les épaules
de Tragédie
et Comédie
se frôlent
lorsqu'ils se promènent
au bord du torrent
juste avant
de s'embrasser


9/10/2021

Un peu de rose dans le gris

 un peu de rose dans le gris
lever de soleil sur le parking
ça va très bien 
avec les lauriers nauséants des rond-points
on dirait un rap triste
ou une chanson de Lana Del Rey
la pluie crépite sur tout ça
tout doucement
ce matin
pas d'illusion sur le maquillage
 aucun vêtement ne te rendra ta grandeur
le café te tordra le ventre
personne n'est prêt à conquérir le monde
tenir jusqu'à ce soir
ce sera déjà bien
tu seras
le Héros du rien

Mac Miller: NPR Music Tiny Desk Concert

9/09/2021

Ceci n'est pas un poème de poule

J'ai vu un renard
 comme je te vois
il m'a échangé
un peu de beauté
contre un peu de sang 

9/08/2021

Dinguerie

 Ce qui est fou c'est que chaque matin tu ouvres les yeux. 

Ce qui est fou c'est que la nuit veille encore sur les gens que tu aimes.

Ce qui est fou c'est que rien ne finit jamais de commencer.

Ce qui est fou c'est que les oiseaux portent l'aurore sur leurs dos minuscules.

Ce qui est fou c'est qu'un lapin te regarde avec tendresse et une poule avec étonnement spaghetti au bout du bec pendant que le jour se lève.

Ce qui est fou c'est qu'une orange soit orange enfant sublime du soleil comme le tien, beau comme un Dieu, te fait rire et oublier la douleur de vieillir.

Ce qui est fou c'est que tu perds la mémoire et les mots et la force et la vue, comme l'agonie danse autour de toi tandis que chaque souffle est une offrande.

Ce qui est fou c'est d'exister pour rien et que ce soit si vain et que ce soit si important et que ce soit si beau.

Ce qui est fou c'est qu'il y a toujours une tâche à se faire, une chose à rater, un coup à se prendre une merveille à gâcher, l'inachevé à porter de main.

Ce qui est fou c'est que l'inquantifiable boîte à outil de vivre est offerte à chaque bricoleur maladroit, en promotion avec l'amour et la bêtise.

Ce qui est fou c'est que l'univers tient grâce aux toiles d'araignées dans les coins.

Ce qui est fou c'est de marcher, debout, dans l'haleine froide du monde, sur le navire chavirant de la ville, dans l'aubaine d'une vie d'homme.

Telly* - Tu Me Fais Pleurer feat Prince Mercredi

9/05/2021

Petite souris myope

Pas des pages
ni même des phrases
à peine des mots
tu n'es que cette petite souris myope
debout dans les décombres
tentant de regarder 
un instant dans le ciel
des mots simples 
directs
des évidences
qui ne soient pas toujours mensonges 
peut être pas des vérités non plus
non
juste une manière de s'approcher
de flairer
de ressentir
de frémir
l'odeur d'une couleur 
la couleur d'une odeur
l'air chauffé au soleil
qui transporte les rêves 
et les douleurs du monde
les désirs et les larmes
chaque souffle
la puissance des ventres
d'une nuit jusqu'à l'autre
quelques brins de réel
quelque chose
de l'évidence 
de vivre
un instant dans le ciel
debout dans les décombres


Annobon

9/03/2021

Une bonne chose de faîte

 Tu fermes la porte derrière toi et tu pars
tu choisis un chemin et tu marches
au bord du chemin tu choisis un arbre
au pied de cet arbre tu choisis une pierre
tu t'assoies tu regardes 
c'est chose faîte
petite chose
te voila  en train d'exister


9/02/2021

Le ciel sous les chardons


 

 Acide et gras parfum de vigne
sous la brouette le chien dort
les escargots montent à la cime
d'un brin de fenouil mort
Il y a le ciel sous les chardons
et les cailloux dans la chaussures
la terre ne pose pas de question

8/28/2021

Road movie


 
 Le ciel est dégagé
je monte dans tes yeux
tu démarres 
et on roule aussi sec
fenêtres grandes ouvertes

8/24/2021

Vider calmement

 

Un oiseau de nuit
a transpercé la lune
un oiseau de nuit
un démon 
ou le soupir endormi de quelqu'un que tu aimes
ça revient au même
il s'est planté dans la lune
en un éclair sombre et doux
dans le grand blanc froid de la lune
qui s'est vidé calmement
de tout son grand blanc froid
lourd de peur et de solitude
jusqu'à te laisser flotter là
serein
léger
parmi les insectes de la nuit

8/22/2021

Fin Aout


Dans la langueur inachevée
d'un des derniers dimanches d'été
deux enfants se lèvent
ils ont lu et ri 
torses nus dans leurs lits
avant de se diriger d'un trot trainant
vers le canapé et les dessins animés
ils passent devant la porte fermée
des parents qui sortent du sommeil
en commençant par nier le jour
nier l'heure nier le temps
puis se demandent comment
dans la semi obscurité bleutée
percée d'éclats de lumière et de chants d'oiseaux
par quel processus étrange et incroyable
ils ont bien pu devenir les parents
eux qui hier encore n'étaient
que deux enfants qui se lèvent
dans la langueur inachevée
d'un des derniers dimanches d'été

8/19/2021

Le centre du monde

 Hier soir
j'ai repensé 
à ton nombril
il y a presque vingt ans
quand je t'ai connue
il était orné 
d'un diamant
j'en suis  
immédiatement
tombé 
amoureux
il avait un goût de sel
et d'étoiles filantes


Alain Souchon - La beauté d'Ava Gardner

8/17/2021

Vétéran


 Tu vas devoir fonctionner
un peu comme 
un de ces vétérans du Vietnam
ne pas trop penser 
t'activer
y aller mollo sur le café
et les alcools durs
éviter la fatigue
la nuit
les psychotropes
tout ce qui pourrait te faire sombrer 
à nouveau dans la peur
va marcher ou jardiner
écouter Lambshop
la tête contre le fauteuil 
regarder le vent qui agite les rideaux
les feuilles les arbres
les nuages
profite de tes gosses
de ta femme
de la lumière
d'un bon gâteau
repose toi
prends ça comme un avertissement
un signal d'alarme
tu es en sursis
nous sommes tous 
en sursis


8/16/2021

Zed Yun Pavarotti - Papillon (Clip Officiel)

B.B


 
 Nous cachons tous 
un Walter White
à l'intérieur de nous
un homme 
prêt à faire le mal
pour faire le bien
un homme prêt 
à se perdre
irrémédiablement
pour sauver quelque chose
de sa vie
un enfant infâme
au bord du gouffre
qui résiste
et prend goût 
à sa puissance
un être attendrissant
et pitoyable
minable
et éblouissant
un pauvre type
qui met toute ses forces
toute sa haine
tout son amour
à essayer 
chaque matin
de découper 
aussi parfaitement 
que possible
les bords de son sandwich 
confiture beurre de cacahuète
avant de  mourir

8/14/2021

Les étoiles filantes


 

 La nuit avait rempli entièrement
la maison trop vide
une nuit d'été
chaude et calme
je suis sorti m'étendre
sur les pierres
dans la paisible indifférence du monde
j'ai écouté ses crépitements
ses murmures
les échos d'une musique au loin
les voitures qui filaient dans l'obscurité
j'ai scruté
tout au fond du ciel
les étoiles filantes
ces connes
qui ne savent même pas
que tu existes
toutes à leurs combustions
précipitées
inéluctables
leurs scintillements fugaces
et éphémères
je voulais essayer
de me rendre compte
de quelque chose
de vous
de moi
des gens que j'aime
de la solitude
de la bonté
et de la peine
je voulais essayer d'être là
simplement
un instant
parmi les étincelles de la nuit
entre le ciel et les fourmis
dans le grand néant éternel
simplement
un instant
d'être là