3/06/2021

N'oubliez pas



L'alcool
la mort
et l'amour
sont des bonbons
à la violette
 
La pureté 
n'est pas pure
 
Dans chaque flocon de neige
 des ours 
dégringolent
 
n'oubliez pas 
d'oublier

Blundetto - From The Floor (Official Video)

La légion



 
Tristesse aux aguets
farce froissée
Et sourcils froncés
Nous sommes la légions
des petits bras cassés
le pourcentage de perte
du mensonge
Nous parlons peu
Nous n'en pensons 
pas 
moins

3/02/2021

Captain Luke and Cool John "Rainy Night in Georgia"

Le réveil cassé

 

Tour du jardin. Tour du matin. J'arpente l'herbe gelée, les mottes boueuses, l'aube qui brille. Les pâquerettes sont en boutons. La buée sort de la bouche des oiseaux. Le printemps gagne. Pourtant, toujours, quelqu'un, quelque part, gémit. Je me tiens prêt au jour. Chevalier avec peur et avec reproche. Debout. Abimé. Désarmé. Il y a dans mon bureau un vieux réveil de voyage Acora dans sa boite rouge. Les rouages et les ressorts doivent être fatigués, il s'arrête au bout d'une minute. Je dois sans cesse revenir tapoter dessus avec mon ongle pour que la minute suivante s'écoule. Cela me va, me ressemble. C'est à peu près ce que je fais avec ma cervelle.  Tapoter dessus avec l'ongle des mots pour relancer les rouages des secondes. Quand je suis là haut pour écrire, avec le jour qui monte par la fenêtre, nous jouons un peu à ce jeu là lui et moi. Mon cher réveil cassé. Chaque minute un coup d'ongle. Jusqu'à ce que je me lasse. Alors j'abandonne et le laisse renoncer à la marche des heures. Son défaut d'usure lui offre ce pouvoir considérable que je n'ai pas. Arrêter le temps. Que vais-je rater aujourd'hui, à part de belles occasions d'écouter les secondes battre la mesure de la vie ? Ici les enfants paument leurs dents, l'abricotier est en fleur et les poules chient sur la mort. Je suis prêt à perdre la bataille. L'ongle solide et les yeux ouverts.

2/26/2021

Les violettes

Un jour 
un beau jour
les violettes 
envahiront le monde
leurs racines leurs tiges 
leurs feuilles leurs pétales 
s'étendront délicatement 
en noeuds inéluctables
sur l'entière surface 
du monde
dans la terre sur les pierres
sur la mer et les arbres
les volcans les montagnes
les glaciers les ruisseaux
sur les murs et les routes
les immeubles les maisons 
sur les chiens les oiseaux 
les poissons les questions
sur nos rêves nos cauchemars
sur les monstres et les anges
les mères et les putains
les prisonniers et les enfants 
partout sur la planète
et puis dans le ciel 
les nuages l'espace la galaxie
la lune et le soleil
la poussière de mars
partout dans l'univers 
les violettes
s'étendront délicatement
en noeuds inéluctables
jusqu'à tout recouvrir
et la terre les pierres
la mer les arbres
les volcans les montagnes
les glaciers les ruisseaux
 les murs les routes
les immeubles les maisons 
les chiens les oiseaux 
les poissons les questions
nos rêves nos cauchemars
les monstres les anges
les mères les putains
les prisonniers les enfants 
la planète et puis le ciel 
les nuages l'espace la galaxie
la lune et le soleil
la poussière de mars
tout  l'univers 
étouffera 
paisiblement
dans les parfums capiteux
de leurs couleurs

2/25/2021

Marque-page

 Une feuille rose
de papier toilette
tient lieu
de marque-page 
elle va bien 
avec ces poèmes
pas parce qu'elle sert
à s'essuyer le cul 
non
mais parce qu'elle est 
douce
et rose
qu'elle joue 
avec la densité de l'air
détachée de tout
et qu'elle ne se prend
 pas
pour ce qu'elle n'est
 pas


2/24/2021

#TICTACTICTACTICTAC

 Il est 8h12 du matin
nous sommes le 24 Février 2021
Lawrence Ferlinghetti vient de mourir à 101 ans
tout comme Georges Bonnet
chaque jour nous comptons
les victimes les bourreaux
les pas les places qu'il reste
pendant qu'une machine enregistre le son du vent sur Mars
un comptable
masqué
en slip
super héros grotesque
traverse l'horizon



2/22/2021

Georges Bonnet - Je tente parfois d'écrire ...

Je tente parfois d'écrire ce qui ne peut
s'écrire en laissant pleuvoir mon enfance sur
des blés à la tête roussie ou les ocres blessés
de mes vieux octobres

Je sors les mots que j'aime  de leur orphelinat
les sans royaume les cousus de lierre les peu
sûrs de leur orthographe les plus terreux
porteurs d'outils

Je les laisse comme les pierres déverser
leur trop-plein de silence
puis comme le pain se donner jusqu'aux miettes

Georges Bonnet - un ciel à hauteur d'homme- L'escampette éditions

2/21/2021

Le coeur pur du barbare - Le castor Astral editions - parution Mars 2021

 

Le coeur pur du barbare
va paraitre en mars
chez Le castor Astral
(en même temps
que Les belles Ronces
de Cécile Coulon
ouech le sang)
j'espère qu'il vous plaira
La poésie est à vous
emparez vous en !





LE COEUR PUR DU BARBARE 

Thomas Vinau

ISBN 9791027802791

9,00 EUR

256 pages

mars 2021

Le Castor Astral 

 


Un extrait lu par Adèlle Molle sur Musiq3- RTBF








2/16/2021

L'équilibriste

 

Une enfance entière
à jouer l'équilibriste
Le long des trottoirs
sans se douter
que la vie restant
consisterait à avancer
au beau milieu
des larges allées
qui longent le vide

2/14/2021


Oui mais comment ne pas aimer
la mousse sur les murets
des pavillons abandonnés

2/13/2021

La buche

 

 


La buche a cuvé sa mort, doucement, tout au long de l'obscurité. Le matin je souffle sur les braises, mes yeux pleurent et si je rallume le feu j'ai l'impression d'avoir fait quelque chose de valable. Il a plu cette nuit, l'aube est trempée de chants d'oiseaux. Dehors la boue brille. Dedans le feu fend le silence. Il danse dans nos minuscules ténèbres. Le jour s'ouvre, c'est une orange ou les pages d'un livre. Il y a toujours un poème pour me sauver de moi même. Parfois je renonce à le chercher. Hier soir une phrase de Jules Renard devant la suie du temps : "Après l'orage, une nuit noire, faite de tous les éclairs éteints." Ce matin, la bouche édentée d'un enfant parfaitement dépeignée. Il y a encore des petites souris, des enfants, des feux, des phrases de Jules Renard. Alors encore je me relève, dans notre miraculeux vacarme. Jusqu'à la dernière braise.

2/12/2021

Négatif

 
(Early child photography, 1890s, Robert Bain, USA)


Nous avions mis plus de deux heures avant d'arriver au sommet. Le soleil était bien planté au milieu du ciel, et nous pile en dessous. Assis sur une grande pierre humide pour l'éternité, nous avons regardé au loin un long moment avant de recommencer à parler. Il m'a dit que nous pourrions prendre une photo mais en même temps à quoi bon puisqu'elle ne garderai rien de toute l'ampleur de cet instant, à peine une empreinte. Et puis il m'a dit : tu vois c'est drôle les mots je n'y avais jamais pensé avant mais, photo-graphie, ça veut dire écriture de la lumière non ? Et pour écrire avec la lumière il faut inscrire son ombre.  L'empreinte des ombres. Ce qu'on appelait avant un négatif. Il faut écrire l'ombre sur un négatif pour écrire la lumière. C'est drôle hein ? Je n'ai rien su lui répondre.

2/06/2021

Silex

 Le ciel prit 
la teinte d'un crâne
puis celle d'un loup
puis celle d'un feu
puis celle d'un ciel
les ennuis commençaient
il fallait vivre

2/03/2021

Thomas Vinau & Carl Norac - Midis de la Poésie

 J'étais invité par Carl Norac, poète national belge mais surtout ambassadeur sans frontière de fraternité et de beauté à participer aux Midis de la Poésie pour causer dans un musée à Bruxelles, de ceux qui m'ont fait et de ce que je fais. Bien sûr le voyage fut reporté, moi qui me faisais une joie de découvrir les méandres lumineux de cette ville guidé par ce fameux capitaine de navire, mais la rencontre, elle, a bien eu lieu. Malgré la distance et la virtualité du média elle fut chaleureuse, riche et intime, fort agréable pour moi et j'espère pour ceux (nombreux) qui y ont assisté de chez eux. Carl Norac,  tel un prince jamaïcain ou un shaman inuit a mené la danse du grand partage foutraque de la poésie. J'ai lu des extraits, lui aussi, nous avons évoqué nos clochards célestes, en donnant une belle place à deux d'entre eux, particulièrement cher à mon coeur Richard Brautigan et Pierre Autin-Grenier. Voilà la vidéo, cet exercice de live par ordi interposé était mon premier, soyez indulgents, et il faudra que je pense à changer de t shirt on dirait que ma barbe est plus longue que mon nez mais bon, j'espère que si vous avez la patience vous sentirez la chaleur. Un grand merci en tout cas à Carl Norac pour sa gentillesse et son attention, et à Mélanie Godin et  Victoire De Changy pour l'opiniâtreté à construire ces moments malgré le contexte et pour leur indulgence.

 

Je précise que pour cette occasion, chaque matin et tout au long de la semaine, Adèle Molle lit (formidablement bien) un de mes poèmes sur l'antenne de Musiq3 (notre France culture belge me dit Carl) dans sa pastille matinale Le moment poésie. Un grand merci donc. Vous pouvez et pourrez les écouter là

1/30/2021

Une grenade

 
 

(Gustave Courbet, pomme et grenade" 1871)



Une grenade
(le fruit 
pas l'arme)
sèche doucement
depuis deux mois
dans la cuisine
au fur et à mesure
que le temps passe
(doucement)
sur le sang flétri
de sa peau
elle gagne
(doucement)
en beauté
autrement dit
moins 
elle est comestible
et plus 
elle est
(doucement)
belle
attention ici
je ne parle 
ni d'amour ni 
de poésie 
quoi que
(doucement)



1/27/2021

Ce n'est pas le jour qui se lève

 
(Hans Silvester, Homme lisant un livre entoure de cerfs Sika dans le parc de Nara, Japon1960)
 
 
 
 Ce n'est pas le jour qui se lève
c'est un mot
et suivant le jour
ce n'est pas le mot jour
parfois c'est le mot nuit qui se lève 
parfois c'est le mot seul
parfois c'est le mot vie
ou spaghetti 
ou mandarine
chaussette
alcool
bouton
peau
colline
quand c'est le mot cul
qui se lève
ou le mot temps
ou le mot amour
c'est un bon jour





1/19/2021

Jean-Louis Murat - L'arc en ciel

Vivre

Vivre comme tout le monde
et mourir comme tout le monde
rire comme tout le monde
et pleurer comme tout le monde
avoir peur comme tout le monde
et envie comme tout le monde
souffrir comme tout le monde
se tromper comme tout le monde
toucher vrai comme tout le monde
être en colère comme tout le monde
et compatir comme tout le monde
se lever se coucher comme tout le monde
refuser de se lever de se coucher comme tout le monde
refuser comme tout le monde
accepter comme tout le monde
galérer et souffler comme tout le monde
ce petit miracle merdique
ce privilège anodin
d'avoir le droit et le devoir
d'exister
comme tout le monde
 

 (à Jean-Pierre Bacri)

1/14/2021

 Est ce une faille spatio-temporelle
ou une tache de gras sur mes lunettes
au bord du vide le jour se lève