dimanche 31 mai 2009

I am a man


La source

L'herbe monte jusqu'à mi-cuisse. Les pluies de printemps rendent les rus toniques. Il peut presque entendre le cri vert foncé des prairies. L'eau est fraîche, glacial. Quelques têtards dévalent confiants dans le sens de la pente. Il remonte le courant jusqu'à la source. Aux pieds juteux des collines sombres. Le fil du ruisseau est de plus en plus mince, de plus en plus glacial, presque minéral. Il sourd du ventre souffreteux de la montagne. Entre deux roches moussues, le fin filet d'eau clair. Il s'accroupie, approche son visage, lape. Sa langue entre les cuisses de la terre. Le jus froid de cette femme.
(projet Autre chose)

en grève !


Je suis
l'humanité entière
dans sa splendeur merdeuse!

samedi 30 mai 2009

L'épuisette

Je l'admire cet homme. Cet homme dans son désert, qui se taille la moustache avec application devant son petit miroir. Des airs de lord anglais. Il s'apprête, se prépare. La moitié de sa vie. Matériel révisé : binocle, boussole, sextant. Chemise repassée pour faire honneur aux choses. La moitié de sa vie pour être vraiment près. Parce qu'il faut faire les choses quand il faut les faire, ni avant, ni après. Et puis le jour venu, chaussettes sur les mollets, il s'élance, par petites foulées. Dans la brûlure. Dans son désert. Horizon aveuglant. Nuages de sable jaune, de cadavres séchés. J'admire cet homme, épuisette à la main, qui consacre sa vie, qui court, déterminé à récolter un petit peu de poussière avant de disparaître. Bientôt ne restera que l'épuisette dans le désert.
(projet Autre chose)
Vivre dans le vivant
enfoui
dépassé
se raccrocher aux branches
récupérer les miettes
écrire des poèmes

vendredi 29 mai 2009

Puisque vivre c'est ça

Il traverse
tous les livres oubliés
tous les visages
toutes les odeurs
tous les instants
tous les souvenirs
dont il ne se souvient pas
Il avance confiant
dans sa grande nuit sans fin

Nounours

(via antologia)

jeudi 28 mai 2009

Bientôt...

En Juin devrait paraître aux chouettes éditions du soir au matin ce petit objet/récit/hommage dont je suis pas peu fier . 25 pages pour convoquer le fantôme qui plantait des fleurs à la lueur des bougies et faire un bout de chemin avec lui ...


(...)
Il s'approchait
de chaque couleur
sur la pointe des pieds
(...)
D'une manière générale, je suis contre, tout contre.
Ce matin
il est comme les avions
il tire des traits dans le ciel

Salle d'attente


L'ennuie me passionne, se dit Alfred. Cette façon qui est la notre de vivre comme dans une salle d'attente sans savoir s'il s'agit d'un dentiste, d'un psychiatre ou d'un gynécologue derrière la porte...

mercredi 27 mai 2009

jeu set et match

Il sort avec la passoire
les cerises ont déja pourri
finalement rien n'a changé
il garde un coup de retard
sur la vie

De quelques bonnes raisons de mettre un pied devant l'autre

l'eau glacée de son rire
ses griffes
ses danses ridicules
sa respiration
ses pieds nus
ses envies de glaces
sa peau
sa façon de jeter le sel par dessus son épaule
le cyclone perpétuel dans la salle de bain
les chansons qu'elle invente
son goût des schtroumpfs et des opossums

Première preuve du fait qu'hier a changé aujourd'hui

Sur la route ce matin
3 dinosaures fluorescents
entre les carcasses d'hérissons
...

Disabled animals flying club

mardi 26 mai 2009

La plage

Il a marché longtemps sur la plage déserte. Aucun signe dans le sable noir. Aucune aide. Un bout de verre poli, le ventre blanc d'un crabe mort, une souche à moitié noircie par le feu, des graviers. Il a marché longtemps, le vent brûlait son visage. Il aurait voulu s'assoir au fond de l'océan. Il aurait voulu que quelque chose le désaltère vraiment. Coupe sa soif, sa fatigue. Il a trébuché. Il a continué. Les pieds en sang. Au bout de la grève, dans le fin fond, il y a un phare. Il y a un plan. En tout cas c'est ce qu'il espère en marchant. Un jour, il se rend compte que quelqu'un marche avec lui. A son ryhtme. Il regarde. C'est un pingouin. Il trouve ça plutôt rassurant.
(projet Autre chose)

radio réveil
éric Besson à la télé
reprise du travail
pluie
blessure
un ami triste
Putain de journée !
...

lundi 25 mai 2009

à ceux

qui consacrent leur vie

à escalader un pétale

King of dogs

Perdu

Le temps est lourd
il faut faire des choses
il y a des choses à faire
ces choses qui nous éparpillent
qui nous défont
ce piétinement
On reconnait un jour perdu
à ses façons
d'insecte

Marcello Négro

8 1/2, collage de Louis Watt Owen, 1975.

dimanche 24 mai 2009

Rainer Maria Rilke

«Je crois à la nuit.»

Roni Horn / Man and Hot Pot / 1991/94

(péché chez membrane)


Le fraisier

Il s'applique. Il faut encore qu'il aille chercher les fraises fraîches, et qu'il agence les boudoirs. Il trempe ses doigts dans la crème. Parfaite ! Ni trop sucrée, ni trop épaisse. Quand il réussit une crème, il est heureux et rit derrière sa main. Parfois il se penche sur le bol de zeste juste pour respirer, il ferme les yeux et s'imagine en Andalousie. Il n'arrive pas à comprendre pourquoi il s'imagine toujours en Andalousie lorsqu'il sent un parfum de citron. Il n'a jamais foutu les pieds en Andalousie. Il chantonne, s'essuie les mains sur le tablier plein de farine. Le plan de cuisine est un champs de bataille sucré. Il adore ça. Ce soir il pourra faire goûter sa nouvelle recette à ses petits chéris. Dehors le trafic se calme. Le centre ville est désert à partir de 19 heures, ça va pas tarder. Un peu de sucre glace et c'est bon. Une petite demi heure au frigo pour faire refroidir le biscuit et tout sera parfait. Il passe un coup d'éponge, jette les ustensiles dans l'évier et va prendre une douche en attendant le bon moment. Il sort de chez lui aux alentours de 20h, toujours en chantonnant, le gâteau à la main. Il a pris son chapeau et son parapluie. Il prend toujours son chapeau et son parapluie. Il passe par les petites rues jusqu'à la vieille ville. Le vent du soir est frais, agréable, malgré le pollen irritant des platanes. Il marche sous les arches bleutées des tubes cathodiques irradiant des fenêtres, salue les restaurateurs qui balaient devant leurs portes et arrive derrière la cathédrale. Il a toujours les clefs du vieux cloître même s'il n'est plus responsable des batîments municipaux. Il pousse les grilles du jardin puis les portes vermoulues de la cave. Tout excité, il appelle: Mes chéries venez voir le cadeau de papa ! L'ombre de la cave reste immobile. Il déballe le fraisier et le pose soigneusement sur les pierres usées de la dernière marche, puis il reste silencieux quelques minutes. L'ombre grouille maintenant et la cave s'emplie de petits cris stridents. Il recule en souriant jusqu'au sommet des marches. En refermant la porte, il a le temps de voir la marée de rats noirs qui inondent la crème en attaquant les fraises.
(projet Autre chose)

D'une forme de relativisme culturel

Dans les yeux du clebard
cette façon de dire :
Arrête tes conneries
Moi aussi il m'arrive d'avoir peur
Viens plutôt te vautrer dans l'herbe
Sent, regarde, respire
Balance moi ce bâton
Pète un coups, et lâche nous un peu la grappe bordel !

samedi 23 mai 2009

Digs the beatniks

mine d'or ici

samedi matin

Vaisselle à grande eau fraîche
portes ouvertes
baffles qui soufflent
c'est une matinée un peu chaude
mais moins qu'hier
un orage se prépare
ai ramassé quelques cebettes
éclairci les radis
planté des courges
les pieds nus dans la terre
puis sur le carrelage froid
l'impression d'être à sa place
comme un papillon
entre les cuisses d'une fleur

vendredi 22 mai 2009

William Eggleston Gun

William Eggleston Morton, Mississippi 1969-70
© William Eggleston
"C'est faire trop beau cadeau à la mort et à ses amis que de ne pas tenir tête joyeusement à leur enfer." Louis Watt Oten
(en bel écho à Marcello négro envoyé par l'amicale paluche simiesque)

jeudi 21 mai 2009

Marcello négro



Marcello négro
est le général
d'une armada de fleurs et de chiens


Marcello négro
crache
hurle
puis se tait
et son silence en dit long
sur la brûlure


Marcello négro
machouille dés qu'il le peut
un ploutocrate
entre ses dents

Marcello négro
considère que les trois quart
du continum espace temps
sont irrespirables

D'une manière générale
Marcello négro
compte
double

Marcello négro
n'a pas peur
d'aimer
ses rêves sont des flèches
qu'il décoche
en fermant les yeux


Quand Marcello négro parle
les mots tombent de sa bouche
comme des cailloux bien gras

Marcello négro jure
qu'on ne l'y prendra pas
deux fois


Marcello négro
n'est pas d'ici
mais il n'est pas d'ailleurs non plus
il est un étranger
intime


Marcello négro
fomente sa revanche
à grands coups
de miettes


Marcello négro
trouve qu'il y a de la prestance
et du prestige
à exister
en disparaissant

Marcello négro
préfère chier dans la bouche
que dans les bottes


Marcello négro
ne vaut rien
et c'est très bien
comme ça

La dissémination

Après cette sale journée de fin de semaine, il était allé finir de disparaître sur une chaise de jardin de la terrasse. Il n'arrivait plus à penser, plus à parler, plus à bouger. Il était sec comme un cadavre après une tournante de vampire, et la simple idée de la vacuité de cette journée épuisante l'épuisait doublement. Au moins avait il assuré ce qu'il avait à faire. La peine était assumée, le joug accepté, le travail effectué, il était chez lui et pouvait à présent s'évaporer en toute dignité. La turgescence du printemps l'aidait bien dans cette affaire. Rien de tel pour disparaître en paix que de se laisser aspirer par les mille verts jaillissants de la végétation. La terre était grasse, tout poussait ici, et il laissait faire la nature avec une passivité bienveillante. L'herbe était haute. Ses yeux allèrent se perdre dans les boursouflures sombres du tilleul. La brise transportait les parfums de chlorophylle et de fleurs du chèvrefeuille jusqu'à ses narines. Les rayons du soleil couchant révélaient des autoroutes de lumière pleines de vaisseaux en pollen et d'insectes. Il se laissa inonder, submerger par l'espace surchargé de sensations. Il ne pensait rien. Il était bien, proche d'une forme de paix qu'il n'avait pas trouvé depuis longtemps. Il se sentait léger, évanescent comme une fleur de pissenlit. Le soir lui souffla dessus. Il s'envola.

(projet Autre chose)

mercredi 20 mai 2009

It hurts me too

?....

Dans le jardin
cette fleur étrange
grande tige couleuvrée
calice violet
parfum de rat mort

L'oeuvre de l'herbe


A mon sens, l'œuvre de l'herbe n'a pas moins d'importance que le labeur des étoiles.
Walt Whitman

Cache-cache

Hier soir
j'ai cherché un poème
dans le paysage
dans les nuages du crépuscule
dans le tilleuil velu
J'ai cherché longtemps
mon poème
sans succés
Je me suis tapé le front
je me suis levé
énervé
et puis finalement
c'est en allant discutailler avec toi
dans la cuisine
que je l'ai trouvé
recroquevillé
sous les épluchures
de carottes

lundi 18 mai 2009

La comète

Elle s'ennuie
on va marcher le long de la Durance
le chien repère une portée de canards
Il fait chaud
pieds dans l'eau
Elle s'assoie sur un gros caillou
je trouve un baton
des minots passent en canoë
Son ventre
Son sourire
les reflets de la lumière
Elle me dit qu'il faudra revenir ici plus tard
lui apprendre à pêcher
faire des ricochets
débusquer les hérons
Nous sommes dignes des plus grands ingénieurs du futur
nous avons des plans pointus
sur la comète

dimanche 17 mai 2009

samedi 16 mai 2009

Je manque un petit peu de courage

Marcello


Je me souviens
de Marcello Mastroianni
qui disait sur un plateau télé
que les acteurs étaient des putes de luxe
Je me souviens de l'image de Fellini
réajustant son chapeau
sur le tournage de 8 ½
Je me souviens de ses pets juteux
dans la Grande Bouffe de Ferreri
Je me souviens d'Anouk Grinberg
qui le ramène titubant de tristesse dans 1,2,3 soleil
Je me souviens de sa façon de dire
Regarde comme je me tiens droit !


vendredi 15 mai 2009

Dans ta gueule


La chanson

Un refrain chantonné
par un vieil harki
assis sous un porche
à attendre
la fin de la pluie

Le plus bel endroit du monde

Et le plus bel
endroit du monde
je l'ai découvert
dans les trois centimètres
de matelas
qui patientent la nuit
entre toi
et moi
(Buffalo 66)

The beer store

La pluie a le parfum du sucre


L'herbe mouillée du mois de mai m'a promis toutes sortes de choses. Les rues sont vides. Les rond-points tristes à mourir. Mais une fois sorti de la ville, là où le ciel et les fossés se rejoignent, dans l'horizon des bas-côtés et le jus tiède des pompes terreuses, un goût persiste !

jeudi 14 mai 2009

Anyone else but you

le maître de maison

Il faut monter le grand serpent de terre jusqu'au sommet de la colline pour l'atteindre. En haut il y a le vent et le silence. Deux cèdres immenses gardent l'entrée du porche. Les portes claquent dans la grande maison coloniale. Les moustiquaires sont déchirées, les vitres brisées. Le vent souffle en remuant les rideaux. Un lointain bruit de marteau donne le rythme. Il est régulier, déterminé. Il est le pouls de cet ancêtre. La bâtisse est sombre, les lattes craquent parfois en un bref gémissement de bois. La poussière se balance mollement dans la lumière. Si vous aviez le courage de monter les trois cent marches en chêne de l'escalier, vous le verriez de dos. La vague de ses longs cheveux blancs brisée  par le col de sa redingote raconte à elle seule de drôles d'histoires. Il ne se retournera pas. Tout absorbé qu'il est à clouer sa silhouette sur la porte.

(projet Autre chose)

la porte

L'ordinateur est dans l'entrée, dans le couloir. J'écris là. Dans l'entrée, devant la porte. Il m'arrive d'écrire lumière éteinte, porte fermée, parfois la nuit, dans la respiration blanche et électrique de l'écran. Mais la plupart du temps, j'écris le matin, porte grande ouverte.

mercredi 13 mai 2009

Calypso Bob



Il paraîtrait
que Robert Mitchum
écrivait de sacrés
poèmes d'amour
Ce qui n'est pas vraiment étonnant
quand on pense
au nombre de shérifs alcooliques
et de chanteurs de calypso
au bord
du désespoir

lundi 11 mai 2009

Le jardinier

Il avait le plus beau jardin du village. Un potager à 100 mètres de la maison. Cloturée, creusée, bâtie, la terre était comme une église qu'il avait taillée de ses mains. Une allée de myrtilles et de groseilles. Un mur de framboises sauvages. Des chambres pour chaque saison. le récupérateur d'eau, le compost, la cabane à outils, la petite serre en ferraille et en verre. Poireaux, tomates, salades, poivrons, choux, haricots, carottes, blettes et rutabagas. Tout au fond les arbres fruitier. Le cerisier en forme de monstre. Tous les matins il s'y rendait, ôtait le crochet du portail, mettait la pompe en marche les yeux déja vers la binette. A midi, il ramenait les légumes, que sa femme distribuait de l'infirmière à l'épicier. Je me souviens de l'odeur lourde des mûres qui bouent dans le sucre et au fond du chais, tête à l'envers, des pieds de plantes interditent qui séchaient là pour les liqueurs. A partir de 16 heures il y retournait jusqu'à l'heure de la dame verte sur le sucre du soir. Pendant les vacances il nous montrait ce qu'il y avait à faire. En bêchant il sifflait. Seule la cabane nous était interdite. Il n'en fallait pas plus pour que ça nous obsède. Un jour je l'ai suivi, à l'aube, et j'ai regardé par le trou entre les planches. La pièce était une nurserie pleine de semis. Toutes sortes de pousses s'y épanouissaient. Toutes sortes de plantes poussaient là dedans. Il y avait assez de racines et de germes pour fendre tous les trottoirs de la ville. Une sorte de petite couveuse attira mon attention. Il y revenait tous les quarts d'heure pour jeter un oeil paternel. Lorsqu'il quitta le jardin ce soir là, c'est moi qui brisai d'une pierre la vitre de son monastère. En m'approchant de la couveuse je découvris sur l'étiquette le nom de ses pousses chéries. Etait écrit d'une belle écriture à la plume: Points de suspension.
(projet Autre chose)
Les ronces repousseront
c'est rassurant de penser
que les ronces repousseront

dimanche 10 mai 2009

Madame Cyprine

Elle crache comme un chasseur de grizzly
Elle vit à moitié nue sur un matelas sans drap
Elle ramasse les fruits à la fin du marché
Elle écrit des poèmes
Dans sa bouche les gros mots ressemblent à des fraises


Le colporteur


La roue de son chariot sur les chemins de castine. Ses pas silencieux et décidés. Le rythme de sa marche. Lorsqu'on le regardait marcher, on savait qu'il venait de loin et qu'il allait y retourner. Il vendait à la criée, sur place du village et cours de fermes. Certains étaient prévenues de son passage, des mois durant ils patientaient. D'autres perdaient le courage d'attendre et partaient à sa recherche dans les comtés avoisinants. Certains ne l'ont jamais vu passer et ceux qui étaient là ne peuvent plus en parler. Les enfants jouent à l'imiter en prenant des airs de monstre. En gonflant la voix ils chantonnent:
Souvenirs , regrets et temps perdu, 
Je vends ce qui ne se rattrape plus

( ces textes/portraits sont extraits d'un projet en cours qui s'appelle pour l'instant Autre chose)

Elle avait l'air heureuse

Hier soir
minuit passé
une fourmi perdue
dans mon verre de vodka
me crie à ta santé

samedi 9 mai 2009

Les signes

Les marguerites c'est l'arnaque. Il y a bien les étoiles de mer mais je suis allergique aux crustacés. Depuis qu'elle est partie je ne pense qu'à ça. Il y a des signes qui ne trompent pas. Suffit de les trouver. Sous la pluie il y a des signes. Dans les étoiles. Dans ma poubelle. Sur la route il y a des signes. Surtout les départementales, c'est ma mémé qui me l'a dit. Dans les bulles de savon et les bocaux de cornichons. Il peut y en avoir partout des signes. C'est un peu le problème. C'est pourquoi il y a un principe de base. Surtout ne pas chercher. Un signe ça vous tombe dessus comme l'eau des balcons trop arrosés. C'est inéluctable. Je sais qu'elle m'aime à présent. Je ne pense qu'à ça depuis que je suis tombé sur ce drôle de machin. J'ai compté ça marche. Il était dans un gros tas de compost plein de lombric chez ma mémé. J'ai pris une pelleté pour rempoter les semis et hop il était dedans. C'est pépé qui l'a attrapé. Il m'a dit Regarde, elle a une étoile au bout du nez. Je ne le croyais pas mais j'ai bien vu que c'était vrai, il y avait une étoile au bout de son nez. Alors il l'a bien tenue dans ses mains et moi j'ai commencé à compter. Un peu, beaucoup, passionnément... 22 branches à l'étoile du bout de son nez. La dernière a dit beaucoup. Alors tu vois, je sais qu'elle m'aime. C'est pas compliqué.


(Projet Autre chose)

L 'ambition cosmique de Monsieur Dure



Le jour ou il décida de faire la révolution, il se rasa la moustache, tous les commerçants du quartier en furent bouleversés...



vendredi 8 mai 2009

Jimmy Scott



Le collectionneur

Il était le dernier à la terrasse du café. La grand place était vide. Les bulles de sa bière n'étaient plus qu'un lointain souvenir. Depuis deux heures et demi il raturait l'enveloppe en cherchant une phrase qui serait à la hauteur de la rencontre fortuite qu'il avait eu le matin même avec un jeune orvet près du tas de compost. Ses yeux perdus. La lumière sur son corps brillant. Mais rien à faire, il était sec comme un mois de juillet. Un type soudain lui tape sur l'épaule. Un petit chauve à lunette dans un costume taupe.
Il lui dit :
- Excusez moi monsieur, m'offririez vous cette enveloppe ?

- Bon dieu oui mais pourquoi ? répond l'autre énervé
- Je vous ai aperçu de loin et n'ai pas pu m'en empêcher. Quel merveilleux spécimen pour ma collection !
- De quoi ? Vous collectionnez les enveloppes ?
- Non monsieur, je collectionne les ratures, et la vôtre est de toute beauté !

(projet Autre chose)
Impossible d'écrire un poème
alors j'ai allumé un feu ...

jeudi 7 mai 2009

Le veilleur de nuit


Chaque minuit de Mai, il attend le cri double-tranchant, couleur jaune et rouge de la Dame Blanche. Son père et son grand père, avant lui, attendaient. Un jour, bientôt, il réveillera son fils et lui dira : Ecoute, les pas dans le grenier... N'aie pas peur, c'est la chouette qui nourrit ses petits. Ses plumes blanches sont parsemées de sang. Tu l'entendras toutes les nuits, et puis dans quelques mois tu n'entendras plus rien. La lune sera rouge. Les petits seront grands. Tu auras fait ta part et pour te remercier elle reviendra un jour, à son tour, pour protéger ta nuit et veiller tes petits.
(projet Autre chose)

Et d'un cul sec il bu ce qu'il restait du ciel

Au sommet
de la plus haute tuile
du plus haut toit
un minuscule oiseau
éclate d'un rire gras

La forêt

(...)

Il progressait très lentement. Les jambes remplies d’épines, les mollets déchirés, les pieds froids. Ses chaussettes ramassaient toutes sortes de saloperies piquantes et impossible à décrocher. Les arbustes gardaient encore au centre creux de chaque feuille, des gouttes de rosée glacées qu’il récoltait dans les cheveux ou dans la nuque à grands coups de frissons. Il avançait avec peine, obligé de rebrousser chemin à plusieurs reprises afin de contourner un obstacle qu’il se fatiguait à essayer de traverser de front. Il s’agitait, s’énervait, s’en prenant à chaque aiguilles, à chaque liane, à chaque branche qui freinait sa progression. Il le prenait mal, personnellement mal, comme une atteinte à sa fierté, comme une humiliation de plus. Humilié par les hommes. Humilié par la vie. Humilié par la nature. C’était comme si la forêt se moquait doucettement de lui, comme si la terre le traitait d’incapable, d’impotent, d’imposteur, et ça il ne le supportait pas.

(...)

Extrait de La Forêt, en cours d'écriture

mercredi 6 mai 2009

La route

Premières images du film La Route de John Hillcoat adapté du roman éponyme de Cormac MacCarthy (avec Viggo Mortensen, Charlize Theron, Robert Duvall. Musique de Nick Cave.)

L'immaculée déception

( photo via jule & nicho)
.
Dites moi la vérité, toute la vérité, mais pas rien que la vérité.
.
On écrit comme on respire, c'est à dire comme on étouffe.
.
On n'est jamais déçu par la déception.
.
Pierre Peuchmaurd, l'immaculée déception, atelier de l'agneau, 2002

Le miracle de la vie

Quelle douce
et drôle d'idée
de se rendre compte
(à l'instant)
qu'en ce moment
émilie à en elle
2
trous
du cul
...

mardi 5 mai 2009

Moi je dis ça je dis rien hein

Mon petit gars
je suis sûrement
d'une incroyable étroitesse d'esprit
mais laisse moi te dire
que tant que tu chercheras
La Vérité
sur Dailymotion
bin t'es pas près
de la trouver
( photo via come on die)
...
J'aurais aimé
ne jamais avoir
à te faire dire
c'est dommage
...
( photo via come on die)
...
Ce jour là
tu m'as sauvé la vie 1000 fois
sans même être présente
...

Laissez moi là

On rigolait bien avant, je crois
on se comprenait
on se respectait
et puis le temps a mélangé tout ça
dans un noeud de brûlures
et de lointains souvenirs
à présent je me fous
définitivement
de tout ce que tu racontes
il m'importe juste
de vivre
un peu plus
pour de vrai

Léo

Le lion
qui tourne pour la première fois
le 18 décembre 1928
le générique des films
Métro-Goldwyn-Mayer
s’appelait
Léo
(Extrait de Chronique des années 20, paru dans le dernier Liqueur 44)