jeudi 25 février 2010

Nous dansions

Nous dansions et nos ombres
faisaient comme des couteaux
dans les yeux des poissons

Chantier


Il vient traîner là. Souvent. De plus en plus souvent. C’est comme visiter une carcasse. Certains viennent ici pour chier. Ou se shooter. D’autres viennent faire cuire des pigeons. Il reste quelques trucs à voler. Il reste quelques trucs inachevés qu’on peut détruire.

(extrait de Chantier)

T'as payé

Pas folle la guêpe

La vie est
une laborieuse
conférence de presque
souffla la chenille
en souriant
et vos discours
ne valent pas
mon brouillard

samedi 20 février 2010

l'abris-bus

Dans le car, elle reste silencieuse. Ses yeux collés dans le grand vide blanc de la vitre. Ses taches de rousseur dans le reflet des phares et des lumières crues de la ville. Elle se tait. Ne prend pas part à l'agitation nerveuse des autres enfants autour d'elle. Les adolescents compressés par la réalité merdeuse et les poussées d'hormones crient et éructent toutes sortent d'insultes dans une espèce de parade amoureuse perpétuelle. Elle se tient juste à côté. Tout au bord. On dirait que personne ne la voie. Certains la bouscule au moment de la descente et elle se retrouve là, sur le bitume rose de l'abris-bus qui crachote sous la pluie sa paleur de chiotte de gare. Deux jeunes se roulent des langues baveuses autour de leurs tristesses. Des mains, des cigarettes, des bras levés, des cris, jonchent le petit carré rose aussi étroit et dégoutant que la vie qu'on leur propose de vivre. Une éructance perpétuelle les sauve de cette fiente tiède des jours. Pas elle. Elle se prend en pleine gueule le fouet passable de sa réalité. Heures aprés heures. Elle semble s'effacer. Disparaître. La bourrasque des autres circule et la laisse là. Seule. Dans l'abris-bus humide qui sent la bombe de peinture et le goudron froid. Pendant quelques minutes, elle est comme une plante morte sur le bord d'un balcon. Et puis un grésillement dans l'ombre, presque imperceptible, allume la petite flamme de ses yeux. Elle se réveille. Se lève. Déploie ses bras avec la grace d'une danseuse qui tient son corps comme un attelage de chevaux sauvages. Soudain elle semble forte. Ses yeux sont une pierre rouge. Elle est belle. Sauvage. Le rumeur lointaine se fait vague. Le grésillement devient crépitement. Toute l'ombre autour de l'éclairage public gigote comme une armée d'insecte. L'ombre avance vers elle. Sur le sol, dans les airs, c'est une nuée noire qui inonde l'abris-bus. La lumière disparait sous les battements d'ailes. Un millier de phalènes, de bombix et de papillons de nuit viennent retrouver leur reine.

(projet Autre chose)

Pain et Oeuf Dur

Le Pod 7 est en ligne. Toujours érudit, écléctique, drôle et léger, il est accompagné cette fois d'un délicieux Hard Boiled Incipit; je vous laisse savourer :

A gauche, la route allait à gauche.
A droite , elle allait à droite.
Celle du milieu me regardait d’un oeil narquois.
J’ai allumé une clope, ai recraché lentement la fumée et fait demi-tour .

Et n'oubliez pas également L'Angoisse n°2, avec dessins, textes, poèmes, zizick, et compagnie

vendredi 19 février 2010

Stephen Shore

Blockhaus

C'est comme
de faire l'amour
dans un blockhaus
de l'Atlantique
sauf
qu'il est seul
et que l'océan
n'existe pas

(extrait de Chantier)

mardi 16 février 2010

Parution : FUYARD DEBOUT




Je ne me bats pas

Je ne me bats pas
et ne suis qu'à grand peine
les soubresauts hoqueteux
du monde
Ni CNN ni Itélé
encore moins les complots
sur Dailymotion
Je lis des vieux livres
J'écoute des vieux disques
Je plante des radis
Je taille des lilas
Je repeins une chambre d'enfant
en bleu très clair
Je mange une glace
aux vrais fruits
Je ris avec elle
et puis je vais me coucher
après avoir pissé dans la nuit
en regardant le ventre
des chauves-souris


On peut commander ce livre de 104 pages au format
10 x 15 auprès des éditions associatives Gros Textes
au prix de 6,00 €. (+ 1,00 € de port pour un
exemplaire, port gratuit à partir de 2 exemplaires
commandés)

Nom Prénom :
Adresse :
Commande ….. exemplaire(s) de
Fuyard debout de Thomas Vinau
Chèques à l’ordre de Gros Textes.
Fontfourane
05380 Châteauroux


Le site de Gros textes
Le blog de Gros textes

L'invasion










L'invasion continue
avec la légion des Nuisibles
Ici et  Là

Appel à souscription : L' Armée Noire Pennequin / Al Dante


Chers amis,

Merci d'envoyer à vos familles et amis le message ci-dessous, c'est important! il faut le faire tourner, car on en a besoin ! (les souscripteurs auront leur exemplaire rempli de cadeaux !!!)
________________



L’armée noire vient de fabriquer une revue (reste à la mettre dans le four de l’imprimeur) tout en couleur et avec beaucoup de noir faisant 400 pages, avec plein de dessinateurs et de poètes et de textes et d’images trouvées par terre ou sur internet. C’est rigolo. C’est politique. C’est vieux comme le monde.

La revue coûte cher et nous n’avons pas les moyens de la payer totalement. C’est pour ça qu’on vous demande de bien vouloir nous aider. Le prix d’un numéro est de 25 euros. Bien sûr, nous espérons aussi trouver parmi vous des membres bienfaiteurs, et pourquoi pas beaucoup de mécènes ou un nombre incalculable d’amoureux de la vie et de l’art et qui ont bon cœur !

Envoyez vos chèques à l’ordre de Charles Pennequin Armée noire,
au 7 rue Pasteur 59790 Ronchin


Vous pouvez également effectuer un versement par virement sur le compte dont le rib est joint.

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L’armée noire    Souscription

NOM :                                        Prénom :                                 .
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Code postal et ville                                                                   .
Email :                                                                                      .

Désire souscrire à la revue armée noire qui paraîtra en mai 2010,

en achetant ___ exemplaire(s) (25 euros l’exemplaire)
en soutenant la revue de l’armée noire pour un montant de
                               euros.
Merci d’envoyer vos chèques à l’ordre de Charles Pennequin Armée
Noire, 7 rue Pasteur 59790 RONCHIN.

POUVEZ-VOUS FAIRE PASSER CE MESSAGE PARMI VOS AMIS ? D'AVANCE MERCI !

Virements
Compte 30003 01287 00050665580   73   
IBAN FR76 3000 3012 8700 0506 6558 073
Identification internationale de la banque (BIC) : SOGEFRPP

lundi 15 février 2010

Dan Fante

© Nicolas Guerbe.

Une interview exclusive de l'écrivain américain Dan Fante sur le blog de l'ami Eric Dejaeger (poéte, walon,  traducteur officieux de Robert Mitchum et de Richard Brautigan ainsi que fournisseur officiel de bières trappistes et de cigares aoutiens)

(...)
Un chat mort puant et pourri
emmuré derrière ton lit
la voilà la vérité
-un conte de fées
d'une pénible
vanité

extrait de One man show, Dan Fante, Bon baisers de la grosse barmaid, 13° Note éditions, 2009

À la fin

À la fin le gars
ne se demandait
plus grand chose
il implorait même
Dieu
avocats
et osthéo-somatopathes
de l'aider
une bonne fois pour toute
à en finir
avec ces questions

(le début)

(le milieu)

La toilette

Ce qui devait arriver

(le début)

Et puis arriva
ce qui devait arriver
- ce qui arrive souvent
pas toujours
mais souvent -
lorsque le gars
se mit dans la tête
que l'amour était comme
ces moitiés de poissons
que laissent les ours
au bord des rivières
Autrement dit
la bouteille était vide
et la lumière
éteinte

(la fin)

L'oeil blanc

samedi 13 février 2010

Beautiful place still

Le ciel n'est qu'une saleté de viande

Jim Dutcher, pack of gray wolwes canis lupus feast on a deer carcass at night

Un moment où

Il y eut un moment où
- Il y a toujours
un moment où -
Le gars
commença
à se demander
si la nuit finirait
d'être la nuit
et s'il était vraiment
impossible
que la mort
ne soit qu'une fille
avec des papilles
gustatives
dans la chatte

(la suite)

(la fin)

Howard Zinn

L'auteur d'Une histoire populaire des Etats Unis est mort le 27 janvier dernier. Une série d'entretiens est à découvrir sur le site de là bas si j'y suis

jeudi 11 février 2010

mercredi 10 février 2010

Les 3 huit du grain de sable

Des mots
qui volent
une sieste
au boulot

Tunngs. Bullets

MAD DOG : Le POD n°6

 

C'est une merveille à consulter en ligne
ci dessous le message d'annonce du Captain Beardy


Vu les inquiétudes (bien compréhensibles)
qui me sont parvenues
-         « quoi ? toujours pas de POD#6 ! une semaine déjà et rien ! il est malade ou quoi le barbudo ? »
je m’empresse de vous rassurer : still alive !
même après  avoir affronté (à mains nues ! avec un simple clavier d’ordi en guise de bouclier magique) quelques « MAD DOGS » jappeurs et mordeurs
 
 
Ont participé « à l’insu de leur plein gré » à ce POD#6  (92 pages : on n’ allait quand même pas aller traîner notre absence de guêtres
dans le 9  3 !!!) :
 
Diogène Joe Cocker  Anna de Sandre Malcom Lowry
Seb Menard  Robert Mitchum Sarah  Carton de Grammont  Dante JP Klee Eric Dejaeger Antoine d’Agata Clidford Simack Marcel Moreau Holbein Cormac McCarty Iggy Pop Claude Held  Goya (pas Chantal, l’autre) Cuchulain Baudouin  Lightnin Hopkins  Leon Layon Thoams Vinau Tom Waits
 
et spécial thanks à Emilie Alenda pour le bois gravé de couverture
et la veuve Prudhomme
éditrice posthume de ce N°6
 
(le proche prochain numéro aura pour thème « lanceur » : « petites ethnographies sans importance »)
 
le POD#6 est cliquable/ouvrable/et qui sait lisible
 
 
bise barbue à toutes et tous
 
et n’hésitez pas à faire suivre ce « lien » dans vos réseaux  SM !!!

mardi 9 février 2010

à terre

Nous sommes
une génération
-la première-
à se trimballer
au fond des yeux
le poids de deux
chevaux
à terre
 flans couchés
dans la boue

Une odeur de brûlé



Elle effritait la nuit entre ses doigts. Son ombre sentait le goudron frais qui éclate sur le trottoir. Elle marchait en pleurant. Elle criait. Elle crachait. Elle s'arrachait le visage sur la lune en crépit. Les gens ouvraient les fenêtres pour espionner, effrayés, celle qui défiait la ville morte. Sa mère priait dans son lit. Ses enfants refusaient de naître. L'obscurité gagnait du terrain sur ses yeux. Dans la rue silencieuse, certains lâches qui épiaient affirmèrent plus tard avoir entendu le cri de sa peau qui se déchirait. D'abord des aiguilles. Puis des lances. Puis le fourreau des plumes. Des serres anthracites. Un bec en ébène. Une odeur de brûlé. Lorsqu'elle s'envola, la lumière de l'aube était si opaque qu'elle n'éclairait plus rien.

(Projet Autre Chose)

lundi 8 février 2010

du mauvais côté

Depuis ce matin c’est le soir. Le ciel est gris comme un bain sale. Et lui n'est qu'un poisson merdeux qui nage du mauvais côté de la lumière.

Poème express


dimanche 7 février 2010

samedi 6 février 2010


Les friandises

Le gros, chemise ouverte, poitrine dégueulasse, qui bave en marchant. Le gros qu'est pas fini, qui sourit à tout le monde, qui passe ses journées devant l'épicerie. Et il s'essuie les mains sur son pantalon bleu. Et l'épicier lui gueule, ha non, pas aujourd'hui, et puis plus de crédit ! Alors il reste là, immense et sale, à regarder avec passion tout au fond de l'étal, les petits lardons crus dans leurs boîtes en plastique. Et il reste longtemps. Toute l'après-midi. Jusqu'à ce qu'une vieille cède ou que l'épicier craque et lui refile sa boîte de friandises chéries. Faut le voir s'appliquer le gros, pour l'ouvrir avec ses gros doigts. Faut le voir se les boulotter un par un comme des bonbons bien tendres.

(projet Autre chose)

Bon, je ne fais plus rien désormais qu'écouter *

J'escalade
les petites gifles
de la pluie
contre le matin
sale
Je me hisse
au sommet
d'une braise morte
J'atteins
l'Aujourd'hui


*: Walt Whitman

jeudi 4 février 2010

Du balcon


(Helmut Newton)

Du balcon il fallait
éviter de sauter
éviter de cracher
là où les rêves tombent

mercredi 3 février 2010

Dialogue d'un film qui n'existe pas (4)*

- D'après toi, ça ressemble à quoi l'enfer ?
- Bin ça dépend pour qui ...
- Pour Bukowski ce serait Evian
- Et pour un rasta ?
- Heu... le Juste Prix...



* : Mais qu'il faudra bien finir par inventer...

Rien que ça !

(Cliquez le soleil pour voir le bazar)

à la place d'un violon

Ce matin, le poème a la flemme. Il pointe son nez, regarde le gel, la course folle des petites querelles, les aiguilles qui tournent pas rond. Et puis merdre, lâche t-il en se grattant, C'est une contrebasse qu'il me faudrait à la place d'un violon !

( à P.A.G)

lundi 1 février 2010

YEAH, WELL — SOMETIMES NOTHIN’ CAN BE A REAL COOL HAND

Paul Newman in 1967's Cool Hand Luke
Visitez The Selvedge Yard qui regorge de pépites seventies

La gagne

Les valeurs de l'argent
les règles du jeu
la gagne
je t'apprendrai tout ça
avec l'espoir secret
que tu le piétines
que tu me ris au nez
en disant Mais regarde
le monde autour de nous
est une marmite de merde
moi je suis du côté
du cabot qui se traîne
de l'homme qui se tait
du ciel qui trébuche
du perdant de la course