dimanche 30 mai 2010

Là toute simple

La glace à la vanille
le quart de pomme pour la tortue
l'eau pour les plantes
des jouets d'enfants qui traînent au sol
du vent dans les toiles d'araignées
les cerises
les lucioles
les souvenirs et les projets
qui passent sans écraser
qui s'étirent dans le ciel
qui couchent l'herbe
qui sifflotent
qui germent
Là toute simple
la vie qui clapote
à nos pieds

samedi 29 mai 2010

Gros Textes, Arts et résistance n°2

Prendre le temps :
Gros Textes Arts et Résistances est une revue qui se cherche et qui prend son temps.
Gros Textes Arts et Résistances remercie ses lecteurs pour l’accueil réservé au premier numéro.
Tiré au départ à 200 exemplaires, il nous a fallu en retirer 50 par deux fois et je m’apprête à le faire une troisième pour avoir quelques exemplaires du numéro 1 à vendre cet été. Près de 80 lecteurs ont choisi de nous soutenir en s’abonnant.
Voici pour les chiffres. Ils dessinent nos limites en termes quantitatifs. Je ne discuterai pas les limites. Elles correspondent à notre histoire, l’histoire de Gros Textes (bientôt 20 ans).
Gros Textes Arts et Résistances est une revue qui se cherche dans sa forme. Il y a bien sûr les questions de mise en page auxquelles nous voudrions apporter une attention particulière considérant que la manière de porter un discours doit être en harmonie avec celui-ci.
Mais au-delà de la forme ? Nous voulons transmettre une forme de poésie qui s’autorise à intervenir dans cette critique radicale d’un système dont on refuse encore à considérer les limites bien qu’elles apparaissent de plus en plus évidentes. Nous voulons transmettre une poésie qui accompagne une critique radicale d’un capitalisme qui la refoule, la nie ou la méprise. Face à la toute puissance de l’économie et du chiffre, il pourrait sembler que la poésie ne pèse pas lourd. Et pourtant comme nous le rappelaient neuf intellectuels antillais il n’y a pas si longtemps « Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique ) ». Ces paroles élémentaires devraient être martelées jusqu’à ce qu’on les entende ou plutôt explorées jusqu’à ce qu’on s’en imprègne vraiment. C’est à ce type d’exploration que voudrait se livrer Gros Textes dans cette décolonisation de nos imaginaires évoquée chez certains alternatifs. Dépassé bien sûr le grotesque et caricatural « travailler plus pour gagner plus » avec lequel s’amuse Claude Vercey dans ce numéro. Jean-Claude Liaudet, lui, continue d’explorer les mythes et légendes de la sarkozie (et ce n’est bien sûr pas le personnage qui nous intéresse mais cet autre imaginaire qu’il symbolise). Pour résister, le peuple s’est longtemps appuyé sur ce qu’on appelle « la gauche », Jean Klépal et Alain Sagault nous esquissent à leur manière un état des lieux (nous y reviendrons nécessairement). Et si d’aventure nous partions chanter viva la revolution avec le portrait du Che sur la poitrine, on peut tendre l’oreille vers Jean-Paul Leroux avant le départ afin de garder intacte notre capacité de douter et ne céder à aucun dogme ou pensée préfabriquée. Et ne pas oublier de se moquer de nos adversaires avec pastiche et dérision. Ne pas oublier non plus que la vie est vaste et que la galerie des émotions, des sensibilités, de l’expérience personnelle exprimée et partagée constitue la matière première des résistances. Prêter main forte à ces pistes exploratoires est aussi une fonction de la poésie. Il s’agit quelque part d’une vieille tradition que Paul Ariès dans un éditorial très inspiré de son journal « Le Sarkophage », (n°15) remet au goût du jour en nous fourbissant des armes : « A-t-on assez pensé à l’importance de la poésie et des poètes dans la Résistance ? Qui se souvient que c’est le grand poète roumain, Mircéa Dinescu qui a lancé, sur les ondes radiophoniques, l’appel à l’insurrection contre les Ceausescu ? Écoutons ce que nous dit le poète militant guadeloupéen Patrick Chamoiseau : le principe d’une poétique, c’est de parier sur les formes invisibles qui se trouvent dans le réel. Cette dimension poétique du vivant, c’est celle des grands mythes, y compris révolutionnaires. Une vie simple, c’est déjà une vie qui rappelle l’urgence et la beauté de vivre. » Gros Textes se propose de s'insérer dans cette urgence mais en prenant son temps. Le temps de vivre les résistances partagées.
Yves Artufel


Sommaire
1 Yves Artufel : Prendre le temps
2 Anne Poiré : Nathalie Potain 1966-2009
Maquis et Résistances
5 Claude Vercey : Ode au président S.
7 Jean-Claude Liaudet : Mythes et légendres de la Sarkozie, l’home africanus, archétype du français moyen
11 Jean Ganzhorn : Le cocopitalisme ou cacapitalisme
12 Stéphane Beau : le livre est mort, vive le livre
16 Jean Klépal : La gauche, une illusion poétique ?
18 Alain Sagault : La politique, un réalisme illusoire : pour un retour à la morale
23 Jean-Paul Leroux : Demain la révolution ?
28 Eric Simon : De la lettre au poème, le poème de la lettre : les lettres de Rimbaud de 1871 à 1872
29 Fernando Carreira : Si hier laborieusement je vous ai enlevé le bas…
31 Xavier Dupenlou / François Pecqueur : Les aphorismes de notre temps

Dossiers GT
34 Christian Garraud / Angelo Verga : En conversation
36 Angelo Verga : Eloge pour ce qui reste

En vrac et poésie
51 Jean-Christophe Belleveau : Eprouver
53 Hervé Péchoux : Description d’une démarche artistique
57 Patrick Joquel : Saint-Paul Trois Châteaux
60 Christian Bulting : Au revoir grand gaillard qui le jour à peine levé…
61 Stéphane Beau : Ego-graphies
64 Jean-Claude Touzeil : Parloir
66 Thomas Vinau : Lettre ouverte au sale goût dans ma bouche
68 Wallonie chronique, André Stas, petit dossier « découverte » préparé par Eric Dejaeger
71 Lou Raoul : S’enfuir / s’enfouir
73 Dominique Forget : Lampes de poche
75 Marie Monguet : Du nouveau ! Encore du nouveau ! Ça ne change pas !
77 Raphaële Bruyère : Là donc, un hêtre de 43 mètres…
81 Anaïs Escot : Ce qui compte n’est pas de compter…
84 Fabrice Marzuolo : Autoportrait d’un autre… Nous le poètes ratés
87 Salvatore Sanfilippo : A tous les contrariés…
88 Mylène Joubert : Quelque part quelqu’un est fragile

En vrac et en chroniques
93 Dominique Forget : Lectures à ciel-ouvert
95 Jean Foucault : Le verbe égaliter
96 Yves Artufel : En vrac et en dentelles

Dessins :
Lionel Sallou (couv)
Sandrine Lyonnard
Emilie Alenda
Agnés Rainjonneau
Patricia Mourain
Matt Mahlen
Ce numéro de 100 pages est vendu 9 € (+ 2 € de frais de port).
L'abonnement simple pour 2 numéros c'est 17 €
Le blog Gros Textes
Le site Gros Textes

jeudi 27 mai 2010

Maurice for ever



Maurice vs sauc's, émilie Alenda, collec 8pA6 n°43, 36° éditions.
L'être humain lutte pour sa survie chez la Vachette Alternative

Charogne

Charogne est une chouette revue graphique et poétique qui a plein d'asticots dans ses tiroirs. Pour l'heure elle se demande si elle va pas se mettre au papier. C'est toujours mieux une revue en papier non ?  Pour ma part, je suis adepte de l'origamie cadavérique alos je dis oui. Elle cherche des souscripteurs et explique son projet . Merci à ceux qui  la soutiendront.

mercredi 26 mai 2010


















Astride Mama Burro, Now Dead, Justine Kurland.

Dix principes fondamentaux pour bien vivre en société

Dix principes fondamentaux pour bien vivre en société à découvrir chez Vents Contraires

Sonatine

Le quart d'heure syndical

Les petits matins tièdes comme une agonie, à tourner la touillette dans la salle commune, à dessiner le huit horizontal de l'infiniment vide dans la mousse de son café, à faire bouillir la grenouille de ses rêves dans son box en formica, à s'appliquer dans son sourire forcé aux collègues, à juguler sa lucidité comme on serre le cou d'une portée de petits chats foutus d'avance. Les petits matins tièdes comme une agonie, il se forçait à imaginer que sa vie serait pire ailleurs, qu'il n'avait pas à se plaindre, et que son boulot aurait pu consister à trimballer sur son épaule les carcasses asticoteuses des ânes chez l'équarrisseur, ou à trier la taille des peaux de poulet dans une usine de nuggets, ou à vidanger les instruments du thanatopracteur. D'une gorgée, il finissait alors son café définitivement froid en oubliant quelques secondes les remugles de charogne qui trainaient au fond de son coeur.

dimanche 23 mai 2010

Non pétition de soutien à Anthelme Bonnard

Mon très cher Anthelme,
Dieu ne vous garde pas, je dirais même plus, qu'il vous rende. Qu'il vous rende aux humains, aux zinzins, aux fantômes et aux raton-laveurs, car c'est bien nous, de la Confrérie des Persifleurs Alambiqués, qui signons par signaux de fumée et signifions par la présente notre indécrottable volonté de remplir les rangs de la légion que vous aurez l'élégance de ne jamais former.
Mon très cher Anthelme,
Le monde est une brute. Cette fourmilière pleine de lâches qui se surveillent et de fats qui se marchandent, si vous ne la remettiez à sa place d’un revers d'urine chaude, tangue sur la tête de façon tellement surréaliste qu'elle pourrait presque finir par atteindre notre réalité.
Mon très cher Anthelme,
Nous sommes des Sisyphe et les Sisyphe sont des bousiers.
Tenez bon.
Bien à vous,


Gaspard Espadrille

Pieds nus sur le troncs

Pieds nus sur le troncs
cueillir des cerises
sous l'orage qui gronde

Danser

















trouvé là

Espigoule for ever

I went to the woods

Au milieu des amis qui tranchent eux mêmes leur pain

Hier, au milieu des amis qui tranchent eux-mêmes leur pain, la prétention de ce libraire pisseux. Un réverbère qui croit avoir inventé la lumière...

Hier au milieu des amis qui tranchent eux-mêmes leur pain, je demande à ces jeunes gars sympas, y'a personne qui fument des joints ici ? Ils répondent, si si y'a maman ...

Hier au milieu des amis qui tranchent eux-mêmes leur pain, un clown qui dort, un agneau qui danse et un boucher qui pleure dans la tendresse d'une chanson ...

vendredi 21 mai 2010

La palissade de Tom Sawyer

Gants de toilettes

De la fenêtre de l'appartement, il pouvait voir passer les gens. Il restait là, longtemps, comme dans une salle d'attente de dentiste. Dehors, des être humains se croisaient, se touchaient, se crachaient sur les pieds. Les pigeons avaient l'air moins seuls. Les silhouettes pressées ressemblaient à des gants de toilettes mouillés sans mains à l'intérieur.

Apprendre à vivre

















Apprendre à vivre
comme un ours
apprend à conduire

Bring me your love

jeudi 20 mai 2010

mercredi 19 mai 2010

mardi 18 mai 2010

lundi 17 mai 2010

samedi 15 mai 2010

L’angoisse numéro 4 vient de paraître.

L’angoisse vaut mieux que deux tu l’auras !
150 pages –
de textes remplis de sperme, de cadavres, de lumière, de mouches à merde et de fleurs des bois,
d’images qui sentent la vinasse, le vieux pied, la viande moite et le verre chaud,
de musique et de vidéo qui pissent dans les oreilles, chient dans les ventres, compriment les cœurs et font rire les entrailles –
tout ça à télécharger ici :
http://www.revueangoisse.blogspot.com/
C’est gratuit, c’est maintenant, c’est la crème de la crème, le dessus du panier, les enfants cannibales d’un siècle qui a porté au pinacle Christine Angot, Michel Sardou et Roland Magdane.
Ont participé à ce numéro :

DASLOOK / MORPHEE / ANNE VANDERLINDEN / NICOLAS BRULEBOIS / SARA CHELOU / NICOLAS FLEUROT / DAVID SPAILIER / JACQUES CAUDA / ERREUR / BENJAMIN MONTI / MERYL MARCHETTI / FLORIAN TOMASINI / WOOD / RONAN ROCHER / MATHIAS RICHARD / MAMADOU LOVE / JOEL MAS / MARLENE TISSOT / CORINNE LAGORD / GILLES LAFFAY / CAMILLE PHILIBERT / THIERRY THEOLIER / VINCENT VUONG / PAUL SUNDERLAND / ANNE TRANCHAND / REMO / DAVE 2000 / PHILIPPE DUPRET / GAIIHIM GLOBULGOENE / DAVID LEBLANC / LAURENT DUPUIS / THOMAS VINAU / EMILIE ALENDA / VINCENT PONS / SOOMIZ / JAURIS VALMERT / FRED GEVART / OLIVIER ALLEMANE / CHRISTOPHE SIEBERT

Avec en bonus :
L’inflément ! Un édifiant témoignage du festival de la couille organisé par Boris Crack et illustré par les bites de Samuel Tarin
Bien sûr, ce texte est modifiable, taillable et corvéable à merci.
Et, d'ailleurs, merci.
Christophe

vendredi 14 mai 2010

Hypothèse

La mouche
Est l’avenir
De l’avenir de l’homme

Bonne ambiance























Dans la vie civile, le dimanche représente l'ennui, et les six jours de la semaine la misère.
Arthur schopenhauer, Douleur du monde, Rivages poche.

jeudi 13 mai 2010

You wanna play Nintendo ?

La toute simple

Ci dessous une chouette chronique de Patrick Joquel sur Fuyard Debout

Titre : Fuyard debout
Auteur : Thomas Vinau
Editeur : Gros Textes
ISBN : 978-2-35082-123-8
Année de parution : 2010
Prix : 6 €


Un petit livre. Pour y accueillir de petits poèmes. De petits instantanés. La vie de tous les jours. La toute simple. Avec ses émotions. Ses glandouilles. Ses interrogations. Ses gestes. Les petits riens qui font les grandes aventures. Les aventures uniques. L’aventure unique de chacun. Ainsi on s’y retrouve dans ces instants mis en mots. On s’y retrouve : l’aventure unique de chacun, chacun la partage. A sa manière bien sûr mais le thème principal demeure. La vie.
J’aime beaucoup la voix de ce poète et visite régulièrement son blog. http://etc-iste.blogspot.com/
Je vous invite à aller y respirer un peu d’air frais comme un petit air de Far West… Cet ailleurs où vivre devient possible. Cet ailleurs juste à côté. Suffit juste d’oser le pas de côté.


Patrick Joquel
http://joquel.monsite.orange.fr/
un nouvel album :
Titre : Histoire du monde
Auteur : Patrick Joquel
Illutration : Nathalie de Lauradour
Editeur : Les 400 coups
et des inédits sur http://www.bribes-en-ligne.fr/

Life goes on, man.

mercredi 12 mai 2010

mardi 11 mai 2010

Un cigare et un chat























Les esclaves restèrent des esclaves
et les marchands des marchands
alors le vieux Twain décida
d'aller s'assoir dans le parc
pour regarder les saules pleureurs
avec un cigare et un chat

dimanche 9 mai 2010

Elle arrive ...



Lancement avant l'été de la nouvelle revue et de la collection
LA MAIN DE SINGE.
Littérature furtive, instantanés, vacheries, révélations, sauvetages, documents.


Éditeur & rédacteur
LOUIS WATT-OWEN
watt.owen@gmail.com

vendredi 7 mai 2010

Aller voir ailleurs...

Un de ces jours où le monde entier vous signifie qu'il ne vous a pas attendu pour vous oublier, dans le grand silence assourdissant du temps qui tourne en vous écrasant l'égo comme un orteil mal famé, se prendre délicatement par les poils des rouflaquètes et aller voir dehors, entre les pousses de radis et les framboises à désherber, si la terre sous les ongles et le fumier sous les semelles ne sentent pas meilleur que le précieux papier.

jeudi 6 mai 2010

Une bouteille d'eau glacée - Lecture sur France Musique

Cette nuit, sur France Musique, dans les contes du jour et de la nuit, entre 1h et 1h06 du matin (l'heure où les chouettes changent d'oeil) Véronique Sauger lira deux poèmes de ma pomme. Je l'en remercie ainsi que la revue Borborygmes...

Une bouteille d’eau glacée (1/3)
Poèmes choisis et publiés par la revue Borborygmes, d'après l'appel à écriture des Contes du jour et de la nuit en partenariat.
Poèmes 1 & 2 : Une bouteille d'eau glacée
Auteur : Thomas Vinau
Adaptation et lecture : Véronique Sauger
 Musique : CD Hommage à Piazzolla par Gidon Kremer (Nonesuch 7559 7)
Réalisation : Bruno Riou-Maillard et Pascal Besnard
Illustration : CD Hommage à Piazzolla © DR

Cette émission est disponible en écoute à la carte pendant 30 jours après sa diffusion à l'antenne. à réécouter ici

Gost Dog

le goût

Le goût de la fumée dans la nuit
Le goût de la fumée sous la pluie

mercredi 5 mai 2010

Coatching

Vider les cendres
laver les fruits
sortir les plantes grasses
accrocher le hamac
acheter des espadrilles
passer de la 25 centilitres à la 33 centilitres
écouter Fela
ne pas tondre
ne pas se raser
préparer la longue fuite molle
de l'été

Des limites de la métaphore dans le langage amoureux























Hier soir elle m'a dit :
- Si t'étais  autre chose qu'un être humain, tu serais un champignon.
- Pourquoi, que je lui demande
- Parce que c'est ce qu'il y a de meilleur en matière de moisi !

mardi 4 mai 2010

Freud et la confiture d'abricot























- Tu dansais nue, sur l'herbe verte, avec des singes. Et là, des grosses gouttes jaunes sont tombées du ciel. Comme de la confiture d'abricot ...
- Ha ça .... ce devait être la fuite de la chasse d'eau ...

lundi 3 mai 2010

Plastic Jesus

La course

La course est effrénée. Il halète. Trébuche. Tombe. Se relève. La végétation dense lui fouette le visage. Les gouttes d'eau glacées retenues dans les feuillages explosent sur la peau tendre de son torse et de son cou. Il court la  bouche ouverte, essouflé, et aspire toutes sortes d'éclats morts et de terre. Ses muscles lui font mal. Son coeur brûle. Ses poumons sont en feu. Les lianes et les branchages épaix lacèrent ses avant bras qui frayent dans la masse sombre de la brousse. Il accroche parfois ses pieds aux racines qui dépassent et se vautre de tout son long. Il se relève. Recommence à courir. Il sent que c'est derrière lui. C'est tout proche. Ça le rattrape. Il sait qu'il perdra la bataille. Il est comme dans la mort au trousse au milieu d'un champs de blé vert et trempé. La course est effrénée. Elle est perdue d'avance. Il sent la chaleur sur son épaule. Le souffle brûlant qui le rattrape et finit par l'atteindre. L'irradier. Le transpercer. C'est trop tard. C'est foutu. De toute façon ses jambes ne le portent plus. Et puis qui peux gagner l'aube à la course !

(projet Autre Chose)

7h30

Le jour comme un beurre rance
sur le seigle des choses

les yeux vitreux
des objets
sur la table

les questions
qui se regardent en coin

les bris d'oiseaux

la grande essoreuse
bleue

samedi 1 mai 2010

Calin

L’amande.

La soirée avait très bien commencé, nous nous apprêtions à manger je crois. Ce devait être un dimanche ou un vendredi. Un de ces jours agréables qui dépend de nous en tout cas. Je me souviens que ma femme était assise près du feu, un peu fumant mais très convenable, à jouer avec notre chien et un vieux morceau de bois, eux-mêmes également très convenables. Le soleil se couchait fébrilement, à la manière de quelqu’un qui s’étend le plus doucement possible dans l’eau trop froide de sa baignoire. Il diluait ses chaleurs dans l’horizon figé avec l’élégance qu’on lui connaît, jamais le dernier celui là pour se faire briller.
Le temps sentait bon le soir. Le vent caressait les branches hautes des pins en leurs insufflant un chaloupement spécial, doux mais irrégulier, un peu comme ces couples qui bien qu’ayant trop bu continuent de danser.
Toute la maison était orange, très exactement de la couleur d’un kaki gelé mais pas encore trop mûr. Le crépuscule dessinait ses arabesques molles contre les murs et les plafonds blancs, déjà très subtilement colorés par la chaleur ronde de l’âtre.
Je me suis dit, “tiens, tu vas faire à manger...” et je dois avouer pour ma pénitence que le but essentiel était plus de me retenir de fumer que d’être un amant aimable. Mais rien n’interdit de joindre l’utile à l’utile, n’est ce pas ?
Du pas de celui qui sait ce qu’il va faire là où il va le faire, je suis entré dans la cuisine sombre et, avec tout le talent de ces êtres vivants qui ne sont pas mono-tâche, j’ai attrapé une assiette tout en faisant en sorte que la lumière soit et la lumière fut.
C’est à ce moment là, en commençant à peler les légumes, que je l’ai vu.
Elle était discrète, quasi invisible, mais régnait malgré tout telles ces matriarches de l’ombre qui détiennent les vrais pouvoirs sans que leur gras roi de fils ou leur grivois mari ne daigne l’avouer.
Elle trônait dans un rayon délicat de lumière crépusculaire, tout en haut, au sommet du panier rempli de fruits secs qui restaient des orgies de Noël.
Je n’ai d’abord rien remarqué, elle semblait comme toutes les autres, nullement particulière, plus anodine qu’un sac plastique dans une décharge, et c’est justement la raison pour laquelle je l’ai choisi, au hasard, parce qu’elle était là la première, la plus facile d’accès, c’était son tour d’y passer.
Si je l’avais mieux regardé, si j’avais seulement pris la peine de mieux la regarder, avec un minimum d’attention consciente, j’aurais pu voir tout de suite qu’elle était différente.
Ma femme, à ce moment là, me cria du salon qui était à cinquante centimètres, de ne pas manger d’amande, pour le régime, et c’est que de l’huile rajouta t elle. J’aurais dû l’écouter mais sa réflexion me vexa durablement puisqu’elle signifiait que j’étais gros à ses yeux alors que je lui avais moi-même demandé de m’aider à perdre un peu de poids. J’accélérais donc le rythme pour en avaler une ou deux avant qu’elle ne se déplace pour me surprendre.
Une amande ressemble à toutes les autres amandes me direz-vous, mais c’est bien entendu le contraire qui est juste, j’ai souvent moi-même cette fâcheuse tendance à croire le contraire de ce qui est juste...
Celle-ci, je ne le remarquai qu’après, était particulièrement bombée. Les amandes sont plates, mais la mienne ressemblait plutôt à une noix de pécan. Elle était ovale, affinée de chaque côté, son extrémité droite ressemblant à une pointe de flèche, tandis que la gauche ressemblait plutôt à un anus très serré. Elle possédait également cette petite arête caractéristique, qui la traversait de gauche à droite et qui peut parfois faire ressembler les amandes à des paires de fesses miniatures, celles-ci étant particulièrement joufflues. Enfin, elle affichait également cette écorce poreuse, presque trouée de centaines de petits points jusqu’à nous faire penser parfois que les amandes ont une adolescence acnéïque particulièrement désastreuse. Il me faut rajouter
que pour une amande, elle était particulièrement bronzée, matte, presque burinée, ce qui allait particulièrement bien à son teint d’ailleurs, alors que ses consoeurs étaient pâles comme un toubab.
Elle semblait polie, douce et brillante comme un galet au fond de l’eau depuis très très longtemps. Mais tout cela je ne le vis que trop tard.
J’ai attrapé le casse-noix et l’autre protagoniste de ce drame, que j’ai déjà amplement cité. Et ce qui était dans l’ordre des choses, ce qui devait en toute logique se faire, ne se fit pas.
Mon fruit me refusa sa graine. Je m’acharnais mais rien à faire, elle était incassable.
Je m’acharnais encore, toujours, réajustant la position de mes doigts autour de l’outil, je
m’acharnais, encore et encore, jusqu’à ce que le casse-noix, cet imposteur, se brise entre mes mains en gardant entre ses griffes de fer mes pauvres doigts endoloris que, en conséquence et pris dans le feu de l’action, j’écrasais de toutes mes forces.
Les doigts broyés, pliés sous la douleur et humilié par la situation, je ne remarquais même pas l’amande maudite échouée dans le cendrier plein en dispersant les mégots sales dans mes légumes fraîchement coupés. M’énervant sous la douleur, immobilisant ma main amoindrie sous l’eau froide, je pestais dans le vide contre cette ignoble graine et en même temps contre ma femme qui accourait en rigolant.
S’en suivit une atroce dispute et un repas immonde, sans parler de mes doigts.
Pourtant la soirée avait très bien commencée.