vendredi 31 décembre 2010

En dehors des forteresses













"Le vrai roman s’affirme en dehors de ceux, par exemple, qui barricadent leurs bois, de crainte qu’un passant n’y cueille une fleur, un champignon, n’y entende un oiseau ; en dehors des forteresses de la vérité où un sou est un sou, un homme un matricule."
André Dhotel

jeudi 30 décembre 2010

Le chapeau jaune du pêcheur d'huitre

Nous marchions vite sous la pluie fine

Nous marchions vite sous la pluie fine, ta petite main serrée dans la mienne. Les trottoirs brillaient dans la grisaille d'Aix en Provence. La foule était grotesque et belle. La dernière mode du col en v et du cardigan de pépé faisait des cous d'autruches aux serveurs prétentieux. Nous avons vu un vrai tableau d'Alberto Giacometti. Acheté deux pulls et quatres livres aprés avoir mangé des frites. Nous étions deux et ça suffit. Dans une petite rue un clochard nous a donné un bonbon. Nous marchions vite sous la pluie fine, ta petite main serrée dans la mienne. Et puis ton rire dans le parking. Le retour dans la voiture tiède en écoutant le condamné de Jean genet. La buse sur le fil électrique. Le jour comme un vieil éléphant qui s'incline avec affection.

jeudi 23 décembre 2010

L'oxygène

Un jour d'apnée, il s'enfonça dans les bois. Branches lourdes de pluie. Terre boueuse. Gouttes froides dans son cou. Il marcha sans penser. En regardant les cailloux. Le sol spongieux, sale. Bientôt, tout disparu derrière lui, la voiture, le chemin, et ce qui l'avait amené là. Le silence devint bienveillant. Sur la mousse trempée d'un fourré sombre, il chia. L'oxygène revenait. En se relevant, un perdreau effrayé s'envola. Il resta ainsi longtemps, à regarder sa disparition dans le ciel.

mercredi 22 décembre 2010

La décision

(...)
Il sentait bien qu’aujourd’hui tout était fait pour devenir un peu plus compliqué, un peu plus douloureux. Ou alors c’était lui qui se levait avec moins de force et de courage que d’habitude, déjà légèrement lassé, légèrement fatigué de cette journée qui ne commencerait peut-être jamais. En regardant par la fenêtre, machinalement, sans vraiment regarder, en voyant à peine autre chose que ses propres yeux, lourds et grossiers, qui ne distinguaient rien, il aperçu malgré tout deux moineaux téméraires plongeant dans la chair éclatante d’un caki pourri au bout de la branche d’un grand arbre. Ils plongeaient leurs becs jusqu’au fond du fruit et des éclats de pulpe sucrée jaillissaient autour de l’arbre glacé. C’était un spectacle très beau et très fin, un peu sexuel aussi, et tellement rare, mais il était si loin de lui même qu’il ne se rendait même pas compte de la nature magique de ce que ses propres yeux étaient en train de voir. Il bu son café silencieusement. L’odeur du chauffage à pétrole commençait à colorer la pièce de ses aigreurs pesantes. Ses mains sentaient le tabac froid et le bout de ses doigts restait désagréablement glacé malgré la tiédeur de la tasse bien serrée contre ses paumes. Les frissons du froid, milliers de minuscules fourmis, venaient s’accrocher à sa peau pour grimper le long des chevilles, du dos et de la nuque. Pendant qu’il buvait, il pensa distinctement les premiers mots de cette journées naissante en se disant : “...ça commence mal...” et immédiatement après, “ M’en fou, j’y vais pas...” et enfin “Qu’est ce qu’elle fait en ce moment ?...” puis il ne pensa absolument plus rien pendant très longtemps. C’est dans ce silence d’après, dans cette absence imposante, qu’il prit sa décision. Ou disons plutôt, que c’est dans ce vide qu’il se laissa glisser avec indolence pour justement ne pas prendre de décision. Et le temps continua à avancer tout de même. Et bientôt, il fut trop tard pour changer d’avis.
(...)
(extrait de La forêt)

lundi 20 décembre 2010

Sous les draps

L'enfance c'est le petit feu qui chauffe sous les couvertures. Le temps est un lit trop froid. Un jour, tu regarderas sous les draps. Tu regarderas le noir qu'il fait. Ces gens que tu n'aimes plus vraiment sans trop savoir pourquoi. Repenses à eux avec douceur. Avec le respect de l'enfance que tu leur dois.

Sans bagage

Millefeuille

Une couche de glace
une couche de lumière
une couche de glace
une couche de lumière
une couche de glace
une couche de lumière
....

Captain beefheart

dimanche 19 décembre 2010

Jet lag arc en ciel

Il est par terre. Son cul nettoie le carrelage sale. Je me réveille dans les éclats mécaniques et les chansons électroniques des jouets éparpillés autour de lui. C'est un peu comme si je m'étais endormi dans l'avion de la nuit pour me retrouver à l'aube, dans un pays de chat à rayures roses, de tracteur rockeur et d'escargot multicolore.

vendredi 17 décembre 2010

Sauvetage

Dans ma poche, une note au crayon à papier :
- Acheter des boules de graisse pour les oiseaux
C'est drôle comme les trois derniers mots de cette phrase sauvent les cinq premiers !

The party

Le chemin

Un petit chapeau blanc sur la peau dure des choses. Couverture silencieuse, presque confortable. La neige, comme un chuchotement du ciel. Et les traces de pattes qui montrent le chemin vers le grand blanc du rien.

jeudi 16 décembre 2010

Le Noir dedans



















(...)
C’est pour ça que les philosophes philosophent.
Que les scientifiques scientifisent. Que les guerriers
guerroient. Et que les pendus se pendent. C’est
parce que c’est vide et noir dedans. On a beau
éventrer des bêtes pour faire des cordes de violon
avec leurs boyaux. On a beau fabriquer des fusées
et planter des bulbes de jacinthes. On a beau
réciter des poèmes et des incantations. Ça reste
noir dedans.
(...)

Le noir dedans, éditions Cousu Main, décembre 2010, 18p, 6€
(11 rue des trois faucons 84000 Avignon, cousumain@yahoo.fr )

Little Joy

mercredi 15 décembre 2010

La légion



















Moustaches aux aguets
Et sourcils froncés
Nous sommes la légions
des petits bras cassés
Nous parlons peu
Nous n'en pensons pas moins

Dans les yeux des autres

La nuit est tombée depuis longtemps. Tu n'es pas là. Le petit s'est endormi. Je suis le gardien de notre silence. Le berger qui surveille les étoiles. Tu n'es pas là. J'attends ton retour. C'est ton soir. Ta soirée. Je t'imagine dans les yeux des autres. Tu brilles.

mardi 14 décembre 2010

...

J'ai vu de la lumière
alors je suis sorti.

Roald Dahl


















« Un rideau sale en plastique couvrait la fenêtre. Au centre se tenait un fauteuil délavé hérité de sa mère et c’est là que Dahl s’asseyait, ses pieds appuyés sur un coffre, ses jambes couvertes d’un plaid à carreaux, ses genoux supportant la table d’écriture. Photographies, dessins, et autres souvenirs étaient punaisés au mur, alors qu’une table à sa droite était couverte d’une collection de ses curiosités favorites, telles que l’une de ses articulations de la hanche et une boule assez lourde faite de papier aluminium dans lequel était enveloppées les barres chocolatées qu’il avait mangé durant sa jeunesse. »
Christopher Simon Sykes, dans le Harper’s Magazine et dans le Queen se souvient.

lundi 13 décembre 2010

L'heure

Il traîne là, entre le ciel et le trottoir. je le croise souvent dans mes matins pressés. Je passe devant lui. Il sème des boites de subu comme un petit poucet perdu. Il se bat. Il crâche. Il hurle. Insulte les voitures. Bloque la circulation. Consacre ses journées à dégueuler sa solitude en faisant peur au passant. Vers le milieu de l'après-midi, il se reprend. Marche en se depêchant. C'est l'heure à laquelle les petits de la crèche sortent jouer dans la cours. Il les regarde de loin pour ne pas leur faire peur. Ferme les yeux dans le soleil. Lave son coeur sale dans les cris qui pétillent.

dimanche 12 décembre 2010

8pA6

- J'ai besoin de sucre 
 


-J'ai besoin de sucre, n°30, illustré par Bill Térebenthine, (Evocation phosphorescente de la vie d'Edie Sedgwick)

 










-Le gros sabot de mes yeux, n°20, 8 poèmes au marqueur inspiré des poèmes express de Lucien Suel 














- La poésie est un sale type, n°4,  illustré par Emilie Alenda

Collection 8pA6, -36° éditions, 8 pages A6, 3€, site de l'éditeur



Blottis

La lumière aiguise les couteaux glacés de l'herbe. Dehors, on ne sait plus très bien si le monde file à pleine vitesse ou si tout vient de s'arrêter. Peu importe. Nous soufflons sur le feu de nos tendresses avec l'haleine d'un bébé. Nous sommes le bivouac. La halte. Le fossé vierge entre deux batailles. Nous nous blottissons les uns contre les autres. C'est notre résistance. Notre façon de combattre.

samedi 11 décembre 2010

vendredi 10 décembre 2010

Une histoire de radeau

(...)

Ça m’est revenu ce matin. Une histoire de radeau. De bidon. Une histoire d’été. J’ai retrouvé au fond de la cabane un mur entier de gros jerricans de vingt litres. Blancs. Rectangulaires. Ils devaient servir à stocker des pesticides ou du fioul, je ne sais pas. Ça m’est revenu comme ça. Les ficelles de bottes de pailles. Les bambous. Les bidons. L’été sur la peau brûlée. Les orteils qui s’enfoncent dans la vase des berges. Les orties. Les taons. Je m’étais retrouvé avec un bout de fer planté dans le pied. On pouvait sauter d’une branche dans le trou d’eau. Le radeau tenait bien. Il nous avait duré toute la saison. Avant de nous endormir j’ai raconté l’histoire à E. Elle semblait heureuse de me découvrir avec des souvenirs. Une enfance. Moi aussi.

(...)

(Extrait de Ici ça va, travail en cours)

jeudi 9 décembre 2010

Qui dit que mes poèmes sont des poèmes ?

(...)
Qui dit que mes poèmes sont des poèmes ?
mes poèmes ne sont pas des poèmes
si vous comprenez que mes poèmes ne sont pas des poèmes,
nous pourrons alors parler poésie


Le Moine fou est de retour, de Taigu Ryōkan, éditions Moundarren
(Nouvelle pépite dénichée dans le Cabinet de curiosités du bon professeur P)

Parution en revues - Décembre 2010

En ce doux mois d 'ânes et de veaux, plusieurs revues m'ouvrent table et étable.
Je fais des petits bisoux sur leurs pieds.

- DECHARGE N° 148 : renseignements et commande là
- TRACTION BRABANT N° 38 : renseignements et commande ici
- SORTIE DE SECOURS N° 27 : renseignements et commande : dejham@orange.fr
- CHERIBIBI N°6 :  renseignements et commande aqui

Germinal













Extrait du Manuel de révolte au bureau trouvé chez La boîte Verte grâce au Journal de Jane

mardi 7 décembre 2010

Le troupeau

En bas de la colline
dans l'herbe glacée
J'entends les hennissements
de la lumière
Le ciel est un reflet
Je me retourne
Mes yeux fouillent 
les ratures du paysage
J'y  distingue un troupeau
de fenêtres sauvages






















100 abandonned houses- Kevin Bauman

Et le jour ...

Une aile déchirée sur le trottoir sale. Et le jour qui se lève..

lundi 6 décembre 2010

I'm a lucky man !

De nos dirigeables

Je m'installe à Poésie. Il y a de la terre sous les pierres. Il y a de l'eau au fond. Nous y vivrons debout. Nous feront pousser des enfants. Je creuse mon puits. J'élague. J'endigue. Je fonde. j'éparpille. Je construis. Je taille à la machette dans l'encre trop sauvage. Les bêtes nous regardent du fond de leurs broussailles. Le ciel a des dents de métal. Le soleil est une goutte de pluie. Toutes sortes d'insectes, dont les noms nous échappent, grouillent de venin et de couleurs trop vives. Je bâtis à la main. Sans gant. Dans la chaux couleur cendre. J'assemble des pierres trop blanches à des petits morceaux de nuit. Nous sommes toute une famille anonyme. Toute une meute de fauves tendres qui laissent les traces de leurs doigts sales sur les plans trop propres que d'autres ont tirés à notre place. De nos dirigeables, nous dirigeons des élevages de nuages. Notre pays est une montgolfière qui s'élève sous la mer. Nos armes sont nues. Elles passent leurs journées au lit.

Summertime

dimanche 5 décembre 2010

Excusez moi Madame

Briser le miroir
d'une petite coiffeuse
ou encore la fenêtre
d'une chambre de dame
Ce plaisir gêné
d'être l'enfant qui casse
me saisit à chaque fois
que je pose le pied
sur la glace craquante
d'une flaque gelée
Excusez moi Madame !

samedi 4 décembre 2010

Plus que de raison

Le soleil est venu s’incruster contre ma vitre en plein mois de décembre. Il éclabousse ma chambre et même le demi-rouleau de papier toilette rose renversé sur le sol se met soudain à briller plus que de raison. Le papier, à moitié déchiré, est parsemé de minuscules excroissances concaves. Une sorte de microscopique succession de cratères, de trous et de bosses, conçus afin d’améliorer l’adhérence de la matière à nettoyer avec le dit papier, et qui, sous les assauts de l’action du soleil éparpillent  la lumière un peu plus que de raison. Cet excès d’éclat n’a rien d’exceptionnel, je veux dire par là qu’il n’imbibe pas la pièce d’un rose excessif, par contre, il module la densité lumineuse et modifie la teinte générale en y apportant une touche de brillance et une nuance de couleur qui se diffusent dans l’air plus que de raison. Tous ainsi, la lumière, la fenêtre, la chambre, le soleil, le demi rouleau de papier toilette rose et même moi, nous retrouvons imperceptiblement modifiés, légèrement transformés, par l’entente incongrue et éphémère d’un astre irisant et d’un demi-rouleau de papier toilette rose qui brille plus que de raison.

Edward Hopper, Sun in an Empty Room

Grabuge !

Ci dessous la table des matières du livre Grabuge !, 10 réjouissantes façons de planter le système, de Noël Godin, Benoit Delépine, Matthias Sanderson et Aimable Jr, paru chez Flamarion en 2002

Pour moi, ce sommaire est un poème à lui tout seul :

Préface                                                                            5
1. On ne peut pas faire pire, alors faites le                       47
2. Visez la tête                                                               65
3. Offrez des cadeaux empoisonnés                                83
4. Mordez la main qui vous nourrit                                  99
5. Arrivez avec vos gros sabots                                    125
6. Soyez usant                                                              149
7. N'ayez pas peur de vous faire uen tête de zob           167
8. Crachez dans la soupe                                              185
9. Soyez gros et gras                                                    201
10. Juste ne faites rien                                                   221

Pour en finir                                                                 241
Bibliothèque Grabuge                                                   245