lundi 31 janvier 2011
Les matins mal coiffés
Et les petits jours blancs dans le crachin de rien. La mousse sur les pierres. Les murs qui pourrissent. Les volets de bois mort qui ne cessent de mourir. Les pigeons gorgés de brouillard qui traversent un ciel sans question. Et les petits jours blancs dans le crachin de rien. Les matins mal coiffés. Le désordre des petites lumières. La belle vie dans des chaussettes mouillées.
Une fort agréable chronique de George Cathalo sur Fuyard debout
Depuis 4 ou 5 ans, Thomas Vinau s’est fait remarquer par une voix singulière, déjà toute en maturité malgré les 32 ans de ce jeune poète. Même si la filiation paraît évidente (Brautigan, de Cornière, …), il faut pénétrer dans cet univers, lire et surtout relire certains poèmes qui vont bien au-delà d’un simple constat réaliste. « Nous sommes / toute une génération /-la première ?-/à se trimbaler au fond des yeux/ le poids de deux / chevaux à terre / flancs couchés / dans la boue. ». En alternant les jours intenses et les jours de « glandouille absolue », Vinau fixe des instants, isole « la poussière des choses / qui reste collée aux mots ». Ses poèmes aux titres originaux sont comme des habits sur une corde à linge, variés et divers. Sans illusion mais sans désespoir, le poète rêve d’écrire de « petits guides plastifiés » sur la taille des flaques d’eau, les dimanches inutiles ou les parfums d’oreillers tièdes. Il écrit des poèmes-cocktails dont on ne peut distinguer les composants et « travaille beaucoup / à devenir un être simple » en tentant « d’être un de ces gars bien / dont parlent les livres ». Oui, on peut déjà dire que Thomas Vinau est « un gars bien » et surtout un poète plein d’avenir.
Georges CATHALO – Revue Pages Insulaires, Janvier 2011.
Thomas VINAU : Fuyard debout (GrosTextes éd., 2010), 104 pages, 6 euros – Fontfourane 05380 Châteauroux-les-Alpes.
dimanche 30 janvier 2011
Un ami
J'ai eu un ami rat
oui comme je vous le dis
il s'appelait Riton
c'était un rat des villes
et c'était mon ami
oui comme je vous le dis
il s'appelait Riton
c'était un rat des villes
et c'était mon ami
L'arbre à parole n°150
Prétexte :
Pierre Tréfois
Textes :François Huglo, Marc Bonetto, Thomas Vinau, Paul Dulieu, André Doms, éric Dejaeger, Patrice Maltaverne, Véronique Wautier, Jean-Louis Rambour, Pierre Soletti, Jean-Paul Raemdonck, Jean-Jacques Didier, Claude Vercey, Théophile de Giraud et André Beem
médaillons :Jack Keguenne : Visage épiphane
André Doms : Julien Dunilac en son présomptif été
Luc-André Rey : Traces de résidence
lectures :Claude Albarède, Jean Chatard, Francis Chenot,
Michel Lamart, Béatrice Libert et Pierre Schroven
à propos de :Max Alhau, Marc Baron, Jean-Louis Bernard, Christophe Dauphin, Pauline Dugas, Albert Fleury, Marie Huot, Ilya Kaminsky, Gilles Lades, Simon Le Centenier et Robert Nédélec
pour «donner à voir :Jean-François Franchet, étienne Jean Monnier et Jean-Claude Touzeil
aphorismes et périlsPierre Autin-Grenier, Matthieu Gosztola, Jacky Joguet, Christian Monginot et Louis Savary
Renseignements et commandes : Maison de la Poésie d'Amay
Pierre Tréfois
Textes :François Huglo, Marc Bonetto, Thomas Vinau, Paul Dulieu, André Doms, éric Dejaeger, Patrice Maltaverne, Véronique Wautier, Jean-Louis Rambour, Pierre Soletti, Jean-Paul Raemdonck, Jean-Jacques Didier, Claude Vercey, Théophile de Giraud et André Beem
médaillons :Jack Keguenne : Visage épiphane
André Doms : Julien Dunilac en son présomptif été
Luc-André Rey : Traces de résidence
lectures :Claude Albarède, Jean Chatard, Francis Chenot,
Michel Lamart, Béatrice Libert et Pierre Schroven
à propos de :Max Alhau, Marc Baron, Jean-Louis Bernard, Christophe Dauphin, Pauline Dugas, Albert Fleury, Marie Huot, Ilya Kaminsky, Gilles Lades, Simon Le Centenier et Robert Nédélec
pour «donner à voir :Jean-François Franchet, étienne Jean Monnier et Jean-Claude Touzeil
aphorismes et périlsPierre Autin-Grenier, Matthieu Gosztola, Jacky Joguet, Christian Monginot et Louis Savary
Renseignements et commandes : Maison de la Poésie d'Amay
samedi 29 janvier 2011
Une merveilleuse histoire
Il y a cette histoire dessinée à la mine de rien dans mes souvenirs. C'est un soir de semaine. Un soir de fatigue, lorsque le chronomètre s'effrite. C'est un soir n'importe où, un soir de n'importe qui posant un jour devant l'autre et une nuit contre une nuit. Il y a une lumière sombre dans la cuisine et un tas de vaisselle en retard et un chien impassible. Il y a des déchets, des miettes, des couverts sales et des plantes d'intérieur qui ne voient pas suffisamment le jour. Il y a un enfant qui a faim. Une mère qui rattache ses cheveux. Un père qui fait cuire des pâtes. Il y a la buée qui monte de la casserole bouillante. Et une passoire en plastique dans l'évier encombré. Le père vide les pâtes dans la passoire, un gros nuage de vapeur monte et lui inonde le visage. Ses lunettes en restent opaques de buée blanche. La mère sourit en le voyant. L'enfant se demande ce qu'il se passe. Le père lui donne ses nouilles pendant que ses lunettes perdent leurs voiles. Voilà. C'est une merveilleuse histoire.
vendredi 28 janvier 2011
Autant qu'un homme
Il n'est pas exemplaire. Son pull est élimé et sa barbe mal taillée. Il ne veut pas être admiré. Il a beaucoup souffert. Autant qu'un homme. Il a lu des livres et traversé des forêts. Battu le métal bleu des nuits d'exil. Il a bu et il a hurlé. Il a aidé un ami. Il a écrit des poèmes. Il n'a pas renoncé. Bras ouverts. Poings serrés.
(à Jean-Claude Pirotte)
(à Jean-Claude Pirotte)
Guignol
Le théatre de guignol
a été inventé
par un arracheur de dents
pour faire diversion
pendant l'acte
D'après vous
au moment où vous lisez
ce poème
que suis-je en train
de vous faire ?
a été inventé
par un arracheur de dents
pour faire diversion
pendant l'acte
D'après vous
au moment où vous lisez
ce poème
que suis-je en train
de vous faire ?
jeudi 27 janvier 2011
Le marcheur lent
Il me talonne. Je le sens derrière moi. Je le sais sur mes pas. Il est comme ces enfants qui jouent à accrocher avec la pointe de leurs pieds le dos de votre chaussure lorsque vous marchez. Il me suit à la trace. Accroche la peau et le cuir. Tape derrière la cheville. Quand je m'arrête quelques instants il me marche doucement dessus. Et puis il me piétine jusqu'à me faire disparaître dans la poussière de ses pas. Quand je recule, il recule avec moi. Il trouble la piste, change les traces, et je ne retrouve rien de ce que j'ai traversé. Toujours ses basques collées aux miennes. Et puis je sens son haleine, son petit rire sans fin. C'est immuable. Tant que je marche, il marchera avec moi. Si j'accélère, il me rattrape. Moi, j'ai le souffle court, un mauvais rythme cardiaque. Lui, il a l'éternité devant lui, rien ne l'épuise. Et puis si je vais trop vite, je ne distingue plus rien. Quel intérêt alors, de continuer la marche. Je ne fais pas le poids. L'unique solution raisonnable serait de ralentir au maximum. Freiner le pas. Ralentir la foulée. Respirer calmement. Avancer tranquillement et ne pas regarder derrière. Ainsi le temps demeurerait mon ombre tel un marcheur trop lent.
Nerval
Et quand vint le moment où, las de cette vie,
Un soir d'hiver, enfin l'âme lui fut ravie,
Il s'en alla disant : « Pourquoi suis-je venu ? »
Gérard DE NERVAL, épitaphe, Poésies diverses (1877)
mercredi 26 janvier 2011
Presque doux à force d'usure
Quelques mètres de ces vieux draps
élimés et blancs
presque doux à force d'usure
abandonnés aux moisissures
des vieilles maisons familiales
Un noeud un gros noeud
qu'on ne peut dénouer
sans s'arracher un peu les ongles
Un noeud un gros noeud
de ces vieux draps
élimés et blancs
presque doux à force d'usure
qui se gonfle et qui se dégonfle
au fond de la gorge
élimés et blancs
presque doux à force d'usure
abandonnés aux moisissures
des vieilles maisons familiales
Un noeud un gros noeud
qu'on ne peut dénouer
sans s'arracher un peu les ongles
Un noeud un gros noeud
de ces vieux draps
élimés et blancs
presque doux à force d'usure
qui se gonfle et qui se dégonfle
au fond de la gorge
mardi 25 janvier 2011
lundi 24 janvier 2011
Tout détruire
L'homme qui raconte
apprend à se désaltérer
avec ses larmes
Sais-tu
tout ce que je peux détruire
me demande t-il
Goûte
la petite farce tragique de ma vie
je suis celui qui peut
arracher les hélitres
des coccinelles
d'un simple éclat de voix
- (Le Racontoir, 7) -
apprend à se désaltérer
avec ses larmes
Sais-tu
tout ce que je peux détruire
me demande t-il
Goûte
la petite farce tragique de ma vie
je suis celui qui peut
arracher les hélitres
des coccinelles
d'un simple éclat de voix
- (Le Racontoir, 7) -
Oeuf au plat
Il casse deux oeufs dans une poêle trop plate. Ça grésille vite. La gluance blanchie, il lui en reste un peu sur les doigts. Il distingue dans la poêle trop plate, quelques éclats de coquille qu'il renonce finalement à extraire de l'huile bouillante. Il fait les gestes habituels, en plus vite, en plus mal. C'est un midi de semaine, il lui reste exactement 23 minutes avant de reprendre. Il éteint le gaz. Oublie le sel. Le pain est rassi et il n'y a plus de fromage. Il mange vite. Devant le poste qui crépite. Ne prend pas le temps de respirer ou de regarder par la fenêtre. Il savait avant même d'arriver chez lui que son repas ressemblerait à cela. En fermant la porte de chez lui, il pense qu'il doit y avoir des façons moins solitaires et malheureuses de manger des oeufs au plat.
dimanche 23 janvier 2011
samedi 22 janvier 2011
Comme tout le monde
Je fais ce que je peux. Avec mes silences et le reste. Avec mes peurs de bête. Avec mes cris d'enfant qui ne débordent plus. Je fais ce que je peux. Dans ce petit bain de cruauté et de lumière. Dans les éclats de sucre et de mensonge. Dans la délicatesse. Dans la violence du temps qui piétine nos rêves. Dans nos petits pataugements précieux. Un matin après l'autre. Un oublie après l'autre. Un mot sur le suivant. Je fais comme tout le monde. Avec le ciel et sans les dieux.
vendredi 21 janvier 2011
Une peau de banane
Une peau de banane
jetée là pourrissante
sur un muret
me procure
l'impression étrange
d'une envergure d'ailes
prêtent à décoller
jetée là pourrissante
sur un muret
me procure
l'impression étrange
d'une envergure d'ailes
prêtent à décoller
Dans les battements d'ailes
Au bord de la fenêtre, tout à droite,du dernier étage de la pension, les pigeons se battent pour finir les miettes de mémé chiffon. Ça fait un nuage de pain, de plumes, de chiure et de lait qui retombe sporadiquement sur la tête triste des passants. Ça énerve le personnel hospitalier. Ça fait vivre mémé chiffon.
jeudi 20 janvier 2011
Issa, clochard céleste, portrait 13, chez Vents Contraires
Tous en ce monde
sur la crête d'un volcan
à contempler les fleurs
Issa, clochard céleste, portrait 13, chez Vents-Contraires
Parution : Du sucre sur la tête, éditions Motus
À partir du 16 Février devrait paraître mon premier livre pour enfant, Du sucre sur la tête aux très belles éditions Motus. Je suis particulièrement fier de ce bel objet illustré par Lisa Nanni
Un jour du sucre s'est mis à tomber du ciel ...
Je vous en dis plus bientôt
Un jour du sucre s'est mis à tomber du ciel ...
Je vous en dis plus bientôt
mercredi 19 janvier 2011
Sauver le jour en un seul mot
L'homme
me piétine le crâne
il se cache au fond
de mes plaies
puis surgit en riant trop fort
Il dit
Tu peux sauver le jour
en un seul mot
Il dit
la langue est un couteau
que tu tiens par la lame
- (Le Racontoir, 6) -
me piétine le crâne
il se cache au fond
de mes plaies
puis surgit en riant trop fort
Il dit
Tu peux sauver le jour
en un seul mot
Il dit
la langue est un couteau
que tu tiens par la lame
- (Le Racontoir, 6) -
mardi 18 janvier 2011
Une journée idéale
Ce matin, Ed s’est levé un peu tard. Il n’a pas pris le temps de retenir la teinte si particulière du ciel venteux. Il a bu un café en vitesse puis est allé directement chercher sa masse dans l’atelier vermoulu collé à sa ferme du Massachusetts. Il a passé tout le jour à replanter les piquets de sa clôture qui longe la côte. Son chien, un border bâtard a couru jusqu’à épuisement derrière les mouettes. Lui n’a relevé la tête qu’une ou deux fois pour boire un peu de citronnade ou essuyer sa nuque mordue par l’air froid. En rentrant il a pris quelques minutes pour observer le phare planté sur les roches. La mer giflait la côte dans le crépuscule. A la maison, il vit que Jo lui avait préparé une apple-pie. Il se lava lentement dans l’eau brûlante puis s’installa prés de sa cheminée pour goûter la tarte. Il relut quelques vers de Dylan Thomas. Jo dessinait à côté de lui. C’était une journée idéale. Il n’avait pas eu besoin de peindre.
(extrait des Carnets du tiroir, bric à brac Hopperien, à paraître chez Nuit Myrtide)
le cul de l'ours polaire du camion Argel
De ma fenêtre je vois, de l'autre côté de la place grise et trempée, le cul de l'ours polaire du camion Argel, qui tente de s'échapper des produits surgelés. Je lui refilerai bien un coup de main. Nous nous faufilerions par les gouttières en zinc, jusqu'au sommet de la vieille cathédrale, pour donner des coups de griffes dans l'argent terne des nuages. Pêcher des saumons de béton. Curer nos dents en haut des arbres. Le temps d'écrire cela et de relever la tête, le camion est parti avec mon ours polaire. Il doit être actuellement sur la nationale treize et moi je reste là, derrière ma fenêtre, sans connaître le goût des saumons de bétons.
lundi 17 janvier 2011
Cairn n°8, janvier 2011
Cairn n°8 vient de paraître, D'infinis paysages
Cairns est une revue qui paraît en début d’année scolaire et en janvier. Une de ses ambitions est de permettre au poème d’entrer dans les classes ; d’y être présent ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains. Un outil de langue, un outil de formation à la poésie, de découverte !
*******************************************
Cairns (ISSN : 1959-2523) est éditée par les
éditions de la Pointe Sarène, 5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux et les éditions Gros Textes, Fontfourane, 05380 Châteauroux les Alpes.
Abonnement pour les numéros 7 et 8 : 10 €. (au numéro : 6€)
sites « Printemps des Poètes » http://www.printempsdespoetes.com/
site des éditions de la Pointe Sarène : http://monsite.orange.fr/pointesarene
au sommaire de ce beau numéro : Chantal Danjou, Catherine leblanc, Chantal Couliou, Jean Claude Tardif, Paul Bergèse, Jacques Ferlay, Anne Poiré, Yann Sénécal, Jacqueline Held, Claude Held, Michel Piquemal, Thomas Vinau, Alain Freixe, Claude Ber, Jean Claude Touzeil, Georges Cathalo, Philippe Mathy, Béatrice Bonhomme, Liska, Luce Guilbaud, Jacqueline Saint Jean, Roland Nadaus, Marie Florence Ehret, Jean Christophe Belleveaux, Lydia Padellec, Philippe Quinta, Sophie Braganti, Daniel Biga, Jean Foucault, Amandine marembert, Geneviève Briot, Marie Josée Christien, Patrick Joquel, sébastien Bracco.
Cairns est une revue qui paraît en début d’année scolaire et en janvier. Une de ses ambitions est de permettre au poème d’entrer dans les classes ; d’y être présent ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains. Un outil de langue, un outil de formation à la poésie, de découverte !
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Cairns (ISSN : 1959-2523) est éditée par les
éditions de la Pointe Sarène, 5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux et les éditions Gros Textes, Fontfourane, 05380 Châteauroux les Alpes.
Abonnement pour les numéros 7 et 8 : 10 €. (au numéro : 6€)
sites « Printemps des Poètes » http://www.printempsdespoetes.com/
site des éditions de la Pointe Sarène : http://monsite.orange.fr/pointesarene
au sommaire de ce beau numéro : Chantal Danjou, Catherine leblanc, Chantal Couliou, Jean Claude Tardif, Paul Bergèse, Jacques Ferlay, Anne Poiré, Yann Sénécal, Jacqueline Held, Claude Held, Michel Piquemal, Thomas Vinau, Alain Freixe, Claude Ber, Jean Claude Touzeil, Georges Cathalo, Philippe Mathy, Béatrice Bonhomme, Liska, Luce Guilbaud, Jacqueline Saint Jean, Roland Nadaus, Marie Florence Ehret, Jean Christophe Belleveaux, Lydia Padellec, Philippe Quinta, Sophie Braganti, Daniel Biga, Jean Foucault, Amandine marembert, Geneviève Briot, Marie Josée Christien, Patrick Joquel, sébastien Bracco.
dimanche 16 janvier 2011
La longue promenade
L'homme
a dans le ventre la nostalgie
de celui qui aurait dû rester
chien
Il tente de sucer la lune
dans la nuit trop longue
Parfois c'est comme
goûter la couleur
des crayons de couleurs
mais la plupart du temps
ce n'est qu'une longue promenade
sur des milliers de poissons morts
-(Le Racontoir, 5)-
a dans le ventre la nostalgie
de celui qui aurait dû rester
chien
Il tente de sucer la lune
dans la nuit trop longue
Parfois c'est comme
goûter la couleur
des crayons de couleurs
mais la plupart du temps
ce n'est qu'une longue promenade
sur des milliers de poissons morts
-(Le Racontoir, 5)-
samedi 15 janvier 2011
Oh miracle de la vie
Une petite lumière. Une lumière de 8h du matin. Une lumière qui a mis ses grosses chaussures pour parcourir l'univers, traverser les nuages à la nage, escalader les collines, suivre le fils de l'horizon, lécher les gouttes le long des troncs, effleurer l'herbe, bivouaquer sur la table du salon. Une petite lumière qui est partie il y a longtemps, qui a marché sans compter et qui, oh miracle de la vie, ne pue même pas des pieds.
Se taire
(Marguerite Duras par Richard Avedon)
"Ecrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit."
vendredi 14 janvier 2011
Il sentait la térébenthine
- L'homme s'était réfugié dans la patine sombre d'une peinture à l'huile.
- Il peignait ?
- Non, la plupart du temps il dormait.
- Dans son atelier ?
- Non, dans son tableau.
...
- Il peignait ?
- Non, la plupart du temps il dormait.
- Dans son atelier ?
- Non, dans son tableau.
...
Banal comme une grenouille
"Je ne suis personne ! et toi ?
Tu n'es personne aussi ?
Alors nous sommes deux, tais toi !
Ils nous chasseraient, tu sais !
C'est terrible d'être quelqu'un !
Banal comme une grenouille
Qui crie son nom toutes la journée
A travers les marais !"
Emilie Dickinson
jeudi 13 janvier 2011
Sport de combat
(photo de John Jay Glenn)
Il s'agit principalement
de ne pas se mentir
d'ôter la merde
de ses yeux
de ne pas tout écraser
sous son poids
de ne pas broyer
la carcasse fragile
de l'oisillon
que l'on tient serré
entre ses doigts
Levure Littéraire n°2
Levure de bière (Saccharomyces cervisiae)
Le second numéro de la Levure Littéraire est en ligne.
Un sommaire riche et éclectique à découvrir ici
mercredi 12 janvier 2011
mardi 11 janvier 2011
Les portes lourdes
Dehors, sous les lauriers merdeux qui longent le béton, pourrit un coffre-fort. Il pèse trois ânes morts. Il rouille paisiblement. Son ventre, comme une carcasse de navire, laisse au vent, à l'eau et à la boue, le soin de vider ses entrailles. Ne reste qu'un énorme boulon, un gland et deux coquilles d'escargots vides. Mais dès qu'on referme sa porte lourde, on imagine les trésors. Le secret est là, il faut fermer les portes lourdes et imaginer les trésors. Puis s'écorcher les ongles à tenter de l'ouvrir. Je vous souhaite de ne jamais y parvenir.
Le grand rien
Le grand rien
nettoie ses grolles
dans mes yeux
Ça fait du bleu
dans la bouillasse
des heures qui passent
dimanche 9 janvier 2011
Les enfants gris
L'homme
qui n'a pas peur des mots
tranche sa langue
à la machette rouillée
Il lève les bras et me dit
Le ciel est rempli
d'enfants gris
dont la soif
ne s'étanche jamais
ne confond pas tes larmes
avec la pluie
- (Le Racontoir, 4) -
qui n'a pas peur des mots
tranche sa langue
à la machette rouillée
Il lève les bras et me dit
Le ciel est rempli
d'enfants gris
dont la soif
ne s'étanche jamais
ne confond pas tes larmes
avec la pluie
- (Le Racontoir, 4) -
samedi 8 janvier 2011
vendredi 7 janvier 2011
Les canards
Il jette
des quignons de pain sec
des miettes
dans l'eau boueuse de la berge
où viennent patauger les canards
Il nourrit les bêtes
qui comme lui ne servent à rien
avec les restes rassis
de ce qu'il reste
une fois le superflu
digéré dans son auge
J'écris ce poème
de la même façon
et pour la même chose
des quignons de pain sec
des miettes
dans l'eau boueuse de la berge
où viennent patauger les canards
Il nourrit les bêtes
qui comme lui ne servent à rien
avec les restes rassis
de ce qu'il reste
une fois le superflu
digéré dans son auge
J'écris ce poème
de la même façon
et pour la même chose
À l'index n°19
Vient de paraître le N°19 Espace d'écritsJean-Claude Tardif ( éditorial ) - Jean Chatard ( poèmes )
Qu'est-ce qu'écrire aujourd'hui - Dossier
avec Françoise Ascal - Michel Baglin - Joël Bastard - Ahmed Ben Dhiab - Hervé Carn - Hugues Corriveau - Françoise Coulmin - Jean-Marc Couvé - Christophe Dauphin - Denise Desautels - André Duprat - Antoine Emaz - Otto Ganz - Jean-Paul Gourévitch - Alain Kewes - Béatrice Libert - Roland Nadaus - Gabriel Okoundji - Ghislain Ripault - Nicolas Schoener - Jean Max Tixier - Jean-Pierre Védrine - Claude Vercey - Thomas Vinau.
Voix données à Didier Le Nagard
Hafsa Saifi - Sylvie Roubadi - Anselmo Moro - Christine Van Acker - Alain Helissen - Patrick Joquel - Jean-Claude Tardif - Anthony Rio.
Et des notes de lectures de Jean Chatard - Gérard Paris - Michel Héroult.
Rens et commande : Jean Claude Tardif, revue.alindex@free.fr
jeudi 6 janvier 2011
les pinces à linges
Il m'arrive, parfois, au détour d'un matin gris ou le sable s'éfritte et les mots disparaissent dans le siphon, de penser aux pinces à linge dans l'atelier de Meudon du sieur Destouches. Ces vieilles pinces qui tenaient par paquets de douze, les feuillets sur lesquelles il écrivait et réécrivait son Voyage au bout de la nuit. Ces vieilles pinces, blanches et délavées, qui furent plus utiles à l'oeuvre du monde qu'un siècle d'écrivains. je donne tous mes poèmes pour une de ces pinces à linge.
mercredi 5 janvier 2011
mardi 4 janvier 2011
L'accoutrement de vivre
Le secret de mon adaptation à la vie ? - J'ai changé de désespoir comme de chemise.
(Cioran, Syllogismes de l'amertume, p.807, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
La clef
L'homme tresse
des noeuds coulant
de mots entre ses doigts
Il dit Ecoute
ce que je ne dis pas
Un jour le jour
a disparu
et la nuit fut scellée
comme une porte
sous l'aile d'un oiseau
Depuis la clef
est la plume
et la plume a disparu
- (Le Racontoir, 3) -
des noeuds coulant
de mots entre ses doigts
Il dit Ecoute
ce que je ne dis pas
Un jour le jour
a disparu
et la nuit fut scellée
comme une porte
sous l'aile d'un oiseau
Depuis la clef
est la plume
et la plume a disparu
- (Le Racontoir, 3) -
lundi 3 janvier 2011
Légion d'honneur
(à thierry)
En ce jour
il arbore
fier et puissant
- menton droit vers le ciel
et pectoraux vers l'horizon -
la distinction suprême
l'honneur de sa légion
un peu de gerbe de bébé
sur le revers de son veston
En ce jour
il arbore
fier et puissant
- menton droit vers le ciel
et pectoraux vers l'horizon -
la distinction suprême
l'honneur de sa légion
un peu de gerbe de bébé
sur le revers de son veston
La beauté est ignoble
Il y a cet homme
encore
qui raconte du sang
et qui vomit de l'or
Il me secoue et dit
La beauté est ignoble
parce qu'elle n'a pas d'odeur
J'ai vu de la tendresse
entre une abeille
et une fleur
- (Le racontoir, 2) -
encore
qui raconte du sang
et qui vomit de l'or
Il me secoue et dit
La beauté est ignoble
parce qu'elle n'a pas d'odeur
J'ai vu de la tendresse
entre une abeille
et une fleur
- (Le racontoir, 2) -
dimanche 2 janvier 2011
Au fond de l'océan
Un jour
un homme
m'a raconté
l'histoire
d'un homme
qui se réveillait
chaque matin
au fond de l'océan
Sa vie consistait
à choisir
entre la surface
la rive
et le fond
Et que choisissait-il
lui ai-je demandé
Rien
me répondit l'homme
il se prenait
pour un héron
- (Le racontoir, 1) -
un homme
m'a raconté
l'histoire
d'un homme
qui se réveillait
chaque matin
au fond de l'océan
Sa vie consistait
à choisir
entre la surface
la rive
et le fond
Et que choisissait-il
lui ai-je demandé
Rien
me répondit l'homme
il se prenait
pour un héron
- (Le racontoir, 1) -
Le jour se lève, la grisaille en bataille
La lumière a gardé sa robe de nuit
petit linge de brume sale
qui cache la peau plus trés jeune
de ses longues cuisses diaphanes
petit linge de brume sale
qui cache la peau plus trés jeune
de ses longues cuisses diaphanes
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