samedi 26 février 2011

Le bleu d'en dessous

La vigne grise

Un jour de bouche sèche. Le vent qui te bourrasque la gueule. La lumière piquante. Gravité. Marche lente. Tu remontes la route jusqu'à quitter la ville. Tu comptes les bouteilles vides jetées dans les fossés comme on compte les points noirs au dos des coccinelles. Devant toi, une vieille un peu chauve accélère le pas. Poubelles renversées. Tout ce qui n'est pas immobile va trop vite. Reste la vigne grise. Les genets turgescents. Cette abeille au soleil calée sur une pierre. De moins en moins de gens. Le crépit des maisons. L'ombre sur le crépit. Un champ entier de chardons. La boue du chemin. L'haleine fétide du chien. Tu poses ton cul dans les hautes herbes. Quelque chose d'âpre et de simple que le ciel te donne. Ton nœud qui se détend.

vendredi 25 février 2011

Chien errant 22













C'était un gentillhomme, ses chiens l'aimaient beaucoup.
(Chanson de geste, anonyme)

Trois éclats de lave rose

Lorsque l'aube pointe sa mine aiguisée, le chevalier Gaspard affute ses écarts. Il cueille au pied du ciel trois éclats de lave rose et se les fourre dans les yeux. Il crache de la glace noire, prêt à dévorer les pantoufles des bêtes molles de demain. Le jour commence dans sa main.

jeudi 24 février 2011

Le casse-noix

Le casse-noix
est cassé
la noisette
n'a pas cédé

Tenir bon

Le corps c'est pas pareil

 L'esprit est content avec des phrases, le corps c'est pas pareil, il est plus difficile lui, il lui faut des muscles. C'est quelque chose de toujours vrai un corps, c'est pour cela que c'est presque toujours triste et dégoûtant à regarder.
(Céline, Voyage au bout de la nuit, p.272, Folio n°28)


Parfois le matin
Je me réveille à genoux
(Daniel Darc, Crève-coeur, 2004)

mercredi 23 février 2011

tea time

Du sucre sur la tête



 Pages : 40
- Format : 24 x 16,7 cm
- ISBN : 978-2-36011-003-2
- Date de parution : Février 2011

Du sucre sur la tête / T. Vinau ; L. Nanni. - Motus
Un jour il se met à pleuvoir du sucre sur la terre et la vie de chacun s’en trouve transformée légèrement, insidieusement, irrémédiablement. C’est ainsi que la boue se transforme en caramel, que les canards sont naturellement laqués et qu’un drôle de marché noir se met en place...
Cet album est à la fois poétique, original, amusant. Avec une réflexion sur le devenir de la terre que chacun sera libre de lire entre les lignes ou non.
L’harmonie entre l’illustration et le texte est parfaite. Il est toujours difficile de parler d’un coup de cœur sans trop en dévoiler et surtout d’être à la hauteur du plaisir que l’on ressent à certaines lectures.

Ci dessus une sympathique chronique sur le site de croqulivre

Merci à son auteur.

 Pour en savoir plus, ou se le procurer :
- Le site de Motus
- Lekti-écriture.com
- Le site de Lisa Nanni

mardi 22 février 2011

lundi 21 février 2011

Chronique Rock and Folk , n°523, Mars 2011



















Me voilà fort bien entouré dans la charmante chronique littéraire du dernier Rock and Folk.
La non moins charmante Agnés Léglise ne se contente pas des bios de rockeur à la mode.
Elle fouille, elle lit et quand elle aime elle le dit. Qu'elle soit ici grandement remerciée de sa façon bien à elle de faire se cotoyer poésie et rock and roll.

dimanche 20 février 2011

Des cailloux dans la lumière

On se passe des choses dans la lumière. On marche et on se passe des choses. Pas plus. Je frotte le caillou contre un autre caillou. Ça fait des étincelles. Ça fait une autre lumière. Je prends les paysages et je les frotte contre eux. Je prends la lumière. La poussière. L’horizon. J’en fais quelque chose. J’ouvre des espaces dans l’espace. Je fais des étincelles. Des petits éclats qui vont se perdre dans la nuit. On se les passe de l’un à l’autre. On les mange. On a des étincelles dedans comme les étincelles dehors. Des grands vents, des ours, des sauvages, des airs de repos, des hérons. Quatre types qui font des étincelles. Qui les partagent. Qui les mangent. Qui les laissent disparaître dans la terre. Une trophalaxie de cailloux et d’étincelles. Le noir du dedans qui cogne le noir du dehors. Le noir du dedans qui mort les nuages. Le noir du dedans comme un chien sur la route qui lape les flaques froides. Nous sommes des chiens qui mangent des cailloux et des étincelles. Nous sommes des chiens qui aiment partager. Nous sommes des chiens qui fondent dans le paysage comme du sucre. Nous sommes des chercheurs d’or. De sucre. De neige. On en est là. Dans les grandes villes et les petites routes. Dans les recoins du frigo.  Par la fenêtre. À sucer des yeux l’horizon.

(ce texte est une participation à un élan collectif dit "Imagiste" entre Dimitri Wazemski, Guillaume Siaudeau, Jérémy Liron et votre serviteur... On ne sais pas où ça ira mais c'est un beau partage et c'est bien ce qui compte...)

samedi 19 février 2011

Yusef lateef / Eric Satie

Le petit terrier

L'homme marche
ses mots sont des chaussures
de randonnée
qui plantent piolet
dans l'échine
qui se réfugient
dans les plaies
Il me dit
je cherche le nid
le petit terrier ridicule
où naissent les rêves
et les ravages

-( Le Racontoir, 9)-

John Muir, Clochard céleste, portrait 14















à lire chez Vents-Contraires

vendredi 18 février 2011

Brouillon




Georges Bataille, Les Larmes d'Éros


Notes, avant 1962.

BNF, Manuscrits, fonds G. Bataille, carton 10. Tous droits réservés.                                                                          (Brouillon d'écrivain)             

L'étroite progression

j'ai éteint la lampe

J'ai éteint la lampe
je suis seul
la pluie tombe
Ne reste qu'un peu de lumière grise
qui filtre à travers la vitre
J'ai éteint la lampe
je suis seul
le feu crépite
Tout semble réunit
pour lire Emily Dickinson

mercredi 16 février 2011

Mais nous savons peu de choses...












'Mais nous savons peu de choses tant que nous n'avons pas fait l'expérience de ce qu'il y a d'incontrôlable en nous. Parcourons les glaciers et les torrents, escaladons les montagnes et laissons l'opinion prononcer ses interdictions.'
John Muir, Les montagnes de Californie.

mardi 15 février 2011

Le velour pousse à l'intérieur

L'homme
se tait
Il dit
Le velour tombe
du bois des cerfs
lorsqu'ils sont prêts
à s'affronter
Le velour pousse
à l'intérieur
de notre coeur
nos souvenirs
et nos absents
sont une fourrure
argentée



-(Le Racontoir, 8)-

à l'arrière des camions


















Dorothea Lange.(via oldchum)

lundi 14 février 2011

Bredouille

Toi
qui n'arrive pas
La pluie
qui ne tombe pas
Les mots
qui ne viennent pas
J'attends
quelque chose
et je reviens
bredouille
de cette longue
marche blanche
à l'intérieur du jour

La comtesse














Aujourd'hui, une petite histoire, La comtesse, sur une photo de Christine Bergougnous, dans la RdR

Sa plaie



















En voulant s’approcher, intrigué, il posa son pied dans une flaque gelée et le craquement de la glace fit sursauter la bête. Le chien s’était redressé comme un nerf qui se tendait, très vite et très sèchement, en reculant déjà. On pouvait voir dans ses yeux qu’il savait ce qu’était un homme, et on pouvait voir que c’est ce qui chez lui provoqua une peur immense, que l’homme était l’animal qu’il connaissait par sa crainte et qu’il craignait par excellence. Les deux se regardèrent pendant un long moment, chacun redoutant un mouvement de l’autre. Ils se regardèrent, fixant le fond de leurs yeux pour y chercher un signe de reconnaissance qu’ils ne trouvaient pas, comme deux étrangers qui ne parviennent pas à évaluer ce qui chez l’autre peut être une menace. Et tout ce qu’il restait au fond ce n’était que de la peur. Un mouvement imperceptible de l’épaule, un mouvement involontaire, juste pour rester droit, et le chien déjà se redressa et commença à partir. C’est là qu’il aperçu pour la première fois le dos du chien, et tout ce dos n’était pas un dos mais une immense plaie, une immense cicatrice, comme un sillon dans la terre creusé par un volcan, comme une blessure béante, mais vieille, sèche, usée. Une blessure qui ricanait. Le chien avait peur et il était laid de cette peur, et cette peur était plus laide que toutes les plaies béantes, et cette peur était sa plaie, comme sa cicatrice, comme la marque infamante de tout le mal que les hommes lui avaient fait. Il n’avait plus bougé. Il était resté là, immobile, et la bête le regardait, et sa peur le regardait, sa frayeur et sa haine, et ce que l’homme distinguait au fond des yeux du chien ne lui faisait pas plaisir.

(Extrait de La Honte, nouvelle parue dans le Grognard n°7)

dimanche 13 février 2011

samedi 12 février 2011

In search of an exit



















-Rod Serling, “Five Characters in Search of an Exit”, The Twilight Zone (1961)

La nature des choses

Dehors les chauve-souris
sifflent lascives
que demain n’existe pas   
La nature des choses
ne se cache pas plus
dans le givre des livres
que dans les carapaces craquelées
des cadavres d’hyménoptères

Au sommet des mélèzes

Colline sanglante
terre sèche
ne reste qu’a grimper
au sommet des mélèzes
boire
user tes yeux sur les questions
qui brillent tout au fond de la nuit

Entartons les pompeux cornichons !


Zemmour entarté
envoyé par GloupGloupGlup. - Regardez les vidéos des stars du web.

jeudi 10 février 2011

Parution, Du sucre sur la tête, éditions Motus






















Un jour 
du sucre se mit à tomber 
des arbres
Rien ne fut pareil
mais rien ne fut vraiment différent
...

Du sucre sur la tête, texte de Thomas Vinau, illustrations de Lisa Nanni, éditions Motus, Février 2011, 40 p, 11€

 Pour en savoir plus, ou se le procurer :
- Le site de Motus
- Lekti-écriture.com
- Le site de Lisa Nanni

La petite musique


















Dans ma tête
un orchestre déglingué
joue sa petite musique
avec des allumettes

Enzyme

Les rats ont appris à digérer le plastique. Les hommes ont appris à écrire, chanter ou dessiner des poèmes. dans les deux cas il s'agit de s'adapter à la toxicité de son milieu naturel. L'imagination est une enzyme de la réalité.

mercredi 9 février 2011

Du sucre sur la tête, éditions Motus















Du sucre sur la tête
Thomas Vinau/ Lisa Nanni
Editions Motus


Il arrive...

Je suis toutes les choses

















"Je voudrais être à Vienne et à Calcutta,
Prendre tous les trains et tous les navires,
Forniquer les femmes et bâfrer tous les plats.
Mondain, chimiste, putain, ivrogne, musicien,
ouvrier, peintre, acrobate, acteur,
Vieillard, enfant, escroc, voyou, ange et noceur,
millionnaire, bourgeois, cactus, girafe ou
corbeau, lâche, héros, nègre, singe, Don Juan, souteneur,
lord, paysan, chasseur, industriel,
Faune et flore:
Je suis toutes les choses, tous les hommes et tous
les animaux."


Arthur Cravan, in Maintenant n°2

(dégotté dans le joyeux fracas et la flambante fureur du sieur Leroy)

lundi 7 février 2011

L'enterrement du cannibal

Il est mort
sans souffrir
dans le fracas
assourdissant
d'une violette
sur le point de naître

Leaping the Chasm


















ca. 1886, “Leaping the Chasm”, photograph by H.H. Bennett of his son Ashley Bennett, jumping to Stand Rock, via the Henry Hamilton Bennett Collection at the Wisconsin Historical Society

La quête

Deux hommes cherchent la même chose
L'un regarde le ciel
L'autre regarde à ses pieds

Très bien merci

dimanche 6 février 2011

samedi 5 février 2011

Un filet de fumée

L'homme me force
à garder les yeux
ouverts
il me dit Regarde
nous ne sommes
que la somme
des renards morts
recroquevillés
dans nos coeurs
L'âme est un
filet de fumée
qui s'élève des abattoirs
Regarde toutes ces couleurs
qui se camouflent
dans le brouillard

- (le Racontoir, 7) -

Décapage n°43 arrive en Mars



















vendredi 4 février 2011

Le seuil de la farce




















(Dessin de Thoams)

« tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce » Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte

Et ça tourne et ça tourne

Y’a les gitans à la poste. Une grande queue de gitans qui vient retirer des sous. Souvent c’est la mère ou la grand-mère. Elle est seule. Elle est petite. Elle tient des enfants. Deux, trois, quatre enfants. Elle se fait engueuler parce qu’ils courent partout. Qu’ils touchent les objets de la boutique de la poste. Y’a l’employée de la poste qui les regarde genre mais c’est pas possible des trucs pareils. Et elle leur gueule dessus.
Y’a l’employée de la poste. Elle est blonde. Elle est grosse. Elle doit avoir la quarantaine. Elle souffle parce qu’elle a chaud. Elle répète 20 fois les mêmes trucs mais personne ne veut comprendre. C’est comme ça. C’est pas sa faute si c’est comme ça. Elle est là pour dire que c’est comme ça. Elle se fait engueuler toute la journée pour des histoires de lettres, de chèques, de délais, d’horaires. Elle se fait gueuler dessus. C’est une éponge qui sert à amortir les gueulantes. C’est son boulot de se faire gueuler dessus par cette vieille dame qui trouve que c’est une honte et que le service publique et que non  madame et que restez polit.
Y’a cette vieille. Elle met trois heures à aller chercher sa pension à la poste. À aller faire son petit marché. À traîner sa carcasse. Elle est seule comme la mort. Les gens passent à toute vitesse à côté d’elle. L’évitent de justesse. Elle est toute blanche. Elle est toute grise. Des fois les minos de l’immeuble crachent dans son dos et elle le remarque même pas. Elle se trimballe toute seule avec son crachat dans le dos. Elle pue. Chez elle ça pue. Personne ne veut y aller à part l’infirmière.
Y’a les minos de l’immeuble. Ils traînent sans avoir rien à foutre. Ils jouent dans le local à poubelle. Ils cassent des trucs. ça fait du bien de casser des trucs. Ils bouffent de la merde tous les jours. Ils regardent la télé. Parfois le flic municipal les ramène chez eux et dit aux parents que ça va pas aller. Les parents ils disent oui mais on n’est pas là. Le flic y dit c’est pas mon problème. Les parents y disent on comprend pas y z’ont tous ce qu’i faut. On se casse le cul pour leurs baskets et leurs consoles et leurs télés. Le flic y dit c’est de la graine de rien. Si c’était moi une bonne bouffe dans la gueule.
Y’a le flic municipal. Il picole. Il tourne en rond dans son express. Il voulait résoudre des crimes et faire le bien. Il va au stand de tir. Il constate les dégâts des containers qui ont brûlés. Il pose des pv. Il met des barrières. Il picole. Lui ce qu’il aime c’est les cerfs-volants. Personne croit qu’un flic ça peu aimer les cerfs-volants. C’est une éponge à merde. Il est là pour encaisser les coups entre les gens et le système. C’est qu’un pauvre flic.
Y’a tout ce beau monde qui tourne en rond dans la cuvette tiède des jours. Tout ça tourne et ça tourne et ça tourne. Et ça tourne comme on dit que le lait a tourné. Et ça s’ennuie ça survit ça se débrouille ça fait ce que ça peut. Et ça dort une nuit sur deux. Et ça rêve une nuit sur quatre. Et ça tourne et ça tourne et ça tourne. Et ça a envie de tout brûler, ou de voter front nationale, ou de se tirer une balle dans le crâne, ou de prendre ce qu’on agite sous leur nez. Et ça se dit que Putain il en faut un putain de courage pour pas devenir moins qu’une bête.
...

Regarde

Regarde
cette petite bête
frigorifiée
qui se tortille
sur le pavé
Il est déjà
trop tard pour elle
mais ne détourne
pas le regard
tu peux encore
la recueillir
avec délicatesse
dans tes yeux
pour qu'elle y
pourrisse
tendrement

jeudi 3 février 2011

Nom de famille

Si un jour
j'apprivoise le loup
je l'appellerai
Poème

( en écho au Renard)

Jacques Courcil, La Traite, Poème d'Edouard Glissant

Eden

Le portail en fer forgé du jardin est fermé depuis longtemps. La glycine s'est enroulée autour des barreaux jusqu'à sceller d'un noeud indénouable le passage vers le petit refuge. Dans la rue les voitures défilent. Derrière le mur, les troncs pourrissent et l'herbe pousse. Il faut l'escalader pour atteindre le petit jardin abandonné. La sauvagerie y est délicate et s'épanouie discrétement. Personne ne sait, ou tout le monde se fout, de ce qui se cache là, à deux mètres des voitures et des passants pressés. Personne mis à part, trois escargots, un écureuil, un hérissons, une pie et deux pigeons, un clochard silencieux de temps en temps, des rats qui passent, des lézards, et ce couple d'amoureux adolescents qui s'y retrouvent en secret pour enduire de salive leur jeudi après-midi.

mardi 1 février 2011

Mot clef

Ami visiteur, tu constateras qu'en haut à gauche de ce blog il y a un encart de recherche qui te permet de retrouver, Oh joie,  n'importe quel poème, thème, ou mot clef. Par exemple tu tapes Brautigan et tu vois tout ce qui fut écris ou cité sur etc-iste à son propos. Voila, voila ...

S'endormir sur une peau d'ours















Nous avons toutes sortes
d'itinéraires
de plans de conduites
de comptes et de formulaires
de calendriers
de conventions obsèques
et de sorties de secours
pour mettre un jour
devant l'autre
alors qu'il suffirait
peut être
de s'endormir
sur une peau d'ours
pour attendre la suite

Tous les petits animaux


- Les hommes savent enterrer leurs semblables, mon garçon, répliqua-t-il, mais il fait aider les animaux. Pas seulement les lapins et les rats, mais tous les petits animaux, mon garçon.
Il soupira.
- On les tue, et moi je les enterre. J'enterre les rats et les souris, les oiseaux et les hérissons, les grenouilles, même les escargots.


Walker Hamilton, Tous les petits animaux, folio 10/18