jeudi 31 mars 2011
Gravats
Il a charrié des cendres et des gravats toute la journée. Ses yeux et son larynx sont pleins de poussière de plâtre. Le chef d'équipe lui a dit que l'immeuble qu'ils détruisent appartenait à une riche famille de russes expatriés avant d'être abandonné par les promoteurs au milieu des années 80. Maintenant la municipalité veut réhabiliter le lieu. Ce sera bien pour le centre ville a dit le maire. Pendant la demi-heure de bus qui le ramène chez lui personne ne s'assoie à côté. Il se dit qu'il n'y a plus que trois bières à la maison. Se demande si ce sera suffisant. Il pense qu’il doit rester du pain de mie. Ça ira. Il regarde la rue. Son front incline légèrement jusqu’à toucher la vitre. Dehors, un groupe de lycéennes marche vite en s’agitant. Il laisse traîner ses yeux sur leurs cuisses, blanches, fraîches comme le rire d’une rivière. Elles disparaissent dans son dos. Le bus ronronne entre les feux rouges. Le ciel de la ville commence à gentiment s’embraser. Les piétons ferment leurs cols. Remontent leurs gants. Se frotte le nez. Il se retient de tousser. À chaque quinte, cette douleur entre les côtes. Il ne pense presque plus rien à présent. Caresse de l’intérieur du pouce cette petite plaie au creux de sa main qui ne veut pas cicatriser. Deux trois mots retombent encore silencieusement dans la poussière blanche de ses pensées. Puis plus rien.
Le rince doigts
Le Rince Doigts numéro 10 arrive .... Et on va s'en foutre plein les doigts !
(cliquez sur l'image pour voir le sommaire sa mère)
mercredi 30 mars 2011
Emmet Grogan, clochard céleste, portrait 17
"Il savait que la plupart des gens avaient des problèmes avec eux-mêmes parce qu'ils avaient peur de qui ils étaient. Il avait pigé que quelque soit le moyen de prier pour pouvoir être le héros de sa propre vie, ou sa victime, il serait incapable de découvrir son destin. Il avait compris que tout arrive toujours et que ses besoins n'étaient que ses besoins et ne renvoyaient à aucun principe universel. Qu'il y avait des choses encore plus importantes que d'être en vie et que l'une d'entre elle était d'être en vie de la manière que vous vouliez être en vie." Emmet Grogan, Ringolevio
Et un bon site pour en apprendre un peu plus sur The Diggers : là
mardi 29 mars 2011
Au fond de ma poche
Je l'ai retrouvé au fond de ma poche. Une petite boule pliée et décolorée. Passée plusieurs fois à la machine à laver. Séchée, salie et oubliée. Je l'ai retrouvé au fond de ma poche. Entre une pièce de 5 centimes, une allumette, un vieux schewing-gum. Je l'ai d'abord senti du bout des doigts, sans trop savoir ce que je touchais. Puis une fois déplié à la lumière, je me suis souvenu. J'étais content de le retrouver. Je ne m'en servais plus beaucoup. Jusqu'au jour où il me fut impossible de savoir ce que j'en avais fait. J'ai pensé l'avoir perdu ou donné. J'y avais renoncé. Et là je le retrouve. Certes, il a pris un bon coup de rabot sur le sifflet mais peu importe. Je l'ai retrouvé !
(à vous de choisir l'objet en question dans la liste ci dessous ou de m'en proposer un )
- Mon sourire
- Mon mot d'amour
- Ma carte de fidélité
- Mon amour propre
- Mon dégoût
- Mon Bernard-l'ermite de compagnie
- Mon humour
- Mon idée
- Mon multipass
- Mon prépuce
(à vous de choisir l'objet en question dans la liste ci dessous ou de m'en proposer un )
- Mon sourire
- Mon mot d'amour
- Ma carte de fidélité
- Mon amour propre
- Mon dégoût
- Mon Bernard-l'ermite de compagnie
- Mon humour
- Mon idée
- Mon multipass
- Mon prépuce
La fourrure tendre
Une nuit noire. Très noire. Trop noire. Une nuit pleine de nuit. À ras bord. Jusqu'à la gueule. Mais ce n'est pas grave. Regarde. Elle ne traverse pas la peau. Elle aussi a peur de toi. Ne t'inquiète pas. Tend la main. Sent la. Approche toi un tout petit peu. Elle est comme un animal qui t'offre le confort de son ventre. Plonge ton nez dans sa fourrure. Fais la ronfler. Ronronner. Éternuer. Le jour lui monte au nez.
lundi 28 mars 2011
Tout vient à point à qui sait s'étendre
- Pour y voir plus clair, je ferme les yeux.
- Pour me relever, je me couche.
- Pour arriver plus vite, je ralentis.
- Pour échanger, je donne.
- Pour parler, je me tais.
- Pour apprendre, je pratique.
- Pour avancer, je m'arrête.
- Pour construire, je détruis.
- Pour savoir, j'oublie.
- Pour tenir, je relâche.
- Pour me relever, je me couche.
- Pour arriver plus vite, je ralentis.
- Pour échanger, je donne.
- Pour parler, je me tais.
- Pour apprendre, je pratique.
- Pour avancer, je m'arrête.
- Pour construire, je détruis.
- Pour savoir, j'oublie.
- Pour tenir, je relâche.
dimanche 27 mars 2011
Le funambule
( à Martin Page)
Le funambule grimpe au sommet d'une montagne de vaisselle sale. De la dernière assiette plate, il lance son lasso. Pour nous, qui sommes restés au sol, il n'est pas plus grand qu'un petit flocon de neige. Il voudrait qu'un hibou ramène la corde jusqu'aux frondaisons magiques de la plus lointaine et profonde des forêts. Le rapace amical se fait attendre. Il tente alors de jeter un grappin sur les petites rondeurs grises d'un nuage qui compose sa pluie. Hélas, il tombe. Pour nous, qui sommes restés au sol, sa chute est comme l'envol d'un oiseau inconnu.
Le funambule grimpe au sommet d'une montagne de vaisselle sale. De la dernière assiette plate, il lance son lasso. Pour nous, qui sommes restés au sol, il n'est pas plus grand qu'un petit flocon de neige. Il voudrait qu'un hibou ramène la corde jusqu'aux frondaisons magiques de la plus lointaine et profonde des forêts. Le rapace amical se fait attendre. Il tente alors de jeter un grappin sur les petites rondeurs grises d'un nuage qui compose sa pluie. Hélas, il tombe. Pour nous, qui sommes restés au sol, sa chute est comme l'envol d'un oiseau inconnu.
samedi 26 mars 2011
La porte
Dans le terrain vague, il y a un vélo d'enfant abandonné. Sous le vélo abandonné, il y a une porte. Derrière la porte, il y a des bêtes, grognantes et puantes, libres et poilues. C'est là que je m'étends, au milieu des bêtes, dans la poussière, sur le sol sale et chaud.
vendredi 25 mars 2011
Vendre des tortillas
" Ils ont tellement de foutus intellectuels pourris que je ne peux plus les supporter. Ils sont vraiment trop pour moi. J'aimerais mieux m'asseoir par terre dans le marché de Toluca pour vendre des tortillas que d'avoir quoi que ce soit à voir avec ces connards artistiques de Paris…"
Frida kahlo
Frida kahlo
Passage spatio-temporel
Il existe des univers parallèles. Des mondes qui vivent, grandissent et disparaissent, à l'abri de l'étroitesse spatio-temporelle d'une existence. On pourrait les définir un peu comme des espaces verts, des centres de repos, des chambres de désintoxication, des fauteuils profonds, des refuges sauvages et intimes qui permettraient de s'isoler quelques instants de notre grande putréfaction ontologique. Dans ces mondes, les gens ne vieillissent pas. Les personnages imaginaires existent. Les rêves se mélangent au savoir. Les décors ont la couleur des souvenirs. En voici quelques uns :
- Les photos d'école
- Les pochettes d'album
- Les clichés d'identité
- Les bandes dessinés d'enfance- Les odeurs enfermées
- Les greniers
- Les valises
- Les places près du radiateur et de la fenêtre
- Les pistes qui se perdent en forêt
- Les escaliers qui montent dans l'obscurité
- Certains bancs
- Certains rires
- Le bruit de l'eau
- Les fourrures familières
- Les oreillers
jeudi 24 mars 2011
Lettre à KNUT
Cher Knut,
J'ai revu une photo de toi, récemment, peut être la dernière, puisqu'il semble qu'il en soit enfin fini de ton supplice doré. Je ne sais pas vraiment ce qui m'a tant concerné dans les récits médiatiques de ton agonie sucrée. Etait-ce la saleté de ton pelage plus vraiment polaire qui semblait comme grisé de tristesse et de gaz carbonique ? Etait-ce ta condition d'orphelin exhibé, oublié, capitalisé, produit dérivé, puis à nouveau abandonné ? Etait-ce ce paradoxe tout humain qui consiste à séquestrer pour protéger et que l'expression populaire L'enfer est pavé de bonnes intentions résume pleinement ? Etait-ce l'incongruité de ta situation géographique, dans un zoo Allemand, qui incitait mon esprit malade à t'imaginer, petite boule de fourrure blanche, derrière des grilles, entre des peluches à ton effigie et des étals débordants de saucisses multicolores ? Cher Knut, tu es mort comme tu as vécu, seul et exilé, dépressif et graisseux, prostitué dans les yeux des enfants. Il te reste la pureté de leur amour, qui n'était pas feint sois-en sûr, et leurs souvenirs, et leurs rêves, qui peuvent habiller ta charogne. Tu fus le symptôme Bisounours de notre tendre décomposition. Te foutre définitivement la paix, à présent, me semble la meilleure des choses.
bien à toi
T.
J'ai revu une photo de toi, récemment, peut être la dernière, puisqu'il semble qu'il en soit enfin fini de ton supplice doré. Je ne sais pas vraiment ce qui m'a tant concerné dans les récits médiatiques de ton agonie sucrée. Etait-ce la saleté de ton pelage plus vraiment polaire qui semblait comme grisé de tristesse et de gaz carbonique ? Etait-ce ta condition d'orphelin exhibé, oublié, capitalisé, produit dérivé, puis à nouveau abandonné ? Etait-ce ce paradoxe tout humain qui consiste à séquestrer pour protéger et que l'expression populaire L'enfer est pavé de bonnes intentions résume pleinement ? Etait-ce l'incongruité de ta situation géographique, dans un zoo Allemand, qui incitait mon esprit malade à t'imaginer, petite boule de fourrure blanche, derrière des grilles, entre des peluches à ton effigie et des étals débordants de saucisses multicolores ? Cher Knut, tu es mort comme tu as vécu, seul et exilé, dépressif et graisseux, prostitué dans les yeux des enfants. Il te reste la pureté de leur amour, qui n'était pas feint sois-en sûr, et leurs souvenirs, et leurs rêves, qui peuvent habiller ta charogne. Tu fus le symptôme Bisounours de notre tendre décomposition. Te foutre définitivement la paix, à présent, me semble la meilleure des choses.
bien à toi
T.
mercredi 23 mars 2011
Ce qui persistait
Etait-il possible que ce minuscule tourbillon revêche, que cette poussée rigide et dissidente, que cet épi revanchard qui pointait avec orgueil au sommet disséminé d'une chevelure fatiguée, était-il possible, se demandait-elle en le regardant s'épuiser devant ses yeux en un ballet si vain de gestes agités, était-il possible donc, que cet anodin épis fusse tout ce qui chez lui persistait à résister ?
Bonjour Merci Au revoir
Un très beau livre en couleurs et en collages pour que les enfants deviennent aussi polyglottes que les oiseaux
par Emilie Alenda chez L'initiale
mardi 22 mars 2011
Fracas
C'est la pointe des pieds qui dépassent dans le vide
C'est le rire tout au bord de la stupeur
C'est les yeux sanglant du lapin figés dans l'éclair
C'est les épines au fond de la gorge et le cactus dans le ventre
C'est la grenouille dans l'eau qui boue
Fracas de fariboles de farce et de chair à saucisse
C'est le rire tout au bord de la stupeur
C'est les yeux sanglant du lapin figés dans l'éclair
C'est les épines au fond de la gorge et le cactus dans le ventre
C'est la grenouille dans l'eau qui boue
Fracas de fariboles de farce et de chair à saucisse
Un de trop
"- J'ai deux mots à vous dire. Je suis sûr qu'il y en a un de trop." Pierre Autin-Grenier - Le poète pisse dans son violon - Éditions Les Carnets du Dessert de Lune.
lundi 21 mars 2011
Trois points d'appuis
J'ai dix ans. Je colle mon nez au tronc. Je visite les ruines sacrées et sauvages du monde. L'herbe brûlée des plaines. Les collines chaudes. Les buissons qui déchirent. Sueur salée dans les plaies. Et puis l'ombre. La touffe froide et inquiètante. La forêt. Un gôut corsé de terre, de mousse et d'écorce, que la langue va chercher sous les ongles. La force des bras qui hissent. La poussière de bois, de pollen et de fleurs qui se mêlent aux cheveux et à la salive. Bouche grande ouverte. Les goulées d'oxygène. L'équilibre du pied. Trois points d'appuis et, une fois sur la branche, tête en l'air, les choses qui reprennent finalement leurs véritables places. Les insectes qui redeviennent énormes et les hommes si lointains. La grouillance humide du ciel. Les gouttes trop froides au dos des feuilles. Cracher au sol. Résine amère sur les lèvres. Peur de redescendre. Peur de ne plus jamais pouvoir remonter.
dimanche 20 mars 2011
Daimler revient
Hier aprés-midi, drap bleu du lit, volets entrouverts, le petit fait la sieste. Je m'allonge, je lis Daimler s'en va de Frédérick Berthet. Au bout d'un certain labs de temps, que l'on pourrait représenter par une pâte à pain molle et tiède qui s'étire sous les assauts d'un rouleau pâtissier recouvert de farine, je m'endors. Dans mon rêve, Daimlher revient. Il me regarde d'un air ironique tout en engloutissant un petit suisse à l'abricot.
samedi 19 mars 2011
Le refus est une fleur qui brille dans nos coeurs
Un péon flemard
qui taille son bâton
qui n'est rien d'autre
que son bâton
son couteau
les copeaux
Un esclave
récalcitrant
qui vole un grain sur deux
de la grappe qu'il récolte
Un galérien
qui ralenti la cadence
Un chien
qui ne garde rien
Un enfant
qui n'obéit pas
La lumière
qui dit merde
en souriant
qui taille son bâton
qui n'est rien d'autre
que son bâton
son couteau
les copeaux
Un esclave
récalcitrant
qui vole un grain sur deux
de la grappe qu'il récolte
Un galérien
qui ralenti la cadence
Un chien
qui ne garde rien
Un enfant
qui n'obéit pas
La lumière
qui dit merde
en souriant
vendredi 18 mars 2011
Bien au contraire
Ni blanc
Ni noir
Ni les deux
Ni aucun des deux
Ni le tout mis ensemble
Ni le rien juxtaposé
Bien au contraire
jeudi 17 mars 2011
La nouvelle vague
- T'es au courant ?
- Oui, j'ai entendu ça à la radio...
- Incroyable hein ?
- Effrayant !
- Ça vient d'un coup comme ça.
- Ouaip, on voit rien venir.
- Tu l'as dit.
- Franchement ! Patrick Sébastien dans les meilleures ventes de livre !
- On est vraiment peu de chose...
- Oui, j'ai entendu ça à la radio...
- Incroyable hein ?
- Effrayant !
- Ça vient d'un coup comme ça.
- Ouaip, on voit rien venir.
- Tu l'as dit.
- Franchement ! Patrick Sébastien dans les meilleures ventes de livre !
- On est vraiment peu de chose...
mercredi 16 mars 2011
Jouer à la vie
Il y a la pluie. Et la vitre. Ils ont l'air de bien s'entendre ces deux là en ce moment. Parfois ils sont violents, comme un vieux couple au foie fragile, mais aujourd'hui ils semblent s'écouter et se comprendre. Se tenir par la main. Se frôler. Je les regarde jouer à la vie, de l'autre côté de l'écran. Sans bouger. Je voudrais rester là longtemps, sans ne rien faire d'autre que de regarder la parade tendre de la vitre et de la pluie. J'en fais une épaisseur de plus entre mes yeux et le monde. Je m'en recouvre. M'y blottis. Il n'y a rien de plus à attendre en ce jour, rien de mieux à prendre. Je n'ai pas la force de creuser. Je préfère m'asseoir et patienter. Regarder la petite dégringolade des gouttes sur le carreau. Les imaginer moins seuls. Complices. En évitant de me demander quel genre de bonhomme invente des histoires d'amour entre les objets et les éléments.
Faux départ
Le poème se lève
Il a des courbatures
et le nez bouché
Dehors ça flotte
Faux départ
Il retourne se coucher
Il a des courbatures
et le nez bouché
Dehors ça flotte
Faux départ
Il retourne se coucher
mardi 15 mars 2011
Frida
Frida aimait les biches
et les cigares
et les couronnes d'épines
et les moustaches
et les fêtes des morts
et les fleurs
Frida aimait les enfants des autres
et Léon Trotski
et Diego
et la révolution
et les crânes avec des yeux de diamants
Frida était belle
malgré son pied boiteux
son vagin déchiré
ses cicatrices dans le dos
son corset de fer
sa jambe amputée
sa douleur
Frida peignait la joie
la réalité
la vie
les bêtes
les fruits
les Indiens
la liberté
lundi 14 mars 2011
Lundi matin
- J'y vais chérie.
- Ok, à ce soir...
- Putain, t'as pas vu mes pastilles ?
- De menthe ?
- Non, d'iode.
- T'as regardé dans ton sac ?
- Attention ma douce tu me dégoulines sur le veston
...
Rester au bord
Rester au bord. Le clapotis placide. L'eau sur les orteils. La petite rengaine rassurante. Rester au bord. Surtout ne rien tenter. S'y installer. Imaginer l'angoisse des profondeurs. S'en gargariser, immobile. Aménager sa digue. S'y mouler une place large. Gros cul amarré dans le sable. Fixe. Rester au bord. Se calmer. Apaiser sa peur. Se détendre dans l'eau tiède. S'habituer. S'endormir. Rester au bord. Dans le confort de son petit refrain glaireux. S'y noyer.
dimanche 13 mars 2011
Légèrement grotesque
le jour qui tombe du bon côté de la tartine. La vague du grand vent. Du café. De la pluie. L'allure anachronique d'une pie dans l'herbe mouillée. Sa démarche, légèrement grotesque, au contact de la boue lourde et froide. Mes yeux qui prennent la même posture. Le même chemin. Puis mes mots. Leurs pattes raides et crottées.
samedi 12 mars 2011
Une ligne
Ouvrir un livre
au hasard
Une phrase ou deux
suffiront
Ouvrir le jour
comme un livre
Choisir une ligne
La manger
au hasard
Une phrase ou deux
suffiront
Ouvrir le jour
comme un livre
Choisir une ligne
La manger
vendredi 11 mars 2011
jeudi 10 mars 2011
La montagne
Le bulldozer arrache les arbres, retourne la terre, pousse les tonnes de déchets. Ciment, plâtre, poutres brisées, parpaings, cloisons, briques et contre-plaqué déchirés. Les murs en miette. Le toit effondré. La benne est une gueule grande ouverte dans laquelle se fracassent les vieux objets balancés, matelas, chaises, tuyaux, chiottes brisés. Il a suffit de quelques heures pour que la maison abandonnée, squattée, que les ronces soudaient au pont, ne devienne une montagne de gravas. Dés la glace rose du lendemain, un écureuil ricanait en son sommet.
Watching the dancers
- Hopi, Edward Curtis, 1922.
A group of girls on the topmost roof of Walpi, looking down into the plaza.
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
(...)
Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amis.
Paul Eluard
Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amis.
Paul Eluard
mercredi 9 mars 2011
La lumière en pyjama
Elle me dit :
- Un jour tu ne m'aimeras plus. Il est dix huit heures, j'ai les yeux gris, les cheveux sales et je suis déjà prête à aller me coucher.
Je réponds :
- Ça m'étonnerait. C'est comme de voir la lumière en pyjama. Je suis la seule personne de l'univers à avoir le droit d'y assister.
- Un jour tu ne m'aimeras plus. Il est dix huit heures, j'ai les yeux gris, les cheveux sales et je suis déjà prête à aller me coucher.
Je réponds :
- Ça m'étonnerait. C'est comme de voir la lumière en pyjama. Je suis la seule personne de l'univers à avoir le droit d'y assister.
mardi 8 mars 2011
Les hommes finiraient par se taire
Mes paupières demeureraient fermées dans la lave suave du soleil. Un enfant scripte retranscrirait le bavardage intempestif des becs de moineaux et des ailes d'insectes dans l'immobilité bleue du ciel. Ce serait l'heure de la sieste. Un chien se lècherait le cul. Les hommes finiraient par se taire. Il n'y aurait rien d'autre à faire que boire la paresse crue dans l'oeuf jaune de la lumière. Une femme poserait son fardeau dans la poussière et remettrait tout à demain. Les mourants se mettraient à rire. Je mangerais avec les doigts l'instant juteux. Du sucre coulerait de ma bouche. Tu le boirais.
lundi 7 mars 2011
La reine
Deux billes et huit longues aiguilles brillent dans l'ombre. La reine est une touffe de poils sombres. Son royaume grouille dans la poussière. Il s'étend du haut du miroir de la salle de bain à l'immobile patère. C'est là qu'elle taille ses lances de silence et nous digère.
dimanche 6 mars 2011
La face cachée de la force
- Tiens, j'ai encore le temps d'aller voir si les mouches-bébés sont en promo chez babybio avant de retrouver Jabba au spa, pensa t-il tout en accélérant le pas.
Décapage n°43
Il est prêt. Tout beau tout chaud.
Rempli jusqu'à la gueule comme un ours blanc dans un élevage de saumons !
pour en savoir plus : Décapage
samedi 5 mars 2011
vendredi 4 mars 2011
Une belle lecture du Noir dedans
Voici une belle lecture de mon livre Le Noir dedans (éditions Cousu Main) par le journaliste Philippe Chauché sur son blog. Qu'il en soit ici remercié.
Ce soir, lecture Borbo à l'Atelier
Vendredi 4 mars à 20 heures dans la librairie l'Atelier (2 bis, rue du Jourdain, Metro Jourdain)
Les comediens de la Compagnie du 104 Bis vous presenterons, en musique, la revue Borborygmes et son dernier numero.
Avec Michela Orio, Stephanie Boffi et Arthur Bidegain et avec sa guitare, Gilles Bessou.Seront lus entre autres des textes des auteurs suivants : Jean-Claude Pirotte, Martin Jeanjean, Thierry Roquet, Guy Bordes, Y. Lebarge, Thomas Vinau, Axl Cendres…
À l'issue de cette présentation, discussion autour de quelques bouteilles et apéritifs divers. Venez nombreux ! Infos : Borborygmes.org
jeudi 3 mars 2011
Deux pigeons
Deux pigeons. Deux pigeons parfaitement semblables à des pigeons. Deux pigeons parfaitement anodins posés banalement sur une haie parfaitement anodine. Et par dessus tout ça un ciel gris de pluie, un ciel de semaine. Un petit ciel de rien. Ces deux pigeons ternes posés sur une branche terne sous ce ciel terne. Ces deux pigeons de rien collés l'un contre l'autre qui se lissent les ailes. Autour, la vie galope, ou piétine, sans que personne ne remarque cette toute petite dose de tendresse grise et terne. Et moi, j'y nage et j'y respire comme dans le grand bleu de la mer.
The Diggers
"Emmett et Billy savaient que la Nourriture Gratuite tous les jours dans le parc était un acte populaire mais ils ne le cncevaient pas seulement comme un symbole. Non, ils avaient faim comme beaucoup d'autres et ils allaient conserver la Nourriture Gratuite chaque jour, envers et contre tout et pour rien. Quand des donateurs offriraient des billets en signe d'approbation indirecte, ils les prendraient, frotteraient une allumette et les brûleraient pour l'amusement de ceux qui mangent. Les gosse qui squattaient dans le Panhandle avaient faim et avaient peur, c'était entendu, mais ils dépendaient d'eux-mêmes pour la première fois et qu'importe pour combien de temps et ils ne voulaient pas du soutien matériel des représentants du monde de leurs parents . Le fait de brûler un billet de 10-20 dollars symblisait, mieux que toute autre chose, ce qu'ils ressentaient et ce à quoi les Diggers croyaient ".
Ringolevio, Emett Grogan
Parution, Grognard 17, spécial poésie
Le Grognard 17 est disponible. Il s’agit d’un Grognard « spécial poésie », élaboré par Gaston Vieujeux et Stéphane Beau et préfacé par Luc Vidal, responsable des éditions du Petit Véhicule.Les poètes réunis dans ce volume sont :
Thérèse André-Abdelaziz, Pascale Arguedas, Philippe Ayraud, Bernard Le Blavec, Martine Brugière, Jacques Coly, Jean Crill, Chantal Dupuy-Dunier, Heptanes fraxion, Cathy Garcia, Michel L'Hostis, Jean-Claude Lamatabois, Denis Langlois, Alain Lebeau, Jean-David Lemarié, Jean Lenturlu, Guy Lheureux, Guy Lorant, Guy Meunier, Yves Moulet, Grégoire Parville, Henri Philibert, Stéphane Prat, Pascal Pratz, La Revoyure, Aude Rubin de Cervens, René Sartre, Guillaume Siaudeau, Eric Simon, Collette Thévenet, Aglaé Vadet, Luc Vidal, Gaston Vieujeux, Thomas Vinau, Paul-Henry Vincent.
- La partie « Du côté des livres » a été réalisée par : Goulven Le Brech, Stéphane Beau et
Jean-Louis Millet
- Illustrations : Stéphane Prat, Nicolas Désiré Frisque, Magali Planès, Cathy Garcia, Sarah Dao, Guy Lheureux et Jean Lenturlu.
- Le volume coûte 10 € et peut nous être commandé par Email.
- Et comme nous attaquons une nouvelle année, n’hésitez pas à vous abonner. Il vous en coûtera 30 € et vous recevrez directement dans votre boîte aux lettres les 4 numéros de l’année.
mercredi 2 mars 2011
Une fourmi sur la glace
J'avance comme une fourmi qui glisse sur de la glace
Mes idées prennent parfois la couleur de la nuit
Mes mots l'odeur des graines qui hésitent à germer
J'avance comme un oiseau sur ses pattes trop grandes
Un chien qui n'a qu'une langue pour attraper le vent
Mes rêves mal dégrossis ne tiennent pas sur leur jambes
Mais ils me tiennent debout lorsque fouette la pluie
Mes idées prennent parfois la couleur de la nuit
Mes mots l'odeur des graines qui hésitent à germer
J'avance comme un oiseau sur ses pattes trop grandes
Un chien qui n'a qu'une langue pour attraper le vent
Mes rêves mal dégrossis ne tiennent pas sur leur jambes
Mais ils me tiennent debout lorsque fouette la pluie
mardi 1 mars 2011
définitivement
Ce pourrait être encore une histoire différente. Une folle histoire. Une folle histoire de rien. Le plus grand livre du siècle. L'histoire d'un couple. Deux personnes qui s'aiment. Qui s'aiment vraiment. Profondément. Vous me direz que personne ne peut savoir s'il aime vraiment quelqu'un ou pas. Au mieux, il peut se rendre compte, à postériori, que ce qu'il prenait pour de l'amour n'en était pas. Mais cela ne peut se dérouler qu'après. Une fois l'histoire finie. Du coup c'est facile, après. On a l'impression que c'était une évidence. Mais pendant qu’on est ensemble, c'est une autre affaire. C'est un peu comme quant on explique quelque chose à quelqu'un et que l'on ponctue la démonstration par des tu vois. Et l'autre acquiesce à chaque fois. Alors on se dit bien sûr qu'il voit. Et même l'autre, celui qui écoute l'explication, il se dit qu'il voit, puisqu'il croit voir quelque chose et qu'il n'a absolument aucun moyen de savoir si ce qu'il voit correspond bien à ce que l'autre veut lui faire voir. On ne peut savoir qu'on se trompe qu'après s’être rendu compte que l'on s'est trompé, mais jamais pendant que l'on est en train de se tromper. C’est le piège. Mais ce couple, en l’occurrence, s'aime vraiment. D'un amour sincère. En plus, ils parlent la même langue. Je veux dire par là qu'ils se comprennent. Ils sont juste assez différents et assez semblables pour pouvoir partager pendant de nombreuses années. Et puis, ils ont la même vision du monde. Des choses importantes. De celles à ne pas laisser passer. De celles contre lesquelles lutter. Bref, il y a quelque chose de beau et de long à construire entre ces deux là. Peut être l'histoire d'une vie entière. Alors ils font un bout de chemin ensemble. Ils partagent le quotidien. Les petites joies. Les petites peines. Tout le bazar. Et puis un jour la fille propose quelque chose. Et le type dit simplement : Non. Et la fille dit : Ah, pourtant ce serait bien. Et le type répond : Oui je sais, ce serait bien, mais je ne me sens pas capable de le faire. La fille voit bien qu'elle a touché un point sensible, alors malgré le fait que ce truc lui tienne vraiment à coeur, elle n’insiste pas. Elle répond : Tant pis. C’est dommage. Et ce : Tant pis. C'est dommage suffit à effriter la petite forteresse de leurs coeurs. Le type se dit qu’il aurait tellement aimé ne jamais avoir à lui faire dire : Tant pis. C’est dommage. Et ça commence à le ronger comme du sel dans les yeux. C'est la première fissure. Minuscule. Invisible. Tragique. Définitivement. Voilà l'histoire.
Microbe de Mars
Le 64ème numéro du Microbe est à l’impression.Au sommaire :
Illustrations de Jean-Marc Couvé
Textes de Pascal Blondiau - Corentin Candi - Glenn W. Cooper - Jean-Marc Couvé - Éric Dejaeger - Jean-Marc Flahaut - Virginie Holaind - Pierre-Brice Lebrun - Louis Mathoux - Jean-Baptiste Pedini - Thierry Roquet - Salvatore Sanfilippo - Thomas Vinau

Les abonnés le recevront début mars. Les abonnés « + » recevront également LE SOURIRE DES AIRELLES ET DES NÉGRESSES VERTES, mi(ni)crobe 28 signé Pierre Tréfois. Les autres ne recevront rien. Pour tous renseignements, contactez le boss : Microbe 64
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