samedi 30 avril 2011

Les premiers pas

Chaque petite lumière. Chaque matin, à l'aube, refaire les premiers pas. Les petits. les meilleurs. Dans l'eau fraiche du commencement. Mi titubant, mi dansant. Le temps de caler Toots Thielemans sur la platine. Trois notes qui rebondissent. Les yeux qui grimpent l'escalier du petit jour. Ici, l'ivrogne et le fou, le dieu et le sage, l'enfant, l'esclave, le convalescent, le fauve, l'insecte, devant l'éclat des décombres, des possibles. Tout ce que nous pourrons détruire ou inventer aujourd'hui. Tout ce que nous découvrons dans l'instant immense du début. Main dans la main dans la grandeur bancale des rayons qui traversent la vitre sale. Des cris de bêtes. Des bêtises d'enfants. Des regards gratuits, offerts. des tendresses de prostituées. Des souplesses de funambules. Des appétits de cosmonaute.

Supa higway

vendredi 29 avril 2011

Et ce qu'il reste des hommes s'envolerait

Sur la terrasse
du café de la grande place
j'assiste au ballet merdeux
des gens qui courent
et des pigeons qui s'envolent
pendant que le vent
gifle les marronniers
Je reste assis là
sur la terrasse
du café de la grande place
jusqu'à ne plus pouvoir distinguer
qui sont les gens
et qui sont les pigeons

Professor Longhair

jeudi 28 avril 2011

Un passo di lato

Francesca, m'a fait le plaisir de traduire en italien ce petit bout du pas de côté. C'est beau. Vous pouvez la retrouver

Sono dalla parte
delle depennature e delle parolacce
delle mattine delle ceneri
delle burrasche
delle coppie di corvi
 

Je suis du côté
des ratures et des gros mots
des matins des cendres
des bourrasques
des couples de corbeaux

Thomas Vinau, Un Pas de côté, Les éditions de la Pointe Sarène, Printemps 2011

Sourire à la nuit

mercredi 27 avril 2011

Vous dîtes ?

Jf Le scour est un artiste impliqué, pas compliqué, qui mets les mains dans le cambouis, les flaques et l'actualité. Après son Croûtothon qui détournait des affiches publicitaires géantes, ses readymades en boîtes de bois,  il nous invite à sortir les panneaux de manif et à dire pour se réapproprier la rue et l'époque. C'est sur Vous dîtes? et ça valait le coup d'être dit.

Le trou de ma chaussette

Dans sa
petite
tête
le trou
de ma
chaussette
est une
immense
fenêtre

lundi 25 avril 2011

Un pas de côté

 "Et si au lieu de faire un pas en avant, comme le demandent les tacticiens de la Société Nouvelle, nous faisions un pas sur le côté? 
- Les queues ne tomberaient plus en face des guichets 
- Les fusils tomberaient à côté des recrues 
- Au comptoir, tu bois dans le verre du voisin. Pas grave ! 
- Au cinéma tu n'es plus en face de la caisse, tu entres sans payer. Au poil ! 
- Et pour danser ça ne gène pas, il suffit de faire ensemble le même pas de côté. 
C'est de l'utopie, ça, hein ! Il en faut. L'utopie ça réduit à la cuisson, c'est pourquoi il en faut énormément au départ. Alors on continue."  
[Gébé : l'An 01]

 La Pointe Sarène est une petite maison d'édition montagnarde qui fait des livres d'artiste et produit la revue Cairn, pour introduire la poésie contemporaine dans les écoles, en collaboration avec Gros textes (et Gros textes, c'est la famille).Pour son premier petite livre, Patrick Joquel, me fait l'honneur d'y accueillir un ensemble de ma composition qui compte pour moi. Il est tout près tout chaud.

 
Je suis du côté
des ratures et des gros mots
des matins des cendres
des bourrasques
des couples de corbeaux


Un Pas de côté, Thomas Vinau , Les éditions de la Pointe Sarène, Printemps 2011, 37 pages, 6€
 éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux



* Attention, petit tirage !

Le poète
















Le poète engraisse ses poèmes
Puis il les mange

Tous les cris

TOUS 
LES CRIS
VALENT
D'ÊTRE
 HURLÉS

dimanche 24 avril 2011

les paumés du petit matin

La barque


















(...)

La barque n’avance pas
On dirait qu’elle va quelque part
Que c’est ce quelque part qui avance
Que la mer est une bête sur le dos de laquelle
On n’avance pas
On va quelque part

(...)

samedi 23 avril 2011

Le sanglier dans la boue tiède

Robinson désespéré
fut tenté d'imiter
le sanglier qui s'oubliait
dans la boue tiède
Il sombra puis se reprit
c'était un homme il méritait donc
d'imiter les hommes plutôt que les bêtes
première erreur de Robinson
pour le salut il aurait mieux valut
imiter la boue

Still Kicking

vendredi 22 avril 2011

Gil Scott Heron, clochard céleste, portrait 18













Le roi du ghetto mord encore !
Gil Scott Heron, clochard céleste, 
chez Vents-Contraires

Si parfaitement réglée

 En penchant légèrement sa tête vers l’avant, il pouvait l’apercevoir à travers ses jambes, ce long colimaçon sombre qui flottait au fond du trou. La cuvette, merveilleusement blanche, contrastait avec la noirceur brute de ce qu’il venait d’évacuer et un parfum coriace, aigre, vint confirmer ce contraste. C’était une odeur qui n’allait pas du tout avec le blanc... Il osa à peine penser un “Salut mon pote”, avant de relever la tête en ressentant sans ne rien formuler de plus, une connivence certaine avec ce morceau de déchet. Non seulement ce morceau provenait de son corps, c’était un petit bout de lui, mais également, au final, il préfigurait leur commune destinée. Avant de se lever et de se diriger vers la douche, il se pencha une ultime fois, comme pour redevenir encore quelques instants ce long colimaçon sombre dont la fonction était si claire et l’existence si parfaitement réglée.

jeudi 21 avril 2011

Les fauves

  
  L'HOMME EST UN ANIMAL QUI A TRAHI
                      EMIL CIORAN


5 titres de livres à écrire


- Il y a moins de mensonges que d'étoiles à éteindre
*
- Nos rêves sont des poutres et les heures des termites
*
- Récalcitrant
*
- Briller/s'éparpiller/disparaître
*
- Ma pute de mère avait raison
*

mercredi 20 avril 2011

Oh capitain mon capitain

Le saule

Le saule n'en finira pas 
avec sa résistance
tout comme le voyageur
et l'écrivain
qui réfugient leur souffles
dans les flaques gelées
entre la couche d'hier
et celle de demain
.
( à Joël Bastard)

Fresh Salmon

Littérature et sorbetière

- Il me faudrait une bonne histoire de sperme et de vomi, avec si possible un petit air de fin du monde...
- Je vais pas pouvoir, très cher, étant actuellement en train de siroter une glace maison à la fraise sous les feuilles nouvelles d'un immense tilleul.
- T u me dégoutes !
- Je sais c'est obscène .

Johnny Boy

mardi 19 avril 2011

Inclinaison

De sa façon
d'être penché
tout en voulant
rester couché
cet homme là
me sembla plus
debout que droit

Du sucre sur la tête, chronique RTBF

















Une chouette chronique de Delphine Simon dans l'émission Culture Club du 14 Avril de la RTBF
à podcaster là (c'est la deuxième partie de la chronique de Delphine Simon du 14/04)

dimanche 17 avril 2011

Sans sommations !


















Tirer 
dans le dos du jour
Sans sommations !

L'estomac fragile

Ce chien boufferait n'importe quoi.  Mais il a l'estomac fragile. Il aime particulièrement ce qui pue.Tête de poisson. Idées courtes. Intestins de poulets. Blagues racistes. Fromage moisi. Avarice discrète. Huile rance. Sourires d'épiciers. Asticots. Petites trahisons. Neuf fois sur dix cela finit en boulettes de vomi sur le tapis de mon salon.

samedi 16 avril 2011

dans le bruit d'eux-mêmes

 Ils poussaient la vie et la nuit et le jour devant eux les hommes. Elle leur cache tout la vie aux hommes. Dans le bruit d'eux-mêmes ils n'entendent rien. Ils s'en foutent. Et plus la ville est grande et plus elle est haute et plus ils s'en foutent. Je vous le dis moi. J'ai essayé. C'est pas la peine.
Céline. Voyage au bout de la nuit

vendredi 15 avril 2011

Un aprés-midi de chien

Chasseur de prime













La bonne blague de fil de nylon invisible qui tire le billet. Et toujours quelqu'un pour le suivre. Le début de l'histoire ressemblait un peu à cela. Si ce n'est qu'au bout de l'hameçon ce n'était pas ce genre de monnaie. Chasseur de prime de monstre tendre, il marchait sur la queue de son ombre. Il cherchait le terrier de la nuit. Le trou, par lequel chaque jour, le jour commençait à couler.

J'y serai ...

Deux rendez-vous pointent leur nez.
J'y serai...et en bonne compagnie je serai...






Renseignements là



















Renseignements ici

jeudi 14 avril 2011

Frida, livre d'artiste, éditions Centrifuges

Aaron Clarke fait des livres uniques, remplis de bêtes en papier, de calligrammes qui courent et d'ombres roses molletonnées. Il a invité ma Frida et ses biches. J'en suis bien content !

 

 

 

 

 





Frida, collage Aaron Clarke, texte Thomas Vinau.
4 exemplaires numérotés et signés sur papier Arche.
Ed. centrifuges, mars 2011

Richard Brautigan et la loi des asticots














On ne le voit pas souvent comme ça , avec sa petite tête de jeunot coupé court le Brautigan. On préfère, pour le mythe et les quatrièmes de couvertures, la phase grand hippie au chapeau mou, ou la phase vieil alcoolique fripé. Là, ce serait plutôt coiffeur à dix cent et chemise à carreaux. Pourtant ce jeunot là, plein de rêves et de blessures, le ventre vide et les poumons plein, écrivait des poèmes d'amour et offrait le manuscrit à celle qui s'occupait de lui en lui disant, pour plus tard... On voit bien dans ses yeux que ce jeunot là connaissait depuis toujours la loi des asticots.

Les asticots
mangeront 
le cerveau
qui a ressenti
et s'est interrogé
en écrivant
ces poèmes.


Laissez les asticots 
s'amuser.


Ils ne vivent 
qu'une fois.

mercredi 13 avril 2011

Marcher sur la tête

On ne s'attend pas à ces choses là

Les cloches sonnent. Tourbillon de poils de platanes. Les enfants sortent en courant. Dévalent la rue. Tapent dans les grilles. Montent les murets. Des rires éclatent dans la lumière et l'eau de javel. Une odeur de sardine trempe dans l'air. Le type surpris sursaute, lève le nez de son verre : Tiens, je suis vivant ...

lundi 11 avril 2011

Les petits bouts



















La route est lourde et longue. Boueuse. Il y du ciel derrière. Il y a du ciel devant. Son souffle et ses crachats. Le sifflement des herbes qui accrochent ses jambes. Parfois il a l'impression de distinguer un mouvement. Une forme furtive. Une ombre qui s'éclipse. Mais il ne voit rien de précis. Que de l'herbe. Le ciel devant, le ciel derrière. La boue. Le vent. La route est lourde et longue. Plate comme une vie pieuse. Elle assèche la bouche. Elle tanne et elle déchire. La route c'est du temps. Et puis les orteils, et puis les talons, et puis les chevilles, les cuisses, le bassin. Le ventre, les poumons. Les mouvements des bras. Se hisser patiemment sans aucune ascension. Le ciel l'écrase. L'herbe le déchire. Le vent fouette sa peau. L'air brûle à l'intérieur. Il laisse au fur et à mesure des vestiges sur le bord. L'équipement inutile. Et puis un peu plus tard l'utile également. Et ensuite le sac. Ce qu'il reste dans ses poches. Ses chaussures. Son blouson. Puis ses derniers vêtements. Mais il pèse encore trop. La route est lourde et longue. Boueuse. Trop de ciel derrière et trop de ciel devant. Il laisse ses rêves. Ses souvenirs. Ses ambitions. Des petits bouts de lui. Son sexe. Son ventre. Un bras puis une jambe. La rate. Les organes. Ses poumons. La route est lourde et longue. Il n'ira pas au bout. Il laisse bien en vue, tout au bord des broussailles. Sa langue, ses deux yeux et son coeur. Pour le prochain peut être.

Charogne numéro 2

Parfois les abeilles font du miel rouge
C'est qu'elles butinent des charognes


















Charogne #2 vient de sortir !
Une deuxième charogne bien rose et bien remplie,
avec au sommaire :

Jacques Ancet
Bénédicte Balza
Julien Blaine
Antoine Brea
Christophe Esnault
Lauranne
Patrice Maltaverne
Charles Pennequin
Pascal Pratz
Guillaume Siaudeau
Marlène Tissot
Gaston Vieujeux
Thomas Vinau
Vincent

Illustrations : Magali Planès

Pour toute commande ou pour plus d'informations, c'est ICI

La beauté des vieux singes sans leurs gris-masques



Ce sublime vieux film de famille de Buster Keaton fera chialer d'amour rentré tous les singes d'hiver. Merci à l'indispensable gorille mélancolique pour ses pépites quotidiennes !

dimanche 10 avril 2011

Des cailloux dans l'eau

Nous sommes retournés au bord du petit ruisseau. La dernière fois, tu avais le ventre rond. À présent nous sommes trois. J'ai râlé sur le chemin comme un vieil ours malade, dérangé par les promeneurs. Tu as ri. Tu as toussé. Je me suis mouché. Nous avons trouvé un coin à l'écart. J'ai essayé de faire un bateau. Il a coulé. Tu as ri. Tu as toussé. je me suis encore mouché. Tu lui as montré comment jeter des cailloux dans l'eau. Il l'a fait pendant l'heure qui a suivi avec plus de plaisir et de passion que la moitié des hommes qui continuent de vivre. Je me suis assis dans la boue. Ses rires me nettoyaient le ventre. La petite paix de tes yeux dans les reflets de l'eau glacée. Le monde pouvait bien demeurer immonde. Et nos corps chanter leurs chansons d'asticots. Nous avons jeté des cailloux dans l'eau.

Or mes peines sont ordinaires

Ce que je me dis à moi-même
jamais ne dépasse mes lèvres
de ce que je lis dans les livres
ne naît pas l'oubli de mes peines


Or mes peines sont ordinaires
pourquoi résisteraient-elles
à la grâce d'un vol d'oiseaux
sauvages au bord du ciel


(...)
Jean-claude Pirotte, La boîte à musique, La table Ronde

Le procés

vendredi 8 avril 2011

Bad Blake

à chaque mois d'Avril

Et c'est ainsi que, par une malencontreuse et ironique concordance chimico-sentimentale, à chaque mois d'Avril de chacune des années qu'il lui resterait à vivre, le simple et délicat remugle d'une fleur de glycine le ramènerait instantanément, dans le fracas des souvenirs incrustés dans la peau, à cette nuit étoilée de ses dix-sept ans pendant laquelle il s'épuisa de longues heures à lécher la peau vierge et laiteuse d'une jeune fleur pour laquelle il aurait pu éventrer n'importe quel être vivant et qui pour lui n'éprouvait qu'une tiède espèce de pitié tendre.

épouiller le monde

mardi 5 avril 2011

Caramboller

 (à L-W-O)

Pas de ratatinade !
Une main sous les jupes du ciel
et l'autre dans la terre du trou
Caramboller
sur le verre pilé
des plaintes humaines
et épingler un à un
les cris des oiseaux

lundi 4 avril 2011

Le numéro de téléphone

Ce n'est pas un lieu. C'est une brèche. Une crevasse dans la glace. Une couleur qui nous traverse mais qu'on ne reconnaîtrait pas. C'est quelque chose derrière les yeux. Un petit flottement sombre. Par hasard retomber sur le numéro de téléphone. On n'appelle pas. C'est trop tard. On n'efface pas non plus. Ce serait comme murer un passage secret. On laisse nos souvenirs, un panier de cerise, devant la porte close. On promet en silence de revenir un jour s'assoir sur le perron même si la porte ne s'ouvre plus.

Le voyage

Les nuits bleues noires

les troupeaux les plaines les chiens les volcans les mines les montagnes les fauves les torrents l'armée noire de mes mots nos blessures nos ruines les chansons des batailles les plantes carnivores les vautours les rêves les flammes la braise rouge des femmes les cris les cimetières les temples les révoltes le ciel qui n'en finit pas d'infini au fond des nuits bleues noires

Une leçon de vie !!!!!!!!



 Aujourd'hui, un poème canin chez les Boyz Of Skandalz











Et une main pleine de vide chez FPDV

samedi 2 avril 2011

Le philosophe qui avait trop mangé

L'assiette sale
Le silence
L'ascension du soleil sur la bouteille vide
Et cette mouche qui persistait à escalader une merguez carbonisée
surtout cette mouche
ses pattes dégoutantes sur la chair brulée
Il regardait
fouillait des yeux
dans les vestiges carnés
de cette cathédrale putride
y cherchant jusqu'à l'épuisement
un signe divin
un paradigme philosophique
un sens un poème
une idée
Lorsque la servante
entra pour débarrasser
il se releva d'un sursaut
avec sur le front
l'empreinte rouge
de la nappe brodée

vendredi 1 avril 2011

Le BBQ d'une chauve-souris sur un Rond-Point


En avril, BAT (le billet des auteurs de théâtre) invite Vents-Contraires (la revue collaborative du théâtre du Rond-Point) pour un BBQ endiablé. Il y a du beau monde et de quoi fouiller. Entre deux saucisses,  J'y cause un peu du père Hugo, ça peut pas faire de mal...
Merci pour l'invitation.

Baston


















Les cris des oiseaux
giclent dans le ciel
Les abeilles
bourinent le pollen
Les bulbes fendent la terre
puis explosent
dans les vents chargés
comme des arcades sourcilières
Le printemps
est une bonne baston
qui n'a pas finit de saigner