mardi 31 mai 2011

Les bêtes

Malgré l'odeur infâme
le jeune ours ne se lassait pas
du défilé grotesque au milieu de ces bêtes

L'héritage -1-

 J’ai eu la bicoque par mon père, un fieffé enfoiré qui passa les premières années de sa vie à torturer les chats et les dernières à torturer les enfants. C’était comme qui dirait mon héritage, après 38 ans de bons et loyaux services à me retenir de le tuer. C’est tout ce qu’il avait, cette vieille bicoque remplie de pièces sombres et de bois moisi. Mon père était un drôle de type qui savait tout faire mais ne faisait rien, je crois qu’il avait eu une vie, il y a longtemps, mais il a arrêté au moment ou j’ai débarqué pour consacrer le reste de sa vie à me le reprocher. A 16 piges je me suis tiré, et me revoilà, 22 ans plus tard avec les clés de son passé foireux entre mes mains. Je dois avouer que ça m’arrangeait un peu cette bicoque. Elle n’était pas toute neuve, au milieu de nulle part, mais elle était grande et présentait l’avantage de m’appartenir. Je n’étais jamais revenu ici. Ça fout les boules, c’est froid, ça grince et c’est remplie des vestiges du mec que j’ai le plus haï sur cette terre après moi. J’ai commencé par allumer un grand feu avec ses magazines de cul et les chaises de la cuisine. L’immense salon en a rougi de plaisir, ça l’a rendu moins effrayant. J’ai exploré d’un coup d’oeil les livres sur les étagères, chaque mur était rempli d’étagères et chaque étagère remplie de bouquins. Des bon trucs mélangés à de la sous culture occidentale, des séries z américaines mélangées aux classiques de la renaissance, des revues de s-m nippones mélangées à des fanzines underground des années 70 bref à boire à manger et à gerber, mais en tout cas des milliers de trucs. J’étais surpris de voir que ce saligo s’intéressait à autre chose qu’à sa bite et sa bouteille. Je suis monté dans son bureau et là, au beau milieu de la pièce, j’ai trouvé une presse d’imprimerie, un truc énorme, de pro, avec des piles de papier tout autour. Bordel, vlà qu’il éditait de la poésie maintenant. J’étais en train d’explorer tout ça quand j’ai entendu un raffut de tous les diables dans la cave. Armé d’un chenet je descendis voir. La cave était immense, au bout d’un minuscule escalier. On ne voyait pas les murs tellement il y avait de bouteilles. Des bordels de bouteilles de pinard partout, des murs au plafond, une vraie collection de pro de la bibine. Au bout de la salle il y avait une porte et derrière la porte le bruit, comme un bruit de chaînes qu’on traîne, le genre de truc qui va pas très bien dans les caves. Je suis resté là longtemps, sans bouger, à hésiter entre me tirer en courant, me pisser dessus ou aller voir, et finalement j’ai ouvert une bouteille, but deux trois longues rasades et je me suis approché de la porte le goulot à la main. (...)

(cette nouvelle, hommage à Buk, est paru dans la revue Ce singe monté au ciel n°2) 

lundi 30 mai 2011

The President













  Lester Young, photo by Herb Snitzer

Enlever la merde de tes yeux de merde

Ne te fait pas
d'illusion
ta vie vaudra toujours
un tout petit peu moins
que ce que tu crois
Ne te fais pas
d'illusion
ta vie sera toujours
un tout petit peu plus
que ce que tu vois
Ne te fais pas
d'illusion

Le fils de l'ours














Le matin est un ours
qui traverse les ronces
nos petits rêves bancals
bien calés sur l'échine

dimanche 29 mai 2011

Une histoire qui vaut pas un clou

" A force de taper sur un clou on finit toujours par le tordre ; ou même par l'enfoncer. Ou par s'écraser le pouce (il faut alors s'envelopper le doigt d'une petite tranche d'escalope crue, pour empêcher les hématomes). Bon, j'achète donc une escalope et je continue à taper sur mon clou. "
 Alexandre Vialatte, Français parlés, Et c'est ainsi qu'Allah est grand


















"Depuis 2000 ans, Jésus se venge sur nous de n'être pas mort sur un canapé."
Emile Cioran, Syllogismes de l'amertume

Rien ne va plus vite que le vide

Même
le désert
avance
alors
je
reste

samedi 28 mai 2011

vendredi 27 mai 2011

La proie fait le point

L'ardoise

L'ombre pétille sous les grands arbres. Le vent chuchote quelque chose. Je m'assois et tente de repasser par le menu nos petites joies. La rivière. Le frelon. Les galettes de miel et d'épeautre. Le vide grenier. La glace. Les pâtes dans le jus de poulet. La sieste. Le rhinocéros en plastique. Les coups de fil. Les copains. Le bain. L'orage. La paix juste après l'orage. Une liste vaine. Parfaitement incomplète et relative. Drôle d'intendance de ce que le jour nous offre. De ce que la vie nous prend. Inutile. Grotesque. Sublime. Je tiens les comptes puisque dieu est un épicier. Je vis à crédit et n'ai nullement l'intention de rembourser.

jeudi 26 mai 2011

Du sucre sur la tête, chronique :


je reproduis ci-dessous une belle critique paru dans Livrjeun.
Que son auteure en soit remerciée.

Ce livre est un livre  "à rêver" sur la situation absurde d’une invasion de la terre par du sucre tombé du ciel. Nous y sommes invités d’emblée avec les pages de couverture agrandies d’un rabat. Chaque double page ensuite est une illustration à laquelle est associé un court texte annonçant la situation et captant un moment caractéristique de l’évolution des événements. Ce texte est un poème philosophique à tendance écologique. Il est beau et subtil. Par sa taille, ses expressions et les personnages représentés, l’illustration aspire le lecteur dans un monde de fantaisie et d’incongruité. Ces grands dessins proposent sur des aplats de couleurs généreuses, légèrement grenés, essentiellement des personnages étranges et plutôt enfantins, ainsi que des animaux. Ces illustrations magnifiques retiennent le regard en raison de leur inventivité et de leur onirisme. Ce livre est une très belle création qui s’adresse à tous. 
 
Anne-Marie BAHU

mercredi 25 mai 2011

Dodo

Être là

Une voix qui m'appelle dans mon sommeil. Relever la tête dans les bouffées moites. Attraper ses lunettes. Jeter un oeil à l'heure rouge de la nuit. Les appels qui ne cessent pas. Se redresser et tituber vers la chambre. La veilleuse. Le berceau. Le prendre dans ses bras. Le recoucher en chuchotant. Nos rituels secrets dans l'obscurité. Lui dire je suis là. Être là. Rester là. Sans bruit. Murmurer parfois. Apaiser ses gémissements. Lutter contre le malaise vagal. Lui dire je suis là. Être là. Rester là. Devenir effervescent. Nu dans l'obscurité. Présent comme une couverture. Comme une main. Comme un père.

Labourer

mardi 24 mai 2011

La nuit pieds nus sur des fourrures


















La nuit pieds nus sur des fourrures
Gauguin taquinait le piano
dans l'espoir d'appâter la lumière

Inadaptés

Les martinets
sont tellement adaptés au ciel
que - pattes trop courtes
et ailes trop longues -
à terre ils ne peuvent
même pas marcher
Mais je préfère penser
que les martinets sont
tellement inadaptés
à la vie terrestre
que ce sont les meilleurs
pour voler

Diptyque, Versant 2, Lumières Intérieures


















Après moult péripéties, la revue Diptyque 2 est arrivée.
Vous pouvez lire la version numérique ici
Ou vous renseigner sur la parution de la revue papier de bonne facture
Merci à sa tête (et ses jambes) Florence Nöel

lundi 23 mai 2011

Henry Miller : Le plus heureux du monde

Le grand nettoyage de printemps

















Le jour du grand nettoyage de printemps, toute notre petite bande de lettrés délicats, s'était fixée rendez-vous à l'aube sur le versant ouest de la colline. Une femme riait à gorge déployée pendant que le fieffé luron Tournachon frôla la peau blanche de sa cheville avec une bouteille de vin blanc trop fraiche. Pendant ce temps les premières maisons flambaient joyeusement.

Henry Miller : Faîtes le bien !

Empathie

La pluie ne tombait plus. La terre ne comprenait pas. Le ciel ne comprenait pas. Les bêtes ne comprenaient pas. La pluie ne tombait plus. L'homme décida d'escalader la montagne et de plonger. La moindre des choses, pensait-il, était de se mettre à la place d'une goutte de pluie.

dimanche 22 mai 2011

Le dimanche













Le dimanche, d'habitude, il se consacrait à sa troisième panse, ultime étape de la rumination avant évacuation. Jusqu'à ce jour, sublime de sécheresse, où il parvint à échanger sa vie avec celle d'un jeune faon. Une fois nu il entra dans le bois comme dans une cathédrale, pendant que le cervidé évidait une bière tiède sur la moquette en zappant devant Police Texas Rangers.

samedi 21 mai 2011

Oxydation du cadran solaire

à 4 heures du matin
surtout surtout
ne pas penser
à 4 heures du matin
l'idée la plus liquoreuse
tourne nécessairement
au vinaigre

Penseur du XX siècle : _1_

Question

Comment font-ils
pour exprimer leur 
profonde tristesse
en souriant ?

jeudi 19 mai 2011

La ronde


Ce jour là, à cet instant,
















 (Cioran with Friedgard Thoma in Paris,1985)

Ce jour là, à cet instant, Cioran n'a pas gardé en tête la ruine d'un sourire. Ce jour là, à cet instant, le bob de Cioran glissait légèrement sur le côté gauche de son visage. Ce jour là, à cet instant, Cioran se sentait beau et léger comme une bête dans sa viande. Ce jour là, à cet instant, Cioran songea a proférer une petite blagounette sur la statue dans la vitrine. Ce jour là, à cet instant, Cioran se reprit et plissa ses yeux inondés de trop de lumière. Ce jour là, à cet instant, une odeur d'échoppe se mêlait aux parfums de croissant qui dévalaient l'avenue. Ce jour là, à cet instant, Cioran aurait tout donné pour savoir jouer du piano ou faire un salto arrière. Ce jour là, à cet instant, Cioran aperçu le petit grain de beauté dans le cou de son amie. Ce jour là, à cet instant, Cioran hésita entre acheter une babiole en cadeau ou se rapprocher juste assez pour sentir les cheveux chauds. Ce jour là, à cet instant, Cioran ne connaissait ni l'heure ni la température et il aurait fallu quelques instant pour qu'il se remémore la date exact. Ce jour là, à cet instant, le jour ne ressemblait pas à un compte à rebours. Ce jour là,  à cet instant, Cioran n'écrivit rien.

mercredi 18 mai 2011

Hobo dog's

Une légion était en marche

Une légion était en marche. Rien ne pourrait l'arrêter. Vue du ciel, cette marée humaine évoquait l'invasion d'une horde de fourmis noires. Une légion était en marche. En se rapprochant un peu du sol, on voyait les mouvements mécaniques, la cadence des pas, les bruits sourds. Une légion était en marche. Une fois à leur niveau, ne dominait plus qu'une seule chose, la puanteur des pieds.

Stranded Horse

Le poète et le poil

ICI

mardi 17 mai 2011

Le tapis volant

Il jette des cailloux dans la flaque. C'est comme de s'envoler. Il cri Aillou ! et le mot devient un tapis volant sur lequel il décolle en riant. La terre est sèche, craquelée, il n'y a plus de flaque depuis longtemps. Ne reste que son empreinte, creuse, grise, et des marques de roue tout au fond. Ça ne l'empêche pas de jeter des cailloux dans la flaque. Et de décoller. Je le vois s'éloigner du sol. Je suis un esclave rampant qui observe son envol. Je suis un vers de terre dans un noeud coulant. Je suis un adulte. Je me répète c'est drôle la flaque est vide, il est déjà au dessus du Tadjikistan.

L'aventure sans banquise

(à beardy roro)

Croire en demain

Le silence
qui suit
la chute
d'un fruit
pourri

Ploc !


Et demain est une mouche
qui se lèche les pieds

Le noir dedans, éd Cousu main, Chronique























Une charmante chronique de Dominique Panchèvre
(que je remercie ici chaleureusement)
dans la revue Publication (s) n°14 de L'ARL Haute Normandie

lundi 16 mai 2011

Chercheur de poème

Comment ne pas fuir ?

Ce matin pressé je traverse le pont
aperçois dans l'eau un héron dressé
entre les reflets ses deux pattes roses
bien plantées dans les alluvions et les dilutions
Ses deux pattes bien droites bien stables
comme du marbre dans le courant
qui n'est somme toute que constante
dissolution et je me retrouve
un peu plus pressé et le jour toujours
reste le siphon et j'accélère le pas
tout en repensant à la phrase
d'un ami poète Comment ne pas fuir ?
Demande au héron ...

vendredi 13 mai 2011

Ce week end, de l'ivresse, des amis et des livres

Oxygène

Le vent
 clapote
les branches

Gonfle
et dégonfle
la toile du parasol

Se gonflent
et se dégonflent
mes muscles et mon ventre
dans ce mouvement là

Respiration placide
du vide

jeudi 12 mai 2011

Un nouveau noeud

La bête arrache le fouet au maître et se fouette elle-même pour devenir maître, et ne sait pas que ce n'est là qu'un fantasme produit par un nouveau noeud dans la lanière du maître.
Franz Kafka, Préparatifs de noce à la campagne

mardi 10 mai 2011

Les Affamés
















Dans nos coeurs et nos crânes, des putes et des dingos, le grand pogo des Affamés de mots d'amour et de gros mots.

Avec grandeur

Cet homme
qui s'applique
à gôuter
à mâcher
à manger
chaque feuille
de son arbre
(ou de son
livre)
ambitionne
avec grandeur
de devenir
un peu moins
qu'une chèvre

Rome

lundi 9 mai 2011

dimanche 8 mai 2011

Fidèle aux blessés

Etre fidèle aux blessés, pas aux blessures.
Martin Page

Un poème à l'état sauvage


















La mer monte. la lumière déborde, inonde tout. L'herbe est haute. Elle recouvre les jouets et les ballons délavés du jardin.On se prend les pieds dedans. J'aime bien me prendre les pieds dedans. Quand on marche on ne voit plus ses orteils. J'aime bien ne plus voir mes orteils. De temps en temps une tripotée d'insectes nous bondit sur les cuisses. Bientôt je serais obligé de couper, d'attaquer, de tondre. Par hygiène. Pour les serpents, pour l'ombre, pour les ronces, pour les bidules qui vont dans le nez des chiens. Pour l'instant je laisse monter. Déborder. Inonder. Envahir. Le plus longtemps possible. Chez les voisins c'est trois millimètres réglementaires. Tous les week-end. Pas une fleur, pas une tige, pas une bêbête qui ne se fasse décapiter. C'est si propre de décapiter. Les escargots viennent se réfugier chez moi. Pour les fruits on fait un tiers deux tiers. Les mauvaises herbes fleurissent. Les repousses repoussent. c'est comme un poème hirsute, bancal, que je laisserai vivre à l'état sauvage. Ici c'est une zone neutre de protection diplomatique pour nuisibles et adventices. Que le tordu s'y épanouisse. Bienvenue.

Tenir tête à l'orage

à clicker pour lire ci dessus, une belle chronique de Christophe Esnault sur Tenir tête à l'orage parue dans le dernier numéro de la revue Dissonances. merci à eux.

samedi 7 mai 2011

Wolwes

Une concordance de données

D'une manière générale, il était laid. Parfois, il devenait beau. Par hasard. Une concordance de données complexes et évanescentes, qui auraient mérité la fondation d'une nouvelle science pour les étudier, le faisait apparaître beau pendant quelques instants. Et puis il redevenait laid.

vendredi 6 mai 2011

L'homme qui monte























Au bout d'un certain temps
L'homme qui monte se demanda
s'il n'était pas en train de tomber

La leçon de maitre Bing

Les mouches
n'ont pas peur
des lions

Le dealer, Le client, le poète


















Le Dealer
« Je ne suis pas là pour donner du plaisir, mais pour combler l’abîme du désir, rappeler le désir, obliger le désir à avoir un nom, le traîner jusqu’à terre, lui donner une forme et un poids, avec la cruauté obligatoire qu’il y a à donner une forme et un poids au désir. Et parce que je vois le vôtre apparaître comme de la salive au coin de vos lèvres que vos lèvres ravalent, j’attendrai qu’il coule le long de votre menton ou que vous le crachiez avant de vous tendre un mouchoir, parce que si je vous le tendais trop tôt, je sais que vous me le refuseriez, et c’est une souffrance que je ne peux point souffrir. »

Le Client

«Vous n’êtes pas là pour satisfaire des désirs. Car des désirs, j’en avais, ils sont tombés autour de nous, on les a piétinés ; des grands, des petits, des compliqués, des faciles, il vous aurait suffi de vous baisser pour en ramasser par poignées; mais vous les avez laissé rouler vers le caniveau, parce que même les petits, même les faciles, vous n’avez pas de quoi les satisfaire. Vous êtes pauvre, et vous êtes ici non par goût mais par pauvreté, nécessité et ignorance. » 

Dans la solitude des champs de coton, Bernard Marie Koltes, Éditions de Minuit

jeudi 5 mai 2011

Un coup de vent glacé

Quelque chose comme un coup de vent glacé dans une maison aux fenêtres closes. Souffle froid qui gonfle le rideau. Qui traverse le ventre. Qui plonge en tourbillons dans le noir du crâne. Et puis tout qui retombe. Quelqu'un parti trop tôt. On ne le connaissait pas. Sinon ce fut cyclone. Mais c'est bien suffisant déjà, pour ne pas oublier qu'un jour ou l'autre. Et plutôt un jour que l'autre d'ailleurs, vu la chance qu'on a. L'écho du vide qui résonne à l'intérieur. Qui nous rappelle la combustion lente et certaine du papier d'Arménie. Un coup de vent glacé. Tourbillonnante jusqu'à terre. La petite fumée de nos vies.

Expo pickpocket, photos et microfictions

Pickpocket:
"Quinze photographes ont relevé le défi de raconter une histoire à travers une série d’images prises sur iPhone. Quinze écrivains (dont Philippe Jaenada, Aude Walker, Christophe Paviot, Ariel Kenig, Jean-Baptiste Gendarme, Thomas Vinau...) se sont emparés de ces photos pour imaginer des micro-fictions. Lors de l’exposition, les visiteurs sont invités à photographier avec leur mobile le « flashcode » présent sous chaque série de photos, ouvrant la voie au téléchargement du texte. La lecture sur smartphone peut alors démarrer, les photos à l’origine de l’expérience illustrant cette fois la fiction."
 

Exposition permanente proposée par Storylab.

Cette exposition a lieu dans le cadre du festival PARIS EN TOUTES LETTRES, avec le soutien de La fondation Jean-Luc Lagardère et de la mairie de Paris :
Du 5 au 8 mai à la Mairie du 4ème arrondissement (2, place Baudoyer)

mercredi 4 mai 2011

The Upsetter



















Clay Lipsky

La mort du volcan

 Le volcan. L’histoire du volcan qui déborde. L’histoire de l’explosion. Le cœur est un volcan. Les veines. Le sang. Le cul est un volcan. Sous la peau. Sous la graisse. Sous les rides. Sous les os qui pourrissent tout doucement. Il y a un volcan. L’histoire d’un volcan. Son silence brûlant. Qui couve. Son calme mortifiant. Il ne bouge pas. Il n’est plus que la croûte. La croûte du volcan. La surface fade de la lave froide. Il ne bouge pas. Il a la peau blanche. Il a la peau grise. Il a les yeux plissés quasi cimentés. Tout immobile. Et l’explosion qui flotte là dedans. L’explosion qui couve. Son sommeil légèrement puant. Sa mauvaise tiédeur intime. Sa chair qui semble avoir légèrement cuit dans la vapeur. Il est immobile. Le volcan. Parfois il ronfle. Crache. Pète. Parfois on vérifie s’il ne serait pas déjà mort. S’il ne serait pas qu’un cœur de cendre froide. Il ne bouge pas. Le matin il reste là. On vient le nettoyer. On vient passer un gant dans les plies. Il reste là. Le volcan. Dans son lit. Le volcan puant. Le volcan pourrit. Dans son lit d’hôpital. Toute la journée. Immobile. Tremblant mais immobile. Puant mais immobile. Brûlant mais immobile. Le vieux volcan qui couve sa destruction. Il reste là. Immobile. On l’a vu dans le journal. À la télé. Il pu. Même à travers l’écran. Il est obèse. Il dégouline d’immobilisme. Il vit dans son lit. Le volcan. Jusqu’à tout dégueuler de sa terre glaireuse. De son sang. De son jus qui patiente. De ses valves qui éclatent. Jusqu’à ne plus rien retenir et se vider de sa fureur comme un furoncle furibard. Tout a explosé à l’intérieur. Des tripes atomiques. Un tsunami de graisse et de sang. De terre et de cendre. De lave et de glaise. De souvenir et de solitude. Impassible Il est mort là. Immobile. Le volcan.

mardi 3 mai 2011

Cheribibi a vingt piges


















Cheribibi

La morsure

La vieille assise au bar. Recroquevillée. Sa position tenue. Noble. Ses membres tordus. Tassés. Ses doigts qui tapotent. Jambes croisées. Pieds serrés. Un coup de vent qui la décoiffe. Qui soulève un petit peu sa robe droite. Et voilà que le soleil mord le haut de ses cuisses. Au dessus des genoux et des veines bleutées. C'est agréable cette morsure chaude sur la chair abîmée. Personne ne la remarque. Elle se laisse faire. Écarte imperceptiblement les jambes. Le soleil sur sa peau usée.

Chiens errants 22

lundi 2 mai 2011

Le sang et le ciment


















NOUS BÂTISSONS NOS RUINES

Les traces

Quand vous n'êtes pas là
quand il n'y a plus personne
je remonte vos traces
la piste de vos vestiges
C'est toujours de là
que je pars (autrement dit
de vous) pour tenter
de me rencontrer

Au beau milieu

Il traverse le pont
s'arrête au beau milieu
regarde la rivière
le gros serpent d'argent
qui mange la lumière
les orties les pavots
troncs ronces
nuages d'insectes
le gargouillis verdâtre
qui va se perdre au loin
se mêle à l'éclat blanc
de l'horizon
Il reste au beau milieu
sur l'échine du dragon
du gros serpent d'argent
qui mange la lumière

Un cruchon
















Still life with green box | Giorgio Morandi | 1954

"Peut être ne nous sera-t-il accordé joie plus pure que de dessiner une pomme, un cruchon, une bouteille. Evoquer Morandi. Réussir à transmettre ainsi le peu d'âme qui habite notre silence." 
Jean-claude Pirotte. Cavale, La table Ronde