dimanche 31 juillet 2011

Méthode de survie - 5

technique numéro 5 _ MÉTAMORPHOSE SENSIBLE :
TERRE, CAILLOU, BRINDILLE, NUAGE
CHIEN, PÉTALE, ARBRE, POUSSIÈRE
FLEUR, PLUME, PARFUM, ORAGE

Bon Iver

samedi 30 juillet 2011

Rien

(...)
Il était trop tard à présent. Il n’irait pas travailler. Il n’irait nulle part aujourd’hui et cette solution ne lui faisait aucun effet. Il ne culpabilisait même pas, n’était ni triste ni énervé, ni en colère ni déçu, rien. Il s’en foutait ! Il sentait l’indifférence couler dans ses veines comme l’hémoglobine poussiéreuse d’un vampire épuisé. Il s’en foutait. Il se foutait de tout et c’était bien ça le problème. Déjà, quand elle était partie dimanche dernier, il avait été surpris. Il ne comprenait pas comment il avait pût ressentir aussi peu de chose lorsqu’elle était montée dans le wagon alors qu’elle avait été son unique source de force et de volonté pendant toutes ces années. Ils s’étaient embrassés, la porte s’était fermée et puis voilà, rien de plus, rien d’autre. Et huit jours après il n’avait pratiquement pas bougé.
(...) 
Extrait de La Forêt, novellas en cours

It's Monk's time

vendredi 29 juillet 2011

Méthode de survie - 4

technique numéro 4 _ ARCHITECTURE DES VENTS :
LE RIRE FROID DU MISTRAL
DU MOUVEMENT DES CONTRAIRES
ÉPARGNER LES NUANCES

Derrière son dos













Depuis combien de temps
s'évaporait-elle
dans cette sensation ?

Il lui semblait que
depuis qu'elle portait
des yeux et une tête
des gens s'aimait
derrière son dos

jeudi 28 juillet 2011

Méthode de survie - 3

technique numéro 3 _DE L’AMOUR DES NANOCKS:
L’OMBRE EST L’ÉCHAFAUDAGE DE LA CLARTÉ
L’AUBE EST RESPIRATION
SA MAIN DANS LA MIENNE

Aoutisme

Savourer
la fin du monde
en regardant
une glace qui fond

ou l'inverse

mercredi 27 juillet 2011

mardi 26 juillet 2011

Les mots et l'épaule

Se taper sur l'épaule
pas de mot ou plutôt tous
tous les mots dans la paume
tous ceux qui manquent
qu'on ne prononce autrement
qu'en se tapant sur l'épaule

Georges Perros, la note














"Elle dit à peine ce qu'elle veut dire. Elle est naïve parce que confiante. Elle laisse l'intelligence de l'autre libre de la finir, de la commencer ou de l'avaler. Elle est paresseuse et ne tient pas absolument à se faire entendre. A être prise aux mots." Georges Perros

(Le matricule des Anges sort un bien beau dossier sur le bonhomme)

Le clair de lune

Oh ! qu'il est doux, quand l'heure tremble au clocher,
la nuit, de regarder la lune qui a le nez fait comme
un carolus d'or !

Deux ladres se lamentaient sous ma fenêtre, un chien

hurlait dans le carrefour, et le grillon de mon foyer
vaticinait tout bas.

Mais bientôt mon oreille n'interrogea plus qu'un silence
profond. Les lépreux étaient rentrés dans leurs chenils,
aux coups de Jacquemart qui battait sa femme.

Le chien avait enfilé une venelle, devant les pertuisanes
du guet enrouillé par la pluie et morfondu par la bise.

Et le grillon s'était endormi, dès que la dernière bluette
avait éteint sa dernière lueur dans la cendre de la cheminée.

Et moi, il me semblait, - tant la fièvre est incohérente ! -
que la lune, grimant sa face, me tirait la langue comme
un pendu !


Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit

lundi 25 juillet 2011

MÉTHODE DE SURVIE -1

technique numéro 1 _ DIAPRER L’OBSCURITÉ :
LA TENDRESSE EST UNE COULEUR
UNE BRISE CHAUDE CARESSE LA NUIT
PUR VÊTEMENT DE SILENCE

Summer in the city

samedi 23 juillet 2011

Portico quartet

la tempête merveilleuse

Que dire

Que la tempête
est merveilleuse

Que nous sommes
nos miettes
béates et impavides

Que le vent
qui nous porte
nous disloque
de joie

Que la poussière
brille
dans la lumière

Que dans ce mouvement là
qui nous mène
à la fin
les bourrasques ont un goût
de chocolat

vendredi 22 juillet 2011

Le modèle

(Lucian Freud)

Le peintre n'aimait pas le modèle
Le peintre ne voulait pas aimer le modèle
Le peintre ne voulait pas que le modèle aime le tableau
Le peintre voulait que le tableau rende le modèle encore plus triste, encore plus seul
Le peintre voulait que le modèle ait envie de tuer le tableau comme un amant jaloux

Escale

Avec le vent
entre un peu
de poussière

N'être
qu'une escale
entre ces deux voyages

jeudi 21 juillet 2011














Stefanie Schneider

Frôler la catastrophe

Ce type. Impassible. Debout. Tête baissée. Un livre ouvert entre les mains. Sait-il seulement qu'il est là, immobile, au beau milieu d'un rond-point ? Sait-il seulement à quel point le calme extrême de sa présence, son étrangeté immuable, est à deux doigts d'effrayer les machines.

mardi 19 juillet 2011

Les oiseaux de l'orage

Des flèches qui crèvent la terre sèche. Lignes obliques des gouttes. Bourrasques. Vagues dans le ciel. Feuilles fouettées vers le bas. Têtes basses. La lumière ne traverse pas. La route coule. Les passants en courant. Qui gigotent et s'agitent comme des mouches aveuglées contre une vitre. Ravine et boue. Les gris qui résonnent. Qui ruminent. Finissent par exploser. Le chien se tasse sous la table. Elle enfile un pull. Pas rassurée. Comme si l'eau atteignait l'intérieur. Le minot colle son nez à la fenêtre. Tous les oiseaux se sont cachés. Où ? Elle s'assoit par terre. Avec lui. Contre lui. Leurs yeux se perdent dans la pluie. Elle répond : dans le gris du ciel ils ont un pays.

Fish for sale

Tout l'été
FISH FOR SALE
reprend du service

lundi 18 juillet 2011

Le jour est entré au galop

De la nature et de l'origine des choses

Longtemps
les gens ont cru
que les oiseaux migrateurs
ne migraient pas
mais qu'ils allaient
passer l'hiver
au fond des rivières
la belle idée
et pourquoi pas
l'homme est bien façonné
d'une glaise qui mêle 
la poussière des étoiles
aux étrons

dimanche 17 juillet 2011

Sieste

L'eau sous les ponts

Quelqu'un ici, un jour, a cherché de l'eau. C'est précieux l'eau dans le coin. Quelqu'un ici, un jour, a foré un puits. Autrement dit creusé un trou, autrement dit posé une pierre, autrement dit fondé une civilisation. Et puis le temps est passé. L'eau a coulé sous les ponts puis du robinet. Les nappes phréatiques se sont chargées de nitrates et de pesticides. De toute façon on ne buvait plus l'eau du puits. Un système d'arrosage automatique a été installé pour les plantes. Les matins de juillet, les mésanges viennent s'y laver les ailes.

Tea time

samedi 16 juillet 2011

A La Dérive N° 2... Le Modèle du calendrier

 À la Dérive, la revue qui ne sait pas où elle va, propose son second numéro, en téléchargement libre :
A La Dérive N° 2... Le Modèle du calendrier




















Menée par Alain Gorgietti et quelques dériveurs,  À la Dérive est un radeau-galion ouvert aux vents et aux limons qui rassemble gentiment et intelligemment tout le beau monde ci dessous pour son deuxième numéro :

ELIAS CANETTIp.59 /MATIAS AIRESp.7 /ALMANACHp.10/CLAUDE ANETp.14 /ZOE BALTHUSp.18 / GABRIEL BAÑEZp.31 /ALBIN BISp.35 /PAULA BRAZp.47 /MAYA BYSSp.52 /CLAUDE CHAMBARDp.62 /MARC CHOLODENKOp.73 /CLAROp.77 /LE CORANp.80 /MANUELA IVONE CUNHAp.82 /PHILIPPE DESPORTESp.86 /LE DEUTERONOMEp.89 /T.S ELIOTp.92 /EPICUREp.95 /FABRE D’EGLANTINEp.98 /FIOLOF & KOHNp.103 /JEAN DE LA FONTAINEp.110 /PAUL GEGAUFFp.115 /SYLVIE GERMAINp.118 /FRANCISCO GOYA Y LUCIENTESp.121 /REGIS GUILLAUMEp.124 /HESIODEp.129 /HORLOGE PARLANTEp.133 /VICTOR HUGOp.136 /ETIENNE JODELLEp.141 /MARCEL JOUSSEp.145 /ROBERTO JUARROZp.149 /ANNE-FRANÇOISE KAVAUVEAp.153 /VERA KOLESSINAp.157 /JEAN-BAPTISTE LABATp.172 /JULES LAFORGUEp.175 /ROGER LAHUp.179 /GIACOMO LEOPARDIp.185 /NADIA LOTFIp.188 /STEPHANE MALLARMEp.193 /MICHEL DE MONTAIGNEp.198 /NIRVANAp.202 /ORFOp.205 /ALBAN ORSINIp.209 /BLAISE PASCALp.221 /ROBERT PICCAMIGLIOp.224 /GEORGES POULETp.227 /HAROLD RAMISp.231 /CELINE RIGHIp.234 /CHARLES ROZANp.237 /LOUIS DE ROUVROY DE SAINT-SIMONp.240 /GUILLAUME SIAUDEAUp.244 /VALERIE SOURDIEUX & ERIC SOURDIEUXp.248 /HELENE STURMp.253 /TACITEp.275 /KIYOOKA TAKAYUKp.279I /MARLENE TISSOTp.283 /SOPHIE TOLSTOÏp.286 /RAOUL VANEIGEMp.291 /MARC VILLARD p.294 /THOMAS VINAUp.299 /VOLTAIREp.306 /ROBERT WALTERp.310 /EMILE ZOLAp.314…

vendredi 15 juillet 2011

Le lendemain


















Le lendemain, en rentrant silencieux de leur nuit pleine de lune, ils commencèrent à s'interroger sur le niveau de toxicité de leurs activités parascolaires...

La dentelle et le marteau

Les toutes petites choses
sont délicates
et fragiles
C'est pourquoi
elles se font souvent
abîmer
par les grands mots

jeudi 14 juillet 2011

Le règne des foules













"Résignons-nous à subir le règne des foules, puisque des mains imprévoyantes ont successivement renversé toutes les barrières qui pouvaient les contenir." Gustave Lebon, La psychologie des foules (1895)

Certitude

Combien de principes
tiennent
dans une larme ?

mercredi 13 juillet 2011

Un tout petit quelque chose de différent

L'homme avait changé de regard. En un instant, il avait pris des yeux d'enfant. Éberlué. Légèrement perdu. Agenouillé sur le bitume brûlant. Le doigt contre le pelage roux, encore chaud. La flamme morte. Et le sang. Brillant. Qui lui crachait des questions sans mots au visage. L'écureuil avait été percuté devant lui. Heureusement, il n'avait pas eu à trouver d'explication pour son fils endormi à l'arrière. Il remonta jusqu'à la voiture et repris la route. En silence. Avec simplement au fond des yeux un tout petit quelque chose de différent.

Au suivant














©Jonathan Hyde

mardi 12 juillet 2011

Le goût des yeux

Étendu, à l'ombre, sur un canapé. Pas loin du moment idéal. Livre à la main. Coussin derrière la tête encore légèrement humide par tes cheveux mouillés qui s'y sont précédemment posés. Livre devant le nez. Pieds en l'air. Les basses suaves et métalliques de Jamie Woon en fond sonore. Ma conscience en cet instant, soucieuse de ne pas en perdre une miette. Ma conscience qui rebondit avec mes yeux, entre les pages épaisses et douces d'un carnet de chroniques de Gilles Ortlieb et ta silhouette pétillante dans le fond de la pièce qui dodeline en rythme sans s'en rendre compte. La vie qui patiente dans l'encre ou celle qui éclabousse mes yeux ? J'écarte alors très légèrement l'éventail des pages pour mieux profiter de ton spectacle.

Elsa Von Freytag-Loringhoven, clochard céleste, portrait 23


















La baronne Elsa Von Freytag Loringhoven vous salut bien bas, aujourd'hui chez Vents-Contraires


samedi 9 juillet 2011

Compter les tuiles cassées


















(Richard Greave)

 La vie manifeste, une belle revue numérique, plurielle et transversale, accueille aujourd'hui mon ensemble Compter les tuiles cassées. 
 Et il bon de danser avec eux sur nos décombres..

Ci dessous le début :
13 :00
Compter les tuiles cassées
Les fuites d'eau
Les toiles d'araignées
Faire un détour
Par la départementale
Passer devant
L'hôpital psychiatrique
Croiser l'oeil blanc
D'un homme pâle
Assis sur le banc

Théologie 2

L'enfer :

Au moins
ça réchauffe
...

The light of an atomic bomb













VIP observers are lit up by the light of an atomic bomb, Operation Greenhouse, Enewetak Atoll, 1951

vendredi 8 juillet 2011

Copain

Ressentir
certains jours
une étrange
profonde
et dangereuse
proximité
avec un
vocable
Aujourd'hui
ai fait
copain copain
avec le mot
périmé

Angora

T'aimer vraiment

t'aimer vraiment
serait
t'épargner
te ménager
de moi même

After midnight in Washington Square


















Weegee, After midnight in Washington Square, Folk Dance, ca. 1946

jeudi 7 juillet 2011

Théologie 1

 Immaculée :

Le père de Jésus
serait donc
une sorte de
lessive ...

Des troupeaux de girafes


















Du vent
dans une toile d'araignée
La trace sur le sol
d'un pied mouillé
Une guêpe en armure
Le fantôme de demain
Toujours l'insignifiant
qui redresse carcasse
Et les poils sur nos bras
deviennent des troupeaux de girafes

Coup de jus

L'orage rajeunit les fleurs.
Charles Baudelaire

Réveil matin

mercredi 6 juillet 2011

Attila

Celui qui peint
qui joue 
ou qui écrit
est le pillard
de l'enfant dévasté
d'où il vient

Sammy


















 Sammy Davis Junior
était Afro-Portorico-Américain
juif et borgne
rien que cela
suffit à me le rendre sympathique
Mais si en plus je sais
qu'il était chanteur, acteur,
danseur, joueur, flambeur
et toxico
qu'il épousa trois femmes
dont  une suédoise
et qu'il mourut criblé de dettes
là, n'en jeter plus
je l'adopte illico

mardi 5 juillet 2011

Spikehorn Meyers and Harrison

Laisse couler la pluie

C'est un jour à laisser la pluie couler. Sans retenue. Sans tristesse. Sans regret. C'est un jour à finir les livres. Boire du café. Cuisiner. Dehors les innocents se noient et ce n'est pas d'orage. Je reste à ma place c'est à dire devant la fenêtre. Deux moineaux boivent le ciel. Je me sers à nouveau un café. J'embrasse dans le cou tout ce qui en a un. Je me demande soudain en relisant un courrier ce qui destine à la polysémie de certains mots. Modeste par exemple (humble et pauvre) ou brave rajoute ma douce (courageux et bête). Cela doit probablement signifier quelque chose. Je ne suis pas sûr de vouloir le comprendre. Sur ma platine tournent les musiques que monsieur Delerue a composé pour les films de monsieur Truffaut. Le jour n'en finit pas. La pluie non plus. Tant mieux !

lundi 4 juillet 2011

Tu mi turbi

Laisser mijoter

Je ne sais pas trop ce que ça donnera
La sélection des ingrédients étant
particulièrement improvisée
mais la tambouille qui se prépare
à base de sieste crapuleuse
de tomates trop mûres
de pieds nus dans la terre
et de glaçons fondants
dans des alcools verts
me semble loin
d'être dégueulasse

dimanche 3 juillet 2011

YOUPI !















Holy Man Jam festival, Boulder, Colorado, August 1970  
— Image by © Robert Altman.

Alléger

L'essentiel
de mon projet
consiste à trouver une solution
pour t'apprendre à vider
les brouettes de merde
qui nous alourdissent le coeur
C'est pas encore fait
mais si j'y arrive
ça ira

Rideau
















Deux pirouettes de chauve-souris
Une pie traverse le ciel
et tire le rideau de la nuit

samedi 2 juillet 2011

Face à face


















Aujourd'hui, mano à mano chez FPDV

Quitter le soleil




















Le Loup
qui vit sous le rocher
m'a invité
à boire de son eau
Fraiche.
Non pour s'asperger ou se baigner
Mais pour quitter le soleil
et connaître la nuit du désert mort
et les hommes froids
qui y jouent.

Jim Morrison, Wilderness

vendredi 1 juillet 2011

Beats, rhymes & life

Le grand bain

La rue, là-bas, un peu plus loin. Les voitures, qui freinent et qui démarrent. La station essence. Le chantier. Le brouhaha mécanique des pelleteuses. Le marché un peu plus loin. La foule. Les gens pressés, animés. Leurs voix fortes, leurs cris. Le vent qui brasse tout ça avec deux ou trois odeurs de rien et la chaleur qui monte. Les martinets qui s'affolent. La corde qui se tend un jour de plus. La fatigue qui nous mange. Tout ce bordel devant, qui nous donne l'élan du vivant et déjà le relent du mort. Immobile au bord. À trois on plonge.

Bang bang