samedi 31 décembre 2011

Une boîte en fer

Les jouets seront cassés
et l'argent dépensé
les vêtements usés
la viande digéré
l'alcool évaporé
les paroles envolées
mais ce petit poème
est comme une boîte en fer
qu'on enterre sous un arbre
pour le retrouver
cinquante ans plus tard
je glisse à l'intérieur
l'odeur de la salle de bain
quand tu te sèches les cheveux
pendant que le mino
me poursuit dans le couloir
avec au bout du doigt
une énorme crotte de nez

mercredi 28 décembre 2011

Marcher contre le vent

Marcher contre le vent. Plus ou moins droit.  plus ou moins régulier. Jusqu'au rouge des oreilles.  User quelque chose de soi dans de grands frottements métalliques de glace et de ciel. Raboter ses humeurs à l'air libre. Desquamer dans les vacarmes de la lumière. Finir par s'installer bien au chaud à l'intérieur de soi. Entre des couches et des couches de silence.

lundi 26 décembre 2011

La vie aux trousses

Mon chien s'appelle pas Diogène... mais il devrait

Qu'est ce que j'y peux
si les balbutiements
de la lumière
sur le cul de l'arrosoir
couché dans l'herbe
ont plus de sens pour moi
que le journal télévisé
Et puis merde
lâche le cleps en passant
Cesse de faire la gueule
on n'est pas des monstres!
Il est comme ça mon cleps
certes un peu direct
mais il a pas tort

vendredi 23 décembre 2011

Théorie de l'évolution

Un rouge-gorge en peluche
a fait son nid
sur un livre de poèmes
de Sherman Alexie
en guise d'arbre
la table du salon
en guise de ciel
la poussière du tapis
et les poèmes
d'un peau rouge
en guise de nid
le darwinisme
a encore
de beaux jours
devant lui

à nos amours - La fossette



jeudi 22 décembre 2011

Soif

J'ai soif
je me lève
et j'ai soif
je me mets
en route
et j'ai soif
je creuse
et j'ai soif
j'arpente
ma soif
j'invente
l'eau
je presse
le soleil
comme un
citron
je le bois
je bois
la lumière
avec
je bois
le ciel
je bois
les yeux
qui regardent
le ciel
je bois
les mains
qui se tiennent
prés des yeux
qui regardent
le ciel
je bois
les pieds
et la terre
sous les pieds
et les morts
sous la terre
et j'ai
toujours
soif

Lucille

(pour Dan Fante)

mercredi 21 décembre 2011

Le pourcentage de perte

Quelle est la
proportion
de ponts qui
se prennent
pour des
nuages ?

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mardi 20 décembre 2011

Un moustique a éternué

La taille d'une agonie

Les heures sont parties devant moi. Elles courent trop vite. Je débarque dans un radeau de vent et de lumière, un radeau de fortune. Je nage entre les nuages. Entre les nuances et les nuisibles. Scrute la tendresse de l’horizon, qui brille, sur la solitude de chaque brindille. Depuis que l’aube est arrivée, j’entends les cris désespérés d’une poignée de souriceaux. Leur tristesse traverse les murs. Leur faim est une torture. Demain, ils seront morts. Hier j’ai tué leur mère. Aujourd'hui je me laisse faire. Je reste là. J'habite leur agonie minuscule.

lundi 19 décembre 2011

Portrait de famille

Théorie de l'évolution

De la même manière
que l'homme et
la dame narval
se sont accouplés
pour engendrer
le poète
Les réverbères
sont le fruit de l'amour
entre un hippocampe
et un phare de mer

dimanche 18 décembre 2011

Le visage du paysage

 
Je retrouve mon carré de fenêtre comme un chien retrouve son odeur. La demeure d’un paysage. Son visage. Cette sensation d’être chez soi dans la couleur du ciel qui passe et la ruminance plate des nuages. La familiarité des branches, de nos courbures communes, nos façons similaires de supporter le poids. Le nez fourré dans la lumière.

La lutte des classes

Je ne supporte pas les noisettes. Elles ont la prétention des fils uniques à papa ! Me lâcha l'arachide.  
Les noisettes sont de droite et les cacahuètes de gauche, insista t-elle. Je l'ai baffrée avant qu'elle ai le temps de m'exposer son plan de ralliement aux raisins secs pour le second tour.

vendredi 16 décembre 2011

Le jour où j'ai été fier de moi

Je n'ai pas gagné de course. Ni de match. Ni de concours. Ni d'argent. Je n'ai pas inventé quoi que ce soit. Je n'ai pas été applaudis. J'étais seul. Il y avait ce petit instrument de musique pour enfant. Un xylophone et ses lamelles en métal parsemées de traces de rouille. La structure triangulaire en bois était cassée. J'ai mesuré, marqué puis coupé trois morceaux de bois. Trois bouts de liteau. Je me suis appliqué. J'ai trouvé des minuscules clous pour les fixer au support et ainsi consolider le tout. Je n'en ai tordu que deux . Il m'a fallu une bonne heure ensuite pour resserrer les lamelles en métal puis les desserrer à nouveau après m'être rendu compte que toute la résonance de la note se trouvait dans la capacité de la lame à vibrer et donc dans le jeu de mou entre le bois et le métal. J'étais dehors, sur la terrasse. Le soleil brillait malgré le froid. Lorsque vous êtes revenu, l'instrument était entier, solide, pas trop vilain et il fonctionnait. Il sonnait bien. Des notes longues, claires et belles, me suis-je dis alors que je ne sais pas jouer. Le petit objet rafistolé trônait au milieu du tapis de jeu. Le minot n'y a pas prêté plus d'attention que ça. Mais moi, je me tenais droit. Et je souriais.

Tremper sa langue

jeudi 15 décembre 2011

Après la bataille















 Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d'une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit.
C'était un Espagnol de l'armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié.
Et qui disait: " A boire! à boire par pitié ! "
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: "Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. "
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l'homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: "Caramba! "
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
" Donne-lui tout de même à boire ", dit mon père.


Victor Hugo, Après la bataille

L'horizon ment

Un ciel rempli
par douze coquilles
d'escargots gris


Le soleil ivre


Matin radis

mercredi 14 décembre 2011

“Sun Moon & Stars”


















ca. 1864, “Sun Moon & Stars”, W. J. Moulton
via the International Center of Photography

Fais un voeu

Elles n'apparaissent
jamais
au bon moment
ces étoiles là
Tu étais triste
sans trop savoir
pourquoi
je t'ai serré
dans mes bras
j'ai levé la tête
et je l'ai vue
balafrer le ciel
et venir s'éteindre
au milieu de tes larmes
en faisant le bruit
d'une cigarette
dans un évier
Elles n'apparaissent
jamais
au bon moment
ces étoiles là

mardi 13 décembre 2011

Au dessus de la mêlée

Cette musique là que personne ne joue

J'écoute cette musique là
que personne ne joue
dans les cordes du jour
dans la buée des vitres
et les toiles d'araignées
J'écoute ce qui naît
sur les tomettes usées
balafrées par les ombres
des oiseaux qui se battent
une miette de pain
J'écoute cette musique là
que personne ne joue
sur la terre glacée
et les branches fumantes
Quelqu'un chante pour moi
un air qui ne vaut rien
Et ça me va très bien

dimanche 11 décembre 2011

Au jour le jour

(trouvée par)

à la fin du film

Tu roules. Tu roules et tu laisses derrière toi, le mensonge éblouissant, l'oeuf cru, aveuglant, du soleil dans le rétro-viseur. Tu appuies sur l'accélérateur. Tu regardes devant. Dans l'haleine glacée de la montagne au loin. Tu te sens bêtement libre. Un peu comme le gars à la fin du film qui s'enfuit après avoir enflammé le ciel.

vendredi 9 décembre 2011

Give Me Water

Un éclat

Dans la glace sale
j'ai trouvé abandonnés
l'éclat de rire
d'une pie qui regardait
les hommes courir
Je l'ai ramassé
pointu brûlant
ai soufflé
dans mes mains
l'ai porté
à ma bouche
puis je suis reparti
à pas
un peu
plus
lents

Par la fenêtre

Du sucre sur la tête - Poésie/Première n°51










(merci à François-Xavier Farine d'avoir fait tourner)

jeudi 8 décembre 2011

Les caniches aux mâchoires de loup

Le Témoin

- Regarde !
- Quoi ?
- Le frémissement dehors.
- ...?
- Le balancement, la lumière...
- Je vois rien !
- Justement. Il ne se passe rien.
- Et alors ?
- C'est fabuleux. Tu pourras dire j'y étais !

Anock

L'ascension

Il restait

assis
longtemps
les yeux
dans le vague
à tenter
d'escalader
la grande
paroi
du jour
avec
l'affection
rugueuse
de son
silence

mercredi 7 décembre 2011

Prière de s'essuyer les pieds sur le paillasson

Nourrir les bêtes

Vient ce moment
où tu n'es pas encore
un homme
mais déjà plus
un enfant
Tu comprends
que les fleurs
germent poussent
fleurissent
puis meurent
Tout cela n'est
pas bien grave
C'est juste
qu'il faut nourrir
et soigner les bêtes
pour qu'elles vivent
C'est juste
que pour aimer
il faut avoir
quelque chose
à perdre

mardi 6 décembre 2011

Lettre de Salinger à Hemingway

Tromper l'ennemi

Des mots

Des mots en poudre de bois. En poussière d'écorce. En griffe de chien. Des mots en cendre. En morve. En buée. Des mots de vitre froide. De lumière qui perce. D'odeurs qui se mélangent. De gouttes. De feuilles mortes. De reflets métalliques. Des mots de boue qui collent aux pompes. Des mots qui laissent des traces. Des mots de nez rouge. De caverne. Des mots en miettes de gâteau. Des mots de terre. De sucre. De résine. Des mots en sable et en ciment. Des mots en bave d'escargot. Des mots brindilles. Des mots en fil de glace et en patte d'araignée. Des mots en chaussettes sales. Des mots qui reniflent. Qui ronflent. Qui râlent. Des mots qui sautent dans les flaques. Des mots en craquèlements de glace. Des mots en grouillements de nuit. Des mots de cris d'oiseaux. Des mots en aboiements de chiens. En rires. Des mots en pantalon sale. En genoux mouillés. Des mots de feuilles jaunes agglutinées. De frémissements. Des mots qui toussent. Des mots qui courent. Des mots debout. Vivants. Des mots comme une horde de bestioles et d'enfants. Des mots libres. Affamés. Égoïstes. Souverains.

lundi 5 décembre 2011

Plus belle la vie chez Vent-Contraires












Plus belle la vie chez Vent-Contraires

Les bisous froids

Une pluie minuscule éteint dans mon cou ses petits bisous froids. Le soleil crâneur est resté sous les couvertures. L'aube aubépine mets du rose dans le gris de ses épines. Entre le champ labouré et la nationale, le grand pin sert de porte entre hier et demain. Dans ses branches, une boule rousse et blanche couve ses flammes. C'est une buse, encore fumante de son vol. Entre ses serres, pend le corps mort d'une baleine.

samedi 3 décembre 2011

Herbier

Cette impression vague avait une couleur et une température. Elle avait la consistance de ces moquettes épaisses du temps d'avant. En fouillant il remarqua qu'elle était sons, odeurs, contours. Une image, une scène, émergea. Cette impression vague était un souvenir. Bout de glace intact, brisure, qui flottait maintenant là, clapotant, à la surface de l'eau sombre de sa mémoire. Cette impression, vague, était son premier souvenir. Sec, intact. Un peu comme si un vieillard retrouvait un petit sourire momifié entre les très vieilles pages d'un très vieux livre.

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux - Par ci par là



















Merci par ci par , ici,  ailleurs et plus loin...

vendredi 2 décembre 2011

jeudi 1 décembre 2011

Voler



















Tomber c'est voler un peu
Tenir tête à l'orage, édition N&B, 2010

Savoir s'engager

Si l'on disposait
bout à bout
mes convictions
et mes certitudes
on n'atteindrait pas même
l'email blanc
de la cuvette
des toilettes
mais traite moi
une fois encore
de socialiste
et je te fais manger
une charogne
de rat glacé

l'intuition du feu


















"(Bachelard) imagine que l'idée de frotter deux bâtonnets pour allumer l'étoupe fut inspirée par les frictions de l'amour. En baisant, l'homme aurait eu l'intuition du feu."
Sylvain Tesson, dans les forêts de Sibérie, Gallimard


"L'amour n'est qu'un feu à transmettre. Le feu n'est qu'un amour à surprendre. "
Gaston Bachelard, La psychanalyse du feu, p.52, Folio/essais n°25

I'm not Superman