9/10/2014

Et je froisse la viande de ce qui me sépare de toi

Tout ce temps
perdu
posé devant soit
comme un cafard
dans une boîte en bois
Tout ce temps
perdu
Quel age j'ai déjà ?
tableau excel
et prévisionnel
sur six mois
Aujourd'hui n'existera
plus jamais
Nous aurions pû
en faire quelque chose
je suppose
Nous aurions pû
aller au fond
de la rivière
briller
avec les pierres
Le courant continu
sans nous
Penses-tu que l'eau
finira de couler ?

2 commentaires:

lacotevincent a dit…

Si l'on en crois Jean-Claude Pirotte et s'il en va de l'eau comme de la poésie, la réponse est non, l'eau ne finira pas de couler.

"Elle est impérissable et présente dans le monde qui croit réussir a l’ignorer, mais ne peut empêcher un poète d’être saisi par elle et mené au bout de son calvaire avec ce sourire lointain que l’on voit sur certaines figures de peintres."
Extrait de "aparté", chronique de Jean-Claude Pirotte du magazine Lire que j'ai retranscrit et commenté amoureusement à la page 4 de mon blog.

Comme il le souligne d'ailleurs dans cet article, la poésie est présente chez toi, elle coule à flot même. Elle est très utile, elle nous mène au bout de notre calvaire dit encore Jean-Claude Pirotte. Elle froisse la viande de ce qui nous sépare de nous. Elle nous fait être des hommes avec les hommes pour reprendre Georges Perros;

Peut-être que le poème est le fragment de langage le plus utile à l’homme qui veut changer le monde…Être des hommes avec les hommes. Parler.
(Entretien radiophonique de Georges Perros 1975)
Les deux photographies précédentes, où des hommes sont réunis sous une roche creusée par l'eau, autour d'une lecture, illustrent bien son propos

Mais pour que la poésie et l'eau continuent de couler, il faut creuser toujours plus profond "dans le boueux de la journée" (René Guy Cadou).

Pierre Gabriel – L’espoir (1988)

Je ne dis pas : Il est trop tard,
Nous avons laissé se mourir la terre,
Elle ne portera plus
Les fruits de la lumière
Et ses graines de vie.
Je dis : Le ciel demeure
Ouvert au soleil, aux étoiles,
Tous les arbres n’ont pas péri,
Les feux brûlent aussi de joie.

Je ne dis pas : Il fait si noir
Que les hommes ne peuvent plus voir
Le visage de ceux qu’ils aiment,
Ils ont oublié le silence
Mais ne savent plus se parler.
Je dis : Chaque aube tient promesse,
Elle te rend ce que la nuit
Avait effacé pour toujours,
Les fleurs, l’espoir, le goût du vent
Sur les plages bleues du matin.

Je ne dis pas : Les sources sont taries.
Je dis que rien jamais n’est perdu,
C’est à toi de creuser plus profond
Pour que l’eau pure à nouveau jaillisse.

***

Pierre Gabriel (Bordeaux, 1926-1994) – Chaque aube tient parole (1988)
Trouvé sur le site de poésie Beauty will save the world.

J'aime bien ce rapprochement entre l'eau et la poésie. L'eau pure.

Anne Le Maître a dit…

J'aime la question triste de ce poème.

J'aime la réponse que lui oppose (ou lui accole) le commentaire précédent citant Pierre Gabriel.