2/16/2016

"un tapage de ruche et de rivière"




Dans son livre L'enfant Jules Vallés parle d'"un tapage de ruche et de rivière". Je me les répète souvent ces six petits mots. Parfois je m'y tiens comme au ponton d'un galion balloté. Parfois j'y tourne sur moi-même, murmure de derviche, jusqu'à perdre l'équilibre et m'envoler à terre. Parfois j'y cours pour me cacher comme un félin méfiant sous le buffet de la vieille. Ce matin, dans le jour qui s'échauffe les muscles je me repasse l'image scintillante et bourdonnante. "un tapage de ruche et de rivière" J'y rince mes ailes de moineaux. Mes yeux myopes qui pleurent devant trop de clarté. Elle coule vive et frétille. Par la fenêtre, je cherche à distinguer quelque chose, une image de la sorte, solide et juste,  qui me tienne au corps, soupe un peu coriace avant l'effort de vivre. Je vois un sansonnet qui plante son bec entre les brins d'herbe givrés. Je ne sais pas s'il fait sa toilette sauvage, ou s'il aiguise la machette de son bec, ou s'il déjeune au givre. Peut-être est-il pianiste de l'hiver. Ou alors il est en train de coudre la terre qui fuyait au ciel qui se déploie. Ou bat-il la mesure, petit tambour sans bras et sans légion de l'insignifiante conquête de l'aube.  Je n'ai pas besoin de savoir. Juste de me le demander.

1 commentaire:

misquette a dit…

"... juste de ME le demandé", en plantant mon bec dans ton texte je me suis demandé si il n'y a pas une faute de frappe ???

"... avant l'effort de vivre." Ca me plait beaucoup. Le reste aussi du reste.

Sinon, encore un commentaire, un petit, sur le final, que je crois donc être " juste de me le demandé", m'évoque une citation de Marie - Noël, « viendra le jour où vous chercherez l’ignorance comme une eau pour la soif" et puis de poème que j'ai fais ce matin

Une muse nommée incertitude

La poésie est un chemin d’humilité.
La muse attend que le poète soit sincère,
Avant que d'ensemencer son imaginaire ;
Moment tant attendu où il se sent créer.

Tout autre motivation doit être écartée.
En fait, c’est facile d’en faire l’inventaire
Je n’en connais qu’une, la volonté de plaire,
Celle qui fait rechercher la célébrité.

Il ne faut pas croire que cela soit facile,
L’orgueil cherche à élire en nous son domicile ;
Adversaire qui revient toujours à l’assaut.

Notre arme pour le combattre est la solitude,
Dans ses profondeurs on atteint l’incertitude,
Sans laquelle rien ne peut arriver de beau.