lundi 31 octobre 2011
Un tas de trucs
(...). Il ouvre alors son carnet.
"Je vais maintenant te raconter un tas de trucs ; certains sont vrais, d'autres non. À mon avis, on surestime la vérité, de toute façon. J'aimerais donc que tu saches les choses suivantes sur moi :
Je peux hypnotiser les poules.
Je connais par coeur le texte de Louis Louis.
Un jour, mon père a participé à un feu de camps avec Woody Guthrie.
J'ai six orteils à chaque pieds.
Ma soeur est communiste.
Je collectionne les portes étranges qui ont quelque chose d'inquiétant.
J'ai des liens de parenté avec les personnes suivantes : Oprah Winfrey, Sir Walther Raleigh, Bo Diddley, Gengis Khan, Charlie Watts, Betty Ford, Red Skelton.
Je rêve sans arrêt de poules.
Il y a longtemps, j'ai vu un homme mort dans une voiture à Baker, en Californie. Comment je sais qu'il était mort ? Une mouche s'est posée sur l'un de ses yeux ouverts et il ne l'a pas chassée.
Voici quelques mots auxquels tu devrais réfléchir : mal, tango, fermeture-éclair, étroit, bruyant, tuer, feu. Ils résument très bien ma vie. (...)
TOM WAITS,
dans Vibrationsmusic, n°139, novembre 2011.
"Je vais maintenant te raconter un tas de trucs ; certains sont vrais, d'autres non. À mon avis, on surestime la vérité, de toute façon. J'aimerais donc que tu saches les choses suivantes sur moi :
Je peux hypnotiser les poules.
Je connais par coeur le texte de Louis Louis.
Un jour, mon père a participé à un feu de camps avec Woody Guthrie.
J'ai six orteils à chaque pieds.
Ma soeur est communiste.
Je collectionne les portes étranges qui ont quelque chose d'inquiétant.
J'ai des liens de parenté avec les personnes suivantes : Oprah Winfrey, Sir Walther Raleigh, Bo Diddley, Gengis Khan, Charlie Watts, Betty Ford, Red Skelton.
Je rêve sans arrêt de poules.
Il y a longtemps, j'ai vu un homme mort dans une voiture à Baker, en Californie. Comment je sais qu'il était mort ? Une mouche s'est posée sur l'un de ses yeux ouverts et il ne l'a pas chassée.
Voici quelques mots auxquels tu devrais réfléchir : mal, tango, fermeture-éclair, étroit, bruyant, tuer, feu. Ils résument très bien ma vie. (...)
TOM WAITS,
dans Vibrationsmusic, n°139, novembre 2011.
dimanche 30 octobre 2011
Ce sera suffisant (extrait 6)
Mais la vieille
n’avait pas peur
Elle continuait
à tenir la main de l’enfant
Elle continuait
à se tenir debout
sur le gris
Elle disait
s’il reste une femme
et une rivière
ce sera
suffisant.
samedi 29 octobre 2011
Albert Cossery, clochard céleste 27, chez Vents-contraires
"Eh bien, quand un homme te parle de progrès, sache qu'il veut t'asservir ! " Albert Cossery, Les fainéants dans la vallée fertile
Son portrait chez Vents-Contraires
Ce sera suffisant (extrait 5)
Les enfants
se sont réfugiés
à l’intérieur
de leurs poings
Les chats
se sont mis
à brûler tous seuls
Les arbres ont gémi
et les pierres ont poussé
comme des fleurs
(...)
vendredi 28 octobre 2011
Ce sera suffisant (extrait 4)
Un homme a dit
On pourrait sacrifier
la lumière
Danser
et manger
du tungstène
Un homme a dit
Dieu
est une
Phalène
(...)
jeudi 27 octobre 2011
Ce sera suffisant (extrait 2)
Le Temps
est devenu une route
pleine de rond-point
Les gens ne savaient plus
s’ils marchaient sur du goudron chaud
ou sur leurs rêves
Les oiseaux
ont cherché
à s’enfoncer
tout au fond
du ciel
du ciel
Un homme a dit
Il faudrait une bonne serpillière
pleine
de
sang
(...)
mercredi 26 octobre 2011
Ce sera suffisant (extrait)
Le jour
ne s'est plus
levé
Ils ont laissé
les lampadaires
allumés
Les chiens errants
se sont mis
à pisser
sur la lune
(...)
ne s'est plus
levé
Ils ont laissé
les lampadaires
allumés
Les chiens errants
se sont mis
à pisser
sur la lune
(...)
Asphodèle
Les éditions Asphodèle ont entamé leur mue d'automne et en profitent pour sortir deux nouveaux ouvrages et pour passer au numérique. Mon Little Man y est toujours en bonne compagnie. Allez-y voir !
mardi 25 octobre 2011
Il pleut en amour
Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps,
Le beau temps me dégoûte et me fait grincer les dents,
Le bel azur me met en rage,
Car le plus grand amour qui me fut donné sur terre
Je le dois au mauvais temps, je le dois à Jupiter,
Il me tomba d'un ciel d'orage.
Brassens. L'orage
Les saisonniers de la terre trempée
Le ciel est le couvercle de la poubelle. La lumière monte des herbes mortes. Gamme chromatique de la boue. Cette année les hérons ne sont pas revenus au bord de la nationale. En roulant je les cherche et je me sens plus seul. Nous étions les saisonniers de la terre trempée. Leurs gros becs, mon gros nez. Démarche maladroite. Debout dans l'aube froide. Debout dans la poubelle. À souffler dans nos plumes des souvenirs de nids. À tenir. À trembler. À glaner la pitance aux pieds des arbres noirs. À se blottir de l'intérieur. Les yeux plantés dans le grand vent. Sans eux l'hiver sera plus long.
lundi 24 octobre 2011
De l'agonie, du nutella et de la nécessité d'être bien chaussé
Debout et droit comme un soldat dans ses nouvelles pantoufles fourrées, il contemplait la délicate dégringolade de l'automne de toute sa délicieuse paresse séditieuse. Mais en terme d'action, nul n'aurait pu dire qu'il était en reste puisqu'il menait courageusement plusieurs batailles sur le même front, reniflant courageusement, tout en s'enfilant dans la gueule un fourré tartiné de chocolat en même temps qu'il suivait avec un cynisme tout puissant la dernière bataille de la dernière mouche d'octobre.
dimanche 23 octobre 2011
Nos cheveux blanchiront avec nos yeux - PML 2012
Nos cheveux blanchiront avec nos yeux est en lice pour le Prix Méditerranée des Lycéens 2012.
Agréable idée pour le cancre que je fus d'être découvert par une bonne quarantaine de classes de lycée !
samedi 22 octobre 2011
Un petit jeu minable
Il cueille
entre ses doigts
le crépitement froid
de l'hiver
Il se dit
je joue un petit jeu
minable
avec moi-même
qui s'appelle
survivre
Il se dit
le givre
c'est des fleurs
Il se dit
si on remplaçait
dans tous les discours officiels
le mot force
par le mot biscotto
ça changerait
la couleur du ciel
entre ses doigts
le crépitement froid
de l'hiver
Il se dit
je joue un petit jeu
minable
avec moi-même
qui s'appelle
survivre
Il se dit
le givre
c'est des fleurs
Il se dit
si on remplaçait
dans tous les discours officiels
le mot force
par le mot biscotto
ça changerait
la couleur du ciel
vendredi 21 octobre 2011
TRUELLE
Le bruit des choses disparaît
dans le capharnaüm du temps
Nous bâtissons cette légère couche de poussière qui se dépose sur la tranche des livres
Nous bûcheronnons dans le détail
dans la douleur sourde
des éclats
Il y a des murs à creuser
à la cuillère de notre âme
Il y a des choix
Des sacs
Des kilomètres de noeuds
Des rêves
Chaque matin sa propre peau
cousue à la porte
Nous bûcheronnons dans le détail
dans la douleur sourde
des éclats
Il y a des murs à creuser
à la cuillère de notre âme
Il y a des choix
Des sacs
Des kilomètres de noeuds
Des rêves
Chaque matin sa propre peau
cousue à la porte
Il n'est jamais trop tard pour être stupide
Il n'est jamais trop tard
pour être stupide,
il doit bien y avoir
une raison pour dire
les choses comme elles
sont.
foutu, c'est simple.
Instants vécus
à bout portant.
Les amis disparus
passent repassent,
de très loin
ils me font signes.
Claude Pélieu, La Crevaille, L'Arganier (hors commerce), 2008
(Merci Saïd)
pour être stupide,
il doit bien y avoir
une raison pour dire
les choses comme elles
sont.
foutu, c'est simple.
Instants vécus
à bout portant.
Les amis disparus
passent repassent,
de très loin
ils me font signes.
Claude Pélieu, La Crevaille, L'Arganier (hors commerce), 2008
(Merci Saïd)
jeudi 20 octobre 2011
La crasse de vivre s'attrape par les yeux
Hier soir je suis mort et j'ai tué. En l'espace de seize secondes devant ma télé. Hier soir je suis mort et j'ai tué. J'ai renoncé à parler. J'ai hurlé. J'ai pleurer. Aucune larme n'a coulé. Il était question d'une petite fille chinoise. Ce n'est pas une histoire que j'ai envie de raconter. Maintenant je suis plus sale que le dernier vagin du dernier bordel de l'enfer. Que le dernier rire du dernier bourreau. Hier soir je suis mort et j'ai tué.
Bojo no hito
Henry Miller a 75 ans lorsqu'il tombe amoureux de Hoki
une jeune japonaise de 25 ans qui chante dans un bar
Il va la voir tous les soirs lui fait la cour
lui écrit de longues lettres d'amour et apprend
à dire bojo no hito "celle pour qui je languis"
Chaque nuit lorsqu'elle est loin
il peint des aquarelles pendant ses insomnies
lorsque Hoki le quitte il écrit :
Reste à essayer de valser dans le noir
mercredi 19 octobre 2011
L'ardoise noire
J'aime
tes cauchemars
je leurs suis très
reconnaissant
et commence
à leurs devoir
une sacré ardoise
de tendresse
J'aime
tes cauchemars
et ta façon
de te réfugier
contre moi
pour les dissoudre
dans le grand noir
tes cauchemars
je leurs suis très
reconnaissant
et commence
à leurs devoir
une sacré ardoise
de tendresse
J'aime
tes cauchemars
et ta façon
de te réfugier
contre moi
pour les dissoudre
dans le grand noir
Nos cheveux blanchiront avec nos yeux - Goulard and co
Merci à la librairie Goulard, à Aix en Provence de m'accueillir Vendredi 04 Novembre à partir de 18h pour une rencontre autour de mon livre.
Merci à la librairie L'Oeil Ecoute pour cette belle chronique.
Merci aux écrivains que j'admire qui m'écrivent pour m'encourager. Merci à la mystérieuse fille tatouée, si elle existe. Merci aux amis et aux inconnus qui défendent ce petit bestiaux ici ou là.
L'automne est décidément une saison de délicieuses récoltes...
mardi 18 octobre 2011
lundi 17 octobre 2011
Deux braises
Au coeur de mes silences
de mes sourires gênés
de mon indifférence
brillent deux minuscules braises
qui sont comme les yeux
d'une bête camouflée
En leur coeur ces deux braises
deux planètes deux soleils
deux forêts dévastées
En leur coeur ces deux braises
langent le rire sauvage
de l'obscurité
de mes sourires gênés
de mon indifférence
brillent deux minuscules braises
qui sont comme les yeux
d'une bête camouflée
En leur coeur ces deux braises
deux planètes deux soleils
deux forêts dévastées
En leur coeur ces deux braises
langent le rire sauvage
de l'obscurité
dimanche 16 octobre 2011
La direction
Au carrefour des grisailles
un panneau signalétique mutilé
tête tordue vers le ciel
indique une direction
nouvelle
un panneau signalétique mutilé
tête tordue vers le ciel
indique une direction
nouvelle
samedi 15 octobre 2011
Nous sommes l'aurore de l'aurore
J'ai ouvert les volets dans l'obscurité. Frissons. J'ai posé un enfant ébouriffé de sommeil sur le fauteuil. Biberon de lait. Barbapapa. J'ai ouvert au chien. Préparé mon café. Réanimé la cheminée. Enclenché la platine. Bach. Le feu. L'aurore pouvait commencer.
Macro-ondes
Imaginez
la proportion
de messages d'amour
électro-magnétiques
qui se faufilent à travers
les faux plafonds en moquette
des wagons de train
la proportion
de messages d'amour
électro-magnétiques
qui se faufilent à travers
les faux plafonds en moquette
des wagons de train
Portes ouvertes La Nuit Myrtide à Lille

Portes ouvertes des ateliers d'artistes à Lille
Nuit Myrtide dans le Vieux Lille
Avec cette belle météo à venir, tous les ouvrages du catalogue de La Nuit Myrtide seront présents dans la librairie éphémère du Chien rouge tenue par Dimitri Vazemsky samedi 15 (14-18h) et dimanche 16 (11-15h) dans la jolie cour de Knapfla. L'illustratrice présentera son ouvrage La diction des mousquetaires paru à La Nuit Myrtide.
Atelier 128 Parvis Notre Dame de la Treille à Lille
Nuit Myrtide à Wazemmes
Vous pourrez aussi retouver à l'espace documentation de La Malterie 42 rue Kuhlmann à Lille, une sélection d'une dizaine de nos ouvrages liés aux rapports auteur-artiste dans le processus d'édition, tels que : Lyon-Béthune (Jérémy Liron - Armand Dupuy), The coil of the snake (Christelle Fillod - Christine De Smedt, Gary Hill, Kirk Piper et Helmut Ploebst), Boucle d'oeil (Guillaume Siaudeau - Magali Planès), Michel et tout autour de lui, des choses (Stéphane Barthez - Stéphane Barthez), Poésie / Poesia (Dimitri Vazemsky - Dimitri Vazemsky)...
Si vous êtes dans le coin allez-y voir, ce que fait Dimitri est toujours extra !
Je suis un fumiste ...
« Je suis un fumiste, un branleur, pas foutu capable de pondre un roman digne de ce nom. / J'écris parce que ça fait moins mal que de se suicider.../ (...) Allez, je m'en va avant de me mettre en colère... ! »
Saïd Mohamed
vendredi 14 octobre 2011
Pas la peine de crier - missive d'octobre
Tous les jours de la semaine, de 16h à 17h, il y a sur France Culture une émission vivante profonde et fraîche comme une rivière anonyme qui s'appelle Pas la peine de crier. Marie Richeux et son équipe y font exister la création sous toutes ses formes mais toujours avec élégance. Y'en a pas 36 des émissions comme ça. Après m'avoir fait l'honneur d'inviter l'ours que je suis le 16 Septembre dernier pour y parler de Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, la damoiselle a lu hier avec une belle et juste délicatesse une missive d'octobre bleu que je lui avais envoyé. Qu'elle en soit sanctifiée ! C'est dans la rubrique portfolio, aux alentours de 16h15. Vous pouvez la réécouter là.
Parutions - Dissonance/ Décapage Octobre 2011
Dissonance n° 21 arrive en Octobre, il a pour thème le vide
Décapage n°44 est dans toutes les bonnes librairies. Un smoothie de littérature.
jeudi 13 octobre 2011
La graine sourde
Un jour ou l'autre tu te rends compte qu'il y a un monde autour de toi. Et que ce monde est en train de hurler. Tu te rends compte que l'air que tu respires ce sont des hurlements. La nourriture que tu manges ce sont des hurlements. Et cette rumeur que tu prenais pour le vent dans les arbres. Et la vieille table en bois. Tes chaussettes. Ton matelas. Ce sont des hurlements. La musique et les livres. La terre et les herbes. Ta peau. Ton oxygène. Ce sont des hurlements. Des couches de poussières et de hurlements. Des sédiments de hurlements. Des fossiles de hurlements. Des gouttes de hurlements. Des pierres de hurlements. Des protéines de hurlements. Des photosynthèses de hurlements. Et toi tu n'es qu'une graine trop sourde à son fumier.
mercredi 12 octobre 2011
Le monde est si bien fait
C'est immense et c'est immonde. Le monde est si bien fait. Il y a ces belles lianes rouges sur les murs gris d'Ivry. Une péniche qui traverse la pluie. Un panneau Ricard qui brille la nuit. C'est immense et c'est immonde. Le monde est si bien fait. Il suffirait de mettre de la terre à la place du gravier pour faire de chaque cimetière une grande forêt. C'est immense et c'est immonde. Tous ces tunnels le long de la voie ferrée qui ne débouche sur aucune lumière. Et la brume qui monte. Et la brume qui tombe. Qui se regardent en face. Dans le gris blanc des yeux. L'agonie colorée de l'automne et l'horizon des boues. Il y a ces herbes noires où se cache le gibier. Les dimanches étalés sous les ailes des corbeaux. Des envies de vin et de viande. C'est immense et c'est immonde. Le monde est si bien fait. Les jardins ouvriers qui longent les usines. Fourrage sous le tricot pour se tenir au chaud. Même technique pour les yeux. Même technique pour le coeur. Nos tripes romantiques. Les oiseaux qui se serrent sur les fils électriques. Et les écailles du sang qui sèche sur nos doigts dessinent des fleurs pourpres.
mardi 11 octobre 2011
Amarre
Le vent souffle
Une dame parle
Les mots coulent
de sa bouche
Ils n'en finissent pas
de couler
Une mouche
s'accroche au mur
Mes yeux
accrochent la mouche
Le vent souffle
Les mots coulent
le temps est arrêté
Le galion entier
est sur le point
de couler
Tout ne tient
qu'à une paire poilue
de pattes de mouche
sur le ciment dévasté
Une dame parle
Les mots coulent
de sa bouche
Ils n'en finissent pas
de couler
Une mouche
s'accroche au mur
Mes yeux
accrochent la mouche
Le vent souffle
Les mots coulent
le temps est arrêté
Le galion entier
est sur le point
de couler
Tout ne tient
qu'à une paire poilue
de pattes de mouche
sur le ciment dévasté
lundi 10 octobre 2011
Nos cheveux blanchiront avec nos yeux - Page des libraires
Je profite de ce sympathique article paru dans la revue Page des Libraires d'octobre 2011 pour serrer la pince et remercier chaleureusement tous les libraires, petits et grands, qui font vivre les livres comme on fait vivre un feu. Et une spéciale dédicace à la librairie Le Passage au Mans qui a gentiment accueilli sur son stand mon apparition éclair lors de la 25° heure (où je fus bienheureux de croiser Jérôme Lafargue, Saïd Mohamed, Fabienne Juhel et ma voisine auteure dont j'ai oublié le nom mais dont je retrouverai le livre).
(La revue de presse complète de Nos cheveux)
Ébourification
À coups de longues baffes grises le vent renverse la table du ciel. Cul par dessus tête. Roulades de feuilles mortes. Brouhaha de vagues. De poussières. De cheveux. Et les ombres s'affolent comme des poulains idiots.
dimanche 9 octobre 2011
La Tour Eiffel
La lumière est vermeille. Le gros cul d'un pigeon penché sur la gouttière lui cache la tour Eiffel. Il referme la fenêtre. Le jour est une voiture. Sa vie un arrêt de bus. Mais une fille se lave dans la salle de bain. Et il n'arrive pas exactement à faire la différence entre son rire et la douche qui coule.
samedi 8 octobre 2011
Nos cheveux blanchiront avec nos yeux - Les 24 Heures du livre au Mans
Les 24 Heures du livre au Mans
Vous pourrez m'y retrouver notamment pour une discussion Samedi 08 Octobre 2012 de 16h30-17h00 : “Partir pour se (re)trouver” avec Fabienne Juhel (Les hommes sirènes, Le Rouergue, 2011 )et David Thomas (Un silence de clairière, Albin Michel, 2011)
vendredi 7 octobre 2011
jeudi 6 octobre 2011
Le vent est calme
Le vent est calme et le café est bon. Il n'y a pas de tempête. Juste quelques jouets renversés dans le jardin. Une biscotte au beurre écrasée sur la table. La lumière qui monte. Une odeur de bois sec. Des traces de stylo. Il n'y a pas de tempête. Pas de drame. Pas de pirate. Pas de panthère dans le ciel. Pas de femme nue sur un taureau. C'est le petit radeau du jour. Il faut ramer avec ses mains. Tremper son pied dans le grand rien. Familiariser la lumière. C'est une bataille sans prestige. La seule qui vaille. Le véritable goût de l'eau.
Quel rêveur...
"Quel rêveur nous a rêvé pour que nous puissions à notre tour commencer à rêver ?"
Rick Bass, Le journal des cinq saisons, Bourgois
mercredi 5 octobre 2011
La morsure
Nous brûlons. Nous sommes grenouille, casserole et eau bouillante. Nous sommes l'escalade de nos petites dégringolades. Nous sommes les bords du ciel. L'énergie noire et les chaussettes sales. Nous sommes encore demain. Nous sommes déjà trop tard. Nous sommes la trace que ne laissent pas les éclairs tout au fond des nuits. La bête qui se reproduit dans la cendre. Nous sommes la bave et le baiser. Nous sommes la larve dans la larme. La morsure des petites flammes. Nous brûlons.
Happy Hour
" C'était dans la boite de nuit grecque où elle se produisait. Elle se reposait à une table entre deux danses. La lumière de la scène tombait en partie sur elle. Elle était très frêle et paraissait penser à quelque chose de très lointain, attendant patiemment que quelqu'un vienne la détruire."
Happy Hour, Jesus' Son, Denis Johnson
mardi 4 octobre 2011
Rongeurs, lettres du front
Cher Rongeur urbain,
Tu me racontes l’histoire de ce type saoul dans le métro. Je vois très bien la scène, d’ici, du fond de ma bouillasse et de mes champs de gris. Ce matin même, au bord de la route trempée de pluie, une femme seule et triste dansait sur la carcasse de l’aurore. Je l’ai vu en quittant mon chemin pour prendre la départementale. Derrière nous, le jour se levait et c’était comme une coupelle pleine d’or fondu dans le rétroviseur. Mais devant, la soupe était épaisse et grise comme de la peine de bête, et la froideur brumeuse séparait même les hommes de leurs ombres. Je l’ai vu, cette femme, dans l’axe de mes phares qui léchaient le bitume brillant. Son regard était sec et noir, pas loin de se jeter sous mes roues, et lorsque je freinais pour la laisser passer, il tint tête au mien jusqu’à ce que je baisse mes yeux qui n’avaient pas assez pleuré. Elle a traversé en titubant, je crois que son talon était cassé. Je crois que ce n’était pas l’unique chose brisée qu’elle se trimballait. Et puis je suis reparti, le long des joncs trop jaunes qui longeaient le fossé.
Ici, au bord des routes plates et des platanes mornes, nous avons ces bouquets de fleurs délavés, qui marquent l’endroit où les enfants sont morts. Comment faîtes vous en ville, pour jalonner vos drames ? Ici, à quelques pas de ces tombes en plastique colorés, il n’est pas rare de trouver un passage de lièvre ou de renard. Tu vois, les solitudes et les errances n’aiguisent pas moins leurs tenailles le long des champs labourés. Ici aussi, il faut se bâtir un solide terrier et remplacer chaque jour la suie par la cendre. Quand il pleut, les gouttes sont très froides, et ça fait des frissons le long de la colonne, et ça donne de la force. J’espère que l’eau, lorsqu’elle arrive chez toi, là bas de l’autre côté des nuages, reste fraîche et glacée comme un ciel nouveau.
Prends soin de toi
R.b
(Texte extrait d'un projet en cours d'écriture, Rongeur, lettres du front, écrit à 4 mains et 64 dents avec l'ami Siaudeau)
Tu me racontes l’histoire de ce type saoul dans le métro. Je vois très bien la scène, d’ici, du fond de ma bouillasse et de mes champs de gris. Ce matin même, au bord de la route trempée de pluie, une femme seule et triste dansait sur la carcasse de l’aurore. Je l’ai vu en quittant mon chemin pour prendre la départementale. Derrière nous, le jour se levait et c’était comme une coupelle pleine d’or fondu dans le rétroviseur. Mais devant, la soupe était épaisse et grise comme de la peine de bête, et la froideur brumeuse séparait même les hommes de leurs ombres. Je l’ai vu, cette femme, dans l’axe de mes phares qui léchaient le bitume brillant. Son regard était sec et noir, pas loin de se jeter sous mes roues, et lorsque je freinais pour la laisser passer, il tint tête au mien jusqu’à ce que je baisse mes yeux qui n’avaient pas assez pleuré. Elle a traversé en titubant, je crois que son talon était cassé. Je crois que ce n’était pas l’unique chose brisée qu’elle se trimballait. Et puis je suis reparti, le long des joncs trop jaunes qui longeaient le fossé.
Ici, au bord des routes plates et des platanes mornes, nous avons ces bouquets de fleurs délavés, qui marquent l’endroit où les enfants sont morts. Comment faîtes vous en ville, pour jalonner vos drames ? Ici, à quelques pas de ces tombes en plastique colorés, il n’est pas rare de trouver un passage de lièvre ou de renard. Tu vois, les solitudes et les errances n’aiguisent pas moins leurs tenailles le long des champs labourés. Ici aussi, il faut se bâtir un solide terrier et remplacer chaque jour la suie par la cendre. Quand il pleut, les gouttes sont très froides, et ça fait des frissons le long de la colonne, et ça donne de la force. J’espère que l’eau, lorsqu’elle arrive chez toi, là bas de l’autre côté des nuages, reste fraîche et glacée comme un ciel nouveau.
Prends soin de toi
R.b
(Texte extrait d'un projet en cours d'écriture, Rongeur, lettres du front, écrit à 4 mains et 64 dents avec l'ami Siaudeau)
Fiction
" L'unique différence entre la réalité et la fiction est que la fiction a le devoir d'être réaliste."
Marc Twain
lundi 3 octobre 2011
La rouille bleue d'octobre
Une odeur de pieds de tomates sous les ongles. Un souffle presque imperceptible qui remue la lanière pendante de l'antidérapant nouée autour des poignets d'une vieille brouette. L'haleine chaude qui monte du tas hirsute des mauvaises herbes et des branches coupées du jardin. Des noisettes dans la poussière. Une pile de trois livres qui campent sur la terrasse. Des fourmis qui s'agitent. Un pince-oreille tordant son ventre. De la boue tiède. Une roue qui se dégonfle. Une tortue qui ronfle. Et dans le bleu immense, premier vol d'oies sauvages.
dimanche 2 octobre 2011
La piste
La lune était une rognure d'ongle. La rosée du sucre sauvage. Lorsqu'il s'éveilla, une lumière blanche montait de la confusion bleue. Dans l'humus de son crâne, il reconnu sans la nommer une piste de bête. Excréments bistres et traces de pattes. Le renard noir avait encore passé la nuit à déjouer ses pièges et boulotter ses rêves.
L'explication du monde
Ses bras bougent, elle m’explique :
Les oies sauvages par exemple
Ont une boussole dans la tête
De la magnétite qui leur indique le Nord
C’est pour ça que les humains ont besoin
De scientologues, de businessman, de prêtres,
D’hommes politiques, de guerres, de macramé
De yoga, de psy, de superstitions, d’alcool
De poésies, d’idéologies, de tubes cathodiques
C’est simplement pour ça, ils n’ont pas de magnétite …
Les oies sauvages par exemple
Ont une boussole dans la tête
De la magnétite qui leur indique le Nord
C’est pour ça que les humains ont besoin
De scientologues, de businessman, de prêtres,
D’hommes politiques, de guerres, de macramé
De yoga, de psy, de superstitions, d’alcool
De poésies, d’idéologies, de tubes cathodiques
C’est simplement pour ça, ils n’ont pas de magnétite …
samedi 1 octobre 2011
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