9/14/2014

La Part des nuages - Chronique - Le salon Littéraire


"Troisième roman de Thomas Vinau (après le très remarqué Ici ça va ), mais cinquième livre chez Alma (sans parler des recueils de poésie), cette part des nuages est tout aussi aérée que les précédentes fusées scintillantes que notre héraut des temps (dé)passés laisse exploser en plein ciel pour nous réveiller, pauvres lecteurs assommés par le consensus culturel qui régit cette morne plaine ici-bas, rentrée totalement cinglée aux plus de six cents romans, non mais vous vous rendez compte ? Tenez vous bien (tenez vous mieux, je vous prie !), on bat des records de production quand en même temps on nous bassine avec la crise, le pouvoir d’achat, le ceci et le cela qui manque, ces fameux trois sous pour faire un franc, pardon, un euro, alors six cent romans, non mais pour qui nous prend-on ?! Aussi bien le chroniqueur que le lecteur ? Des enfants de Panurge ? Moutons bêlants de stupide paresse (intellectuelle, entre autre chose) qui iront bailler leur ennui sur les feuilles noircies par la diarrhée nothombesque ou le nombrilisme angotien, que sais-je encore comme niaiseries quand, à-côté, mais pas loin du tout, juste là, tout près de vous, sur un coin de table d’un libraire kamikaze qui aura préféré un éditeur indépendant à une multinationale qui vend aussi des canons, pour déposer sur son étal des livres, des vrais, réalisés avec soin, et votre main, de suite, sentira la différence, cette couverture rainée, votre nez saisira au vol l’odeur de la colle, vos yeux s’illumineront de la police taquine, du logo animal et votre esprit se nourrira goulument d’un texte décalé, surprenant, enjoué, délirant, humaniste, candide et placébo : il a l’allure d’un médicament de l’âme mais c’est plus qu’un baume qui cautérise les bobos nerveux, les angoisses matutinales, les crises de désespoir, les yeux rouges et le ventre qui pique ; c’est un petit bijou, ouvrez-le, asseyez-vous dans un coin, oubliez les autres. Lisez.

Le grand paon de nuit reste sur son pied de chaise. Au ralenti. Comme Joseph sur la sienne. Au ralenti. Pas d’ouverture à l’horizon. Pas de respiration de secours. Attendre d’atteindre le printemps. Il faudrait entailler le printemps. Il faudrait entailler les nuages. Tailler une brèche dans le ciel. Une issue de secours. Un endroit par où filer en douce.

Joseph, 37 printemps, tente de ne pas chavirer quand la mère de l’enfant s’en va puis l’enfant à son tour. Grandes vacances en solitaire, que faire ? Farniente, bilan du temps passé, projection de ses rêves ou mieux encore, regarder autour de soi ? Les autres, ces fameux Autres dont d’infimes détails peuvent nous les rendre sympathiques, attachants… Il y a Robin, il y a Odile, il y a tout le monde, et chacun leur tour, un rôle leur sera attribué dans cette grande farandole de la vie…
Un roman à décapsuler pour libérer cette oxygène qui nous fait tant défaut : la complicité. Ce petit lien invisible qui se tisse dans un regard, un geste anodin, une seconde d’entente parfaite qui peut alors illuminer toute une journée. Trois fois rien pour autant de plaisir… pourquoi s’en priver ?"

François Xavier
 Le Salon Littéraire

Thomas Vinau, La part des nuages, Alma éditeur, septembre 2014, 15 p. – 16,00 €

Un grand merci à François Xavier pour cette charmante chronique !

1 commentaire:

lacotevincent a dit…


C’est que j’avais encore envie de vivre, et de voir passer les nuages, et d’écrire ceci, ou autre chose. Il arrive que la douleur soit en voie d’excéder mes forces. Mais je m’obstine, je tiens la fenêtre ouverte, au moins je respire et un chien aboie.

Jean-Claude Pirotte, Brouillard