11/23/2014

25/11/2014 : Hommage à Pierre Autin-Grenier - Librairie Passages à Lyon

25/11/2014 : Hommage à Pierre Autin-Grenier

Pierre Autin-Grenier, écrivain lyonnais : les « riens du tout » et l’éternité.

"Depuis son premier livre, publié en 1978, jusqu’à son tout récent dernier recueil Analyser la situation, hélas posthume, Pierre Autin-Grenier a enchanté ses lecteurs grâce à la finesse poétique et noire de son humour, l’élégance de son style, sa profonde tendresse empreinte d’une ironie mordante, et l’acuité d’un regard sur le monde tel qu’il ne va décidément pas bien.

Pierre Autin-Grenier est né à Lyon le 4 avril 1947 et mort dans cette même ville le 12 avril 2014. Il a été un grand ami de la librairie Passages et nous souhaitions lui rendre hommage à l’occasion de la publication de ce nouveau livre, ce dernier cadeau à ses lecteurs, qu’il avait préparé en sachant qu’il paraîtrait de manière posthume et qu’il avait voulu comme une sorte de bilan, l’ultime inventaire de la vie d’un écrivain.

Les éditions Finitude publient également à cette occasion un recueil de textes d’amis écrivains en hommage à Pierre Autin-Grenier : Franz Bartelt, Arno Bertina, Izabella Borges, Dominique Fabre, Christian Garcin, Brigitte Giraud, Eric Holder, Frédéric-Yves Jeannet, Martine Laval, Jean-Jacques Marimbert, Thomas Vinau, Antoine Volodine, Eric Vuillard & Pierre Autin-Grenier lui-même, illustré de photos et de reproductions d’œuvres.

Nous avons donc souhaité organiser, avec l’aide des éditions Finitude, une soirée de lecture, d’amitié et de reconnaissance autour de l’ami qui nous manque et qui déclarait en 1993 dans son livre « Je ne suis pas un héros » (Gallimard, l’Arpenteur), premier opus d’une trilogie joyeuse et désespérée, avec « Toute une vie bien ratée » (1997) et « L’éternité est inutile » (2003, prix Alexandre Vialatte) : « Je ne sais pas ce qui se passe dans le Montana mais jamais personne ne m'écrit de là-bas. Je ne demande pourtant pas à recevoir des lettres de plusieurs pages en provenance directe d'Helena, la capitale ; non, mes espérances sont plus modestes et un simple mot, même d'un type perdu dans les Rocheuses, ferait parfaitement l'affaire. Sur les 808 100 habitants de cet Etat qui compte quelque 381 000 km2, il devrait bien se trouver au moins un individu pour s'inquiéter de moi et me donner des nouvelles du Montana... »

Ses amis, libraires lyonnais et écrivains d’autour du monde, vous convient à participer à l'hommage que nous lui rendrons mardi 25 novembre à la librairie. Les écrivains Brigitte Giraud, Christian Garcin, Dominique Fabre, Martine Laval et Thomas Vinau se joindront à nous et à sa femme Aline pour fêter dignement notre ami Pierre, qui nous manque et qui manque à la littérature. "

Librairie Passages
Analyser La Situation - Pierre Autin-grenier - Finitude
Parution : 06 Novembre 2014
Prix indicatif : 13.50€

3 commentaires:

lacotevincent a dit…

À propos de l'extrait du livre de Pierre Autin-Garnier, (qui n'avait, à en lire ce passage, rien d'hautain) ;

” Le langage est une peau: je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir. L’émoi vient d’un double contact : d’une part, toute une activité de discours vient relever discrètement, indirectement, un signifié unique, qui est « je te désire », et le libère, l’alimente, le ramifie, le fait exploser (le langage jouit de se toucher lui-même) ; d’autre part, j’enroule l’autre dans mes mots, je le caresse, je le frôle, j’entretiens ce frôlage, je me dépense à faire durer le commentaire duquel je soumets la relation.”

Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes
“L’entretien “

Au plaisir m'entretenir avec vous.

Jean Kidof a dit…

viens de découvrir votre excellent blog (beaucoup d'affinités communes, Dhôtel - Pirotte - PAG - Satie...) dans le dernier (hélas) PAG le deuxième texte me rappelle un (mien) poème que je me permet de vous soumettre :
Je n'ai rien vu du monde
de la beauté des Andes
aux jardins d'Alicante
je n'ai rien vu du monde

je n'ai pas vu l'Asie
les bleus d'Océanie
les verts d'Amazonie
et les glaces des pôles

je n'ai point vu les steppes
de la désolation
les savanes brûlées
les taïgas gelées

je n'ai connu ni Nil
ni Mékong ou Danube
seul le Mississippi
et son blues du delta

ni Finlande boisée
ni Sibérie transie
à peine ai-je essuyé
les grands froids du Jura

sur l'arête du monde
je ne suis point monté
les pics d'Himalaya
ne m'ont pas essoufflé

dédales de Pétra
de Grèce ou bien d'ailleurs
aucun n'a égaré
mes pas de promeneur

je n'ai pas sillonné
le puzzle africain
entrelacs de passions
de splendeurs et d'histoires

j'ai à peine goûté
au sable du désert
à son sel d'aventure
pour ma soif d'infini

je n'ai touché du doigt
aucun bouddha mythique
ni palais de roman
ou peuple de légende

j'ai effleuré la Chine
et la mer du Japon
en baladant ma main
sur une lampe-globe

je n'ai pas admiré
ces archipels d'éden
ces oasis bénies
ou le repos est roi

Salomon, Kerguelen
Lofoten ou Maldives
pas une île enchantée
n'a ravie ma paresse

je n'ai pas navigué
sur l'océan des flots
où la vague murmure
des langues inconnues

apprenti Magellan
mes vaisseaux n'ont vogué
que dans l'eau savonneuse
de ma salle de bain

je n'ai pas reniflé
l'humus des antipodes
ou les embruns cinglants
de la Patagonie

des tribus de sauvages
j'en ai point rencontré
ou alors les cols blancs
des rois de la finance

car bien des cannibales
se parent d'un costume
et leur seul exotisme
est dans leur compte en banque

je n'ai pas partagé
la soupe et le croûton
dans un estaminet
d'orient ou d'occident

avec des compagnons
affamés et affables
dont la vie est si rude
le sourire si doux

j'ai voyagé si peu
que sur la peau du monde
mes pérégrinations
sont un caca de mouche

j'ai juste découvert
au fond de mon jardin
un bouquet de morilles
un collier de rosés

j'ai seulement croqué
dans la tomate fraîche
et plongé mes narines
dans la sauge embaumée

le regard à l'affût
j'ai couru bien des bois
pour de belles récoltes
fort peu mycologiques

je n'ai fait qu'emprunter
les routes du hasard
et je l'ai ai rendues
à de curieux piétons

j'ai souvent trottiné
sur le sentier des fleurs
que le regard devine
dans les près sans limites

au détour d'un faubourg
mes pas se sont perdus
où était cette impasse
où barbotait le crime ?

Que n'ai-je retrouvé
ces phobies de l'enfance
le taillis tout là-bas
la grotte du défend

... suite au prochain commentaire

Jean Kidof a dit…

suite du précédent (un peu long, comme l'éternité, surtout vers la fin !):
j'ai su vagabonder
de visages en visages
siroter l'amitié
comme un vin de Hongrie

l'esprit hospitalier
j'ai fait couler les vins
pour les gorges asséchées
des amis de passage

j'ai fait fuser les rires
en mettant une plume
dans la partie charnue
de l'indien d'opérette

c'est bien ce que je suis
je ne m'interdis rien
pour que naisse le rire
et je m'abaisse à tout

aussi grand que l'on soit
nul ne cueille l'étoile
mais celui qui se baisse
a le joli caillou

je n'ai guère arpenté
les chemins de traverse
ou la raison se perd
et l'âme un peu avec

mes seules rêveries
m'ont emmenées plus loin
que les fusées factices
des faiseurs de miracles

bien qu'étant immobile
mon esprit bourlinguait
pareil au grand oiseau
dans son vol migratoire

qu'importe le trajet
la poussière des routes
seuls comptent les élans
que l'on a dans la tête

les rêves de voyage
ou les voyages en rêves
épuisent bien des jambes
et peuplent bien des nuits

que manque-t-il au juste
au voyageur sur place ?
l'odeur crue des lointains ?
la cuisine exotique ?

Un regard indigène ?
Le carillon d'un rire ?
rien de rien que n'oublie
la floraison sous crâne

quand l'imagination
sort ses ailes de soie
son vol est sans frontières
dans l'azur des possibles

je reste donc chez moi
aux yeux sont mes valises
car c'est eux qui m'emportent
aux belles latitudes

dans un songe léger
je baigne sans remous
un verre bien rempli
me sert de carburant

quel périple inédit
me transfigurerait
quand tout autour de moi
suffit à mon ivresse ?

de tous les paysages
le seul qui me retient
c'est celui de ton corps
où ma quille est ancrée

la vraie consolation
est dans ton nid d'amour
dans l'anse de tes bras
ou l'infini s'entrouvre

je n'ai rien vu du monde
j'avais la tête ailleurs
je n'ai fait que passer
je n'ai rien vu du monde

... au plaisir
j