2/08/2016

Première page de mon prochain roman



Le givre fait gueuler la lumière. Lorsqu'il a voulu ouvrir les yeux, sa paupière gauche était encore collée par le sang. Il passe plusieurs minutes, mains en coupe autour du visage, à tenter de réchauffer lentement par son haleine la peau tuméfiée de ses joues, les croûtes sur ses arcades fendues, l'arc en ciel de coups sur sa petite gueule d'ange écrasé. Blotti sous un buisson d'acacias, la buée s'échappait de son corps recroquevillé. Il reprenait ses esprits lentement après le jeu de massacre de cette nuit et la longue course effrénée dans les noeuds noirs de la forêt. On avait dû retrouver le corps à présent, bleu et glacé, à se taire enfin la gueule pleine de fumier, immergée dans l'auge des porcs. Cette fois il était bon pour prendre la route et puis tant mieux ce serait toujours mieux et puis merde à la merde qui lui servait de nid. Le froid réveille la douleur. Il s'extirpe de son cocon d'épine, renfroque ses loques et crache un bon coup l'île de glaire, de fer et de sang qui flottait au fond de sa gorge. Petit à petit, du plat de la main, il explore laborieusement son corps endolori. Sous l'épaule contre la côte la douleur lui coupe le souffle. Il frotte sa tête dans les plaques gelées de feuilles mortes et serre les dents en pleurant jusqu'à ce que la souffrance se calme. C'est à ce moment qu'il entend le gémissement. Alors il retourne en rampant dans son refuge de ronces.
(...)

(cet extrait est la première page de mon prochain roman, secret pour l'instant, en espérant que ...)